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Roland Stragliati (Traducteur)
EAN : 9782221256275
304 pages
Robert Laffont (30/09/2021)
3.87/5   59 notes
Résumé :
Sur un chantier de basse Volga, deux hommes se rencontrent et commencent à se raconter, l’un est constructeur de charpentes métalliques, l’autre est chimiste…et l’intelligence du chimiste est de se taire mais surtout d’écouter activement son compagnon…

"Vous avez sûrement remarqué que dans la vie cela n’arrive quasi jamais, alors pour bien se rendre compte que les histoires de chaudronnier, de tuyauteur, de soudeur à l’autogène et autres plombiers ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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bilodoh
  03 février 2014
Aimez-vous votre boulot? Ce n'est pas l'intro d'un quiz de psychologie populaire : le travail est vraiment le thème de ce roman de Primo Levi, un texte bien différent des horreurs des camps de « Si c'était un homme ».

« le fait d'aimer son travail — qui est, hélas! le privilège de peu de gens — est bien ce qui peut donner la meilleure idée et la plus concrète du bonheur sur terre. (p.102)

Les métiers de la construction ne sont pas très présents dans la littérature, peut-être parce qu'il n'est pas très courant d'avoir à la fois l'imagination littéraire et l'intelligence concrète des bâtisseurs. On trouve plus facilement des romans qui traitent des difficultés des écrivains!

De ce texte de Levi, je retiens la beauté du travail d'ingénierie, la satisfaction devant l'élégance et la solidité de la structure d'un pont ou d'une tour. Dans les discussions entre les gars, on découvre aussi l'amitié entre les hommes et la vision du monde des travailleurs qui vont d'un chantier à l'autre sans s'attacher.

Une oeuvre à découvrir.
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PatriceG
  31 mai 2022
La clé à molette
Primo Lévi, écrivain, chimiste né à Turin
Prix stréga 1979
Une intelligence vive au dela des systèmes. Je suggère à la Pléiade de s'emparer du sujet.
Aimer son travail : oui, mais penser d'abord à ceux qui n'en ont pas ou qui de leur travail n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Pour le reste il faut bien se faire une raison, quel est le pourcentage de ceux qui aiment leur travail. Pour paraphraser Churchill, le travail est comme la démocratie .. et bien sûr les conditions liées à son épanouissement paraissent nécessaires.
Seuls peuvent remettre en selle les jeunes : le travail et l'éducation. Un travail pour tous, décent s'entend. Cette gageure n'est pas insurmontable si les parties concernées se donnent la main, et les financiers qui profitent du travail n'ont qu'à bien se tenir, sinon ce sera la révolution. Et il ne suffit pas de le dire, mais de le faire..
PG 31 mai 2022
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topocl
  23 août 2015
« Et raconter, vous le savez bien, vous me l'avez même dit, c'est une des joies de la vie. »

Deux types rencontrent leurs solitudes temporaires à l'occasion de missions professionnelles, dans la cantine d'un hôtel au fin fond de l'URSS. Dans leurs heures de désoeuvrement , Faussone raconte son métier (monteur en structures métalliques) qui le passionne, qui est le nerf d'une vie faite d'espace, de mouvement et de liberté,où l'excellence est une victoire au quotidien. Et raconter son métier, au dela des précisions techniques qu'il ne nous épargne pas, c'est se raconter lui-même, ses espoirs, ses amours, ses choix, ses opinions, ses manques, toute sa vie, quoi.
« En écoutant Faussone, une ébauche d'hypothèse se formait en moi, que je n'ai pas travaillée par la suite que je soumets ici au lecteur : le terme «liberté» a notoirement beaucoup d'acceptions, mais peut-être que le genre de liberté le plus accessible, le plus goûté subjectivement et le plus utile à l'homme, coïncide avec le fait d'être compétent dans son propre travail, et donc avec le fait de l'exécuter avec plaisir. »

