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Michel Meyer (Préfacier, etc.)Terje Sinding (Traducteur)
EAN : 9782253085720
187 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (16/03/2005)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 91 notes)
Résumé :
Hedda Gabler reste un des personnages phare de la dramaturgie universelle. L'histoire d'une femme qui aurait voulu se sauver elle-même, mais à qui la société bourgeoise, mal faite, et des contemporains médiocres ne le permirent pas. La figure fatale de l'héroïne malfaisante s'irradie au-dessus de l''horreur petite-bourgeoise. Le génie d'Ibsen c'est de transformer sa position de victime, au contexte social et familial écrasant, en criminelle ; de découvrir les abîmes... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Musardise
  14 avril 2018
Jørgen Tesman, historien sans grande envergure, rentre avec sa femme Heddda d'un voyage de noces de six mois, durant lequel il a surtout passé son temps à étudier. Il a choisi d'offrir à Hedda la maison, fort coûteuse, dont, croit-il, elle rêvait - on découvrira que sur ce point il se trompe lourdement -, dans laquelle ils emménagent à peine débarqués. C'est que ce mariage est quasiment une mésalliance. Si Tesman est plutôt issu de la petite bourgeoisie, Hedda appartient à la haute, voire la très haute bourgeoisie - ce qui ne va pas sans un mépris et une cruauté affichés pour ceux qui ne sont pas de sa classe. Cette union s'enracine donc dès le départ dans un différend que rendent criantes les différences sociales qui séparent les époux, ce qui ne fera que conforter le sentiment de vacuité propre à Hedda.
Chacun des personnages a un but propre : pour Tesman, c'est son travail, mais surtout la capacité à faire reconnaître les travaux d'autres chercheurs ; la tante de Tesman met toute sa vie dans son rôle de garde-malade auprès de sa soeur ; Ejlert Løvborg, ami de Tesman, est un historien qui a réussi à combattre ses démons et se voue désormais entièrement à ses travaux ; Thea Elvsted est l'amie bienveillante et la collaboratrice de Løvborg ; quant au juge Brack, son unique but est de mettre Hedda dans son lit. Hedda, elle, n'a pas de but réellement avoué, sinon la volonté d'accéder à quelque chose de pur, de beau - ce qui va à l'encontre de tout ce que lui demande la société. Or, la vie bourgeoise dans laquelle on veut l'enfermer, mais dans laquelle elle s'est également elle-même enfermée, fonctionne comme un piège. Elle n'a guère de perspective que d'être femme au foyer, mère (elle est enceinte, bien que le niant farouchement), et tout à la fois, pourquoi pas, la maîtresse discrète du juge Brack. C'est là que les didascalies d'Ibsen sont particulièrement précieuses : on va voir, au fur et à mesure des actes, l'appartement sombrer petit à petit dans l'obscurité. Les rideaux vont masquer les portes-fenêtres qui donnaient sur le jardin et laissaient passer la lumière du soleil à grands flots, la lumière des lampes va s 'amenuiser jusqu'à n'être plus qu'une très faible lueur en arrière-plan. Et les fleurs, qu'on avait parsemées à profusion dans le salon, vont disparaître.
Ce qui mettra le feu aux poudres dans l'existence de femme mariée, qui s'annonce très morne, de Hedda Tesman, ce seront les arrivées successives de Thea Elvsted et de Ejlert Løvborg. Lui, qui a longtemps gâché son talent en beuveries et autres excès, a enfin écrit un livre à succès et est sur le point de publier ce qu'il considère comme son chef-d'oeuvre. Elle, l'a pour ainsi dire accouché et s'est émancipée au point de quitter mari et enfants pour le suivre. Lui est un ancien amoureux de Hedda du temps où il ne produisait rien de bon, elle une ancienne condisciple de collège, que Hedda aimait particulièrement persécuter. Ces deux-là mettent Hedda face à sa vie bourgeoise vide de sens. La réponse sera à l'image de ce que fut la jeune Hedda Gabler et à ce qu'est toujours Hedda Tesman : cruelle. Pour autant, il lui faudra encore aller plus loin pour faire complètement fi des concessions et choisir une solution irrémédiable pour échapper à un destin médiocre. Mais la pièce ne donne pas dans les longs dialogues, ni dans les explications psychologiques. Plutôt axée sur des échanges brefs, des phrases interrompues ou allusives, elle nous emmène du côté du symbolisme avec l'aspiration à la beauté - jusque dans la cruauté - exprimée par Hedda, tout en s'insérant dans un cadre réaliste, mettant en scène non seulement des désirs et des attentes contraires et contrariés, mais prenant également racine dans une tension sociale insoluble.
Ibsen, on le sait, est toujours allé à contre-courant des idées-reçues de la société de son temps. Hypocrisie des élites, euthanasie, inceste, émancipation des femmes : il a traité de tout cela, et plus encore. Ici, il attaque un autre tabou, celui de la maternité, qui n'est vécue comme Hedda que comme un carcan supplémentaire que lui impose la société, et non comme une occasion d'épanouissement. Il y avait là de quoi déranger à une époque où les femmes étaient avant tout considérées comme des mères - mais je suis persuadée qu'Ibsen dérange encore beaucoup de nos jours. Son sujet fut toujours la question de l'émancipation de l'individu, et Hedda Gabler ne fait pas exception à la règle.

