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ISBN : 207271690X
Éditeur : Gallimard (19/04/2018)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 34 notes)
Résumé :
« À l’hiver 2014, dans une Ukraine survoltée, la foule furieuse se mit à dézinguer toutes les idoles communistes. Elle détruisait les plâtres, les granits, les bronzes, la fonte, les effigies, elle abattait les grands Lénine, les petits, les statues où il montrait la voie (sans issue). Elle cognait le spectre d’une URSS qui la hantait. Elle défoulait sa haine contre les fantômes soviétiques, taillant tout cela en pièces et veillant jusqu’à l’aube, comme si les sculp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Oliv
  07 juillet 2018
Ne suivant que de loin l'actualité des "grands" éditeurs français, j'ignorais que Cédric Gras avait écrit un roman sur la crise ukrainienne et la guerre du Donbass, publié en 2016 chez Stock. Sa récente réédition en poche m'a permis de le découvrir. Je n'ai pas hésité longtemps avant de me le procurer, ayant apprécié "Le Nord, c'est l'Est" du même auteur, tandis que "L'hiver aux trousses" patiente depuis quelques mois sur les étagères de ma bibliothèque.
Je connaissais donc Cédric Gras en tant qu'écrivain-voyageur, et finalement, cet "Anthracite" est moins un roman en bonne et due forme qu'un "récit de voyage fictif". L'intrigue, pour le moins minimaliste, n'a pas grand intérêt en elle-même : elle sert surtout de prétexte pour faire voyager le lecteur à travers le Donbass, cette extrémité orientale de l'Ukraine qui, à l'inverse du reste du pays en majorité agricole, vit de l'extraction du charbon et la métallurgie. L'ensemble est très didactique : le propos de l'auteur est clairement d'expliquer, d'instruire, d'informer. Ainsi il ne faudra pas s'étonner de voir de simples conversations s'étendre sur plus d'une dizaine de pages, non pas du fait d'un enchaînement de nombreuses répliques, mais parce que chacune d'entre elles donne l'occasion au narrateur de digresser sur un sujet, qu'il s'agisse de géopolitique, d'histoire, de culture, russe ou ukrainienne. La narration à la première personne est un procédé littéraire dont je ne suis pas friand, et pour le coup elle m'a semblé assez artificielle : la plupart du temps, il ne m'a pas semblé entendre la voix de Vladlen (drôle de prénom formé par la contraction de "Vladimir Lénine !"), quadragénaire ukrainien exerçant la profession de chef d'orchestre à Donetsk, mais plutôt celle du jeune écrivain-voyageur français spécialiste de la Russie, écrivant pour un public occidental. Les descriptions, notamment, ont un côté "compte-rendu" quasi journalistique qui ne colle pas avec le personnage du narrateur.
Malgré l'indéniable talent d'écriture de Cédric Gras, je ne suis pas encore tout à fait convaincu par ses talents de romancier, qui se révéleront peut-être dans un futur ouvrage moins basé sur son expérience d'écrivain-voyageur... Mais ayant pris le parti de lire "Anthracite" comme un ouvrage documentaire dans la lignée de "Le Nord, c'est l'Est", j'y ai largement trouvé mon compte. Passionné par la Russie et son histoire mais connaissant assez mal le Donbass, ce récit m'a permis de mieux appréhender la situation complexe de cette région. Cédric Gras dirigeait l'Alliance Française à Donetsk jusqu'à sa fermeture en 2014, date du début du conflit, il a donc été aux premières loges des événements. On notera que le narrateur, et donc l'auteur, garde une certaine neutralité dans sa vision des choses. Le roman est bien plus nuancé que la propagande qui nous est servie sur le sujet par nos médias : on n'a pas d'un côté les gentils démocrates pro-ukrainiens et pro-européens contre les méchants fascistes pro-russes, l'Ukraine apparaît pour ce qu'elle est désormais, une "case stratégique du jeu d'échecs" d'une nouvelle guerre froide...
En somme, pour peu que l'on recherche autre chose qu'une aventure trépidante telle que pourrait le faire croire sa quatrième de couverture, "Anthracite" est une lecture très intéressante et enrichissante sur une question d'actualité qui, indirectement, nous concerne tous en tant que citoyens européens.
