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ISBN : 9782070132218
Éditeur : Gallimard (01/02/2011)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 59 notes)
Résumé :
Ce journal décrit, sur une période qui va d’octobre à juin, le défilement des journées et des souvenirs, dans la vie paisible et contemplative de René Frégni à Manosque. Ses deux filles sont parties. Il fréquente Tony, un bandit rangé des voitures. Il passe des journées à se promener avec Isabelle et le vieux Lili qui perd la boule. Chaque journée est pleine d’une sérénité mélancolique.
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Ladybird123
  25 novembre 2018
René Frégni se dévoile tout en délicatesse durant une année, son carnet à la main, il écrit tout ce qu'on ne voit pas aussi intensément qu'après avoir couché la beauté sur papier. L'encre est pour René Frégni le colporteur de la beauté, la mésange aux ailes déployées, les corbeaux qui dansent autour d'Isabelle, sa belle, sa muse, sa dulcinée.
On sent dans la fiancée des corbeaux toute l'importance des mots et des livres pour ce grand amoureux. Il place les mots sur le trône de la vie. Il les enlace de tout son être, il va jusqu'à érotiser les courbes des lignes littéraires, comme l'encre qu'il associe au sperme bleu. Il observera longtemps de chez lui les va et vient des hommes et femmes allant se soulager aux cuvettes d'à côté. Les femmes semblent le fasciner. Lorsqu'elles se soulagent, il ne retient que la beauté d'un sein ou le galbe des fesses. A côté des femmes, des corbeaux et des mots, il y a tous ces fantômes, ces êtres qui ont traversé la vie de l'auteur, dont il se souvient comme faisant partie de lui.
René Frégni m'avait totalement subjuguée dans - Je me souviens de tous vos rêves - je garde ici pour la fiancée des corbeaux un sentiment plus mitigé expliqué par une profondeur à hauteur humaine et existentielle moins travaillée que dans le précédent récit. Il n'en reste pas moins que cet auteur est un véritable poète, un magicien de la langue française qu'il remplit à merveille du souffle de son âme éprise du beau.
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michfred
  13 mars 2019
Le titre fait penser à une sorte de Wuthering Heights à la française,  à un roman noir, ou à un feuilleton romanesque ou fantastique...
Faux sur toute la ligne: la fiancée des corbeaux est une douce maîtresse d'école , Isabelle, qui fait la confiture de coings comme personne et dont les seins et les gratins de courgettes  sont détectables.
 Son papa, le vieux Lili, après avoir planté des arbres partout dans le pays, perd un peu la boule,   et il faut le surveiller comme du lait sur le feu...lui qui vous appelle d'un nom différent tous les jours. Alors René Fregni se dévoue,  à cause des seins d'Isabelle, beaucoup,  et aussi, un peu, de ses gratins.
Il opte donc pour une vie pendulaire : un coup en ville, dans son appartement de Manosque, avec vue imprenable sur une salle de bains très animée,  un coup à la campagne,  dans le hameau de Vinon, arboré par Lili, au plus près de la douce Isabelle.
Des figures amicales défilent:  Tony , le parrain marseillais sorti des Baumettes, à qui René,  dans son atelier d'écriture,  a appris le plaisir des mots,  et qui voudrait bien troquer le beretta contre un stylo;  quelques cinglés,  aussi, inquiétants comme ce schizophrène bariolé qui annonce à Fregni qu'il va le débarrasser de certain juge qui lui a fait des misères, ou hautement poétiques comme cet ancien aliéné, mutique, qui ne "parle" que par Fleurs du Mal  interposées!
Une faune- et une flore, Fregni aime trop les femmes pour réserver ses regards à la seule Isabelle!- un peu foutraque, pleine d'humanité et de saveur, parce que le regard qui s'y pose, celui de Fregni,  est tout de fraternité et de confiance.
 
La chronique autobiographique est plus apaisée -et moins arrosée- que  celle de "Elle danse dans le noir":  Marilou, la fille adorée , a grandi, elle étudie à Montpellier, son papa s'est posé, et la fiancée des corbeaux ne devrait pas tarder à lui ouvrir ses bras, la haute Provence est belle comme un poème, et même les plus cruels malfrats ont du charme à revendre...
Bienvenue chez Fregni, au pays des fraternités chaleureuses!
Une lecture saveur, une lecture douceur, une lecture plaisir,  à déguster comme une figue mûre, qui vous laisse les doigts tout poisseux de sucre et de saveur, le parfum sur la lèvre et le coeur en fête. 
Une rencontre avec un frère qu'on voudrait ne jamais quitter, un ami avec qui on aimerait partager le pain et le vin, un lecteur avec qui on discuterait longtemps des mérites partagés de Giono et de Baudelaire , un écrivain avec qui écrire deviendrait aussi naturel que respirer ou aimer...
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berni_29
  06 octobre 2018
La fiancée des corbeaux est un journal, le journal de René Frégny, comme une petite parenthèse autobiographique ramassée sur huit mois, entre juin et octobre, dans cette maison près de Manosque. Huit mois d'une vie où nous pourrions penser qu'il ne se passe a priori rien d'extraordinaire. Mais ici, le peu côtoie l'essentiel.