Primo Levi, car c'est lui, l'écoute, savourant ses digressions car «interrompre, arrêter un récit de Faussone, c'est comme arrêter la progression de la marée . » Il demande des explications, fait préciser tel détail, distrait des sombres horizons soviétiques par la découverte de cet homme ordinaire, primaire en apparence, mais hors du commun (comme tout un chacun).
« En fait, ainsi qu'il existe un art de conter solidement codifié par des milliers d'essais et d'erreurs, il existe également un art d'écouter, tout aussi ancien et estimable, duquel toutefois, pour autant que je sache, les règles n'ont jamais été définies. Pourtant, toute personne qui parle ou raconte sait par expérience que l'auditeur apporte une contribution décisive à ce qu'elle lui dit : un public distrait ou hostile affaiblit n'importe quelle conférence ou leçon, alors qu'un public amical les vivifie. Mais même l'auditeur, en tant qu'individu, à une part de responsabilité dans cette « oeuvre d'art », qu'est tout récit. »
Puis, contrepartie, Primo Levi raconte ce qu'est être chimiste, avec une même passion pour le travail aimé et bien fait, qui contribue à construire une vie, et là encore, comme c'est souvent le cas quand on parle de ses passions, il emporte une adhésion du lecteur à travers un récit qu'on suit comme une aventure burlesque.
Il s'interroge aussi , et ils échangent, sur le parallèle entre ces métiers matérialistes et son second métier, celui d'écrivain, car à travers ces activités si diverses, ces hommes construisent et transmettent quelque chose qui donne un sens à leurs vies.
« Nous sommes tombés d'accord sur ce que nous avons de bon en commun. Sur l'avantage de pouvoir connaître ce que nous valons sans avoir besoin que d'autres nous le disent, sur celui aussi de nous refléter dans nos oeuvres. Sur le plaisir qu'il y a de voir grandir notre « enfant », plaque de fer après plaque de fer, boulon après boulon, solide, nécessaire, symétrique, bien adapté à son objet. Et une fois achevé, on le regarde de nouveau et on se dit qu'il vivra peut-être plus longtemps que nous et qu'il servira peut-être à quelqu'un qu'on ne connaît pas, et qui ne nous connaît pas. »

C'est un bouquin qui paraît a priori totalement inintéressant - deux types, l'un monteur de structures métalliques, l'autre chimiste qui parlent de leur travail – et qui, au fil des pages, se révèle plein de une malice, de tendresse, de profondeur, et vous scotche.
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JeanLouisBOIS
  15 janvier 2014
le travail, c'est toute une histoire.
Avec La Clé à molette, Primo Levi aborde un thème peu présent dans les romans du 20ème siècle : le travail manuel comme outil de dignité humaine et de relations entre les individus par la transmission de connaissances spécifiques et par la source d'histoires racontées et échangées.
Cet ouvrage constitue véritablement un roman, même s'il, peut apparaître au premier abord comme un recueil de nouvelles. En effet, Faussone raconte au narrateur très semblable à l'auteur (italien, chimiste, écrivain) le récit de son expérience de monteur international et c'est l'occasion de mettre en scène de nombreuses petites saynètes relatant son mode de vie avec les joies et les peines qui en résultent. Il en ressort un amour du travail bien fait mais aussi une certaine affection pour le travail qui ne se passe pas comme prévu et qui exige du monteur une capacité de dépasser ses habitudes pour pouvoir résoudre les problèmes qui se présentent. Ces obstacles plus ou moins bien surmontés représentent pour Faussone le sel de son métier et la base des histoires qu'il prend plaisir à raconter. La confrontation entre le travail manuel et intellectuel aboutit souvent à des rapprochements où la complémentarité et une certaine similarité se font jour et où l'opposition est souvent surmontée. D'autant que le narrateur a lui aussi son histoire à raconter ce qui en fin de compte rapproche les deux compères et les place sur un pied d'égalité ou de comparaison. On voit donc que l'ensemble de cette trame structure un roman à partir de récits a priori dispersés.
On trouve aussi dans La Clé à molette des réflexions sur l'importance de l'auditeur et sur le roman en train de s'écrire qui donnent à ce livre une profondeur supplémentaire. On pourrait même y trouver une sorte d'allégorie de l'écrivain. En effet, un auteur de livres se nourrit d'expériences multiples et variées comme celles que Faussone se plaît à raconter. Puis le romancier crée une histoire originale qui fait la synthèse du matériau brut en utilisant ce qui l'intéresse comme il y est fait allusion dans La Clé à molette. Cet effet de miroir, cette mise en abyme renforce évidemment le charme du récit où on sent les clins d'oeil amusés de Primo Levi.
On a ainsi affaire à un roman drôle et désabusé, mais pas comique et pas désespéré où percent à chaque page l'humanisme et l'universalisme de l'auteur italien.