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AugustinDomentin
  19 juin 2016
Gros coup de coeur pour ce roman unique en son genre sur le conflit ukrainien dans le Donbass, sujet d'actualité pourtant jamais traité dans la littérature contemporaine. Quelle belle écriture ! Sans oublier qu'il s'agit là du premier roman de cet auteur !

Le titre intrigue. Anthracite, est-ce une espèce de charbon ou tout bonnement une couleur ? Il s'agit « de la fierté de Donbass, le plus riche et le plus carboné de tous les charbons» p. 63, « l' avenir était couleur d'anthracite » p.70. Cette allégorie est reprise comme un fil rouge au travers de ce roman déroutant et fascinant qui se lit d'une traite.

Ce livre nous raconte l'histoire de deux amis dont le destin est bizarrement lié malgré deux vies diamétralement opposées. L'histoire nous fait plonger au coeur de la guerre et nous fait découvrir la région de Donbass, poumon industriel vieillissant du pays. Deux protagonistes. Deux amis. Deux points de vues sur le conflit. “Nous avions grandi côte à côte pour en définitive devenir des contraires comme si nous n'avions pas respiré le même air. » p. 22 L'auteur crée un lien fort avec ses personnages. Dans ce roman à deux voix, il donne l'occasion à chacun de ses protagonistes de susciter l'empathie tout en explorant la question de l'absurdité de la guerre ou du courage que procurent l'amitié et l'amour.

Meme si je ne suivais pas de près le conflit ukranien, Anthracite a été pour moi une lecture exceptionnelle, le scénario est bien ficelé, le suspense est intense, les personnages sont truculents. Ce livre est un concentré d'émotions, d'humour, d'aphorismes, de références culturelles, historiques et géographiques variées. L'écriture est éblouissante et limpide, il n'y a pas une ligne de trop.

Un roman à lire sans modération.
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granada
  24 août 2016
C'est un roman qui sort des chemins battus : il se situe dans les mois de guerre civile qui a ravagé l' Ukraine en 2014. Si on ne se souvient pas des événements de cette période, on est un peu perdu au début : volontairement, je crois, l'auteur ne précise pas qui sont les révolutionnaires, les indépendantistes, les sécessionnistes…. Il traduit en effet la confusion totale qui s'est installée à ce moment là. le gouvernement corrompu est renversé par une révolution (la place Maïdan) , mais la Russie de Poutine en profite pour avancer ses pions et tenter de reconquérir des espaces perdus après la chute du mur de Berlin et la désintégration de l' URSS. Des pans entiers de la société ukrainienne veulent rejoindre le giron d'une URSS mythifiée, sorte de paradis perdu. En particulier la région des mines de charbon , le Donbass, région ou se situe l'essentiel du livre. le narrateur, qui se vit comme ukrainien sans se poser de question politique (il est plus occupé à draguer les violonistes de son orchestre et en particulier Essénia, sa nouvelle amante), est contraint de fuir , pourchassé par les révolutionnaires (pro Otan et Europe), puis les séparatistes du Donbass. Tout le livre n'est qu'un long road-trip, voyage à bord d'une vieille Volga de son ami Emile. C'est l'occasion de nous dépeindre les paysages des mines , des terrils, des machines vétustes ou abandonnées. L'auteur décrit aussi une société déboussolée par la perte d'un passé qui semble doré en comparaison avec ce qui a été apporté après la décomposition de l' URSS , qui apparaît comme protectrice dans l'imaginaire populaire : « c'était mieux avant ». le narrateur (Vladimir Lénine) et son copain, ne veulent que sauver leur peau et celle de leurs femme et amante…. Ils sont plutôt désabusés et ne prennent pas parti, ou plutôt change de camp en fonction de ceux qu'ils rencontrent et qui les menacent…. le tout dans un style enlevé, humoristique. Les descriptions ne sont jamais pesantes, le narrateur fait preuve d'auto dérision. L'auteur donne aussi une belle leçon de tolérance ; il montre comment les revendications nationalistes peuvent mener à l'exclusion de l'autre, le frère, et à la guerre civile, ne faisant que des morts de tous les côtés.