Challenge Théâtre 2017-2018
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peloignon
  15 février 2013
Ibsen s'ingénie comme personne à exposer les tensions interpersonnelles que peuvent causer la vacuité d'une intériorité.
Toute la consistance dramatique de la pièce, tout son dynamisme, comme pour la logique hégélienne, provient d'un néant précisément déterminé, d'un être vide.
Tout explosera de manière imminente lorsqu'un être, gonflé à bloc d'ennui, qui persiste, par une lâche et insensible indolence à sa divertir, se met à extérioriser apathiquement son désarrois. Dès lors, la souffrance guette, imminente, l'instant de tout abolir…
Une grande pièce qui vaut vraiment le détour.
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cmpf
  02 décembre 2017
Voici la pièce d'Ibsen que j'ai voulu lire après Une maison de poupée.
C'est le portrait d'une femme difficile à comprendre. Après une liaison platonique avec un homme brillant mais qui se révèlera faible, Hedda fille orgueilleuse d'un général a épousé un historien assez falot qui ponctue tous ses discours de “hein !” “Dis donc” “Pense donc” et agace sa femme qui a souvent du mal à se maîtriser.
D'une façon tout à fait différente de la Nora d'une maison de poupée, Hedda est coincée dans une vie bourgeoise qui l'ennuie.
Bien qu'il semble que ce soit elle qui ait rompu elle saisit l'occasion de se venger de son ancien amoureux mais aussi d'une ancienne condisciple de couvent qui a su influer sur la destinée d'un homme, justement cet ancien amoureux devenu alcoolique et qu'elle a aidé à travailler sur un nouvel ouvrage savant. Insupportable pour elle qui souffre de n'avoir aucun rôle.
Manipulant sans scrupule son entourage elle agit sans donner vraiment l'impression d'un but clair ni à ses yeux, ni aux nôtres.
Décidément il eut été dommage de ne pas connaître Ibsen.

