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Michel Meyer (Préfacier, etc.)Terje Sinding (Traducteur)
EAN : 9782253085720
187 pages
Le Livre de Poche (16/03/2005)
3.98/5   113 notes
Résumé :
Hedda Gabler reste un des personnages phare de la dramaturgie universelle. L'histoire d'une femme qui aurait voulu se sauver elle-même, mais à qui la société bourgeoise, mal faite, et des contemporains médiocres ne le permirent pas. La figure fatale de l'héroïne malfaisante s'irradie au-dessus de l''horreur petite-bourgeoise. Le génie d'Ibsen c'est de transformer sa position de victime, au contexte social et familial écrasant, en criminelle ; de découvrir les abîmes... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Musa_aka_Cthulie
  14 avril 2018
Jørgen Tesman, historien sans grande envergure, rentre avec sa femme Heddda d'un voyage de noces de six mois, durant lequel il a surtout passé son temps à étudier. Il a choisi d'offrir à Hedda la maison, fort coûteuse, dont, croit-il, elle rêvait - on découvrira que sur ce point il se trompe lourdement -, dans laquelle ils emménagent à peine débarqués. C'est que ce mariage est quasiment une mésalliance. Si Tesman est plutôt issu de la petite bourgeoisie, Hedda appartient à la haute, voire la très haute bourgeoisie - ce qui ne va pas sans un mépris et une cruauté affichés pour ceux qui ne sont pas de sa classe. Cette union s'enracine donc dès le départ dans un différend que rendent criantes les différences sociales qui séparent les époux, ce qui ne fera que conforter le sentiment de vacuité propre à Hedda.
Chacun des personnages a un but propre : pour Tesman, c'est son travail, mais surtout la capacité à faire reconnaître les travaux d'autres chercheurs ; la tante de Tesman met toute sa vie dans son rôle de garde-malade auprès de sa soeur ; Ejlert Løvborg, ami de Tesman, est un historien qui a réussi à combattre ses démons et se voue désormais entièrement à ses travaux ; Thea Elvsted est l'amie bienveillante et la collaboratrice de Løvborg ; quant au juge Brack, son unique but est de mettre Hedda dans son lit. Hedda, elle, n'a pas de but réellement avoué, sinon la volonté d'accéder à quelque chose de pur, de beau - ce qui va à l'encontre de tout ce que lui demande la société. Or, la vie bourgeoise dans laquelle on veut l'enfermer, mais dans laquelle elle s'est également elle-même enfermée, fonctionne comme un piège. Elle n'a guère de perspective que d'être femme au foyer, mère (elle est enceinte, bien que le niant farouchement), et tout à la fois, pourquoi pas, la maîtresse discrète du juge Brack. C'est là que les didascalies d'Ibsen sont particulièrement précieuses : on va voir, au fur et à mesure des actes, l'appartement sombrer petit à petit dans l'obscurité. Les rideaux vont masquer les portes-fenêtres qui donnaient sur le jardin et laissaient passer la lumière du soleil à grands flots, la lumière des lampes va s 'amenuiser jusqu'à n'être plus qu'une très faible lueur en arrière-plan. Et les fleurs, qu'on avait parsemées à profusion dans le salon, vont disparaître.
Ce qui mettra le feu aux poudres dans l'existence de femme mariée, qui s'annonce très morne, de Hedda Tesman, ce seront les arrivées successives de Thea Elvsted et de Ejlert Løvborg. Lui, qui a longtemps gâché son talent en beuveries et autres excès, a enfin écrit un livre à succès et est sur le point de publier ce qu'il considère comme son chef-d'oeuvre. Elle, l'a pour ainsi dire accouché et s'est émancipée au point de quitter mari et enfants pour le suivre. Lui est un ancien amoureux de Hedda du temps où il ne produisait rien de bon, elle une ancienne condisciple de collège, que Hedda aimait particulièrement persécuter. Ces deux-là mettent Hedda face à sa vie bourgeoise vide de sens. La réponse sera à l'image de ce que fut la jeune Hedda Gabler et à ce qu'est toujours Hedda Tesman : cruelle. Pour autant, il lui faudra encore aller plus loin pour faire complètement fi des concessions et choisir une solution irrémédiable pour échapper à un destin médiocre. Mais la pièce ne donne pas dans les longs dialogues, ni dans les explications psychologiques. Plutôt axée sur des échanges brefs, des phrases interrompues ou allusives, elle nous emmène du côté du symbolisme avec l'aspiration à la beauté - jusque dans la cruauté - exprimée par Hedda, tout en s'insérant dans un cadre réaliste, mettant en scène non seulement des désirs et des attentes contraires et contrariés, mais prenant également racine dans une tension sociale insoluble.
Ibsen, on le sait, est toujours allé à contre-courant des idées-reçues de la société de son temps. Hypocrisie des élites, euthanasie, inceste, émancipation des femmes : il a traité de tout cela, et plus encore. Ici, il attaque un autre tabou, celui de la maternité, qui n'est vécue comme Hedda que comme un carcan supplémentaire que lui impose la société, et non comme une occasion d'épanouissement. Il y avait là de quoi déranger à une époque où les femmes étaient avant tout considérées comme des mères - mais je suis persuadée qu'Ibsen dérange encore beaucoup de nos jours. Son sujet fut toujours la question de l'émancipation de l'individu, et Hedda Gabler ne fait pas exception à la règle.

