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EAN : 9782070178803
320 pages
Gallimard (24/03/2016)
2.89/5   9 notes
Résumé :
Le héros de ce roman n'a pas de véritable identité : quelques souvenirs d'enfance, des expériences dans l'informatique balbutiante de la Silicon Valley à l'orée des eighties, puis des années de galère. jusqu'au moment où les événements s'accélèrent. Chauffeur pour une agence d'escorts-girls, il se retrouve une nuit avec un cadavre sur les bras, une mystérieuse carte magnétique en poche, et des tueurs impitoyables à ses trousses. Exilé par hasard - échoué - dans l'ét... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Le lien entre l'homme et la technologie devient de plus en plus complexe au regard de l'évolution et du perfectionnement de ces outils désormais indispensables que sont les téléphones portables, tablettes, ordinateurs et autres appareils électroniques qui investissent chaque jour un peu plus notre quotidien, sans que l'on ne s'en rende vraiment compte. C'est par le biais de nos données que l'on diffuse journellement sur les canaux numériques, et qui sont rassemblées sous la fameuse dénomination floue de « big data » que l'on commence à se poser quelques questions sur notre capacité à prendre la pleine mesure de la puissance de ces instruments et de ceux qui savent en exploiter tous les éléments. Dans ce contexte, au travers d'un polar anxiogène flirtant sur le genre du thriller, Exil de Frédéric Jaccaud pose le postulat effrayant de savoir si l'homme peut encore maîtriser cette technologie qu'il a créée.

A l'exception de vagues souvenirs d'enfance, il n'a plus de passé, plus d'avenir, plus de nom. Il est en exil. Déconnecté du monde numérique, il est chauffeur pour une agence d'escort girls et surfe sur les routes de Los Angeles en conduisant les filles au gré de leurs différents rendez-vous. La lecture comble l'attente, l'ennui, la vacuité d'une vie sans relief jusqu'à ce que Peggy Sue revienne de son rendez-vous tarifié en lui remettant une carte magnétique avant de succomber à ses blessures. Poursuivi par des tueurs déterminés il échoue dans l'étrange petite ville de Grey Lake. Quels secrets renferment cette agglomération et cette mystérieuse carte magnétique ? Et que recèle ces étranges messages codés qu'il retrouve sur les cadavres qui jalonnent sa route ? D'un exil à l'autre, il est des errances sans fin.

De l'imaginaire à l'utopie jusqu'à sa concrétisation, du rêve bricolé dans un garage jusqu'à la réalité d'un consumérisme aussi aveugle qu'effréné, Frédéric Jaccaud pose un regard désenchanté, presque amer, sur ce parcours numérique qu'il questionne. Exil est un roman étrange qui s'installe sur la vague du polar en oscillant sur les rivages du thriller pour nous conduire subtilement sur la bordure de l'anticipation en faisant la part belle aux références, comme Burrough, Philip K. Dick et Gibson dont l'un des romans accompagne cet énigmatique protagoniste sans nom. On pense aussi au regretté Dantec qui nous a quitté récemment. Une abondance d'influences donc, qui émanent probablement de la Maison d'Ailleurs à Yverdon, musée de la science fiction et des voyages extraordinaires dont l'auteur est le conservateur et dont on perçoit une infime richesse avec cet abécédaire que l'on découvre en fin d'ouvrage permettant ainsi au lecteur de prolonger ses réflexions ou d'appréhender l'histoire sous des prismes différents.

L'intrigue débute avec une scène d'action qui se déroule sur un très court instant, mais qui jalonnera tout le récit comme pour incarner cette relativité du temps ou cette métrique logicielle que l'on perçoit au travers des lignes mystérieuses de ces étranges codes qui émaillent la narration. Une interruption brutale puis l'auteur nous invite dans l'environnement de cet homme sans nom qui circule dans les artères de Los Angeles dont l'urbanisme présente toutes les similitudes avec ce circuit imprimé qui illustre la couverture de l'ouvrage, évoquant le souvenir lointain d'un film comme Tron où l'homme se glisse au coeur de cette architecture numérique. L'individu semble posséder des compétences dans le hacking, mais a désormais retiré la prise de la machine qu'il possède et qui le relie à ce passé comme un cordon ombilical. Un homme éteint, un programme en latence ou incarne-t-il Sadziak, étudiant surdoué, pionnier de cette ère numérique où l'on met au point des machines capables de communiquer avec d'autres machines sans percevoir les implications qu'elles peuvent engendrer par le biais d'un langage codé ? Ainsi, sur un rythme nonchalant, Jaccaud dépeint cette évolution désenchantée d'un environnement désincarné. Puis, de poursuites trépidantes en fusillades percutantes, tout s'accélère jusqu'à ce que l'on découvre la ville de Grey Lake, incarnation parfaite de ces agglomérations servant de décor pour la Quatrième Dimension. Dans cet univers baigné de quiétude, notre héros aspire à nouveau à l'oubli, malgré un climat étrange teinté d'une certaine paranoïa.