Challenge Théâtre 2017-2018
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Bruidelo
  08 septembre 2017
Un très beau personnage, Hedda Gabler, trouble, complexe, surprenant, plein de recoins obscurs et de braises, qui nous bringuebale d'un sentiment à l'autre. Hedda Gabler est terrible, cruelle, destructrice, mais on la comprend, elle nous touche, son incapacité à supporter la médiocrité, la laideur, le ridicule de la vie. Elle s'ennuie Hedda, elle s'ennuie à mourir, coincée dans une vie qui ne lui va pas, qui n'est pas à sa taille, elle part en vrille. Il y a en elle des aspirations, des exigences qui se heurtent violemment au monde qui l'entoure, elle est à la fois bourreau et victime, elle nous choque par sa noirceur mais on la plaint. Comme si sa conviction que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue la plaçait au-delà du bien et du mal. Comme si les tensions entre les carcans des conventions, l'étroitesse de ce que la vie lui propose, et ses désirs profonds ne pouvaient que produire une force explosive.
Challenge théâtre 2017-2018
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Soundandfury
  28 mars 2012
Une pièce très accessible et très complexe à la fois, mettant en scène une sublime figure de femme, une femme qui se heurte à la pauvreté des possibles dans sa vie: être une épouse, être une mère. Et point barre. ça fait pitié, je la comprends...
Vous l'aurez compris, j'ai adoré cette pièce (même s'il semble que ce ne soit pas pour les bonnes raisons, celles des universitaires émérites, érudits, éclairés, ééé...et caetera.).
Le personnage féminin central, Hedda, est magnifique... d'une complexité dont on ne peut venir à bout, alors que l'ensemble est d'une telle limpidité... Se lit très vite, n'a pas cette pesanteur habituelle des pièces, qui nous rappelle à chaque page que ce texte n'est pas fait pour être lu mais pour être joué. Peu de personnages, une situation a priori simple. Et 3000 ambiguïtés. 10000 Interprétations. Tout ce que j'aime.
Les époux Tesman rentrent de voyage de noce. Lui est un intellectuel qui étudie l'histoire de la culture Elle, elle l'a épousé en connaissance de cause, mais ne parvient à se satisfaire de cet être terne et trop insignifiant. Elle rêve de grandes choses, mais sans parvenir à leur donner de contours précis, d'où une grande frustration...
Hedda Gabler (de son nom de jeune fille) est une femme qui ne demande qu'à vivre, mais souffre de n'avoir, en tant que femme, qu'une emprise médiocre sur le monde. Ne sachant (n'osant?) aimer, elle est en partie "défaite" du rôle type d'épouse, qui la dégoûte. Aucune autre possibilité ne s'offre à elle qu'un insatisfaisant et stérile jeu de séduction, dans lequel elle ne trouve pas son compte.
(suite sur Tale me more)
Elle va jalouser/envier/désirer une autre femme, Théa, qui, elle, a su influencer la destinée d'un autre homme, Loveborg, en faisant d'un noceur un homme nouveau, "nettoyé", auteur d'un livre à succès. Hedda connaissait Loveborg, elle en était très proche, mais la réputation sulfureuse de celui-ci et la crainte d'Hedda de perdre en respectabilité les ont séparés (enfin, c'est un peu moins clair que ça, je sais que je me trompe en l'écrivant...).
Hedda comme elle le dit si justement elle-même en prenant place sur le canapé, va vouloir se mettre entre eux deux. Elle peut sembler méchante, froide, manipulatrice... mais ça sonne plutôt comme la rage du désespoir. Ce qui est magnifique, c'est qu'elle ne souhaite au fond que vivre quelque chose de beau.
Et quand ce beau n'arrive pas... Quand les médiocres semblent avoir le dessus et triompher sans elle...
Lien : http://talememore.hautetfort..
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise   07 mai 2018
MADEMOISELLE TESMAN, changeant tout à coup de ton. —Non ! Mais quand on pense que te voici marié, Jorgen ! Et que c'est toi qui as conquis la charmante Hedda Gabler ! Songe donc ! Elle qui avait tant de jeunes cavaliers autour d'elle !
TESMAN, fredonnant un peu, avec un sourire de contentement. —Oui, je crois que, çà et là, en ville, j'ai quelques amis qui m'envient. Hein ?
MADEMOISELLE TESMAN.—Et ce long voyage de noces que tu as fait ! Plus de cinq, près de six mois.
TESMAN.— Hein ! Il faut dire que, pour moi, cela a été en même temps une espèce de voyage d'études. Toutes ces archives à compulser ! Et tant de livres à lire, si tu savais !
MADEMOISELLE TESMAN.—Oui, c'est très bien tout cela. (Confidentiellement, baissant la voix.) Mais, écoute donc, Jorgen, n'as-tu pas quelque chose, quelque chose de particulier à m'apprendre ?
TESMAN.— Au sujet de notre voyage ?
MADEMOISELLE TESMAN. — Oui.
TESMAN.— Non, rien que je sache, en dehors de ce que je vous ai écrit. Ma promotion au grade de docteur ; je t'en ai parlé hier, n'est-ce pas ?
MADEMOISELLE TESMAN.—Oui, tout cela, je le sais. Mais je veux dire n'as-tu pas, n'as-tu pas —voyons ! —quelques espérances ?
TESMAN.— Des espérances ?
MADEMOISELLE TESMAN.—Mon Dieu, Jorgen, ne suis-je pas ta vieille tante ?
TESMAN.—Certes, certes, j'ai des espérances.
MADEMOISELLE TESMAN.—Vraiment ?
TESMAN.—Les meilleures espérances d'être nommé professeur un de ces jours.
MADEMOISELLE TESMAN.—Professeur, oui, je sais bien.
TESMAN.— Ou plutôt, j'ose dire que j'en ai la certitude. Mais, ma bonne tante Juliane, tu sais cela aussi bien que moi !
MADEMOISELLE TESMAN, souriant. —Oui, oui, certainement. Tu as raison. (Changeant de ton.) Mais nous parlions du voyage. Il a dû te coûter beaucoup d'argent, dis, Jorgen ?
TESMAN.—Mon Dieu, oui. La bourse qu'on m'a donnée a couvert une bonne partie des frais.
MADEMOISELLE TESMAN.—Oui, mais ce que je ne comprends pas, c'est que cela ait pu suffire pour deux.
TESMAN.— Non, non, ce n'est pas si facile à comprendre, n'est-ce pas ? Hein ?
MADEMOISELLE TESMAN.—Et quand on voyage avec une dame encore. C'est que cela coûte infiniment plus cher, à ce que j'ai entendu dire.
TESMAN.— Oui, bien entendu, cela coûte un peu plus cher. Mais, vois-tu, tante, il fallait que Hedda fît ce voyage ! Il le fallait vraiment. Cela n'aurait pas été convenable autrement.
MADEMOISELLE TESMAN.—Non, non, peut-être bien. Aujourd'hui, un voyage de noces, cela appartient pour ainsi dire aux convenances. Mais, dis-moi, commences-tu à bien te reconnaître dans ta maison ?
TESMAN.—Je crois bien. Je suis sur pied depuis la pointe du jour pour passer tout en revue.
MADEMOISELLE TESMAN. — Et cela te plaît-il ?
TESMAN.—Beaucoup ! Énormément ! Il n'y a qu'une chose que je ne puis comprendre : que veux-tu que nous fassions de ces deux chambres vides entre la pièce du fond et la chambre à coucher de Hedda ?
MADEMOISELLE TESMAN, souriant. —Oh ! mon cher Jorgen, on trouvera bien à les employer avec le temps.
TESMAN.—C'est vrai, tu as bien raison, tante Juliane. Plus tard, quand j'aurai augmenté ma bibliothèque, je... Hein?
MADEMOISELLE TESMAN.—C'est cela, mon cher enfant. J'ai pensé à ta bibliothèque.

