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EAN : 9782246670193
191 pages
Éditeur : Grasset (26/09/2007)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.68/5 (sur 3071 notes)
Résumé :
Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (326) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  07 décembre 2015
C'est un beau livre sur le secret. L'auteur nous raconte dans un premier temps l'histoire de ses parents, Maxime et Tania telle qu'il se l'imagine, mais il y a des blancs. Dans un deuxième temps, après l'aveu de Louise, il va reconstituer toute l'histoire de la famille.
Philippe Grimbert raconte avec des mots simples, emplis d'une grande pudeur, la naissance de l'amour entre sa mère Tania et son père Maxime. Cela n'a rien de glauque, car tous les deux sont mariés, il y a le poids des traditions et celui de l'époque. Il ne s'agit pas d'une simple histoire d'adultère. Ils se ressemblent, sportifs tous les deux, et c'est la guerre qui va sceller leur destin.
L'auteur décrit bien l'incrédulité : ils sont en France depuis des dizaines d'années, il ne peut rien leur arriver. Mais la bête immonde fait son nid, les valeurs changent, l'antisémitisme s'installe.
Philippe Grimbert ne juge jamais, il raconte l'histoire de sa famille, l'exode, les trains vers l'Est, vers des endroits qu'on n'ose encore imaginer. Il parle du choix de ne plus vouloir parler du passé trop lourd, allant jusqu'à décider de l'oublier, pour pouvoir survivre, de changer quelques lettres du nom, de la culpabilité du survivant, du deuil qu'on ne peut pas faire.
C'est un livre plein de tendresse, et on s'attache à tous les personnages, à leurs relations entre eux, à leur choix qui peuvent parfois surprendre, mais on savait si peu de choses à l'époque sur les camps, la solution finale…
Une image touchante : quand il rate l'oral du Bac parce qu'il ne sait pas comment exprimer ce qu'il pense de Laval, ce qui est interprété comme une acceptation possible de ses théories.
Un très beau livre qui parle directement au coeur du lecteur. Un témoignage poignant qui ne tombe jamais dans le pathos. On tourne la dernière page, tellement rempli d'émotions qu'il est difficile d'en parler. Je n'ai pas vu le film. En général, je suis déçue par rapport au livre mais, dans le cas présent, je serais assez tentée.
Note : 8,5/10
Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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NathalC
  07 février 2017
Un secret est une petite merveille de livre. Un hommage magnifique.
Alors petit garçon, l'auteur, fils unique, s'invente un grand frère, comme d'autres enfants s'inventent un ami imaginaire. Il va jusqu'à s'imaginer la rencontre de ses parents, l'idéaliser.
A l'adolescence, une amie de la famille va alors lui raconter la véritable histoire de toute la famille.
Une histoire poignante, une histoire qui change un homme.
Philippe Grimbert la raconte tout en délicatesse.
J'ai refermé ce livre avec une boule au ventre.
Merci M. Grimbert pour ce magnifique ouvrage.
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sandrine57
  05 octobre 2014
Dans le Paris de l'après-guerre, la famille Grimbert coule des jours paisibles entre leur boutique de la rue du Bourg-l'Abbé et le stade et la piscine où les parents, sportifs émérites, entretiennent leur physique d'athlète. Leur fils, lui, de faible constitution et de santé fragile, se tient éloigné des joies du sport, préférant collectionner les bonnes notes à l'école, dans l'espoir de laver la déception qu'il croit lire dans les yeux de son père. du passé de Maxime et Tania, il ne sait rien, mais il aime à imaginer leur première rencontre, leurs premiers émois et leurs années de guerre, derrière la ligne de démarcation, loin de Paris dont ils ont fui les restrictions. Pour se consoler de sa solitude, il s'est inventé un frère aîné, grand, beau, fort et sûr de lui, un frère avec lequel il se chamaille, se bagarre, un frère qui serait la fierté de ses parents. Il a quinze ans quand Louise, voisine et amie de la famille, lui confie le lourd secret que ses parents lui cachent depuis toujours, un secret qu'il pressentait mais dont il n'imaginait pas l'impact sur ses parents et sur lui-même.

