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ISBN : 2234079780
Éditeur : Stock (24/08/2016)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 24 notes)
Résumé :
« À l’hiver 2014, dans une Ukraine survoltée, la foule furieuse se mit à dézinguer toutes les idoles communistes. Elle détruisait les plâtres, les granits, les bronzes, la fonte, les effigies, elle abattait les grands Lénine, les petits, les statues où il montrait la voie (sans issue). Elle cognait le spectre d’une URSS qui la hantait. Elle défoulait sa haine contre les fantômes soviétiques, taillant tout cela en pièces et veillant jusqu’à l’aube, comme si les sculp... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
AugustinDomentin
19 juin 2016
Gros coup de coeur pour ce roman unique en son genre sur le conflit ukrainien dans le Donbass, sujet d'actualité pourtant jamais traité dans la littérature contemporaine. Quelle belle écriture ! Sans oublier qu'il s'agit là du premier roman de cet auteur !

Le titre intrigue. Anthracite, est-ce une espèce de charbon ou tout bonnement une couleur ? Il s'agit « de la fierté de Donbass, le plus riche et le plus carboné de tous les charbons» p. 63, « l' avenir était couleur d'anthracite » p.70. Cette allégorie est reprise comme un fil rouge au travers de ce roman déroutant et fascinant qui se lit d'une traite.

Ce livre nous raconte l'histoire de deux amis dont le destin est bizarrement lié malgré deux vies diamétralement opposées. L'histoire nous fait plonger au coeur de la guerre et nous fait découvrir la région de Donbass, poumon industriel vieillissant du pays. Deux protagonistes. Deux amis. Deux points de vues sur le conflit. “Nous avions grandi côte à côte pour en définitive devenir des contraires comme si nous n'avions pas respiré le même air. » p. 22 L'auteur crée un lien fort avec ses personnages. Dans ce roman à deux voix, il donne l'occasion à chacun de ses protagonistes de susciter l'empathie tout en explorant la question de l'absurdité de la guerre ou du courage que procurent l'amitié et l'amour.

Meme si je ne suivais pas de près le conflit ukranien, Anthracite a été pour moi une lecture exceptionnelle, le scénario est bien ficelé, le suspense est intense, les personnages sont truculents. Ce livre est un concentré d'émotions, d'humour, d'aphorismes, de références culturelles, historiques et géographiques variées. L'écriture est éblouissante et limpide, il n'y a pas une ligne de trop.

