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ISBN : 2330017855
Éditeur : Actes Sud (06/03/2013)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 49 notes)
Résumé :
Le Mot de l'éditeur : Shâb ou La nuit
Se faisant la narratrice de sa propre histoire, Cécile l’enfant adoptée, acculée au silence et à la nuit, assume et explore, dans un méticuleux travail de reconstitution, la recherche d’une unité originelle perdue. Roman d’une quête : celle des origines, d’une vérité, et du langage à travers l’œuvre à faire pour enfin pouvoir dire le monde et se dire.
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Critiques, Analyses & Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  14 avril 2016
J'avais débuté pour découvrir cette auteure, un texte publié en 2014: Ma bibliothèque, lire , écrire, transmettre", pour poursuivre par son dernier texte "illettré" ... puis, par hasard, j'ai eu l'occasion
d'entendre Cécile Ladjali à une émission littéraire, où elle
parlait de son milieu familial, taiseux... et le miracle pour elle de pouvoir se construire par la lecture, les mots et l'écriture...

C'est ainsi que j'ai arrêté momentanément son dernier roman pour me plonger dans ce texte autobiographique antérieur " Shâb ou la nuit", débuté en 1999, et publié 14 années plus tard...

Un écrit émouvant, bouleversant, relatant son adoption en Suisse par des parents affectueux, de bonne volonté mais terriblement taiseux...qui lui cacheront bien longtemps, trop longtemps ses origines iraniennes....
Trop typée, Cécile, se sent à part, et se retrouve dans une
intense quête d'explications....

Des lignes foisonnantes qui soulèvent un grand nombre de thèmes prégnants: la quête et la construction de son identité, de ses racines. La douleur de se sentir différente, pas à sa place, le mal-être scolaire, le racisme, l'ambivalence quant à la maternité, le pouvoir des mots et de l'écrit pour se sauver, se trouver, et trouver enfin un sens à son chemin personnel, etc.
Un récit vibrant, dense en émotions, qui s'achève sur un
dernier paragraphe, ultime hommage à son père, avec qui
elle entretenait des rapports moins aisés qu'avec sa maman...

Retrouvailles avec la mère biologique qui aideront à pacifier un chemin douloureux et inquiet...Le reste du livre, dans sa majeure partie est l'expression d'une reconnaissance
durable envers sa maman qui était plus proche d'elle,
même si des non-dits et malentendus ont freiné parfois
leur complicité... Les relations s'amélioreront , alors
que le papa est décédé, et que le premier petit - enfant
naît: un petit-fils, Camille...

L'auteure narre parallèlement son travail d'écrivain, ses
retrouvailles avec son pays originel: l'Iran !