En peu de mots, avec une pudeur extrême, Philippe GRIMBERT réussit à évoquer toute l'horreur de la shoah. Sans jamais écrire ni le mot juif, ni le mot camp, il dénonce une période de l'Histoire qui a vu s'effondrer le monde des juifs de France, confiants en leur pays, en leur gouvernants, en leur police. Pour échapper aux rafles et à la déportation, il fallait désobéir, refuser l'inscription à la préfecture, refuser l'étoile jaune, se réfugier dans la France Libre. Pour ceux qui ont survécu aux camps et ceux qui ont eu la chance de ne pas y aller, la joie d'être vivants a cédé devant le sentiment de culpabilité. Certains ont voulu tout oublier, effacer les humiliations, les violences, s'offrir une vie nouvelle, en scellant le passé. Pour ne plus souffrir, ils ont tu la souffrance, pour épargner leurs enfants, ils changé de noms, se sont réinventé un passé, une histoire. Mais le secret, latent et pesant, gangrène les familles. On cache toujours pour protéger mais la dissimulation, insidieuse, fait plus de mal qu'une vérité bien expliquée. Chez les Grinberg, devenus Grimbert, l'enfant sait sans savoir, ressent sans être sûr. L'histoire familiale qu'on lui a cachée est tapie dans ce corps qui refuse de s'épanouir, pèse sur ses frêles épaules, creuse son sternum, tétanise ses membres. Si la révélation fera naître d'autres questionnements, d'autres craintes, d'autres culpabilités, au moins, elle délivrera son corps de ce poids mort qui l'annihilait. Lui aussi se taira, pour, à son tour, protéger ses parents mais il trouvera un jour les mots pour lever la culpabilité et la peur.
Ce ''roman'' autobiographique est un concentré d'émotions fortes, un témoignage pudique et tendre qui évite habilement le pathos jusqu'au final, très émouvant, où l'on ne peut contrôler les larmes. A lire, évidemment.
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tiptop92
  12 décembre 2019
Philippe Grimbert - Un secret - 2004 : "Un secret" est un livre qui se mérite et qui malgré son peu de pages risquera d'être abandonné dès le début de sa lecture. En effet alors qu'on pense avoir affaire à des mémoires d'enfance tout à fait banales parlant d'un garçon souffreteux rejeté par son père, les révélation d'une amie sur le passé de la famille vont faire basculer ce roman dans le drame. La description d'un terrible secret lié à ses parents et marqué par une histoire d'amour coupable (l'infidélité du père), le tout sur fond de persécution du peuple juif et de déportation, permet grâce à la prose tout en sensibilité de l'auteur d'atteindre des sommets littéraires. Lui-même comme frappé dans ses gènes se sent partie prenante d'un passé qui ne le concerne pourtant pas directement. Né après la tempête il se rend compte que sa présence ne satisfait pas un père happé par les souvenirs d'un autre fils disparu avec sa précédente épouse dans des circonstances difficiles. On voit trop souvent des hommes et des femmes dévastées par le meurtre de leur enfant commis par un conjoint jaloux. Sans commettre elle même l'impensable, l'action de cette femme meurtrie se plaçait sur le même plan. Alors que la famille était en fuite à travers la France occupée, elle faisait sciemment dans un café un geste indiscret qui entraînait son arrestation et celle de son petit garçon par les supplétifs nazis. A l'image de ce fait irréversible, le livre exprimait avec pudeur des sentiments violents et équivoques. Il célébrait aussi le mariage de l'horreur et du désespoir qui marqua tous ces gens frappés de l'opprobre d'être juif, tzigane ou homosexuel. Peut-on seulement s'imaginer la douleur de toutes ces personnes obligées de se parer d'étoiles couleur de soleil qui les livraient à la haine des racistes, des homophobes et des antisémites de toutes sortes ? Peut-on vraiment partager l'humiliation ressentie par ces hommes, ces femmes et ces enfants ramenés au rang de bêtes par un cartel dominant dénué de toute humanité et de toute compassion ? Il est vrai qu'à aucun moment dans ce livre il n'était fait référence aux raisons pour lesquelles cette famille fut persécutée, mais tout était suffisamment suggéré pour comprendre que quand cette femme se laissait prendre par la police c'était vers la mort qu'elle se dirigeait. La famille endeuillée vivra alors avec le souvenir du petit garçon trop parfait projetant en négatif son image sur le narrateur dans son enfance. «Un secret» est un grand roman qui nous plonge par le biais d'un traumatisme familiale dans une des périodes la plus infamante de notre histoire. C'est aussi une façon de rappeler le danger que représente certaines idéologies encore bien trop présentes et actives à notre époque... d'une gravité saisissante
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joedi
  10 avril 2017
Surprise dès le début de la lecture car au vu de la photo de la couverture représentant Patrick Bruel et Cécile de France, photographie du film de Claude Miller, que je n'ai pas vu, je m'attendais à une toute autre histoire. Toutefois, j'ai apprécié l'écriture et cette période d'autobiographie que raconte Philippe Grimbert.
Enfant, fils unique, il s'invente un grand frère. À l'adolescence, Louise, la voisine, celle qui dispense ses bons soins aux habitués lui apprendra qu'il a eu un demi-frère, Simon, mort pendant la guerre. Louise lui révélera le secret de sa famille peu à peu. Le Secret c'est pendant l'occupation 1940-1945 qu'il prend naissance, les vies sont bouleversées ... Philippe, né en 1948, sans Louise serait resté dans l'ignorance.
Challenge Atout prix 2017 - Goncourt des Lycéens 2004 – Grand Prix des lectrices Elle – Roman - 2005
Chalenge Petits plaisirs 2017 – 191 pages
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Citations et extraits (141) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine43   04 avril 2011
[Incipit.]