Un journal s'échappe des contraintes narratives d'un roman, en appelle d'autres. Le narrateur ici nous ouvre les portes de sa vie, de son histoire. Nous entrons dans son intimité, lorsqu'il se confie à nous, mais ce n'est jamais impudique. C'est l'histoire d'un homme qui vit avec le silence, un peu comme une forme de réclusion solitaire voulue, une pause.
C'est un voyage immobile.
L'auteur demeure ici le personnage principal de ce journal tout comme, du reste, dans beaucoup de ses romans, mais il fait la part belle aussi à d'autres personnages proches de son existence, ou parfois moins proches, papillons éphémères qui ont frôlé quelques instants de sa vie.
L'auteur convoque des personnages qu'il a côtoyés durant ses huit mois ou parfois bien avant, solaires, douloureux, ou fragiles...
Ici il nous parle des trois femmes de sa vie, sa mère décédée, sa fille Marilou qui vient d'avoir dix-huit et s'en va faire ses études à Montpellier, et puis il y a Isabelle, l'institutrice qu'il aime d'un secret amour. Il nous parle de leur lumière.
Parfois le narrateur franchit le cimetière de son village, s'approche jusqu'au bord de la tombe de ses parents pour leur parler de ses filles. Il caresse la dalle comme on caresse un visage, j'ai trouvé ce passage particulièrement touchant.
Il se rappelle alors son enfance, le bruit de l'eau qui coule d'un lavoir, l'école buissonnière. L'odeur de la confiture de mûres. le bruit du train au loin. Les après-midis torrides de septembre.
Il y a quelque chose d'une beauté minérale, comme l'eau et la pierre.
L'auteur écrit sur un cahier comme un enfant, comme pour faire surgir plus facilement les souvenirs du passé.
Les enfants du narrateur sont présents dans le journal, sans être désormais là pourtant, vont et viennent dans le livre, sont comme des fleurs dans les saisons des pages. Comme c'est dur de ne plus avoir d'histoires à raconter à ses enfants.
Mais il y a d'autres personnages tout aussi attachants. Lili, c'est le père d'Isabelle, il est très vieux, presque centenaire, il perd la mémoire, se trompe sans cesse dans les prénoms des gens. De temps en temps Lili a des élans de jeunesse comme par intermittence, il redevient enfant et puis brusquement il tombe violemment dans une sorte de démence qui fait peur.
Il y a aussi l'errance de Tony, qui a fait vingt-sept ans de prison. Il semble rangé à présent. C'est une magnifique amitié, quand l'un entrevoit le paysage de l'autre, deux terres inconnues qui semblent se frôler comme la tectonique des plaques.
Mais il y a aussi des rencontres cocasses. Quand le narrateur écrit, la fenêtre de son appartement est ouverte sur un pan de la ville, sur la maison d'en face et la rue plus bas. Dans la maison d'en face justement il y a des voisins insolites, trois jeunes d'une vingtaine d'années, un garçon et deux filles, qui se promènent nus dans leur appartement. Ils les voient au travers de la fenêtre grande ouverte de leur salle de bain.
Les mois passent dans le journal, s'égrènent comme des pages dans le vent. La neige vient plus tard, avec la morsure de l'hiver.
C'est le journal d'un homme qui écrit comme on marche parfois vers la tendresse et la beauté, les bras tendus au milieu de nulle part, guettant la lumière du jour. Il voyage ainsi peut-être comme nous, vers des rivages inconnus.
Tout est si vrai, si proche de nous, nous sentons presque l'odeur du café dans ce bol rouge sur la table près du cahier, tandis que les saisons filent comme des trains dans la nuit. Parfois j'avais l'impression que l'auteur n'écrivait que pour moi, que j'étais seul à l'entendre parler, dire sa tendresse et son désarroi.
Il y a quelque chose de sensuel qui vient se faufiler dans les odeurs des saisons. Les phrases se délectent comme un pot de confiture.
C'est un cahier où il parle aussi d'amour.
Il y a la lumière d'Isabelle. Sa beauté discrète et sauvage. Ses gestes. Dans cette maison au bord d'une colline, entourée de vignes et d'oliviers.
Il y a le bonheur de vivre d'Isabelle. Isabelle devient à son tour le bonheur de vivre du narrateur.
L'auteur nous parle de son visage, un visage qui « possède la douceur lointaine des plus beaux soleils d'automne ».
C'est un journal qui s'ouvre aussi aux oiseaux. Des oiseaux qui s'envolent et reviennent sur les pages picorer des mots, des mésanges, des chardonnerets, des rouges-gorges... Des pigeons aussi.
Parfois les corbeaux frôlent le ciel, frôlent les pages.
Dans ces pages illuminées, la nuit finit par descendre. C'est juste une étrange impression, celle d'un livre qu'on vient de finir et qu'on a aimé par-dessus tout, si loin du fracas du monde.