Un roman à lire sans modération.
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granada
24 août 2016
C'est un roman qui sort des chemins battus : il se situe dans les mois de guerre civile qui a ravagé l' Ukraine en 2014. Si on ne se souvient pas des événements de cette période, on est un peu perdu au début : volontairement, je crois, l'auteur ne précise pas qui sont les révolutionnaires, les indépendantistes, les sécessionnistes…. Il traduit en effet la confusion totale qui s'est installée à ce moment là. le gouvernement corrompu est renversé par une révolution (la place Maïdan) , mais la Russie de Poutine en profite pour avancer ses pions et tenter de reconquérir des espaces perdus après la chute du mur de Berlin et la désintégration de l' URSS. Des pans entiers de la société ukrainienne veulent rejoindre le giron d'une URSS mythifiée, sorte de paradis perdu. En particulier la région des mines de charbon , le Donbass, région ou se situe l'essentiel du livre. le narrateur, qui se vit comme ukrainien sans se poser de question politique (il est plus occupé à draguer les violonistes de son orchestre et en particulier Essénia, sa nouvelle amante), est contraint de fuir , pourchassé par les révolutionnaires (pro Otan et Europe), puis les séparatistes du Donbass. Tout le livre n'est qu'un long road-trip, voyage à bord d'une vieille Volga de son ami Emile. C'est l'occasion de nous dépeindre les paysages des mines , des terrils, des machines vétustes ou abandonnées. L'auteur décrit aussi une société déboussolée par la perte d'un passé qui semble doré en comparaison avec ce qui a été apporté après la décomposition de l' URSS , qui apparaît comme protectrice dans l'imaginaire populaire : « c'était mieux avant ». le narrateur (Vladimir Lénine) et son copain, ne veulent que sauver leur peau et celle de leurs femme et amante…. Ils sont plutôt désabusés et ne prennent pas parti, ou plutôt change de camp en fonction de ceux qu'ils rencontrent et qui les menacent…. le tout dans un style enlevé, humoristique. Les descriptions ne sont jamais pesantes, le narrateur fait preuve d'auto dérision. L'auteur donne aussi une belle leçon de tolérance ; il montre comment les revendications nationalistes peuvent mener à l'exclusion de l'autre, le frère, et à la guerre civile, ne faisant que des morts de tous les côtés.
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LiliGalipette
15 juin 2016
De ce roman, j'ai lu un gros tiers avant de rendre les armes. Ce n'est pas que le destin et l'actualité des anciens pays du bloc de l'Est ne m'intéressent pas, mais je n'ai pas réussi à m'attacher aux pas de Vladlen, narrateur et protagoniste de cette histoire. Ce musicien poursuivi par des séparatistes n'est pas antipathique, son amour pour sa chère Essénia est touchant et son retour au Donbass est empreint de souvenirs percutants, mais rien à faire, je me suis ennuyée dans ce voyage vers cette province ukrainienne. « le Donbass étalait ses industries décaties et immuables, sa seule histoire. La sensibilité prorusse y était latente, la russophonie, exclusive et l'héritage, soviétique. […] La ville de Donetsk prospérait sur le butin de l'anthracite, la manne de la sidérurgie et le pactole de l'énergie. » (p. 26)
Ce n'est pas grave, j'ai bien d'autres livres à découvrir et je suis certaine que ce roman trouvera son public.
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CeCedille
12 octobre 2016
Lors d'un concert dans le Donbass, province orientale de l'Ukraine, un chef de fanfare en costume d'opérette décide de jouer l'hymne national ukrainien. Provocation, au moment où la province rêve de sécession ! Sous les horions de brutes avinées, il doit s'enfuir pour sauver sa peau.
Sa cavale le rapproche d'un ami d'enfance, depuis longtemps perdu de vue, apparatchik minier corrompu, qui doit, lui aussi, disparaître avant la découverte de ses multiples trafics. Leur amitié, arrosée dignement, est plus forte que leurs divergences politiques : l'un penche pour la révolution de Maidan, l'autre ne jure que par les Russes. Les voilà partis ensembles dans un road-trip (à traduire en russe, plus qu'en ukrainien) au volant d'une robuste Volga noire qui va résister aux vicissitudes de leur fuite éperdue. La recherche de leur dulcinées respectives n'est qu'un prétexte à parcourir cette improbable province dont le roman de Cédric Gras met en valeur la beauté industrielle déchue.
Trois mots pour éclairer le sujet :
* Irrédentisme: le mot, inventé par les Italiens, désigne le sentiment d'appartenir à un autre pays que le sien, par sa langue, sa culture et ses traditions. Lors de la révolution de Maidan, à Kiev, le Donbass, encore fier d'une ancienne tradition minière, avec son charbon d'excellence (l'anthracite aux reflets de diamants), regarde plutôt du côté de la Russie (version URSS) plutôt que du côté d'une Ukraine sensible aux sirènes de l'Europe. La guerre qui s'ensuit, d'avril 2014 à début 2015, fait plus de 5000 morts et de 12 000 blessés. Les accords de Minsk (12 février 2015) imposent un cessez-le-feu difficilement respecté. Entre temps la Crimée a été annexée par la Russie. La Transnitrie connait la même situation, sur l'autre flan de l'Ukraine. Comme des précipités d'URSS dissoute, renaissent ces entités innomées dans une curieuse chimie politique.
* Ostalgie : le mot désigne cette nostalgie du mode de vie soviétique des anciens pays de l'Est. C'est l'état d'esprit du Donbass. Point de salut du côté de l'Europe trop riche : les ukrainiens seront toujours les derniers, hormis leurs filles blondes aux yeux bleus qui rêvent de riches mariage à l'ouest.
Faute d'idéologie, le communisme est bien mort, même si les étoiles rouges accrochées aux monuments continuent à briller, les statues de Lénine a montrer du doigt un avenir radieux dont il ne subsiste que le souvenir enjolivé d'une frugalité paisible et fraternelle. En contraste, les ukrainiens sont diabolisés dans un étrange télescopage temporel qui les identifie aux envahisseurs hitlériens qu'il faut combattre avec les armes (et les idées) rouillées de la seconde guerre mondiale. le tout dans un halo de vapeurs d'alcools très fort...
* Réfugiés : Alors que les pays nantis discutent à l'infini de contenu de ce substantif (réfugiés politiques, réfugiés économiques), ce récit montre crûment que parmi les blessés et les cadavres, dans l'horreur d'une guerre aveugle qui ne distingue pas les civils des combattants, le salut est dans la fuite. Dans un pays en guerre la survie consiste à le quitter. Vérité élémentaire à rappeler en ces temps de migrations...
Il s'agit d'un récit plus que de roman. L'intrigue sentimentale n'est qu'un prétexte à cette odyssée dont les Pénélopes font plutôt de la figuration.
Le lecteur parcourt l'histoire comme la géographie de ces confins si peu familiers. Il et confronté aux horreurs de la guerre, les mêmes depuis Goya. Elles ont, certes, épargné l'Europe depuis 70 ans, mais la cernent désormais, affolant ses repères politiques dans l'exacerbation d'un complexe obsidional. Cédric Gras relate, en correspondant de guerre, ce périple où la géopolitique l'emporte sur la romance. Il connaît parfaitement son sujet pour y avoir dirigé l'Alliance française. Il révèle un vrai talent d'écrivain-voyageur, avec des traits de couleur qui évoquent Curzio Malaparte, Nicolas Bouvier, Sylvain Tesson, ou Jean Rolin.