Chapitre 1.

Fils unique, j'ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, à mes amis de passage. J'avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible.

J'étais toujours envieux, en visite chez un camarade, quand s'ouvrait la porte sur un autre qui lui ressemblait quelque peu. Des cheveux en bataille, un sourire en coin qu'on me présentait en deux mots : "?Mon frère.?" Une énigme, cet intrus avec lequel il fallait tout partager, y compris l'amour. Un vrai frère. Un semblable dans le visage duquel on se découvrait pour trait commun une mèche rebelle ou une dent de loup, un compagnon de chambrée dont on savait le plus intime, les humeurs, les goûts, les faiblesses, les odeurs. Une étrangeté pour moi qui régnais seul sur l'empire des quatre pièces de l'appartement familial.

Unique objet d'amour, tendre souci de mes parents, je dormais pourtant mal, agité par de mauvais rêves. Je pleurais sitôt ma lampe éteinte, j'ignorais à qui s'adressaient ces larmes qui traversaient mon oreiller et se perdaient dans la nuit. Honteux sans en connaître la cause, souvent coupable sans raison, je retardais le moment de sombrer dans le sommeil. Ma vie d'enfant me fournissait chaque jour des tristesses et des craintes que j'entretenais dans ma solitude. Ces larmes, il me fallait quelqu'un avec qui les partager.

Chapitre 2

Un jour enfin je n'ai plus été seul. J'avais tenu à accompagner ma mère dans la chambre de service, où elle voulait faire un peu de rangement. Je découvrais sous les toits cette pièce inconnue, son odeur de renfermé, ses meubles bancals, ses empilements de valises aux serrures rouillées. Elle avait soulevé le couvercle d'une malle dans laquelle elle pensait retrouver les magazines de mode qui publiaient autrefois ses dessins. Elle avait eu un sursaut en y découvrant le petit chien aux yeux de bakélite qui dormait là, couché sur une pile de couvertures. La peluche râpée, le museau poussiéreux, il était vêtu d'un manteau de tricot. Je m'en étais aussitôt emparé et l'avais serré sur ma poitrine, mais j'avais dû renoncer à l'emporter dans ma chambre, sensible au malaise de ma mère qui m'incitait à le remettre à sa place.
La nuit qui a suivi je pressais pour la première fois ma joue mouillée contre la poitrine d'un frère. Il venait de faire son entrée dans ma vie, je n'allais plus le quitter.