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Josephine2
  03 août 2017
Premier roman que je lis de René FREGNI. C'est émouvant, nostalgique. Avec ses mots à lui, il nous emmène dans sa Provence. Par bribes, nous le suivons dans les méandres de sa vie. Ses rencontres, sa fille, ses voisins, ses amis, la beauté des paysages, ses voyages, et toute cette pudeur des mots pour nous dire à quel point il aime Isabelle.
Il y a du Erri de LUCA, du André BÛCHER, du Philippe CLAUDEL, dans son écriture. Des romanciers qui arrivent à saisir des petits moments de bonheur et à les transmettre à leurs lecteurs. Et surtout, leur Liberté, leur humanisme, leur amour du prochain.
« Voilà ce que je demande à un livre, m'émouvoir, m'ébranler, m'emporter, me faire vivre plus intensément que si j'étais descendu dans la rue. » Et bien vous avez réussi à m'emmener avec vous Monsieur FREGNI.
Je pense qu'à la lecture de tels auteurs, on ne peut devenir que meilleur. En tout cas, c'est ce que je vous souhaite !
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nadejda
  04 octobre 2012
«La fiancée des corbeaux» est le journal d'un homme libre, un grand vivant qui a su intégrer en lui-même, et dans ses rencontres, les contraires. L'écriture et la lecture lui ont permis de surmonter ses souffrances et retrouver un regard étonné, amoureux et ébloui sur le monde.
« L'écriture est le contraire d'un programme, d'une technique, c'est un vagabondage dans une contrée sauvage.»
Et René Fregni nous invite à vagabonder avec lui, d'octobre à juin, au fil des saisons et de belles rencontres, sur «les chemins d'encres» de ses cahiers qui croisent aussi ceux d'une Provence âpre, rude et lumineuse qu'il évoque avec une grande poésie.
«Je voyage à travers l'or des jours et les ombres de la mémoire vers des rivages inconnus. Je poursuis le grand voyage immobile dans le silence de mon appartement, entre les déserts violets de lavande et toutes les silhouettes que j'ai dû croiser un jour dans les pays que j'ai traversés et les livres que j'ai lus, qui sont en moi comme des villes vibrantes de peur, de désir et de lumière.»
Ce livre vient de paraître en format de poche alors emmenez-le avec vous car c'est un livre plein d'humanité et de chaleur, qui transfuse joie et compassion.
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Citations et extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   13 mars 2019
Ces personnages, je les ai ramassés au bord des routes, sur un port, dans une caserne, au hasard des villes, des saisons et des heures d'insomnie. Je les ai choisis car ils me ressemblent un peu, comme j'ai choisi aujourd'hui d'évoquer cet homme, cette silhouette qui tourne peut-être encore dans les couloirs ou le jardin d'un asile et croise sans les voir d'autres fantômes aux yeux éteints. Aujourd'hui je ressemble à chacun d'entre eux.
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michfredmichfred   13 mars 2019
La Provence est âpre, brutale, contrastée. Je l'aime parce qu'elle reste imprévisible et sauvage. En été elle brûle tout ce qui se hasarde hors de ses ombres maigres, elle tire sur l'argile et fait éclater les maisons. L'hiver elle fend les arbres et les pierres, elle traverse les villes comme un rasoir ouvert.
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michfredmichfred   13 mars 2019
J'écris quand je vis, je vis quand j'écris. Chaque mot ajoute un élan à mon geste, à mes pas. Chaque pas m'offre un mot.
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michfredmichfred   13 mars 2019
Je n'ai pas besoin de vivre au bord de la mer, je grimpe sur la première colline, tous les horizons sont bleus.
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Josephine2Josephine2   06 août 2017
Page 176 - 177
La liberté est devant moi, totale. Choisir un mot, puis un autre, le suivant. Les dessiner, dessiner un sentier, des montagnes, des villes, des soleils. Voir ces villes et ces soleils mieux que s’ils existaient. Voyager à travers les régions brumeuses de la mémoire, les terres éblouissantes de l’imagination, les espaces sauvages du désir. Ecrire comme je marche, un mot après l’autre, sans horaires, sans clôtures, sans projets. Ma table est à côté de mon lit, je dors, je rêve et je repars, de jour, de nuit, sur ces chemins d’encre.

Certains écrivains dressent une muraille entre l’écriture et la vie, la réalité et les songes. J’écris quand je vis, je vis quand j’écris. Chaque mot ajoute un élan à mon geste, à mes pas. Chaque pas m’offre un mot.

Chaque fois que je commence un nouveau roman, un nouveau récit, j’entre avec inquiétude et un trouble presque érotique dans un territoire que je dois découvrir. Lorsque je mets le point final, j’ai parcouru et découvert une contrée de moi-même que je ne soupçonnais pas. Oui, érotique est l’écriture, violemment, je charge et je décharge mon stylo, chaque jour. Les cent mille éclats de mon sperme bleu sur la robe blanche de la page.
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