Comme je le décrivais précédemment, un récit foisonnant
de thématiques riches et variées. Un livre qui m'a
littéralement emportée... qui me fait reprendre la
lecture d'illettré" avec un regard neuf, différent, plus attentif...
Un récit d'une très grande qualité, merveilleux résultat de réconciliation d'une enfant avec la vie, avec son identité, ainsi qu' avec ses parents adoptifs ...tout cela grâce au pouvoir magique des mots et de l'écriture. Je termine sur cet extrait des plus explicites et probants !
"Les mots des livres que je continuais à écrire m'avaient permis de placer sous mes pieds un pont de corde . Suspendue au-dessus du vide, je vacillais mais ne tombais pas. Le rapport presque magique que j'entretenais avec les mots allait contre les principes fondamentaux de ma vie: le vide, l'absence, le silence. La recherche effrénée de la parole en classe, le besoin compulsif d'écrire pour raconter des histoires palliaient un manque qui, s'il n'avait pas été comblé, eût été mortel. Les dialogues qui n'avaient pas eu lieu à l'origine, j'allais les inventer. Les explications qui n'avaient pas été données, je me les suggérerais. Je n'étais pas venue aux mots par hasard. C'est eux qui m'avaient fait naître une seconde fois. Par eux, avec eux et en eux, je m'étais mise au monde. Le jour de ma première naissance, je m'étais retrouvée expulsée dans un univers étrange dont on ne m'avait pas donné les clefs. Toutes portes seraient restées fermées, s'il n'y avait pas eu l'écriture. (p. 288-289) "
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zellereb
  01 novembre 2016
Ce roman autobiographique raconte le parcours de l'auteure en tant que fille adoptée, et une vie remplie de silences et de non-dits. Son père adoptif, Robert, un algérien autoritaire, parfois maladroit, a souffert de la guerre d'Algérie. Il aurait voulu être plus ouvert et naturel dans son éducation avec sa fille. Néanmoins, beaucoup d'amour était présent. Les origines iraniennes de la jeune femme se précisent pour elle au fil du temps et sa vraie mère aura un visage et une histoire, le temps de quelques lignes.
L'auteure s'est dirigée vers le monde de l'enseignement. A la fois étrangère et française, à la fois enfant abandonnée et entourée d'une famille aimante, tout pourrait lui être familier.
C'est très beau, parfois cru, notamment lorsque la répugnance de la maladie et de la mort est exprimée de manière très poignante et haineuse. Ces passages montrent que chaque être humain peut devenir « monstre » malgré lui.
J'ai trouvé l'écriture musicale et plaisante. L'auteur explique que c'est la musicalité de l'écriture qui l'a aidée à progresser dans son métier d'auteure, et d'ailleurs cela se reconnaît à la lecture, tellement agréable à l'écoute intérieure.
Parfois le récit est plein de douceur et d'émotion, bouleversant à certaines pages, notamment au travers du personnage de Jeannine, la mère adoptive, attachante dans ses doutes et son amour pour sa fille.
Généralement, j'ai été touchée par la sorte d'amour qui existe dans cette famille. Ce livre a été un bon moment de lecture pour un sujet qui ne m'est pas familier et qu'il m'a été agréable de découvrir, grâce au style de l'auteure.
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OZALID
  19 février 2014
Shâb ou la nuit
(Cécile LADJALI)

Un beau moment de lecture en tournant les pages de cet ouvrage publié par ACTES SUD : une histoire d'adoption.
Adoption réussi en quelque sorte puisque des liens d'amour très forts entre la fillette abandonnée rebaptisée Cécile et ses parents adoptifs… avec la mère, Jeannine, surtout.
Réussie aussi puisque à la mort de Jeannine, Cécile renoue avec sa mère biologique Massoumeh, l'iranienne et accepte ses deux ascendances.
Elle évoque ainsi le voile porté lors d'un séjour en Iran et qu'elle tient à garder dans l'avion qui la ramène en France :
« … j'étais à la fois française et iranienne. Pour la première fois les deux identités étaient compatibles et cela à la faveur d'un morceau de tissu… »
Au-delà des relations qui peuvent se nouer de façon plus ou moins chaotiques entre adopté et adoptant – ici, « j'estimai que mes parents s'en étaient bien tirés », dit l'auteur – on débouche sur cette quête identitaire que provoque une adoption.
De qui est-elle vraiment l'enfant, la petite fille « typée » qui se sent différente des autres puisqu'elle n'est pas issue du ventre de sa mère ? Hiatus d'identité qui grève souvent le développement de l'enfant adopté.
Il est certain que dans la vie physiologique de notre corps, les origines biologiques sont primordiales. Et quelle est la part des données génétiques dans notre inconscient, par exemple ?
Comme ses parents adoptifs, Cécile s'en sort bien puisqu'elle s'épanouira à son tour dans une vie de femme, de mère. Et c'est l'écriture qui joue un rôle essentiel dans cet équilibre trouvé. L'écrit qui lui permettra, toute jeune encore, de rompre avec la solitude et le silence:
« Écrire. le projet n'était pas encore clair, mais mon engagement total dans la lecture finit par créer un mouvement double et l'envie irrésistible de m'essayer à l'écriture, s'insinua. »
Comme je comprends et partage ce cheminement ! Et c'est cette foi en l'écriture qui m'a fait apprécier le roman de Cécile LADJALI. J'aime beaucoup cette réécriture littéraire d'une existence simplement décrite, sans outrance, ni haine. Ses parents adoptifs (comme la majorité des parents) ne sont pas des héros et leur histoire est banale, tissée d'élans de générosité et de lâchetés ordinaires. Chez Robert surtout, qui a rejeté, occulté même la composante « algérienne » de sa famille.
Quant à la mère biologique, Massoumeh, elle n'est ni « salope », ni « victime » ; elle mène une vie parallèle à celle de la petite fille qu'elle a abandonné afin de lui permettre une existence plus facile. Elle a d'autres enfants et sa relation avec Cécile s'achève lorsque naît Violette, la fille de Cécile.
L'importance des mots, ceux qu'on laisse venir du plus profond de soi-même et leur mise en littérature sont omniprésentes dans ces pages. En témoigne cette anecdote de l'auteur qui révèle une distorsion de la réalité à propos de la mort de son père.
« J'avais donc omis l'événement, menti, procédé à des coupes sombres pour avoir moins de peine en me souvenant »
La grâce…
(Monique MERABET, 16 Février 2014)