De ce jour j'ai marché dans son ombre, flotté dans son empreinte comme dans un costume trop large. Il m'accompagnait au square, à l'école, je parlais de lui à tous ceux que je rencontrais. A la maison j'avais même inventé un jeu qui me permettait de lui faire partager notre existence : je demandais qu'on l'attende avant de passer à table, qu'on le serve avant moi, que l'on prépare ses affaires avant les miennes au moment du départ en vacances. Je m'étais créé un frère derrière lequel j'allais m'effacer, un frère qui allait peser sur moi, de tout son poids.

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mlle-lauramlle-laura   20 août 2008
Il fallait bien qu'un jour ou l'autre son fantôme apparût dans cette brêche, qu'il surgit de ces confidences. Ma découverte du petit chien de peluche l'avait arraché à sa nuit et il était venu hanter mon enfance. Sans ma vieille amie, peut-être n'aurais-je jamais su. Sans doute aurais je continué à partager mon lit avec celui qui m'imposait sa force, ignorant que c'était avec Simon que je luttais, enroulant mes jambes aux siennes, mêlant mon souffle au sien et finissant toujours vaincu. Je ne pouvais pas savoir qu'on ne gagne jamais contre un mort.
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OriOri   27 juin 2008
Citations (à ne pas lire si vous ne connaissez pas "le secret") :
- Tous mes proches savaient, tous avaient connu Simon, l'avaient aimé. Tous avaient en mémoire sa vigueur, son autorité. Et tous me l'avaient tu. A leur tour, sans le vouloir, ils l'avaient rayé de la liste des morts comme de celle des vivants, répétant par amour le geste de ses assassins."
- "Jusqu'à leur arrivée dans le café on n'entendra pas sa voix. Un peu plus tard elle parlera, pour la première fois depuis le départ de Paris. Alors elle prononcera une phrase, une seule, qui perdra Simon"
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jeanbiscottejeanbiscotte   14 octobre 2011
Et toujours ces questions : régulièrement on m'interrogeait sur les origines du nom Grimbert, on s'inquiétait de son orthographe exacte, exhumant le "n" qu'un "m" était venu remplacer, débusquant le "g" qu'un "t" devait faire oublier, propos que je rapportais à la maison, écartés d'un geste par mon père. [...]
Un "m" pour un "n", un "t" pour un "g", deux infimes modifications. Mais "aime" avait recouvert "haine", dépossédé du "j'ai" j'obéissais désormais à l'impératif du "tais".
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NanneNanne   31 janvier 2009
Fils unique, j'ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, à mes amis de passage. J'avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible.
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Vidéo de Philippe Grimbert
Karine Henry, de la librairie Comme un roman, présente son coup de c?ur pour "Rudik, l'autre Noureev", de Philippe Grimbert. Christelle Siméon, de la librairie Drugstore Publicis, nous présente "Rudik, l'autre Noureev", de Philippe Grimbert.
De retour de sa première visite en Russie depuis son célèbre saut vers la liberté, Noureev est extrêmement déprimé et en confie la raison à son psychanalyste, marquant le début d'une cure peu orthodoxe. Mais qui va réellement mener la danse ?
De retour de sa première visite en Russie depuis son célèbre saut vers la liberté, le danseur étoile Rudolf Noureev, très déprimé, consulte Tristan Feller, psychanalyste du Tout-Paris. Le thérapeute est rapidement déstabilisé par la personnalité hors du commun de « Rudik » , qui impose un cours peu orthodoxe à la cure : plongée dans l'histoire d'une légende vivante mais aussi affrontement entre les deux hommes durant lequel se déploient jeux de pouvoir et de fascination. À travers ce roman d'une analyse exceptionnelle, c'est à un voyage au-delà des masques que nous convie Philippe Grimbert.
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