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ISBN : 2757878433
Éditeur : Points (02/05/2019)

Note moyenne : 3.57/5 (sur 182 notes)
Résumé :
« Quand j'ai eu douze ans, mes parents m'ont inscrite dans une école de riches. J'y suis restée deux années. C'est là que j'ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d'elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s'affiche lorsqu'on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n'apparaît nulle part. Quand j'ai voulu en parler, l'autre jour, rien ne m'est venu. J'avais souhaité sa mort et je l'avais accueillie avec soulagement... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (73) Voir plus Ajouter une critique
Stelphique
  02 janvier 2018
Ce que j'ai ressenti:…Un tourbillon…
« J'ai intégré que l'amour était une humeur hormonale utile à la perpétuation de l'espèce, le désir soluble dans l'habitude et l'amitié une disposition occupationnelle. «
Un roman d'amitié intense, passionnel, empoisonné de destructeurs « Je t'aime, moi non plus ». Deux jeunes adolescentes qui se frottent aux relents nauséabonds d'une amitié déchirante, où chaque jour, elles s'enfoncent toujours plus loin dans les tourments d'une relation toxique. Une amitié forte , née d'une furieuse envie de contrer la banalité, d'exister plus intensément, d'explorer dangereusement tous les sentiments fusionnels qui unissent deux êtres…Une amitié empoisonnée qui se compose et se décompose sous nos yeux mais plus encore dans les deux coeurs de ses jeunes filles…
Ariane, c'est la Belle, la beauté vénéneuse qui prend dans ses filets, les âmes innocentes. Elle saura aussi vous subjuguer dans ses affres, avant d'entraîner dans un tourbillon de galères, sa meilleure amie qui la bade. Autant vous dire, que ce roman contemporain est tout dans l'émotion et qu'il a une force d'attraction intense. Myriam Leroy nous décrit toutes les contradictions de cet âge difficile entre urgence de vivre et vertige de mort, dans les fracas d'amour et de haine. L'auteure met une telle puissance dans ses mots, qu'il m'a été impossible de quitter ses jeunes filles pendant ses 200 pages, en suivant presque en apnée, leurs pied-de-nez à leur quotidien qu'elles ressentent sans saveurs, inventant presque autant de façons de se confronter à tous les ressacs que le destin peut mettre sur leur route, en le défiant avec toujours plus d'effronterie…
En plus, de l'effet captivant de cette amitié hors-norme, il y a eu dans cette lecture, tout un spectre de résonance des références de ma génération. J'ai eu comme une sorte de connivence avec cette jeune auteure qui me précède d'un an, et qui m'ont rappelée avec ces petits clins d'oeil, ma propre adolescence. Que c'est doux, le souvenir…
Les dernières pages du livre m'ont bouleversée, car elle nous parle d'une jeunesse fracassée, en mal de vivre et d'adaptation, un rappel d'un morceau de vie charnière, où tous les possibles sont envisageables, et c'est avec une certaine nostalgie que l'on quitte les remous bouillonnants de cette adolescence, tout en se disant que cette Myriam Leroy a su nous conter avec justesse une histoire d'amitié étonnamment violente, et incroyablement vibrante…

Ma note Plaisir de Lecture 9/10
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krzysvanco
  02 décembre 2019
Une jeune fille raconte à la première personne la relation qu'elle a eue autrefois avec Ariane, une collégienne en tout point différente d'elle.
Ariane est riche, habite à Lasne, une des communes les plus riches de Belgique, dans une maison avec piscine et court de tennis tandis qu'elle vit dans une famille où l'on se serre la ceinture et dans une ville, Nivelles, décrite comme moche et laide, Ariane est belle, bien habillée, admirée tandis qu'elle se trouve laide, est complexée et n'attire l'attention de personne.
Pourtant Ariane va l'inviter chez elle et en faire son amie. Leur amitié sera forte et exclusive, elles se moquent de tous les autres, et les maltraitent. Cette relation va néanmoins se terminer aussi brutalement qu'elle avait commencé et se muer en haine.
le portrait que fait la narratrice de ses parents, de sa condition sociale, de la ville où elle habite et d'elle-même enfin est incisif et féroce.
Ce premier roman est déstabilisant et la relation entre ces deux gamines est dérangeante.