Challenge Théâtre 2017-2018
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peloignon
  15 février 2013
Ibsen s'ingénie comme personne à exposer les tensions interpersonnelles que peuvent causer la vacuité d'une intériorité.
Toute la consistance dramatique de la pièce, tout son dynamisme, comme pour la logique hégélienne, provient d'un néant précisément déterminé, d'un être vide.
Tout explosera de manière imminente lorsqu'un être, gonflé à bloc d'ennui, qui persiste, par une lâche et insensible indolence à sa divertir, se met à extérioriser apathiquement son désarrois. Dès lors, la souffrance guette, imminente, l'instant de tout abolir…
Une grande pièce qui vaut vraiment le détour.
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cmpf
  02 décembre 2017
Voici la pièce d'Ibsen que j'ai voulu lire après Une maison de poupée.
C'est le portrait d'une femme difficile à comprendre. Après une liaison platonique avec un homme brillant mais qui se révèlera faible, Hedda fille orgueilleuse d'un général a épousé un historien assez falot qui ponctue tous ses discours de “hein !” “Dis donc” “Pense donc” et agace sa femme qui a souvent du mal à se maîtriser.
D'une façon tout à fait différente de la Nora d'une maison de poupée, Hedda est coincée dans une vie bourgeoise qui l'ennuie.
Bien qu'il semble que ce soit elle qui ait rompu elle saisit l'occasion de se venger de son ancien amoureux mais aussi d'une ancienne condisciple de couvent qui a su influer sur la destinée d'un homme, justement cet ancien amoureux devenu alcoolique et qu'elle a aidé à travailler sur un nouvel ouvrage savant. Insupportable pour elle qui souffre de n'avoir aucun rôle.
Manipulant sans scrupule son entourage elle agit sans donner vraiment l'impression d'un but clair ni à ses yeux, ni aux nôtres.
Décidément il eut été dommage de ne pas connaître Ibsen.

