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EAN : 9782266166454
473 pages
Éditeur : Pocket (24/09/2007)

Note moyenne : 3.44/5 (sur 41 notes)
Résumé :

Logres. Petite ville grise, inquiétante, étrangement familière. Gilles Saurat, professeur débutant, vient y prendre son premier poste. Le voilà livré au monstre de 1'Education nationale, qui dispense à une génération de jeunes gens indolents un enseignement perverti par des méthodes pédagogiques aberrantes. Sur place, Gilles trouve à se loger chez une veuve complaisante qui l'introduit dans une b... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  20 décembre 2007
Que demande-t-on à un romancier ?
1) de raconter une histoire de façon passionnante. Peu importe s'il pioche pour cela dans sa vie personnelle pourvu que le lecteur ne s'en rende pas compte et que le projet dépasse l'habituelle ambition (très) bornée de la contemplation hypnotique de son seul nombril.
2) de posséder un style qui mérite ce nom et dont on puisse se souvenir.
3) Eventuellement, de rendre un hommage, discret ou pas, aux écrivains dont les textes ont nourri le romancier.
4) et si, en plus, le romancier parvient à "coller" aux questions sociales du moment, alors là, il n'est pas loin de pouvoir prétendre à rejoindre le club des Très Grands.
Eh ! bien ! Pour moi, la chose ne fait aucun doute : Pierre Jourde et "Festins Secrets" remplissent largement les trois premières parts - et même la quatrième - de ce contrat.
Au départ, un homme - Gilles Saurat, professeur de collège - en route pour un premier poste dans la ville de Logres (tout un programme, ce nom). Il sommeille à demi au fond d'un train sur laquelle la nuit tombe. En face de lui, un petit homme qui, jadis, lui aussi, fut professeur à Logres. Une conversation - ou plutôt un monologue - s'engage. L'ancien professeur est intarissable sur Logres, ses notables, son lycée, sa racaille. Mais à vrai dire, Saurat n'écoute qu'à moitié - quand encore il écoute ...
... ...
(Non, je ne vous raconterai pas tout ce qui se déroule dans ce train qui semble rouler à l'aveugle. Mais un conseil si vous vous décidez à lire ce roman : soyez attentif à TOUT. Wink)
... ...
Le voilà sur le quai, puis hors de la gare, à la recherche de la maison de Mme van Reeth chez qui il a loué une chambre. Mme van Reeth est veuve d'un homme d'affaires qui se doublait d'un collectionneur d'érotiques du XVIIIème. Une aubaine peut-être pour Saurat qui doit préparer sa thèse ...
Sur l'ensemble, une nuée de voiles opaques, de la pluie, froide, obstinée, des ombres qui vont, qui viennent, qu'on croit déjà connaître et qui, pourtant, à bien les regarder, ne vous disent plus rien, des voix mêmes ...
Dès le début, quelqu'un d'ailleurs s'adresse à Saurat comme s'il le regardait vivre - ou comme s'il l'avait déjà vu vivre ? ...
On pense bien sûr à Kafka, à ces villes glauques qui hantent des romans comme "Le Golem" ou "La Cité de l'Indicible Peur" ou encore certains films muets allemands. On pense aussi à "La Foire des Ténèbres" de Bradbury et à tous ces films dont le héros se rend compte trop tard qu'il fait partie d'un mystérieux spectacle. On pense en fait à beaucoup de choses mais le coup de maître de "Festins Secrets", c'est d'allier cette richesse romanesque et culturelle à un portrait précis de notre société dans ce que celle-ci a de plus noir.
Avec un courage que je trouve admirable, dans une langue qui semble toute simple et pourtant très travaillée, sans jamais sombrer dans le jargon pédantesque qui est le propre de tant d'universitaires contemporains, Pierre Jourde aligne un par un les dangers qui guettent le XXIème siècle : la violence banalisée, la violence pratiquée au nom du respect d'une religion rétrograde, la violence excusée par les médias et les "intellectuels" au nom de principes qui datent de l'immédiate après-guerre et qui ne sont plus en phase avec les réalités économiques et sociales de notre pays ; le racisme le plus abject justifié par la politique israélo-palestinienne et absous par la gauche bien-pensante ; la volonté de nier l'être humain, notamment quand il est de sexe féminin ou trop faible pour se défendre - un procédé bien connu des nazis, Jourde a le cran d'établir le parallèle ...
Il vise, il tire et il fait mouche. C'est du grand art.
Croyez-moi : lisez "Festins Secrets" qui restera dans notre littérature non seulement en raison de ses qualités techniques ou de sa façon d'évoquer les problèmes de société tout en tenant son lecteur en haleine mais aussi parce que, en ce début des années 2000 et depuis déjà trop d'années, les vrais romans se font rares en France et que celui-là en est un - oui, un sacré bon roman ! ;o)
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Charybde2
  16 mai 2013
Le premier grand roman de Pierre Jourde. Un vrai festin littéraire, en effet.