Myriam Leroy sait captiver son lecteur, elle l'entraîne avec brio dans ce récit tant grâce à des observations percutantes que par son style. J'ai lu ce livre d'un trait et il m'a impressionné !
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hcdahlem
  02 avril 2018
« On va s'aimer, à toucher le ciel, se séparer, à brûler nos ailes »
Quand la narratrice rencontre la belle Ariane, elle a treize ans et toute la vie devant elle. Pour ses débuts en littérature, Myriam Leroy revisite le roman initiatique.
« Quel est l'intérêt de se replonger dans cette mésaventure vieille de vingt ans, dont les protagonistes se sont pratiquement tous évanouis dans la nature? Possiblement aucun. Mais peut-être que si, comme je le crois, elle a eu des répercussions prégnantes sur ma vie et celle de ceux qui m'ont approchée ensuite, l'explorer pourrait permettre quelque chose de l'ordre de la purgation. Voire de la libération. Thérapie classique par l'écriture. On est loin de la littérature. Peut-être qu'à force de spéléo dans les galeries accidentées de la mémoire apprendrais-je qu'Ariane est la raison pour laquelle j'ai toujours préféré me tenir sur le seuil du grand amour plutôt qu'y entrer de plain-pied. » Au moment de raconter son histoire, la narratrice va se poser de nombreuses questions qui vont courir, comme un fil rouge, tout au long d'un livre incandescent, dérangeant, bouleversant. Comment la raconter? Faut-il utiliser les vrais noms des protagonistes ? Jusqu'où aller ? Faut-il mentir un peu pour mieux dire le vrai ? Les réponses sont sans doute entre les lignes crues et cruelles de cette initiation.
Ce premier roman débute en 1994 dans le Brabant wallon, «une province au sud de Bruxelles située dans l'angle mort de l'analyse sociale et de la production littéraire : elle n'avait jamais inspiré qui que ce soit.» C'est peu dire que la narratrice s'y ennuie, coincée entre une famille désespérante, un père expert-comptable et une mère au foyer, et un physique ingrat : « blafarde, binoclarde et pleine de spasmes donc, mais aussi invraisemblablement habillée. Je portais des pulls de seconde main avec des chats, des cerfs, des faisans. Des pantalons fuseaux boulochés, élastiqués sous le pied, des bottillons en Skaï fourrés. Entre le clown de cirque et la jeune paysanne communiste. » Les seules vacances se passent dans la masure des grands-parents, toute sortie au restaurant est proscrite, ainsi que les cadeaux de Noël.
Mais elle va finir par sortir de son trou, car pour suivre son école secondaire, elle intègre le collège Saint-Sauveur à Braine-l'Alleud où elle va commencer par se sentir totalement ringarde avant de se lier d'amitié avec cette Ariane qui donne son titre à ce premier roman. « Ariane, elle était belle. Dans la classe, je ne voyais qu'elle. C'était une curiosité, une exception dans cette école de blonds, blancs, beiges. Elle avait la peau foncée, elle était indienne : ses parents l'avaient adoptée quand elle avait trois ans. »
Entre les deux jeunes filles, il n'y aura bientôt plus de secrets. Leur amitié indéfectible va les faire se sentir plus fortes, plus courageuses, plus audacieuses. Y compris sur le plan physique. « Je convainquis mes parents de me faire confectionner des lentilles de contact, je laissai pousser mes cheveux (ils prirent une demi-douzaine de centimètres durant les mois d'été, le carré champignon que j'arborais confinait au grotesque mais c'était au moins une coupe de fille) et j'achetai mes premiers habits d'adolescente. Un Levi's 501, un top blanc en coton côtelé Levi's et une chemise en jean Levi's. Mon apprentissage des marques était encore un peu gauche, mais je supposais qu'avec Levi's je pouvais difficilement me tromper. Aux pieds, j'enfilai des Doc Martens. Et puis j'entrepris de bronzer. »
L'air d'émancipation qui souffle ici va cependant se charger de quelques relents troublants. Quand Ariane raconte les moeurs familiales un peu trop libres, quand elle laisse entrevoir une sexualité débridée alors qu'elle est encore prépubère. Si ce n'est dans les actes, c'est dans les paroles qu'elles laissent libre cours à leurs fantasmes:
« T'es une grosse coinçoss, ma fille. Baise un peu, ça te fera du bien. Un bon gros coup dans la rondelle pour te déstresser. Faut te la faire péter un jour ou l'autre. T'as pas envie de te taper mon frère ? Je peux t'arranger le coup, tu sais. »
Au fur et à mesure que leur pouvoir de séduction s'affirme, les deux jeunes filles vont se sentir «invisibles, invincibles, immortelles», n'hésitant pas à se livrer à de petits jeux ou l'humiliation et la perversité le dispute à un sentiment de supériorité dont garçons et filles vont faire les frais.