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LiliGalipette
  15 juin 2016
De ce roman, j'ai lu un gros tiers avant de rendre les armes. Ce n'est pas que le destin et l'actualité des anciens pays du bloc de l'Est ne m'intéressent pas, mais je n'ai pas réussi à m'attacher aux pas de Vladlen, narrateur et protagoniste de cette histoire. Ce musicien poursuivi par des séparatistes n'est pas antipathique, son amour pour sa chère Essénia est touchant et son retour au Donbass est empreint de souvenirs percutants, mais rien à faire, je me suis ennuyée dans ce voyage vers cette province ukrainienne. « le Donbass étalait ses industries décaties et immuables, sa seule histoire. La sensibilité prorusse y était latente, la russophonie, exclusive et l'héritage, soviétique. […] La ville de Donetsk prospérait sur le butin de l'anthracite, la manne de la sidérurgie et le pactole de l'énergie. » (p. 26)
Ce n'est pas grave, j'ai bien d'autres livres à découvrir et je suis certaine que ce roman trouvera son public.
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CeCedille
  12 octobre 2016
Lors d'un concert dans le Donbass, province orientale de l'Ukraine, un chef de fanfare en costume d'opérette décide de jouer l'hymne national ukrainien. Provocation, au moment où la province rêve de sécession ! Sous les horions de brutes avinées, il doit s'enfuir pour sauver sa peau.
Sa cavale le rapproche d'un ami d'enfance, depuis longtemps perdu de vue, apparatchik minier corrompu, qui doit, lui aussi, disparaître avant la découverte de ses multiples trafics. Leur amitié, arrosée dignement, est plus forte que leurs divergences politiques : l'un penche pour la révolution de Maidan, l'autre ne jure que par les Russes. Les voilà partis ensembles dans un road-trip (à traduire en russe, plus qu'en ukrainien) au volant d'une robuste Volga noire qui va résister aux vicissitudes de leur fuite éperdue. La recherche de leur dulcinées respectives n'est qu'un prétexte à parcourir cette improbable province dont le roman de Cédric Gras met en valeur la beauté industrielle déchue.
Trois mots pour éclairer le sujet :
* Irrédentisme: le mot, inventé par les Italiens, désigne le sentiment d'appartenir à un autre pays que le sien, par sa langue, sa culture et ses traditions. Lors de la révolution de Maidan, à Kiev, le Donbass, encore fier d'une ancienne tradition minière, avec son charbon d'excellence (l'anthracite aux reflets de diamants), regarde plutôt du côté de la Russie (version URSS) plutôt que du côté d'une Ukraine sensible aux sirènes de l'Europe. La guerre qui s'ensuit, d'avril 2014 à début 2015, fait plus de 5000 morts et de 12 000 blessés. Les accords de Minsk (12 février 2015) imposent un cessez-le-feu difficilement respecté. Entre temps la Crimée a été annexée par la Russie. La Transnitrie connait la même situation, sur l'autre flan de l'Ukraine. Comme des précipités d'URSS dissoute, renaissent ces entités innomées dans une curieuse chimie politique.
* Ostalgie : le mot désigne cette nostalgie du mode de vie soviétique des anciens pays de l'Est. C'est l'état d'esprit du Donbass. Point de salut du côté de l'Europe trop riche : les ukrainiens seront toujours les derniers, hormis leurs filles blondes aux yeux bleus qui rêvent de riches mariage à l'ouest.
Faute d'idéologie, le communisme est bien mort, même si les étoiles rouges accrochées aux monuments continuent à briller, les statues de Lénine a montrer du doigt un avenir radieux dont il ne subsiste que le souvenir enjolivé d'une frugalité paisible et fraternelle. En contraste, les ukrainiens sont diabolisés dans un étrange télescopage temporel qui les identifie aux envahisseurs hitlériens qu'il faut combattre avec les armes (et les idées) rouillées de la seconde guerre mondiale. le tout dans un halo de vapeurs d'alcools très fort...
* Réfugiés : Alors que les pays nantis discutent à l'infini de contenu de ce substantif (réfugiés politiques, réfugiés économiques), ce récit montre crûment que parmi les blessés et les cadavres, dans l'horreur d'une guerre aveugle qui ne distingue pas les civils des combattants, le salut est dans la fuite. Dans un pays en guerre la survie consiste à le quitter. Vérité élémentaire à rappeler en ces temps de migrations...