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alzaia
  26 juillet 2014
Absolument subjuguée par ce livre et son auteure; c'est une histoire cruelle à l'origine (l'abandon et l'adoption de Cécile Ladjali) mais racontée avec un charme rarement rencontré... Ce charme tient d'emblé (à mon sens, à ma lecture) dans le fait du caractère très intuitif de l'écrivain qu'elle retranscrit magnifiquement : sa parole-écrit se déroule, fluide, intelligente, érudite, sensible... l'auteur nous invite finement à partager son regard retrospectif sur sa vie et les liens qui l'unissaient-l'unissent à ses parents adoptifs, son parcours jusqu'à l'agrégation et sa grande vivacité d'être quant à sa manière d'aborder l'enseignement, jusqu'au dénouement final de la rencontre avec ses origines (du voyage en Iran jusqu'à sa rencontre avec massoumeh) ... bref grand charme opéré par cet ouvrage grâce à un amour de la vie que respire cette "autobiographie" très romanesque!
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som
  28 avril 2013
Shâb est le mot persan qui signifie la nuit. La nuit dans ce court roman, c'est le secret, le silence plus que le mensonge, dans lequel est élevée Cécile.
Récit autobiographique donc de l'auteur, adopté par un couple stérile alors qu'elle n'était qu'un poupon abandonné à la naissance par une jeune femme d'origine iranienne.
Cécile Ladjali retrace son enfance et adolescence, de prime abord assez banales, en banlieue parisienne dans les années 1970-1980. Si ce n'est que l'on ne se parle pas beaucoup dans cette famille. Les mots sont rares et la mémoire taboue. La question des origines est totalement escamotée. Il est vrai qu'il faudrait aborder l'abandon, l'adoption pour Cécile, l'exil, la guerre d'Algérie pour Robert, le père adoptif. Trop compliqué, trop douloureux. Il ne reste qu'alors qu'une hésitation entre la tendresse maladroite et la violence pour le père et le refuge dans les livres pour la fille. de quoi cheminer bon an, mal an vers l'âge d'adulte.
Tout lecteur peut légitiment avoir peur d'une énième autofiction du genre « ma famille, ma douleur ». L'originalité de Ladjali est la jolie petite musique avec laquelle elle aborde tous ces thèmes si casses gueules. Elle réussit un mélange gracieux d'informations brutes, de piques vachardes et de lyrisme oriental. Il faut toutefois souligner que le revirement stylistique pris dans les chapitres relatifs à la rencontre avec la mère biologique n'est forcément très heureux. Cependant, l'aspect le plus abouti de cet ouvrage reste certainement son art du portrait (la grand-mère, l'institutrice, le père) entre la naïveté de l'enfant et regard acéré de l'adulte blessé.
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Les critiques presse (3)
Telerama   12 juin 2013
De ce cheminement de l'obscurité vers la lumière, de cette épopée autobio­gra­phique où la douleur et la colère, mais aussi (surtout) l'amour et la reconnaissance se cueil­lent à fleur de page, Cécile Ladjali a bien fait un roman. Et des plus bou­leversants.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lhumanite   20 mai 2013
Cécile Ladjali, dont les livres fonctionnaient en grands tableaux impressionnants de puissance poétique, construit ici un texte de la confidence, un murmure, sans renoncer à la dimension romanesque de tout récit de vie.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Culturebox   24 avril 2013
Pourquoi Shâb ou la nuit, livre autobiographique signé Cécile Ladjali, murmure-t-il à ce point à l'oreille du lecteur (de la lectrice) ? Parce qu'elle y évoque, d'une écriture vive et drôle, une enfance banlieusarde, dans les années 70 et 80, à Champigny-sur-Marne...