Jusqu'au jour où ces jeux vont lézarder leur belle entente, ou l'incompréhension puis la haine vont faire place à l'amitié fusionnelle. Où de coupables, elles vont devenir les victimes, où on ne saura plus qui manipule qui…
On se doute que les choses vont mal à finir, mais on ne s'imagine pas à quel point cette relation va être toxique. Je vous laisse le découvrir à la lecture des dernières pages de ce premier roman parfaitement maîtrisé, habilement construit et troublant jusqu'à l'épilogue. Histoire d'en revenir aux questions initiales.

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llamy89
  22 juin 2018
J'avoue, s'il ne m'avait pas été suggéré par les "68 premières fois", je n'aurais probablement pas sélectionné le roman de Myriam Leroy. L'auteure m'a capté mais bousculée aussi...
Cinquante nuances de noirceur habitent ce récit. La jeune narratrice, revient sur son amitié avec Ariane. La sulfureuse Ariane est une "belle des poisons".
Charismatique et mal dans sa peau, la belle indienne attire comme la dionée piégerait une mouche, sans aucune chance d'échapper à une issue cruelle pour deux personnes qui ont la vie devant elles.
Les deux jeunes filles vont se construire et se reconnaître dans leur différence, l'une pseudo-bourgeoise, l'autre d'une famille aisée pervertie par le pouvoir de l'argent.
Ne vous y trompez pas... le roman, son atmosphère, la relation, tout est décrit avec une justesse dérangeante, d'une plume habile. Un style incisif et cru, troublant de vérité qui mérite qu'on le lise sans joie, jusqu'à la triste conclusion.
Peut-être est-ce dû au fait que l'adolescence a été bien plus insouciante voire clémente pour moi que pour ses deux jeunes femmes dont les parents sont dépressifs, si peu heureux eux-mêmes. Je n'ai pas non plus trouvé l'émotion de cette amitié amoureuse, la description en est parfois trop clinique. Pourtant la plume frappe au coeur. Quelle tristesse que ce rendez-vous raté avec la vie, la découverte de la séduction, le partage, les cascades de rires... ont été remplacées par les jeux pervers, la torture mentale de jeunes garçons boutonneux et trop confiants.
"Ariane a vécu et elle n'apparaît nulle part"... la jeune narratrice raconte ses quelques années de 12 à 14 ans ou une attache fusionnelle parfaite les a unit puis désunit. A l'heure de la narration, elle ne semble pas plus épanouie, structurée que dans ses années de fusion avec la belle Ariane.
Le roman est écrit à la première personne, est-ce autobiographique ou purement fictionnel ? L'écriture nous plonge dans les affres d'une adolescence en souffrance, qui cherche sa place dans un univers qui n'a pas pris la mesure de ses difficultés à grandir et entrer dans le monde adulte.
Le voyage initiatique de ces deux jeunes filles laisse groggy par le mal-être qui transpire jusqu'à l'épilogue.
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beatriceferon
  10 octobre 2019
Ostracisée dans son école de richards, la narratrice est heureuse d'y rencontrer Ariane. Comment cette fille, la plus populaire du lycée, peut-elle s'intéresser à elle, si insignifiante ? Pourtant, les deux adolescentes deviennent amies, plus que cela, inséparables. Mais cette belle histoire va vite tourner au cauchemar.
J'écoutais avec plaisir les chroniques cinglantes « Myriam Leroy n'aime pas ». J'ai suivi plus d'une fois ses conseils en lisant les livres qu'elle recommandait et n'ai regretté aucun de mes achats. Alors, lorsque j'apprends qu'elle revient, dans la peau d'un écrivain, il faut que je découvre son premier roman.
Je peux avouer qu'il m'a fallu un peu de temps pour me remettre de cette lecture. Si Voltaire s'exclamait : « Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge ! », c'est qu'il ne connaissait pas Ariane. Pour se préserver d'un tel fléau, à côté duquel Attila et Vlad l'empaleur font pâle figure, tous les dieux de l'Olympe ne suffiraient pas.
