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EAN : 9782364684508
144 pages
Editions du sous-sol (20/08/2020)
3.73/5   145 notes
Résumé :
Deborah Levy revient sur sa vie. Elle fuit à Majorque pour réfléchir et se retrouver, et pense à l'Afrique du Sud, ce pays qu'elle a quitté, à son enfance, à l'apartheid, à son père – militant de l'ANC emprisonné –, aux oiseaux en cage, et à l'Angleterre, son pays d'adoption. À cette adolescente qu'elle fut, griffonnant son exil sur des serviettes en papier. Telle la marquise Cabrera se délectant du "chocolat magique', elle est devenue écrivaine en lisant Marguerite... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
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Laccrocheplume
  02 novembre 2020
Voilà un Prix Fémina très mérité pour une écrivaine qui gagne à être (re)connue et on espère vivement que Céline Leroy traduira tous ses textes.
Ces deux volets autobiographiques sont d'une puissance extraordinaire. Déborah Levy s'appuie sur ses lectures et ses réflexions d'écrivaine, de mère, de femme qui ne parle pas assez fort pour nous raconter son devenir, pour tenter de comprendre pourquoi elle écrit, et comment son travail d'écrivaine et de dramaturge la transforme, l'interroge sur son rôle défini par une société d'hommes. Les deux livres sont écrits avec un ton très différent. le premier est grave et revient sur les quelques images fortes qui ont fait d'elle ce qu'elle est comme le bonhomme de neige aux yeux creux qui a fondu après que son père ait été emporté par l'unité spéciale qui torture les prisonniers politiques. le deuxième qui correspond au passage de la cinquantaine est beaucoup plus drôle tout en étant corrosif et lucide.
Deborah Levy loue ses hésitations, elle en parle même comme d'un cheminement indispensable pour construire ce devenir qu'elle condense dans ces deux livres d'une intensité folle et d'une érudition non moins folle. Les références qu'elle cite sont nombreuses : Woolf, Duras, Zofia Zalinska, Orwell grâce à qui elle dresse l'architecture du premier volume, mais jamais l'on ne sombre dans le pédant ou la paraphrase. Et de toute façon après une réflexion profonde, on se retrouve nez à nez avec un poulet rôti qui est mort deux fois. Ici, le ton est le ton de Déborah Levy, la voix est nouvelle et c'est un vrai bonheur de découvrir cette nouvelle voix de la littérature merveilleusement bien traduite (puisque harmonieuse, puisque les images sont parlantes, puisque sa voix est maintenant mienne).
Je n'en dirai pas plus parce que je pense que toute femme trouvera un écho dans ce récit à sa propre trajectoire. Et de toute façon quand vous aurez lu l'un, vous sauterez sur l'autre ! Depuis que je les ai lus (il y a un mois), ils sont sur ma table de nuit et j'y reviens souvent, preuve que l'on a là des petits bijoux à conserver précieusement dans notre bibliothèque.
4,5/5 pour cette plume affûtée !
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fanfanouche24
  04 décembre 2020
« Quand ses chaussures avaient besoin d'être cirées, l'homme qui s'occupait du jardin les cirait pour lui. Edward Charles William l'appelait "boy" même si ce dernier avait quatre enfants, neuf petits-enfants et les cheveux gris. (p. 66)”
Je commence par cette phrase quelque peu lapidaire… qui exprime une grande partie de la vie de cette auteure, marquée dans sa jeunesse par l'apartheid, l'emprisonnement de son « papa », Pendant cinq longues années.. ; papa-héros, militant de l'ANC.. . Vous direz, à juste titre, il y a eu tant de livres sur le sujet… Mais là , ce qui m'a accroché, bouleversé, c'est le ton et le style de cette femme , qui par des fables, des anecdotes paraissant dérisoires ou loufoques, sur le ton de la petite fille qu'elle était… nous révèle la cruauté de ce monde coupé en deux : entre noirs et blancs. ..
Un livre autobiographique, mordant, sans aucune pleurnicherie… qui nous percute de plein fouet , qui dit magnifiquement au-delà des douleurs du racisme, vécues dans l'enfance, l'emprisonnement brutal du père…la volonté de vivre de sa fille, l'auteure… et pour cela, la nécessité de l'écriture, encore, toujours et à jamais…!!
Pour une fois, j'éviterais les longueurs… et les digressions.. pour honorer la pudeur et la forte poésie de Déborah Lévy, qui a le talent unique et insensé de dire l'insupportable avec drôlerie et ironie positive…Peu banal !!