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations & extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   09 avril 2016
Les mots des livres que je continuais à écrire m'avaient permis de placer sous mes pieds un pont de corde . Suspendue au-dessus du vide, je vacillais mais ne tombais pas. Le rapport presque magique que j'entretenais avec les mots allait contre les principes fondamentaux de ma vie: le vide, l'absence, le silence. La recherche effrénée de la parole en classe, le besoin compulsif d'écrire pour raconter des histoires palliaient un manque qui, s'il n'avait pas été comblé, eût été mortel. Les dialogues qui n'avaient pas eu lieu à l'origine, j'allais les inventer. Les explications qui n'avaient pas été données, je me les suggérerais. Je n'étais pas venue aux mots par hasard. C'est eux qui m'avaient fait naître une seconde fois. Par eux, avec eux et en eux, je m'étais mise au monde. Le jour de ma première naissance, je m'étais retrouvée expulsée dans un univers étrange dont on ne m'avait pas donné les clefs. Toutes portes seraient restées fermées, s'il n'y avait pas eu l'écriture. (p. 288-289)
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fanfanouche24fanfanouche24   08 avril 2016
La parole et le sens, la compréhension du monde étaient toujours venus des femmes. Le silence, le mutisme, la nuit, ce qu'on avait gardé pour soi par pudeur, par peur aussi, fut le lot des hommes. Cette conception bipartite de l'obscur et du clair, de la lucidité et de la cécité me faisait bailler lorsque j'y songeais, tant je la trouvais caricaturale. Pourtant je devinais dans la grossièreté de l'antithèse une vérité indiscutable. (p. 176)
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fanfanouche24fanfanouche24   07 avril 2016
Il y avait d'autres enfants que le mien dans ma vie. Ceux des classes au lycée de Drancy. C'étaient des élèves difficiles. Alors je choisis de leur faire écrire de la poésie pour les mater.- Madame, à quoi ça sert la poésie ? -A rien, c'est pour cela que c'est beau et c'est pour cela qu'on en écrit. J'avais deviné que la provocation de l'exigence était terriblement pédagogique. (p. 154)
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fanfanouche24fanfanouche24   01 avril 2016
Très tôt on m'expliqua que j'étais née dans une grande maison en Suisse. Qu'il y avait des enfants qui naissaient dans les ventres et d'autres dans les grandes maisons. Je tirai de cette vérité originelle une sorte d'orgueil tout aristocratique. [p. 9 / Babel- mars 2016]
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alzaiaalzaia   26 juillet 2014
l'échange fut donc permis. Je le regardai, l'écoutai. Je découvris la verve acide du maître de Cambridge paralant du parisianisme germanopration et des précieuses ridicules qui manifestement faisaient encore recette. Je sentis l'électricité, le génie tout intuitif de cet homme qui voyait dans le coeur de son intelocuteur et lisait dans ses yeux. Le pacte se scella ce jour de joie et de trisse infinie. Tandis que ma mère trépassait, je passais de l'autre côté moi aussi. (...) Au café je compris beaucoup - si l'évidence des serments mutiques entretient quelque rapport avec l'entendement - je compris que cet homme entrait dans mon existence au moment où ma mère en sortait. (...) j'élisais un nouveau coeur avec de m'adonner à mon jeu favori : l'exercice d'admiration
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