Le roman démarre doucement, en quelque sorte. La narratrice, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, sans doute parce qu'Ariane lui a volé jusqu'à son identité, connaît bien quelques contrariétés, mais rien de plus que ce qui tarabuste toutes les filles de son âge (douze ans). Ses parents, elle les trouve assommants, tellement beaufs, qu'elle se demande ce qu'elle fait dans cette famille. Ce n'est pas possible, on a dû l'échanger à la naissance. Sa mère renie sa condition comme si elle faisait partie d'une caste d'intouchables. « Mes parents se prenaient pour des bourgeois. Ma mère surtout. Elle aimait ce mot qui sonnait pour moi comme un juron (…) Elle répétait souvent avec une gourmandise satisfaite : "Nous sommes des bourgeois." Ça me faisait le même effet que si elle avait dit : "Nous sommes des nazis." » de cette innocente prétention vont découler tous les déboires de sa fille. Elle est inscrite dans un « collège chic », où tous les enfants sont blonds avec un teint « subtilement abricoté » et vêtus de « mocassins à la semelle en gomme hérissée de picots (…) bermudas (…) polos (…) rose pêche et bleu layette qui flattaient leur carnation. » La pauvre, qui ne peut pas rivaliser, est reléguée « du côté des ploucs ». Elle habite dans le « Brabant wallon, une province au sud de Bruxelles, située dans l'angle mort de l'analyse sociale et de la production littéraire », à « Nivelles (…) un gros bourg moche » où il ne se passe rien d'intéressant. Aussi ressent-elle une immédiate attirance envers cette Ariane qui, comme elle, détonne dans cet univers rose et blond. Oui, c'est vrai, Ariane est riche, elle vit à Lasne, « la commune aux maisons les plus chères de Belgique. » Dans sa propriété, qui ressemble plus à un parc qu'à un jardin, il y a une piscine ET un court de tennis. Mais Ariane « avait la peau foncée (…) [de] longs cheveux noirs (…) ses lèvres étaient épaisses, brunes, ses orbites enfoncées fendues d'yeux noirs aux commissures relevées. » Elle est indienne et adoptée, sa mère ne s'occupe que de sa propre petite personne, son père et son frère ont avec elle une attitude plus que suspecte, incestueuse.
Au fil des pages, une tension se crée, qui va crescendo. Au début, les deux filles sont inséparables, à tel point qu'autour d'elles, commentaires et ragots vont bon train, on juge leur relation équivoque. Pourtant, ce qui les lie, plus qu'une affection, c'est un goût malsain qui les porte à tourmenter ceux qui les entourent, comme Émilie, qui devient leur souffre-douleur. Ariane en veut toujours plus. Elle réclame de son amie des preuves d'allégeance de plus en plus effrayantes. Elle excite sa jalousie, allant jusqu'à l'impensable. le moment où elle exige que la malheureuse s'humilie devant elle avant de la repousser dans un éclat de rire malsain met vraiment mal à l'aise.
Myriam Leroy réussit le tour de force de s'incarner dans les deux filles et je ne pense pas important de savoir si elle s'est inspirée de sa propre expérience ou non. Qu'elle ait un jour été la narratrice, ou Ariane, ou les deux, qu'importe ? Que cette histoire se déroule dans les années 90 (des allusions à l'époque sont disséminées tout au long du roman sous forme de chansons ou magazines pour adolescentes dont raffole le personnage principal) n'a aucune importance. Ce qui est présenté ici, est susceptible de toucher les jeunes à n'importe quelle époque, puisque sont évoqués des adolescents mal dans leur peau, le besoin de se couler dans un certain conformisme, tout en revendiquant sa différence, celui d'être reconnu, la cruauté consciente ou non, les différends avec les parents, l'alcool, et surtout, le harcèlement. Heureusement pour la narratrice, à l'époque, pas encore de réseaux sociaux. On frémit à l'idée de l'usage qu'Ariane aurait pu en faire.
