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EAN : 9782253007449
213 pages
Le Livre de Poche (30/11/-1)
3/5   8 notes
Résumé :
Qui ne connaît le conte où Charles Perrault relate comment la femme d'un seigneur surnommé Barbe-Bleue échappe au sort infligé par lui à ses six précédentes épouses? Barbe-Bleue a été voué à l'exécration générale sur la foi de ce texte, mais la raison commande de ne rien croire sans preuve et Anatole France feint d'avoir trouvé la vérité sur Les sept femmes de la Barbe-Bleue - alias Bernard de Montragoux, châtelain des Guillettes, homme calomnié s'il en fût. Jugez-e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Erik35
  15 mars 2017
UNE DRAMATIQUE ERREUR JUDICIAIRE
Il était temps...
Il était temps que la vérité éclata enfin ! Et c'est par la grâce de l'écriture d'une classique élégance, due au génial auteur de la rôtisserie de la Reine Pédauque, de Les dieux ont soif ou du désopilant (et féroce) L'île des pingouins - génial mais Ô! combien oublié - que vous allez l'apprendre, vous qui le demandiez tous à corps et à cris (si, si, je vous ai compris !) : Qu'y a-t-il donc dans cette fameuse pièce interdite à la septième femme de la Barbe-Bleue ?
- Six corps froids et assassinés des précédentes épouses de ce terrible monstre, me rétorquerez-vous !
- QUE NENNI ! Cet homme se trouva honteusement assassiné par l'amant de son ultime épouse - une abominable gourgandine, sous ses airs de Sainte Nitouche - ses deux matamores de frères, poussés au crime par une mère dépensière et une soeur, Anne, peu intéressée par le mâle mais qui se serait damnée pour faire le mal autour d'elle !
Voici donc ce qu'il en fut, réellement, de la vie très simple, quoi que confortable, mais au destin absolument tragique de M. Bertrand de Montragoux, ci-devant gentilhomme campagnard, bel homme et fort timide, et surnommé par les paysans de sa contrée, La Barbe-Bleue, en raison du fait qu'elle était bleue, étant très noire, et que si noire qu'on l'aurait crue bleue !
C'est donc ce cher Anatole France, ayant patiemment lu et relu les dires (totalement erronés) de son prédécesseur, le célèbre Charles Perrault, s'est muni d'une documentation ne souffrant aucune espèce de contestation avant que de nous délivrer, enfin, et pour qu'éclate la seule vérité concernant Les Sept Femmes de la Barbe-Bleue, d'après, nous affirme-t-il, des "documents authentiques".
Nous ne rentrerons pas, icelieu, dans les détails d'une affaire dont vous pourrez vous procurer facilement les rebondissement chez votre libraire habituel. Sachez simplement que la vérité sur cet homme-là fut grandement malmenée, tronquée, et faussée par la famille toute entière de sa dernière jeune mégère, Jeanne de Lespoisse, arguant du seul fait, malheureux et hasardeux, que les six précédentes avaient toutes plus ou moins mystérieusement disparues. Ce qui n'était pas bien vrai, à défaut de s'avérer parfaitement faux.
Quid de la fameuse petite clé ouvrant sur la soi-disante pièce interdite, me direz-vous ? Après minutieuse enquête, M. France nous l'affirme : Il n'y eut jamais aucune interdiction de ce genre par notre infortunée Barbe-Bleue, seulement s'y trouvait un "petit cabinet" dans lequel était reproduit une bien tragique fresque à l'antique, laquelle était peinte de telle manière qu'on y aurait cru, et que l'une des portes de ce cabinet donnait directement, hélas, sur les douves sans eau du château... Comprenez-donc bien les risques presque assurés d'accident funeste, surtout auprès d'une faible et sensible représentante du "beau sexe" qui se serait trouvée dûment et fatalement impressionnée par l'horrifique peinture.
En quelques dizaines de pages bien tournées, pleine d'humour et d'ironie, truffées de jeux de mots et de calembours forcément douteux, Anatole France revisite intégralement un des contes les plus connus - l'un des plus sanguinolent aussi - de Charles Perrault. Tout en faisant preuve d'une irrévérence totale, cette nouvelle est, tout autant, une gracieuse révérence au beau français de cette époque, dont il imite parfois les tournures, sans jamais se rendre illisible, et de l'imaginaire parfois terrible de cette lointaine époque.