Acte premier
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JoohJooh   23 avril 2018
LOVBORG - Oui, Hedda, - et quand je me confessais à vous ! Quand je vous racontais des choses que personne ne savait. Quand j'avouais que j'avais passé mes nuits et mes jours dans la débauche. Jour après jour. Oh Hedda, - quel pouvoir en vous m'obligeait à une telle confession ?

HEDDA - Vous croyez qu'il y avait un pouvoir en moi ?

LOVBORG - Oui, comment l'expliquer autrement ? Et toutes ces - ces questions voilées que vous me posiez.

HEDDA - Et que vous compreniez si bien.

LOVBORG - Que vous ayez pu me questionner ainsi ! Si hardiment !

HEDDA - De manière voilée, je vous prie.

LOVBORG - Et pourtant, si hardiment. Me questionner sur - ces choses là !

HEDDA - Et que vous m'ayez répondu, monsieur Lovborg !

LOVBORG - Oui, c'est ce que je ne comprends pas, - maintenant. Mais dites-moi, Hedda, - au fond, n'était-ce pas de l'amour ? N'était-ce pas comme si vous vouliez me purifier, - quand je venais me confesser à vous ? N'était-ce pas cela ?

HEDDA - Pas tout à fait.

LOVBORG - Qu'est-ce qui vous poussait, alors ?

HEDDA - Vous paraît-il si étrange qu'une jeune fille, - si cela se passe - comment dire - en secret...

LOVBORG - Eh bien ?

HEDDA - Qu'elle puisse avoir envie de jeter un regard dérobé sur un monde que...

LOVBORG  - Que...?