J'ai beaucoup apprécié le style de Myriam Leroy qui se coule avec facilité dans le langage des jeunes : « C'est ça que j'aime chez toi, t'es folle. -Folle de toi, ma poule. -Allez, je raccroche, ma mère m'appelle. -C'est ça, raccroche, espèce de monstre sans coeur -A demain, connasse ? -A demain, pétasse. » Puis, passe à la distanciation de l'auteur qui examine son travail et s'interroge : « Je n'apprends rien à ceux qui écrivent pour eux-mêmes ou pour la postérité : il demande bien du travail de donner ses accents de vraisemblance à la vérité. » A une ironie mordante : « Ma mère était une grande femme sèche comme une merluche, noueuse comme un saule, née fâchée comme en attestait la ride profonde entre ses sourcils. Mon père, de son côté, rasait les murs tel un moine capucin et ne parlait pour ainsi dire jamais, sauf pour donner l'heure à ma mère qui persistait à ne pas porter de montre pour entretenir sa dépendance à son époux. » Écrit une sorte de poème :  « Mourir à vingt ans. Partir dans la pleine fleur de sa beauté (…) Faire ses adieux à la scène à son zénith, déguerpir avant de se laisser choir dans le lent délabrement de la maturité. » qui me fait penser à certains textes de Boris Vian, comme « Je voudrais pas crever ». Elle passe avec aisance de la méchanceté pré-adolescente : « Simon (…) était petit, gros, roux, il avait un appareil dentaire dans lequel il trimballait la moitié de ses repas », à la douceur d'une femme épanouie : « Ce matin, quand je me suis levée, tu dormais encore (…) J'ai voulu te faire un baiser, je me suis ravisée. »
J'ai aimé découvrir avec quel talent l'auteur arrivait à faire prendre conscience du danger de cette prétendue amitié, basée sur des rapports dominant-dominé, sado-masochistes et des répercussions lointaines qu'elle aura.
J'ai aimé découvrir des clins d'oeil littéraires comme : « Je faisais souvent ce rêve étrange et ragaillardissant ». J'ai aimé sa critique de la société : « Maman, qui se sentait amputée d'un prestige dont le membre fantôme la grattait, pensait qu'à force de déguisements, d'imitations et d'opportunisme relationnel, elle donnerait à notre nom de famille le lustre qui aurait dû lui revenir. » « A table, je me suis aperçue de mon inculture en matière de protocole, de savoir-vivre, de nadine-de-rotschilderies. »
En revanche, j'ai été un peu fâchée des critiques contre le Brabant wallon et la si jolie ville de Nivelles que j'aime beaucoup.
Je ne suis pas d'accord quand Myriam Leroy pense qu'aucun auteur ne parle de nos régions. Je connais bien la littérature belge et je peux en citer beaucoup ! (comme Armel Job, Jean-Louis Aerts, Muriel Monton, Véronique Biefnot et tant d'autres).
Ce roman m'a beaucoup plu et je le recommande chaudement.
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critiques presse (3)
Actualitte   31 octobre 2018
Amitié adolescente, roman générationnel, cartographie de la classe moyenne qui bande mou, tout ça peut sembler rebattu, mais il y a ce style qui lui est propre, très efficace, concis, cette justesse, ce sens de la formule et de l’observation qui annoncent qu’une écrivaine est née. Bravo, Myriam Leroy !
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaPresse   21 février 2018
Ce premier roman de la journaliste belge Myriam Leroy se lit d'un trait. L'auteure, aussi dramaturge, explore les facettes sombres de ses personnages, en soif d'acceptation et manipulateurs.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaLibreBelgique   24 janvier 2018
Plume alerte et profondeur : la journaliste et chroniqueuse livre, avec son premier roman, un portrait d'ado avec failles.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
AMRAMR   24 mars 2018
Quel est l’intérêt de se replonger dans cette mésaventure vieille de vingt ans, dont les protagonistes se sont pratiquement tous évanouis dans la nature ?
Possiblement aucun. Mais peut-être que si, comme je le crois, elle a eu des répercussions prégnantes sur ma vie et celle de ceux qui m’ont approchée ensuite, l’explorer pourrait permettre quelque chose de l’ordre de la purgation. Voire de la libération.
Thérapie classique par l’écriture. On est loin de la littérature.
Peut-être qu’à force de spéléo dans les galeries accidentées de la mémoire apprendrais-je qu’Ariane est la raison pour laquelle j’ai toujours préféré me tenir sur le seuil du grand amour plutôt qu’y entrer de plain-pied. Peut-être saurais-je que je lui dois le périmètre de sécurité qui me protège des autres, épais cordon sanitaire au-delà duquel je repousse les assaillants à l’huile bouillante, fussent-ils animés de nobles intentions. Et qu’ainsi éclairée sur les tenants et les aboutissants de mes névroses, je pourrais garder, pour me vêtir luxueusement, les quatre-vingts euros que je tends chaque semaine à mon psy.