Challenge Théâtre 2017-2018
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Bruidelo
  08 septembre 2017
Un très beau personnage, Hedda Gabler, trouble, complexe, surprenant, plein de recoins obscurs et de braises, qui nous bringuebale d'un sentiment à l'autre. Hedda Gabler est terrible, cruelle, destructrice, mais on la comprend, elle nous touche, son incapacité à supporter la médiocrité, la laideur, le ridicule de la vie. Elle s'ennuie Hedda, elle s'ennuie à mourir, coincée dans une vie qui ne lui va pas, qui n'est pas à sa taille, elle part en vrille. Il y a en elle des aspirations, des exigences qui se heurtent violemment au monde qui l'entoure, elle est à la fois bourreau et victime, elle nous choque par sa noirceur mais on la plaint. Comme si sa conviction que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue la plaçait au-delà du bien et du mal. Comme si les tensions entre les carcans des conventions, l'étroitesse de ce que la vie lui propose, et ses désirs profonds ne pouvaient que produire une force explosive.
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Krissie78
  27 mai 2022
« Hedda Gabler » est l'une des trois pièces les plus connues du dramaturge norvégien Henrik Ibsen avec « La maison de poupée » et « La dame de la mer ».
La pièce s'ouvre sur le retour d'un long voyage de noce. Hedda et Jorgen se sont absentés pendant 6 mois. Elle est fille de général, lui aspire à devenir professeur à l'université. Il croit la rendre heureuse en les installant dans une belle et grande maison. Ce n'est pas un mariage d'amour. Hedda croyait épouser un homme ayant une situation aisée. Mais Jorgen n'est pas à la hauteur, contrairement à un ancien amant d'Hedda qui réapparaît soudain et qui lui est en passe de connaître le succès et devient un concurrent pour le poste brigué par Jorgen, et donc un danger pour les ambitions d'Hedda. Les rivalités entre les uns et les autres, la jalousie, l'orgueil et l'ennui d'Hedda les mèneront tous au drame.
"Hedda Gabler" fit scandale à sa sortie et ne fut jouée en Norvège qu'après sa création en Allemagne en 1890. On reproche à Ibsen de dresser le portrait d'une femme trop libre, trop fantasque, trop cruelle. Voilà qui ne convient pas au puritanisme nordique. Elle est en fait le destin tragique d'une femme qui n'a pas su donner un sens à sa vie.
Ibsen a créé ici l'un des grands rôles féminins du théâtre moderne. La personnalité d'Hedda est complexe, sombre, multiple, offrant à toute comédienne un terrain fertile pour exploiter les tourments de l'âme et donner libre cours à toutes les forces de la dramaturgie. Dans une atmosphère de huis clos étouffant, Hedda se fait calculatrice, manipulatrice, enjôleuse, douce ou violente.
« Hedda Gabler » s'inscrit dans la continuité de l'oeuvre d'Ibsen, analyse sociale et sociétale faite par un dramaturge classé parmi les naturalistes. Celui-ci excelle à décrire les tréfonds de l'âme tout en interpellant le spectateur sur les fondements de la société. Ici c'est de la place des femmes qu'il est question avec ce personnage qui n'accepte pas le rôle que sa condition lui impose. Si le texte prête moins à scandale aujourd'hui, il contribue à inscrire Ibsen dans un tournant dans l'écriture théâtrale et l'ancrant dans la modernité.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Musa_aka_CthulieMusa_aka_Cthulie   07 mai 2018
MADEMOISELLE TESMAN, changeant tout à coup de ton. —Non ! Mais quand on pense que te voici marié, Jorgen ! Et que c'est toi qui as conquis la charmante Hedda Gabler ! Songe donc ! Elle qui avait tant de jeunes cavaliers autour d'elle !
TESMAN, fredonnant un peu, avec un sourire de contentement. —Oui, je crois que, çà et là, en ville, j'ai quelques amis qui m'envient. Hein ?
MADEMOISELLE TESMAN.—Et ce long voyage de noces que tu as fait ! Plus de cinq, près de six mois.
TESMAN.— Hein ! Il faut dire que, pour moi, cela a été en même temps une espèce de voyage d'études. Toutes ces archives à compulser ! Et tant de livres à lire, si tu savais !
MADEMOISELLE TESMAN.—Oui, c'est très bien tout cela. (Confidentiellement, baissant la voix.) Mais, écoute donc, Jorgen, n'as-tu pas quelque chose, quelque chose de particulier à m'apprendre ?
TESMAN.— Au sujet de notre voyage ?
MADEMOISELLE TESMAN. — Oui.
TESMAN.— Non, rien que je sache, en dehors de ce que je vous ai écrit. Ma promotion au grade de docteur ; je t'en ai parlé hier, n'est-ce pas ?
MADEMOISELLE TESMAN.—Oui, tout cela, je le sais. Mais je veux dire n'as-tu pas, n'as-tu pas —voyons ! —quelques espérances ?
TESMAN.— Des espérances ?
MADEMOISELLE TESMAN.—Mon Dieu, Jorgen, ne suis-je pas ta vieille tante ?
TESMAN.—Certes, certes, j'ai des espérances.
MADEMOISELLE TESMAN.—Vraiment ?
TESMAN.—Les meilleures espérances d'être nommé professeur un de ces jours.
MADEMOISELLE TESMAN.—Professeur, oui, je sais bien.
TESMAN.— Ou plutôt, j'ose dire que j'en ai la certitude. Mais, ma bonne tante Juliane, tu sais cela aussi bien que moi !
MADEMOISELLE TESMAN, souriant. —Oui, oui, certainement. Tu as raison. (Changeant de ton.) Mais nous parlions du voyage. Il a dû te coûter beaucoup d'argent, dis, Jorgen ?
TESMAN.—Mon Dieu, oui. La bourse qu'on m'a donnée a couvert une bonne partie des frais.
MADEMOISELLE TESMAN.—Oui, mais ce que je ne comprends pas, c'est que cela ait pu suffire pour deux.
TESMAN.— Non, non, ce n'est pas si facile à comprendre, n'est-ce pas ? Hein ?
MADEMOISELLE TESMAN.—Et quand on voyage avec une dame encore. C'est que cela coûte infiniment plus cher, à ce que j'ai entendu dire.
TESMAN.— Oui, bien entendu, cela coûte un peu plus cher. Mais, vois-tu, tante, il fallait que Hedda fît ce voyage ! Il le fallait vraiment. Cela n'aurait pas été convenable autrement.
MADEMOISELLE TESMAN.—Non, non, peut-être bien. Aujourd'hui, un voyage de noces, cela appartient pour ainsi dire aux convenances. Mais, dis-moi, commences-tu à bien te reconnaître dans ta maison ?
TESMAN.—Je crois bien. Je suis sur pied depuis la pointe du jour pour passer tout en revue.
MADEMOISELLE TESMAN. — Et cela te plaît-il ?
TESMAN.—Beaucoup ! Énormément ! Il n'y a qu'une chose que je ne puis comprendre : que veux-tu que nous fassions de ces deux chambres vides entre la pièce du fond et la chambre à coucher de Hedda ?
MADEMOISELLE TESMAN, souriant. —Oh ! mon cher Jorgen, on trouvera bien à les employer avec le temps.
TESMAN.—C'est vrai, tu as bien raison, tante Juliane. Plus tard, quand j'aurai augmenté ma bibliothèque, je... Hein?
MADEMOISELLE TESMAN.—C'est cela, mon cher enfant. J'ai pensé à ta bibliothèque.