HEDDA  - ... qu'elle n'a pas le droit de connaître ?
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MusardiseMusardise   19 avril 2018
HEDDA, regardant devant elle. - Mon Dieu ! Je ne sais pas pourquoi je serais heureuse. Pourriez-vous me le dire, vous ?
BRACK. - Mais, entre autres, parce que vous avez eu ce que vous désiriez. Je parle de votre maison.
HEDDA, le regarde et sourit. - Vous y croyez donc aussi, à cette histoire de désir réalisé ?
BRACK. - Comment ? Il n'y aurait rien de vrai là-dedans ?
HEDDA. - Si, une seule chose.
BRACK. - Quoi ?
HEDDA. - C'est que j’avais besoin de Tesman pour me reconduire chez moi l'été dernier, quand je sortais le soir.
BRACK. - Hélas ! Je devais prendre un autre chemin... que vous.
HEDDA. - C'est vrai. Vous suiviez un autre chemin... l'été dernier.
BRACK, souriant. - Vous n'avez pas honte, madame Hedda ! Mais voyons. Nous disions donc que Tesman et vous ?...
HEDDA. - Oui. Nous passions un soir par ici. Mon pauvre Tesman se tordait d'embarras : il ne trouvait rien à dire. C'est alors que j'ai e pitié de l'infortuné savant.
BRACK, avec un sourire de doute. - Vraiment ? Hem.
HEDDA. - Je vous prie de le croire. Alors, pour lui tendre la perche, j'eus l'étourderie de dire que j'aimerais demeurer dans cette villa.
BRACK. - Rien de plus ?
HEDDA. - Pas ce soir-là.
BRACK. - Mais plus tard, n'est-ce pas ?
HEDDA. - Oui, mon cher juge, mon étourderie a eu des suites.
BRACK. - Hélas ! C'est le cas de la plupart de nos étourderies, madame Hedda.
HEDDA. - Merci ! Mais vous voyez que c'est par une admiration commune pour la villa de Mme Falk que notre entente a commencé. Les fiançailles, le mariage, le voyage de noces et le reste n'ont été qu'une suite. Oui, oui, mon cher juge, j'allais presque dire : comme on fait son lit, on se couche.

Acte deuxième (Traduction Moritz Prozor)
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MusardiseMusardise   15 avril 2018
BRACK. - Je crois que le défaut gît ailleurs.
HEDDA. - Où donc ?
BRACK. - Vous n'avez jamais rien connu de vraiment stimulant.
HEDDA. - Rien de sérieux, voulez-vous dire ?
BRACK. - Eh oui ! Si vous voulez ! Mais cela pourrait changer maintenant.
HEDDA, hochant la tête. - Ah ! Vous parlez de tous les ennuis que suscite ce misérable poste de professeur ! Cela ne regarde que Tesman. Je n'y songe seulement pas.
BRACK. - Non, non, ne parlons pas de cela. Mais s'il vous incombait des devoirs sérieux, ce qu'on appelle en style élevé de graves responsabilités ? (Souriant.) Enfin, de nouveaux devoirs, ma petite madame Hedda.
HEDDA, avec colère. - Taisez-vous ! Cela n'arrivera jamais !
BRACK, d'un air réfléchi. - Nous en reparlerons dans un an, au plus tard.
HEDDA, d'un ton bref. - Je n'ai pas la vocation, monsieur le juge. Qu'on ne vienne pas me parler de devoirs, à moi.
BRACK. - Quoi ! Vous n'auriez pas, comme la plupart des femmes, de vocation pour...
HEDDA, près de la porte vitrée. - Ah ! Taisez-vous, vous dis-je ! Il me semble souvent qu'il n'y a pour moi qu'une profession au monde.
BRACK, s'approchant d'elle. - Laquelle, si j'ose vous le demander ?
HEDDA, regardant dehors. - Celle de m'ennuyer à mort, puisque vous voulez le savoir.

Acte deuxième (Traduction de Moritz Prozor)
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KahlanAmnellKahlanAmnell   15 mars 2015
HEDDA (à mi-voix). - Oh, - quelle délivrance dans ce qui est arrivé à Ejlert Lövborg.

BRACK. - Délivrance, madame Hedda ? Oui, pour lui c'est en effet une délivrance.