Lien : http://catsbooksrock.blogspo..
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Gast
  23 février 2011
Après une relative déception avec "Le système périodique" c'est quelque peu méfiant tout autant que remplis d'espoir que j'ai continué ma cure de Primo Levi.
Ce livre n'est pas un témoignage au sens où "Si c'est un homme" ou "La trêve" ont pu l'être. Pas d'horreur indescriptible ici, pas de retour à la vie ni de notion de survie, mais une intense réflexion sur la vie, sur la famille, sur l'homme ; et son rapport au travail, à la société. Bref ! J'ai retrouvé là, à travers ce témoignage de seconde main relaté par Primo Levi l'auteur qui avait forcé mon admiration dans "Si c'est un homme" où le réel et ses impondérables sert de base à une réflexion bien plus large sur la vie et le sens à lui donner.
L'ouvrage n'est certes pas exempt de quelques passages à vide mais il reste malgré tout une oeuvre ambitieuse dans ce que j'ai pu lire de cet auteur ; et alors que j'étais déjà séduit, par sa conclusion, cette citation magistrale et guise de point final au récit, Primo Levi fait de ce livre un petit diamant finement travaillé.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
kathykathy   06 juillet 2011
En fait, ainsi qu'il existe un art de conter solidement codifié par des milliers d'essais et d'erreurs, il existe également un art d'écouter, tout aussi ancien et estimable, duquel toutefois, pour autant que je sache, les règles n'ont jamais été définies. Pourtant, toute personne qui parle ou raconte sait par expérience que l'auditeur apporte une contribution décisive à ce qu'elle lui dit : un public distrait ou hostile affaiblit n'importe quelle conférence ou leçon, alors qu'un public amical les vivifie. Mais même l'auditeur, en tant qu'individu, a une part de responsabilité dans cette "oeuvre d'art" qu'est tout récit : quiconque raconte une histoire au téléphone s'en rend parfaitement compte et perd de sa chaleur, car les réactions visibles de l'auditeur lui manquent, lequel, dans ce cas, en est réduit à manifester de temps en temps son intérêt éventuel par quelques monosyllabes ou grognements. Et c'est là la raison principale qui fait que les écrivains qui s'adressent à un public incorporel sont peu nombreux.
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LatmaLatma   08 mai 2011
Si l'on fait exception des moments merveilleux et singuliers que le destin peut nous réserver, le fait d'aimer son travail – qui est, hélas, le privilège de peu de gens – est bien ce qui peut donner la meilleure idée et la plus concrète du bonheur sur terre. Mais c'est là une vérité qui n'est guère connue.
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SachenkaSachenka   28 février 2020
Je n'ai pas bondi ; par suite d'une vieille habitude que j'ai de me contrôler et qui fait que mes secondes réactions précèdent toujours les premières [...].
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jmarciojmarcio   22 octobre 2021
(p.90)
Une fois il m'est arriver de me disputer avec un d'eux, parce que, justement, il comprenait rien et il faisait au client des promesses impossibles. Et vous savez ce qu'il m'a dit ? Qu'un travail comme le nôtre on peut ou bien le comprendre, ou le comprendre un petit peu, ou pas le comprendre du tout; mais, pour bien le comprendre il nous faudrait tous être ingénieurs, et que plutôt de le comprendre seulement un tout petit peu, il est préférable de pas le comprendre du tout. Comme ça on peut toujours s'en tirer. Pas mal, hein ?
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JeanLouisBOISJeanLouisBOIS   14 janvier 2014
Seulement, moi, mes rêves, j'aime qu'ils se réalisent; sans ça ils deviennent comme une maladie qu'on traîne toute la vie après soi, ou comme une cicatrice qui, chaque fois que le temps tourne à l'humide, recommence à vous faire mal. (p.10).
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Videos de Primo Levi (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Primo Levi
La honte est devenue le sentiment dominant de notre époque. Trois impératifs traversent en effet nos sociétés contemporaines : « N'ai plus honte de toi-même ! », « Il n'y a plus de honte ! », « Honte sur vous ! ». Chacun d'eux dessine une figure particulière de la honte. Premièrement, la honte-tristesse qui replie chacun sur une intimité douloureuse et muette (dénigrements sociaux, traumatismes infantiles, mésestime de soi, etc.), ruine la vie et interdit de goûter au bonheur de vivre. « Quel est le sceau de la liberté conquise ? Ne plus avoir honte de soi-même. » (Nietzsche) Deuxièmement, la honte-retenue qui modère les élans, instaure un ordre et une harmonie intérieurs, structure le rapport à soi et aux autres, prévient le chaos existentiel. « La honte est le principe directeur de l'homme de bien. » (Platon). Troisièmement, la honte-colère qui soulève notre indignation, encourage les solidarités, excite notre imagination politique. « La honte est un sentiment révolutionnaire. »(Marx) Ce sont ces trois dimensions que Frédéric Gros explore en convoquant les grands écrivains et penseurs de la honte (Camus, Kafka, Baldwin, Primo Levi, Deleuze, etc.).

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