[…]

J’ai modifié les noms, parfois les métiers, j’ai emprunté des raccourcis, quelquefois rallongé, j’ai fait le ménage dans le paysage, mélangé les dates, créé des fausses conséquences à partir de causes réelles et vice versa. Mais je crois sincèrement qu’après tout cela, tous ces petits et grands accommodements, je vous raconte la vérité vraie, la vérité nue, plus vraie encore que lorsque je l’ai vécue. »

[…]

Je me suis néanmoins remise de toutes les séparations, de toutes les trahisons. J’ai même appris à ne plus me faire d’illusions. J’ai compris que la vie n’avait d’autre sens que de la vivre et, si je ne m’en réjouis pas forcément, j’en fais mon affaire, je l’accepte et n’en veux à personne (enfin, pas vraiment) de ne pas m’en avoir avertie. J’ai intégré que l’amour était une humeur hormonale utile à la perpétuation de l’espèce, le désir soluble dans l’habitude et l’amitié une disposition occupationnelle.
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krzysvancokrzysvanco   02 décembre 2019
Haïr les riches, qu’ils soient ou non gentils, haïr davantage les gentils, les riches philanthropes, ceux qui donnent aux pauvres, qui leur ouvrent leurs bras et leur porte. Ceux qui aiment l’exotisme de la vraie vie, qui trouvent un charme fou aux masses populaires, qui se délectent de l’idiome des jeunes des quartiers, ceux qui vont chercher leurs épices sur des marchés, près des gares qui sentent l’urine. Ceux-là qui ne sont même pas foutus de rester entre eux, discrètement repliés sur leurs réseaux de semblables, à dissimuler au regard de la roture les codes et coutumes ancestraux qui excluent d’emblée les gens qui ne sont pas nés dedans. Ceux qui croient te faire un cadeau en t’accueillant alors que, ce qu’ils te lèguent, c’est la rage sourde qui découle de l’instantané constat que quoi que tu fasses dans la vie - y compris gagner au Loto - non seulement tu ne seras jamais aussi riche qu’eux, mais surtout tu ne seras jamais comme eux.
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hcdahlemhcdahlem   02 avril 2018
Je souhaitais à présent être appréhendée comme une jeune femme insaisissable, émouvante et dangereuse à la fois, je voulais qu’on me voie ardente et raffinée, qu’on m’aborde comme une fille dont on espère, à force d’offrandes et de serments, palper le grand secret dans les replis compliqués de l’âme. À cet effet, pour la rentrée, je décidai de m’habiller en noir de pied en cap, ongles et lèvres lie-de-vin, dans une tentative d’occuper un créneau subtil entre la veuve sicilienne et la jeune gothique de cimetière. De mes origines culturellement prolétaires je ne dirais rien, et la découverte de mes racines difficiles par les plus téméraires de mes camarades allait forcer le respect pour l’éternité.
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Olivia-AOlivia-A   04 juin 2018
J'en étais sûre. Notre binôme était surnaturel. Nous étions plus que la somme de nos parties, nous étions cette complétude en tous points soudée dont naissaient les rayons laser et les pouvoirs magiques. Nous imaginions avoir en poche deux médaillons orphelins, le croissant de lune et le soleil qui, s'emboîtant, devenaient la clef des Mystérieuses Cités d'or. Sauf que l'univers auquel notre union donnait accès était un royaume de ténèbres, peuplé de démons ondulant dans la brume humide du crépuscule. Dans notre souterrain, à quelques mètres sous la surface des hommes, nous nous accordions le droit de lâcher les monstres intérieurs qui grattaient à nos portes.
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krzysvancokrzysvanco   02 décembre 2019
À quatorze ans, je formulai le vœu de me suicider à vingt. Je pensais que c’était le bon âge pour fiche le camp. Qu’après, il ne se passerait plus rien de bon, juste la lente agonie du corps et de l’esprit.
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Videos de Myriam Leroy (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Myriam Leroy
Les Yeux rouges, Myriam Leroy - rentrée littéraire 2019 éditions du Seuil
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