Acte premier
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JoohJooh   23 avril 2018
LOVBORG - Oui, Hedda, - et quand je me confessais à vous ! Quand je vous racontais des choses que personne ne savait. Quand j'avouais que j'avais passé mes nuits et mes jours dans la débauche. Jour après jour. Oh Hedda, - quel pouvoir en vous m'obligeait à une telle confession ?

HEDDA - Vous croyez qu'il y avait un pouvoir en moi ?

LOVBORG - Oui, comment l'expliquer autrement ? Et toutes ces - ces questions voilées que vous me posiez.

HEDDA - Et que vous compreniez si bien.

LOVBORG - Que vous ayez pu me questionner ainsi ! Si hardiment !

HEDDA - De manière voilée, je vous prie.

LOVBORG - Et pourtant, si hardiment. Me questionner sur - ces choses là !

HEDDA - Et que vous m'ayez répondu, monsieur Lovborg !

LOVBORG - Oui, c'est ce que je ne comprends pas, - maintenant. Mais dites-moi, Hedda, - au fond, n'était-ce pas de l'amour ? N'était-ce pas comme si vous vouliez me purifier, - quand je venais me confesser à vous ? N'était-ce pas cela ?

HEDDA - Pas tout à fait.

LOVBORG - Qu'est-ce qui vous poussait, alors ?

HEDDA - Vous paraît-il si étrange qu'une jeune fille, - si cela se passe - comment dire - en secret...

LOVBORG - Eh bien ?

HEDDA - Qu'elle puisse avoir envie de jeter un regard dérobé sur un monde que...

LOVBORG  - Que...?