Cependant, l'inversion imaginée dans ce récit en fait une bouffonnerie digne des meilleures pièces de Georges Feydeau ou d'Eugène Labiche. D'une leçon épouvantable sur les malheurs que peuvent engendrer une curiosité mal placée et, sous-jacente, l'enfer vécu par les femmes sous la coupe de maris violents, France en fait une histoire de cocuages multiples et désopilants où l'appas du gain le cède au seul plaisir de tromper et de rendre malheureux les amoureux transis et trop candides.
Bien que l'ouvrage s'achève par une Cendrillon, elle-aussi totalement revisitée, sincèrement moins concluante que cette époustouflante Barbe-Bleue, ce petit mignon ouvrage proposé par les éditions La Part Commune donne sérieusement envie (le rire est une affaire sérieuse, c'est bien connu) de poursuivre avec le reste des contes usurpés pour la plus grande joie du lecteur par ce cher vieil (et par trop méconnu) Anatole France !
A bon entendeur...
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Allantvers
  20 décembre 2021
Toute l'oeuvre d'Anatole France a été mise à l'index en 1922 par le Vatican, nous apprend la préface. Voilà qui me rend le bonhomme sympathique a priori, et, à travers ces gouleyants "contes à l'envers", moins impressionnante la stature d'un écrivain que, en dehors du sublime "Les dieux ont soif", je ne connais qu'inscrit au fronton des écoles et autres manifestations architecturales de la République.
C'est qu'on se marre franchement à la découverte de ces ré-écritures de Barbe Bleue et de la Belle au Bois Dormant! Un rire très élégant cependant car notre conteur est fin lettré, un rire teinté de jaune aussi car Anatole France le faux biographe enrobe sa plume d'un délicieux cynisme en excluant Gilles de Rais comme inspirateur du cruel Barbe-Bleue pour faire de ce dernier un brave homme tourmenté par des épouses vénales.
Quant à la Belle endormie dans son château, il nous la relègue au second plan pour mettre en avant un couple de courtisans qui auraient bien fait de ne pas douter des pouvoirs des fées.
Sertis dans un joli petit livre aux éditions La part commune, ces deux contes revisités sont comme de jolies douceurs à l'arrière goût piquant à déguster avec au choix un filtre maléfique ou un dé à coudre de sang.
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oiseaulire
  02 avril 2020
Anatole France revisite le conte de Barbe-Bleue en un récit sans charme, quoique bien écrit, où ce Seigneur, loin d'être un homme cruel coupable des meurtres de ses sept épouses, est au contraire un mari trop aimant. Moqué et trompé par ses femmes successives, il est assassiné par la dernière pour accaparer ses biens avec la complicité de son amant, de ses frères et de soeur Anne. Après avoir pourvu sa fratrie, le couple criminel coulera des jours heureux, tant il est vrai que la fortune adoucit les moeurs et efface le sang des mains. Anatole France s'est sans doute fait plaisir en écrivant ce petit récit dans la tradition misogyne. Cependant il en anéantit totalement la portée symbolique et pour finir récompense le vice. Il ne s'agit plus là d'un conte initiatique mais du récit assez plat d'un crime crapuleux. Le moins qu'on puisse dire c'est que la morale n'est pas sauve, que le sens du texte initial a totalement disparu et que le lecteur a perdu son temps. Assez agréablement il est vrai. Tout-à-fait adapté à un trajet d'une demie-heure en train si l'on n'a rien d' autre sous la main.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   03 janvier 2015
Pendant un mois, M. de Montragoux fut le plus heureux des hommes. Il adorait sa femme, et la regardait comme un ange de pureté. Elle était tout autre chose ; mais de plus habiles que le pauvre Barbe-Bleue, s’y seraient trompés comme lui, tant cette, personne avait de ruse et d’astuce, et se laissait docilement gouverner par madame sa mère, la plus adroite coquine de tout le royaume de France. Cette dame s’établit aux Guillettes avec Anne, sa fille aînée, ses deux fils, Pierre, et Cosme, et le chevalier de la Merlus, qui ne quittait pas plus madame de Montragoux que s’il eût été son ombre. Cela fâchait un peu ce bon mari, qui aurait voulu garder constamment sa femme pour
lui seul, mais qui ne s’offensait pas de l’amitié qu’elle éprouvait pour ce jeune gentilhomme, parce qu’elle lui avait dit que c’était son frère de lait.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   03 janvier 2015