Publié en 2005, "Festins secrets" fut sans doute le roman de la révélation pour Pierre Jourde (c'est en tout cas par là que je l'ai découvert à l'époque), pour cet écrivain jusqu'alors surtout connu pour ses talents de critique authentique, et malgré - déjà - l'écho et la polémique suscités par sa troisième fiction, "Pays perdu", en 2003.
À la relecture, plus encore qu'en première approche, il est saisissant de constater à quel point l'exigence et le talent littéraire ici à l'oeuvre permettent à l'auteur de sublimer son propos "de base"...
Oui, le regard du narrateur, professeur de collège encore tout gorgé de passion de l'enseignement et de la littérature, muté dans cette sombre ville de province, très vite confronté à la double horreur sociale - élèves perdus et abrutis, bourgeoisie perfectionnant l'art de l'hypocrisie jusqu'à des sommets inégalés -, dresse un constat noir, virulent, voire provocateur, de la déliquescence d'une société et de la fermentation inexorable de ses pires miasmes.
Mais utilisant toutes les ressources d'une panoplie technique et narrative de très haute volée, ce narrateur particulièrement peu fiable, et l'irruption contre toute incrédulité d'éléments quasiment fantastiques, dressent avant tout le chemin d'une exploration du Mal contemporain, thème de prédilection pour un auteur par ailleurs professeur et critique pointu, fin connaisseur du XIXème siècle tardif et de l'écriture de la décadence, comme le soutiennent bien entendu son "Empailler le toréador" ou plus encore son "Littérature monstre".
La puissance de ce roman demeure, huit ans après, au delà de l'intense plaisir qu'en procure la lecture foisonnante, de dénicher le Mal à sa racine, qui n'est pas, contre toute attente politiquement correcte, d'ordre moral (ou presque marginalement), mais avant tout dans le triple manque d'exigence, d'ambition et d'honnêteté intellectuelle, engendrant de fait l'horreur économique, et donc l'horreur morale... On est en réalité infiniment loin des procès en "réaction" trop souvent intentés à l'auteur par une critique complaisante se voulant politisée mais se contentant une fois de plus d'accompagner la chute en sauvegardant ses petits privilèges personnels...
Cette exploration se poursuivra, pour notre plus grand bonheur, dans les romans ultérieurs de l'auteur, pour culminer, à date, avec le monument que constitue "Le maréchal absolu" (2012).
"Festins secrets" est une lecture nécessaire.
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mdhennin
  21 octobre 2012
Le talent de Pierre Jourde éclate dès les premières pages de ces festins secrets. Son écriture est ébouriffante, anxieuse, frénétique. Elle prend le lecteur par la main et l'emmène loin, dans des territoires inconnus, aux frontières du réel, dans les tréfonds de l'âme humaine. Cet endroit que Jourde appelle Logres nous semble aussi familier qu'irréel. Là, angoisses et cauchemars sont au rendez-vous. On y passe un moment pas forcément toujours agréable, mais de ce malaise, on en ressort plus fort, plus vivant. le tout est très précis, à la limite de la surenchère lexicale.
Ce livre est un véritable remue-ménage de l'esprit.
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ADAMSY
  12 avril 2018
Gilles est muté à Logres pour son premier poste d'enseignant. Il loge chez Mme Reeth où tout semble d'un autre temps. Il y rencontre la bourgeoisie de la ville et découvre ses secrets : séances d'érotisme, vente d'enfants, cannibalisme... Une salle renferme aussi une collection ancienne de livres érotiques. Quant au mari de Mme Reeth, le collectionneur, il a disparu. Cette maison ressemble à un labyrinthe et quel que soit l'endroit où Gilles se hasarde, on ignore toujours si on est dans le rêve ou dans le réalité.
Le métier d'enseignant est décrit dans toute sa splendeur. Gilles est lui-même un enseignant plein de naïveté, croyant pouvoir transmettre son savoir à ces jeunes délinquants menaçants. Là on retrouve le 21ème siècle en pleine face.
L'auteur en profite pour critiquer notre société et notamment le milieu enseignant, ses formateurs, les couloirs kafkaïens de l'académie où l'on se perd...
J'ai attendu en vain une réponse jusque la fin du roman par rapport aux différentes intrigues mais cela est resté flou. Un roman sombre et jamais très clair.