HEDDA. - Je veux dire, pour moi. Quelle délivrance de savoir qu'il peut y avoir un acte de courage en ce monde. Un acte spontanément teinté de beauté.

BRACK (souriant). - Hm, - ma chère madame Hedda.

HEDDA. - Oh, je sais ce que vous allez me dire. Vous aussi, vous êtes un spécialiste, - comme en ce moment !

BRACK (la regardant fermement). - Ejlert Lövborg vous était plus cher que vous ne voulez vous l'avouer. Ou je me trompe ?

HEDDA. - Je refuse de vous répondre. Je sais seulement qu'Ejlert Lövborg a eu le courage de vivre sa vie comme il l'entendait. Et puis, - cette grandeur ! Cet acte teinté de beauté. Avoir la force et la volonté de quitter le festin de la vie - si tôt.

BRACK. - Je suis désolé, madame Hedda, -mais je suis obligé de vous arracher à une belle illusion.

HEDDA. - Une illusion ?

BRACK. - Qui, de toute manière, se serait vite dissipée.

HEDDA. - De quoi s'agit-il ?

BRACK. - Il ne s'est pas tué - de son plein gré.

HEDDA. - Pas de son plein gré !

BRACK. - Non. L'affaire ne s'est pas déroulée comme je l'ai dit.

HEDDA (tendue). - Vous avez dissimulé quelque chose ? Qu'y a-t-il ?

BRACK. - Par égard pour cette pauvre Mme Elvsted, j'ai utilisé quelques circonlocutions.

HEDDA. - Lesquelles ?

BRACK. - D'abord, il est déjà mort.

HEDDA. - A l'hôpital.

BRACK. - Oui. Et sans avoir repris connaissance.

HEDDA. - Qu'avez-vous dissimulé encore ?

BRACK. - Que l'incident ne s'est pas passé dans sa chambre.

HEDDA. - Enfin, ça n'a pas une grande importance.

BRACK. - Vous faites erreur. Car je vais vous dire, - Ejlert Lövborg a été retrouvé blessé dans - dans le boudoir de Mlle Diana.

HEDDA (voulant se lever, mais retombant dans son fauteuil). - C'est impossible, monsieur le juge ! Il n'a pas pu y retourner !

BRACK. - Il y est retourné cet après-midi. Il est venu réclamer quelque chose qu'on lui aurait volé. Tenant des propos confus sur un enfant qui aurait disparu.

HEDDA. - Ah, - je vois...

BRACK. - J'ai pensé qu'il devait s'agir du manuscrit. Mais il l'a lui-même détruit, d'après ce que j'ai compris. Alors, ça devait être son portefeuille.

HEDDA. - Sans doute. - Et c'est là, - c'est là qu'il a été retrouvé.

BRACK. - Oui. Avec un pistolet déchargé dans la poche de son veston. Mortellement atteint.

HEDDA. - A la poitrine, - oui.

BRACK. - Non, - il a été atteint au bas-ventre.

HEDDA (le regardant avec une expression de dégoût). - Cela aussi ! Oh, le ridicule, le vulgaire, se répand comme une malédiction sur tout ce que je touche.
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Date de parution : mars 2019 -------------- Dans une mise en scène de Jean-François Sivadier : du 7 au 15 mars à la MC2 Grenoble, du 10 mai au 15 juin au théâtre de l'Odéon (Paris). -------------- Les frères Tomas et Peter Stockmann se ressemblent comme le jour à la nuit. Ensemble, ils ont pourtant fondé l??établissement des bains? d?une petite ville portuaire du sud de la Norvège. Tomas, médecin intègre, mesure la qualité des eaux. En tant que maire, Peter compte sur la prospérité de la station thermale pour asseoir son pouvoir. Quand les eaux s?avèrent contaminées par la tannerie locale, les masques tombent. le médecin croit devoir la vérité au peuple quand le politicien ne songe qu?à défendre ses intérêts. le socle d?une pure tragédie ? Henrik Ibsen maintient sa fable sur une crête plus ambigüe. Autour de la fratrie déchirée, les citoyens papillonnent, hésitent et bifurquent jusqu?à la bouffonnerie. Quant à nous, c?est entre la consternation et le rire franc que nous balançons.
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