Quinze jours plus tard, ils avaient parcouru soixante villages
de la montagne, sans rencontrer un homme heureux. Toutes les
misères qui désolent les villes, ils les retrouvaient dans ces
hameaux, où la rudesse et l’ignorance des hommes les rendaient
encore plus dures. La faim et l’amour, ces deux fléaux de la
nature, y frappaient les malheureux humains à coups plus forts
et plus pressés. Ils virent des maîtres avares, des maris jaloux,
des femmes menteuses, des servantes empoisonneuses, des
valets assassins, des pères incestueux, des enfants qui
renversaient la huche sur la tête de l’aïeul, sommeillant à l’angle
du foyer. Ces paysans ne trouvaient de plaisir que dans
l’ivresse ; leur joie même était brutale, leurs jeux cruels. Leurs
fêtes se terminaient en rixes sanglantes.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   03 janvier 2015
On a émis sur le personnage fameux, vulgairement nommé la Barbe-Bleue, les opinions les plus diverses, les plus étranges et les plus fausses. Il n’en est peut-être pas de moins soutenable que celle qui fait de ce gentilhomme une personnification du soleil. C’est à quoi l’on s’est appliqué, il y a une quarantaine d’années dans une certaine école de mythologie comparée. On y
enseignait que les sept femmes de la Barbe-Bleue étaient des aurores et ses deux beaux-frères les deux crépuscules du matin et du soir, identiques aux Dioscures qui délivrèrent Hélène ravie par Thésée. A ceux qui seraient tentés de le croire, il faut rappeler qu’un savant bibliothécaire d’Agen, Jean-Baptiste
Pérès, démontra, en 1817, d’une façon très spécieuse, que Napoléon n’avait jamais existé et que l’histoire de ce prétendu grand capitaine n’était qu’un mythe solaire. En dépit des jeux d’esprit les plus ingénieux, on ne saurait douter que la BarbeBleue et Napoléon n’aient réellement existé.
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Erik35Erik35   15 mars 2017
Bertrand de Montragoux était un très bel homme, grand, large d'épaules, de forte corpulence et de bonne mine ; quoique rustique et sentant plus les forêts que les ruelles et es salons. Pourtant, il est vrai qu'il ne plaisait pas autant qu'il aurait dû leur plaire, fait de la sorte et riche. Sa timidité en était la cause, sa timidité et non pas sa barbe.
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Erik35Erik35   15 mars 2017
C'est ici le lieu de rappeler le précepte de mon illustre maître, M. du Clos des Lunes, membre de l'Institut : "Quand le surnaturel se présente, l'historien ne doit point le rejeter."
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Videos de Anatole France (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anatole France
Anatole France : Les dieux ont soif lu par Michel Bouquet (1954 / France Culture). Diffusion sur France IV Haute-Fidélité le 1er janvier et le 13 juillet 1954. Extraits du roman “Les dieux ont soif” lus par Michel Bouquet. Photographie : Anatole France à La Béchellerie © Photographie originale prise par Claude Aveline en juin 1923. Anatole France, pour l'état civil François Anatole Thibault, né le 16 avril 1844 à Paris, et mort le 12 octobre 1924 à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire), est un écrivain français, considéré comme l’un des plus grands de l'époque de la Troisième République, dont il a également été un des plus importants critiques littéraires. Il devient une des consciences les plus significatives de son temps en s’engageant en faveur de nombreuses causes sociales et politiques du début du XXe siècle. Il reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre en 1921. Quatrième de couverture de l'édition du Livre de Poche : « “Les dieux ont soif” : quand il choisit pour titre ce mot de Camille Desmoulins, Anatole France ne veut nullement rejeter sur une fatalité tragique les atrocités de la Terreur. Ce texte admirable décrit l'horreur du fanatisme, l'obscurantisme gagnant les Lumières elles-mêmes, la barbarie prenant le masque du progrès. En 1912, ce livre du patriarche de la Gauche française qui dénonçait les excès de la Révolution fut accueilli comme un paradoxe. Aujourd'hui, cette représentation alarmée de l'histoire se lit comme une lucide préface à l'horrible XXe siècle, un avertissement contre l'ignorance et la peur qui engendrent la bêtise, la grande tueuse. »
1ère partie : 02:00 2ème partie : 54:55 3ème partie : 1:57:38
Sources : France Culture et Wikipédia
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