HEDDA  - ... qu'elle n'a pas le droit de connaître ?
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Musa_aka_CthulieMusa_aka_Cthulie   19 avril 2018
HEDDA, regardant devant elle. - Mon Dieu ! Je ne sais pas pourquoi je serais heureuse. Pourriez-vous me le dire, vous ?
BRACK. - Mais, entre autres, parce que vous avez eu ce que vous désiriez. Je parle de votre maison.
HEDDA, le regarde et sourit. - Vous y croyez donc aussi, à cette histoire de désir réalisé ?
BRACK. - Comment ? Il n'y aurait rien de vrai là-dedans ?
HEDDA. - Si, une seule chose.
BRACK. - Quoi ?
HEDDA. - C'est que j’avais besoin de Tesman pour me reconduire chez moi l'été dernier, quand je sortais le soir.
BRACK. - Hélas ! Je devais prendre un autre chemin... que vous.
HEDDA. - C'est vrai. Vous suiviez un autre chemin... l'été dernier.
BRACK, souriant. - Vous n'avez pas honte, madame Hedda ! Mais voyons. Nous disions donc que Tesman et vous ?...
HEDDA. - Oui. Nous passions un soir par ici. Mon pauvre Tesman se tordait d'embarras : il ne trouvait rien à dire. C'est alors que j'ai e pitié de l'infortuné savant.
BRACK, avec un sourire de doute. - Vraiment ? Hem.
HEDDA. - Je vous prie de le croire. Alors, pour lui tendre la perche, j'eus l'étourderie de dire que j'aimerais demeurer dans cette villa.
BRACK. - Rien de plus ?
HEDDA. - Pas ce soir-là.
BRACK. - Mais plus tard, n'est-ce pas ?
HEDDA. - Oui, mon cher juge, mon étourderie a eu des suites.
BRACK. - Hélas ! C'est le cas de la plupart de nos étourderies, madame Hedda.
HEDDA. - Merci ! Mais vous voyez que c'est par une admiration commune pour la villa de Mme Falk que notre entente a commencé. Les fiançailles, le mariage, le voyage de noces et le reste n'ont été qu'une suite. Oui, oui, mon cher juge, j'allais presque dire : comme on fait son lit, on se couche.

Acte deuxième (Traduction Moritz Prozor)
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Musa_aka_CthulieMusa_aka_Cthulie   15 avril 2018
BRACK. - Je crois que le défaut gît ailleurs.
HEDDA. - Où donc ?
BRACK. - Vous n'avez jamais rien connu de vraiment stimulant.
HEDDA. - Rien de sérieux, voulez-vous dire ?
BRACK. - Eh oui ! Si vous voulez ! Mais cela pourrait changer maintenant.
HEDDA, hochant la tête. - Ah ! Vous parlez de tous les ennuis que suscite ce misérable poste de professeur ! Cela ne regarde que Tesman. Je n'y songe seulement pas.
BRACK. - Non, non, ne parlons pas de cela. Mais s'il vous incombait des devoirs sérieux, ce qu'on appelle en style élevé de graves responsabilités ? (Souriant.) Enfin, de nouveaux devoirs, ma petite madame Hedda.
HEDDA, avec colère. - Taisez-vous ! Cela n'arrivera jamais !
BRACK, d'un air réfléchi. - Nous en reparlerons dans un an, au plus tard.
HEDDA, d'un ton bref. - Je n'ai pas la vocation, monsieur le juge. Qu'on ne vienne pas me parler de devoirs, à moi.
BRACK. - Quoi ! Vous n'auriez pas, comme la plupart des femmes, de vocation pour...
HEDDA, près de la porte vitrée. - Ah ! Taisez-vous, vous dis-je ! Il me semble souvent qu'il n'y a pour moi qu'une profession au monde.
BRACK, s'approchant d'elle. - Laquelle, si j'ose vous le demander ?
HEDDA, regardant dehors. - Celle de m'ennuyer à mort, puisque vous voulez le savoir.

Acte deuxième (Traduction de Moritz Prozor)
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KahlanAmnellKahlanAmnell   15 mars 2015
HEDDA (à mi-voix). - Oh, - quelle délivrance dans ce qui est arrivé à Ejlert Lövborg.

BRACK. - Délivrance, madame Hedda ? Oui, pour lui c'est en effet une délivrance.

HEDDA. - Je veux dire, pour moi. Quelle délivrance de savoir qu'il peut y avoir un acte de courage en ce monde. Un acte spontanément teinté de beauté.

BRACK (souriant). - Hm, - ma chère madame Hedda.