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Philomenn
  21 octobre 2019
Livre dérangeant et obsédant. On y rejette ce nihilisme permanent qui ne laisse entrevoir aucune fenêtre d'espoir ou un simple rayon de lumière dans cette obscurité étouffante. On suffoque, rejette, critique et pourtant l'on poursuit la lecture. A la fois fasciné, curieux de cette étrangeté à mi-course entre le réel et le rêve, où toute frontière a été effacée. Même la plume parachève ce contraste désobligeant où alterne le plus précieux et le plus lourd. du grand art c'est certain. Une fin qui reste tout de même en deçà de la noirceur que l'on attendait tout en se refusant d'admettre qu'elle nous avait aspiré.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
MusikantMusikant   30 mars 2010
Les quinquagénaires dominent. Ils ont du enseigner quelques années, il y a longtemps, a l'époque où on pouvait le faire sans trop de risques, niais ce devait encore être trop difficile pour eux. Incapables de professer ou de se consacrer à la recherche fondamentales mais doues pour la bureaucratie, soumis à la hiérarchie et pleins de zèle envers la religion pédagogique, ils n'ont eu de cesse qu'ils se faufilent dans les ISFP lorsque le Système les a crées. Ils ont compris quel langage le Système souhaitait entendre, et ils ont su l'employer. Pour la plupart issus de cette génération qui a érigé la jeunesse en valeur absolue, et pour laquelle tout magistère était un abus de pouvoir. Protégés du monde, enfermes dans leur représentation idyllique de la jeunesse, ils vous obligent, vous que rien ne protège, vous qu'on injurie a écouter leurs généreux discours sur les adolescents et a les reproduire. Au nom de la démocratie et de l'égalité, ils vous contraignent a ne plus rien apprendre aux enfants des pauvres et vous démontrent à quel point vous êtes des réactionnaires barricades dans votre égoïsme de caste si vous prétendez essayer tout de même.
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MusikantMusikant   30 mars 2010
Moi qui vous parle, j'ai vu une matrone méditerranéenne promener la crotte de son nourrisson au milieu d'un cercle d'amis, au moment de l'apéritif, en nous incitant à nous extasier pour encourager le héros. Dans son coin, le héros faisait des mines, prenait la pose, faussement timide, en fait ravi. On sentait que déjà, dans son petit crâne à peine fini, il tirait de la scène deux leçons fondamentales : la première, que tout ce qui sortirait de lui constituerait un cadeau pour l'univers. La seconde, qu'on lui accorderait le droit imprescriptible d'emmerder ses contemporains. Toute la vie des jeunes des quartiers répète cette scène primitive.
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MusikantMusikant   30 mars 2010
Vous appliquez à notre monde des grilles vieilles de trente ans, Saurat. Toujours une époque de retard, les intellectuels. Ce ne sont pas les damnés de la terre qui pendent à Téhéran une jeune fille de seize ans à une grue de chantier parce qu'elle a fait l'amour avec son fiancé. Ce ne sont pas les damnés de la terre qui lapident une gamine de treize ans parce que son frère l'a violée et qu'elle est par conséquent impure.
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MusikantMusikant   30 mars 2010
Ces documents sont rédigés en une langue particulière, celle des ISFP, dont le lexique et les idiotismes n'ont qu'un rapport lointain avec le français courant. II faut une fréquentation assidue des ISFP pour commencer à les comprendre. Elle reste hermétique aux stagiaires un peu trop verts, comme toi. Mais ceux-ci demeurent pénètres de respect devant l'idiome sacre de l'ISFP. Les cours sont également donnes en langage liturgique. Tu n'écoutes rien de ce qui s'y dit, tant est profond I'ennui qui s'en dégage. Tu consacres ces heures interminables de la cérémonie pédagogique à observer les officiants. Tu apprends vite a les connaître. Pour la plupart, on devine aisément qu'ils se sont tournes vers le sacerdoce de l'ISFP par incapacité à faire autre chose.
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MusikantMusikant   30 mars 2010
La vraie vie, alors ? Celle qu'évoquent certains de tes collègues, tu sais , ceux pour qui les confitures de fraises et le sarclage des patates constituent le retour aux valeurs profondes, le contact avec les éléments et avec la nature, le bonheur des saisons, l'harmonie cosmique, tout ça. Avec une goutte d'homéopathie et des tisanes calmantes, on approche de l'idéal, non ?
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Videos de Pierre Jourde (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Jourde
POÉSIE MÉDIÉVALE – La Fatrasie ou l’incongru médiéval (France Culture, 2000) Émission « Tire ta langue » diffusée, le 15 mars 2000, sur France Culture. Précédée de la traditionnelle chronique de Philippe Barhelet, l'émission propose un montage d'entretiens d'Antoine Perraud avec Thierry Beauchamp, Jean Dufoumet, Patrice Uhl et Pierre Jourde.
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