Il s'agit d'un récit plus que de roman. L'intrigue sentimentale n'est qu'un prétexte à cette odyssée dont les Pénélopes font plutôt de la figuration.
Le lecteur parcourt l'histoire comme la géographie de ces confins si peu familiers. Il et confronté aux horreurs de la guerre, les mêmes depuis Goya. Elles ont, certes, épargné l'Europe depuis 70 ans, mais la cernent désormais, affolant ses repères politiques dans l'exacerbation d'un complexe obsidional. Cédric Gras relate, en correspondant de guerre, ce périple où la géopolitique l'emporte sur la romance. Il connaît parfaitement son sujet pour y avoir dirigé l'Alliance française. Il révèle un vrai talent d'écrivain-voyageur, avec des traits de couleur qui évoquent Curzio Malaparte, Nicolas Bouvier, Sylvain Tesson, ou Jean Rolin.

Lien : https://diacritiques.blogspo..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
OlivOliv   07 juillet 2018
Le dépècement de l'URSS avait laissé quelques problèmes de cadastre à l'échelle continentale. Tous ces camarades qui cohabitaient jadis dans un idéal de classe ouvrière s'étaient rabattus sur des idées plus bornées et terre à terre. Il y avait aussi un Serbe qui nettoyait compulsivement son arme. On affluait vers le Donbass pour poursuivre des conflits larvés ou avortés. La région devenait le défouloir. Les Serbes étaient venus prêter main-forte aux séparatistes pour s'acquitter du soutien russe en Yougoslavie. Les Croates s'enrôlaient en face avec les Géorgiens et roulaient pour Kiev. Les Tchétchènes, les Ossètes ou des aventuriers européens marchaient pour Donetsk. Des représentants de toutes les Russies se tenaient prêts à faire face aux paramilitaires polonais, américains ou lituaniens. Une nouvelle guerre, froide et indirecte, naissait autour de nous. L'Ukraine était une case stratégique du jeu d'échecs.
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BibaliceBibalice   01 juin 2016
Alors que j'étais encore à l'âge de l'innocence politique, mes parents ont tenu à éclairer le mystère de mon prénom avec gravité :
Vladlen, cela signifie VLADimir LENine, mon garçon, tu étudieras plus tard sa vie et son oeuvre. En attendant, va jouer dans la cour avec Emile, le petit des voisins de palier. Papa doit prendre son tour de nuit à la mine.
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OlivOliv   05 juillet 2018
Steppe immense et vierge, aux confins de l'Empire russe, le Donbass avait d'abord fait partie de ce que l'occupant polonais appelait les "champs sauvages", ventre mou d'une Ukraine encore floue, prairies désertes, seulement battues de cosaques ou de Tatars. La brise balayait les hautes herbes, les seules cohortes étaient formées de nuages cotonneux ou orageux, défilant aux ordres des vents. Les terres se montraient avares et peu arables, les hameaux étaient rares, l'eau tarie. D'évidence, la nature était pingre et sèche. La steppe. Le Donbass ne possédait qu'un don, celui du charbon, son substrat, affleurant, partout. Il suffisait de quelques pelletées pour découvrir des trésors d'anthracite.
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OlivOliv   06 juillet 2018
Le référendum pour la partition était programmé le jour suivant et chacun procédait à son introspection. Se sentait-on russe ou ukrainien, eurasiatique ou européen ? Le Donbass pouvait-il être une république à part ? Nous nous étions mis à fouiller dans nos mémoires. Aussi loin que nous remontions dans nos arbres généalogiques, nous ne découvrions qu'une broussaille de branches russes et ukrainiennes, de brindilles moldaves, d'épines polonaises, biélorusses, arméniennes, grecques, d'aiguilles yiddish ou tatares... Nos aïeux s'étaient fondus dans la masse atone des "Homo sovieticus".
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LiliGalipetteLiliGalipette   15 juin 2016
« Le Donbass étalait ses industries décaties et immuables, sa seule histoire. La sensibilité prorusse y était latente, la russophonie, exclusive et l’héritage, soviétique. […] La ville de Donetsk prospérait sur le butin de l’anthracite, la manne de la sidérurgie et le pactole de l’énergie. » (p. 26)
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26.04.18 - INTEGRALE - S. Tesson, P. Djian, É. Faye, N. Van Moerkerkenland et C. Gras.
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