Lien : https://diacritiques.blogspo..
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gromit33
10 janvier 2017
J'ai lu ce livre car il est dans la sélection pour le prix des lecteurs pour les prochaines escales du livre de Bordeaux. Ce roman va nous transporter dans l'hiver 2014 en Ukraine et plus particulièrement dans la région Donbass., un nouvel état de l'ex URSS et qui a voulu se séparer de l'Ukraine. Un conflit qui a peu fait la une de nos médias, et pourtant proche de l'Europe. Grâce à des personnages attachants, l'auteur nous parle de cette région, de son évolution historique, depuis l'avènement de l'URSS, la dislocation de cette Union soviétique. Vladlen (prénom inspiré par Lénine) est chef d'orchestre et il est obligé de prendre la fuite un matin car il a joué en public l'hymne ukrainien. Il décide de retrouver l'un de ses amis d'enfance, Emile (prénom inspiré de Zola !) qui est directeur d'une mine. Anthracite, le titre de ce roman renvoie d'ailleurs aux paysages des mines de cette région. Ces deux hommes vont alors essayer de fuir et cette fuite va être aussi l'occasion de se souvenir de leur enfance, adolescence et de l'histoire de cette zone. Nostalgie de l'organisation soviétique, déception face à une pseudo démocratie. Ce livre est riche en références historiques mais il décrit aussi très bien l'évolution économique, sociale, politique de ces anciens pays du bloc soviétique. Cela a fait écho à ma lecture du « Limonov » d'Emmanuel Carrere. On retrouve aussi l'esprit russe, à travers le portrait de ces deux hommes. de belles pages paradoxales dans la description des mines abandonnées, des cheminées éteintes. Bref, un livre jouissif car on est dans le romanesque pur mais c'est aussi un texte sur l'histoire contemporaine, en particulier, l'évolution de la société russe et ukrainienne. Mais aussi sur l'histoire de ces zones. Il parle très bien de Makno, un anarchiste paysan ukrainien, qui s'était exilé en France et qui était surnommé « le petit père des ouvriers de la terre, des champs » et dont Joseph Kessel a narré son histoire, « Makno et sa juive ». On comprend beaucoup mieux la situation actuelle, et de façon simple. Un grand livre sur l'histoire contemporaine
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Citations & extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
BibaliceBibalice01 juin 2016
Alors que j'étais encore à l'âge de l'innocence politique, mes parents ont tenu à éclairer le mystère de mon prénom avec gravité :
Vladlen, cela signifie VLADimir LENine, mon garçon, tu étudieras plus tard sa vie et son oeuvre. En attendant, va jouer dans la cour avec Emile, le petit des voisins de palier. Papa doit prendre son tour de nuit à la mine.
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LiliGalipetteLiliGalipette15 juin 2016
« Le Donbass étalait ses industries décaties et immuables, sa seule histoire. La sensibilité prorusse y était latente, la russophonie, exclusive et l’héritage, soviétique. […] La ville de Donetsk prospérait sur le butin de l’anthracite, la manne de la sidérurgie et le pactole de l’énergie. » (p. 26)
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poirropoirro14 janvier 2017
Combien d'adolescents avaient voulu devenir cosmonautes avant de plonger dans les mines et de finir par pisser sur les plates-bandes des grands-mères, la tête levée vers le ciel constellé, le samedi soir, après les rasades hebdomadaires? Mais en quoi l'imposture soviétique avait-elle été supérieure à la supercherie du destin? Les gamins d'Occident aussi s'étaient rêvés héroïques avant de terminer comptables.
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granadagranada24 août 2016
...des nationalistes ukrainiens : «- Vive l’ Ukraine !
J’étais sans voix. Mon Ukraine à moi, avec ses mots russes, ses mines, ses plans quinquennaux, ses rivages, ses villages grecs, mon Ukraine n’existait pas pour ces gars. Ils ne la verraient jamais que comme une colonie du Kremlin. Car l’ Ukraine, c’était eux. Ils en étaient les dépositaires et ne sauraient tolérer les subtilités. « P. 215
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gromit33gromit3310 janvier 2017
L’histoire ! Ce passé aux milles visages, ces fondations sans lesquelles le futur est bancal, ce socle invisible ! L’histoire, brandie comme un étendard pour tous les partis
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Videos de Cédric Gras (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Cédric Gras
Soirée rencontre avec Cédric Gras autour de son livre : "La mer des cosmonautes". Le récit de son périple et de la fascinante conquête soviétique de l?Antarctique. PROGRAMME ? Rencontre, lecture, débat, dédicace et verre de l?amitié en présence de l?auteur.
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Anthracite, un roman de Cédric Gras

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