HEDDA. - Oh, je sais ce que vous allez me dire. Vous aussi, vous êtes un spécialiste, - comme en ce moment !

BRACK (la regardant fermement). - Ejlert Lövborg vous était plus cher que vous ne voulez vous l'avouer. Ou je me trompe ?

HEDDA. - Je refuse de vous répondre. Je sais seulement qu'Ejlert Lövborg a eu le courage de vivre sa vie comme il l'entendait. Et puis, - cette grandeur ! Cet acte teinté de beauté. Avoir la force et la volonté de quitter le festin de la vie - si tôt.

BRACK. - Je suis désolé, madame Hedda, -mais je suis obligé de vous arracher à une belle illusion.

HEDDA. - Une illusion ?

BRACK. - Qui, de toute manière, se serait vite dissipée.

HEDDA. - De quoi s'agit-il ?

BRACK. - Il ne s'est pas tué - de son plein gré.

HEDDA. - Pas de son plein gré !

BRACK. - Non. L'affaire ne s'est pas déroulée comme je l'ai dit.

HEDDA (tendue). - Vous avez dissimulé quelque chose ? Qu'y a-t-il ?

BRACK. - Par égard pour cette pauvre Mme Elvsted, j'ai utilisé quelques circonlocutions.

HEDDA. - Lesquelles ?

BRACK. - D'abord, il est déjà mort.

HEDDA. - A l'hôpital.

BRACK. - Oui. Et sans avoir repris connaissance.

HEDDA. - Qu'avez-vous dissimulé encore ?

BRACK. - Que l'incident ne s'est pas passé dans sa chambre.

HEDDA. - Enfin, ça n'a pas une grande importance.

BRACK. - Vous faites erreur. Car je vais vous dire, - Ejlert Lövborg a été retrouvé blessé dans - dans le boudoir de Mlle Diana.

HEDDA (voulant se lever, mais retombant dans son fauteuil). - C'est impossible, monsieur le juge ! Il n'a pas pu y retourner !

BRACK. - Il y est retourné cet après-midi. Il est venu réclamer quelque chose qu'on lui aurait volé. Tenant des propos confus sur un enfant qui aurait disparu.

HEDDA. - Ah, - je vois...

BRACK. - J'ai pensé qu'il devait s'agir du manuscrit. Mais il l'a lui-même détruit, d'après ce que j'ai compris. Alors, ça devait être son portefeuille.

HEDDA. - Sans doute. - Et c'est là, - c'est là qu'il a été retrouvé.

BRACK. - Oui. Avec un pistolet déchargé dans la poche de son veston. Mortellement atteint.

HEDDA. - A la poitrine, - oui.

BRACK. - Non, - il a été atteint au bas-ventre.

HEDDA (le regardant avec une expression de dégoût). - Cela aussi ! Oh, le ridicule, le vulgaire, se répand comme une malédiction sur tout ce que je touche.
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Vidéo de Henrik Ibsen
Dans le 121e épisode du podcast Le bulleur, on vous présente Un ennemi du peuple, que l’on doit à Javi Rey à partir d’une pièce de théâtre d’Henrik Ibsen, édité chez Dupuis dans la collection Aire Libre. Cette semaine aussi, on revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec : – La sortie de l’album Londonish que l’on doit au scénario de Philippe Charlot, au dessin de Miras et c’est édité chez Grand angle – La sortie de l’album Ulysse Nobody que l’on doit au scénario de Gérard Mordillat, au dessin de Sébastien Gnaedig et c’est édité chez Futuropolis – La sortie de l’album Gabriel que l’on doit à Emmanuel Temps et aux éditions Des ronds dans l’O – La sortie de l’album Monsieur le commandant, adapté du roman de Romain Slocombe, scénario per Xavier Betancourt, mis en dessin par Étienne Oburie et édité chez Philéas – La sortie du 5e tome de la série Shi intitulé Black Friday, que l’on doit au scénario de Zidrou, au dessin de Josep Homs et c’est édité chez Dargaud – La réédition en intégrale de la série Juan Solo que l’on doit au scénario d’Alejandro Jodorowsky, au dessin de Georges Bess et c’est édité chez Les humanoïdes associés
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