Finalement, Exil peut se présenter comme un immense code que le lecteur déchiffrera au gré de ses propres connaissances et de ses propres références ; il déchiffrera aussi, à sa manière, ce roman érudit, à l'écriture maîtrisée, fluide, tout en élégance, et où le visuel omniprésent permet de s'immerger dans les méandres d'un récit énigmatique. Ainsi la réalité côtoie le virtuel dans une oscillation entre les délires paranoïaques et la lucidité troublée d'un homme qui ne parvient plus à définir la périphérie entre le réel et l'imaginaire dans laquelle il se situe.

Dans un registre différent par rapport à Hécate (Gallimard, 2014), on ressent ce même malaise et ce trouble, qui s'invite dans un climat délirant propice à toutes les interprétations que susciteront notamment ce mystérieux portrait qui achève un récit où les questions se heurtent au silence obstiné d'un monde numérique que l'on ne comprend plus.


Frédéric Jaccaud : Exil. Editions Gallimard/Série Noire 2016.

A lire en écoutant : Broken de Gorillaz. Album : Plastic Beach. EMI Group 2010.


Lien : http://monromannoiretbienser..
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Frédéric Jaccaud, né à Lausanne en 1977, est un écrivain suisse. Titulaire d'une licence ès Lettres, il publie régulièrement des articles critiques sur les littératures de genre dans différentes revues et a tenu une chronique régulière sur des oeuvres oubliées traitant de voyages imaginaires, d'utopies et de science-fiction. Quatrième roman de l'auteur, Exil vient tout juste de paraître.
Le narrateur, dont on ne sait pas le nom, a fricoté dans l'informatique naissante dans la Silicon Valley mais aujourd'hui, après diverses galères, il est chauffeur pour une boite d'escort-girls. Un soir, l'une des filles vient mourir dans sa voiture, lui laissant en héritage une mystérieuse carte magnétique et des types pas vraiment aimables à ses trousses qui l'obligent à fuir vers la frontière canadienne.
C'est en gros, le premier des quatre chapitres de ce roman et ça débute plutôt bien, classique certes mais on remarque particulièrement le travail d'écriture de l'écrivain, encore que, peut-être trop appuyée, ce qui loin de m'impressionner m'inquiète plutôt. La suite du roman va me tirer des grimaces tout du long. le polar classique se mue en une sorte de parodie/hommage des oeuvres de William Burroughs, Philip K. Dick et Maurice G. Dantec. Or, si les uns et les autres ont des qualités, la somme de ces parties ne donne pas ce qu'on pourrait en espérer. En tout cas pas ici.
Notre narrateur se retrouve embringué dans une abracadabrante histoire de codes secrets que des poursuivants de toutes sortes voudraient le voir traduire, de complots menés par des puissants, d'une société secrète de femmes… blablabla… Tout ceci est charmant quand c'est bien torché mais là, nous sommes dans le mou et le flou (Comme dans un film de Godard ? Un autre Suisse, tiens !), la crédibilité scénaristique est oubliée depuis longtemps et le lecteur ne sait plus trop à quoi se rattraper. Nombreux abandonneront ; si je ne l'ai pas fait c'est que le précédent roman de l'écrivain, Hécate, m'avait fort emballé et que j'attendais beaucoup de celui-ci.
La fin du bouquin, comme l'auraient voulu ses illustres inspirateurs, nous laisse dans la perplexité, tout cela n'était-il qu'un délire paranoïaque du narrateur, une métaphore sur le passage de l'enfance à l'âge adulte quand nous perdons le sens du merveilleux et du réel ? Et nous restons songeur quand deux personnages déclarent : « Nous avons lu les mêmes livres et nous partageons les mêmes références. (…) Votre esprit est confronté au doute perpétuel. Vous affrontez une déception perpétuelle. (…) Votre échec implique le nôtre. » Frédéric Jaccaud s'adresse-t-il directement à son lecteur, car oui je connais ces bouquins, oui, j'ai été déçu tout du long de ma lecture et oui, j'en conclus que l'écrivain a raté son but.
Je lirai néanmoins le prochain roman de l'auteur car à cette heure je suis partagé, un bon et un mauvais réclament un troisième avis pour conclure.
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Mixant sans complexe le roman policier , de science fiction , d'anticipation voire l'essai philosophique , « Exil » nous entraine dans le délire réel ou rêvé d'un homme qui a travaillé dans l'informatique au balbutiement de la Silicon Valley , puis, après s'être retrouvé complètement désargenté , a conduit dans de somptueuses berlines allemandes des prostituées à leurs Rendez Vous tarifés pour échouer à Grey Lake , cette ville paumée , peuplée de gens bizarres où l'on a découvert une femme et un homme assassinés . Par qui ? Pourquoi ? Mystère. La seule piste étant ces morceaux de papier où figurent une liste de codes que le héros va tenter de déchiffrer .
Un livre complexe , déroutant et surprenant , au scénario tortueux qui nous laisse souvent perplexe sur la finalité et le rôle des personnages de ce roman mais qui nous fait réfléchir sur la place de l'humain dans ce monde de plus en digitalisé. Un monde binaire , qu'ont rêvé et conçu quelques jeunes aventuriers fantasques mais à la tête bien faite dans quelques garages bourrés d'équipements électroniques . Les start -up d'hier se sont transformées aujourd'hui en mastodontes de l'ère numérique , cotés en bourse et réalisant des profits hallucinants , laissant derrière elles leurs idéaux utopiques pour se concentrer sur la croissance de leur revenu . Au détriment de leurs âmes ?
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L'ambigu blues ultime du hacker condamné à l'exil réel et métaphorique.

Sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2016/04/19/note-de-lecture-exil-frederic-jaccaud/
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Dans l’unique pièce à vivre, les premiers entassements visibles dessinent un code-barres incertain contre le mur ; des piles hétéroclites de livres s’élèvent du sol à mi-plafond et se concurrencent en hauteur et en stabilité – des livres mineurs lus en un seul soir, coincés entre le volant de la voiture allemande et la fumée de cigarette, qui se seront aussitôt fait oublier, enserrant sans aucune pudeur des œuvres majeures dont le décryptage a demandé des heures de concentration. Leur côtoiement vertical peut faire croire à une tentative artistique ; un questionnement sur la valeur de la littérature au sens de production de masse. Mais ces piliers se sont érigés dans un désordre imposé par l’indétermination de mes lectures, rien d’autre, aucun sens caché. Certaines colonnes se sont effondrées et les ouvrages jonchent lamentablement le sol, paraissent stupides et tragiques tels des cadavres de papier refusant de faisander.
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La folie du chasseur de primes me surprend car elle ne m’est pas étrangère. Dans le conservatisme nostalgique du shérif et cet éloge de la norme bien-pensante du temps présent, je distingue deux facettes contradictoires qui s’opposent dans mon for intérieur. Le monde utopique du shérif n’a jamais existé ; mais son souvenir fantasmé fait naître une nostalgie doucereuse qui m’empêche de croire au lendemain. Le monde d’aujourd’hui me rassure dans son immédiateté, parce qu’il me permet de profiter au jour le jour des plaisirs futiles et des biens acquis. L’une et l’autre de ces représentations me frustrent ; le saccage du passé annonce l’inconsistance de notre futur. Moi, homme qui se croyait médiateur entre deux époques diamétralement opposées, je m’aperçois enfin que mon rôle est vain.
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Le livre fermé sur mes genoux – Neuromancer, William Gibson -, je sors ma tête par la vitre ouverte et découvre sans surprise le ciel cathodique décrit à la première page du roman. Une nouvelle cigarette – le bruit du tabac sec qui brûle et consume progressivement cette lucidité inutile induite par la lecture d’un vulgaire roman de science-fiction. Peut-on poser comme postulat que nous allons entrer dans une ère technologique engendrée par l’homme que l’homme lui-même ne comprendra bientôt plus ? (…) « C’est un bouquin sur le monde de demain – sur la technologie et la communication. Tout y est sombre et triste. On voit une société qui est devenue l’inverse de ce qu’elle a tenté de créer – et puis, ce n’est pas vraiment demain. On y est déjà. En fait, ça parle d’aujourd’hui. »
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Peut-on poser comme postulat que nous allons entrer dans une ère technologique engendrée par l'homme que l'homme lui-même ne comprendra bientôt plus ?
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Ils veulent reconstituer une histoire ; trouver un sens dans l'insondable de la violence , de la douleur , d'une femme pendue par les pieds à un arbre .
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Vidéo de Frédéric Jaccaud
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