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RITAB
  14 septembre 2020
A tous ceux qui fustigent les autobiographies (j'en fais partie, autant l'avouer), ce petit livre, tout petit, minuscule, aussi fin qu'un clou, est fait pour vous. Il a le pouvoir de s'insinuer à coup de burin dans la conscience pour se poser la question, la seule qui vaille : combien de temps vais-je contourner « ce que je ne veux pas savoir » ?
Cette confession étant faite, retournons au projet défendu par Deborah Levy, poétesse, écrivaine et dramaturge anglaise née en Afrique du Sud, qui dans une conférence a déclaré . “I want to create something vulnerable and real,” Ce livre est la première brique de ce projet. Il se divise en quatre chapitres : le premier « Visée politique » démarre à Majorque où elle se rend après une période difficile. le deuxième « Inspiration historienne » situe le contexte historique et social de sa prime jeunesse en Afrique du sud juste avant que sa famille ne s'exile au Royaume-Uni. Elle raconte cet exil dans « Pur égoïsme » et décrit son envol dans sa vie d'écrivaine avec une main invalide à cause d'une corvée quotidienne plutôt cruelle. Et enfin « Enthousiasme esthétique » donne de l'ampleur au récit tout en reprenant les motifs déployés dans les trois parties précédentes. Dans cette partie, l'homme chinois avec qui elle échange depuis un café à Majorque lui apprend en laissant traîner sa main à côté de la sienne que c'est sur les paupières que la peau est la plus fine ; et la plus épaisse se situe sur les paumes et la voute plantaire.
Dans la première partie, Déborah Levy raconte comment ce projet s'est mis en place. Son arrivée à Majorque par un sentier obscur, une nuit, après une période difficile où elle n'a de cesse de pleurer à chaque fois que son corps gravit une chaine d'escaliers mécaniques. Elle arrive avec son matériel d'écriture flambant neuf dans une pension, sorte de retraite éloignée des circuits touristiques. Et elle déplie son matériel : son « calepin d'inspecteur de police parce que j'y amassais sans cesse les indices de quelque chose que je ne pouvais comprendre » comme ces « baisers échangés en pleine catastrophe politique », sa mémoire d'ex-mère, cette mère imaginée et politisée par le Système Sociétal – toutes ces mères croisées dans la cour de récréations et aussi celle dont les yeux si petits disparaissaient dans la tête. Et enfin elle s'interroge sur son rôle d'écrivaine alors qu'elle a déjà écrit quelques livres - « Vous êtes écrivaine, n'est-ce pas ? » Ce rôle qu'elle définit confusément mais dont la charpente aussi désarticulée soit-elle se déploie autour de grandes figures littéraires.
Dans la deuxième partie, elle revient sur sa jeunesse à Johannesburg avant son exil en Angleterre. Elle raconte ce jour exceptionnel où il avait neigé, quand elle avait ramassé cette neige miraculeuse, fabriqué avec son père le corps rebondi d'un bonhomme de neige. Puis la tête. Et enfin « le large sourire avec une brindille tombée du pêcher » et « deux biscuits au gingembre » à la place des yeux. Ce jour obscurci par une nuit cauchemardesque : alors qu'elle était couchée, l'unité spéciale des services de la sûreté a tapé à la porte. Pendant que deux autres hommes fumaient une cigarette « sous le regard du bonhomme de neige aux yeux ronds et creux », elle a observé l'unité spéciale emporter son père, ces hommes qui – elle le sait pour avoir entendu ses parents en parler – torturent les gens et ont parfois une croix gammée aux poignets. Et elle savait, alors qu'elle n'était qu'une petite fille, que son père allait être jeté au fond d'un donjon, torturé, et qu'elle ne le reverrait peut-être plus jamais. le lendemain, le bonhomme de neige a fondu. Et aujourd'hui, elle s'interroge sur cet évènement fondateur. « Qu'est-ce qu'un bonhomme de neige ? C'est une présence paternelle ronde fabriquée par des enfants pour garder un oeil sur la maison. Il pèse lourd, il ne manque pas de matière, mais manque de substance, il est fragile, spectral. A la seconde où on lui a donné des yeux en biscuit, j'ai su qu'il s'était transformé en fantôme de neige. »
Dans ce récit biographique, tous les personnages féminins sont définis par leurs yeux. Tout trait qui pourrait définir une nuance, qui pourrait l'éloigner d'une introspection lucide est écarté. La mise en scène est tellement épurée qu'à part regarder son passé d'un oeil, de deux yeux ouverts ou de deux yeux peints, il n'y a finalement pas d'autres alternatives pour le lecteur. Cette force charnelle que les personnages habituellement incarnés, en chair et en os, cette force qui pousse dans des chemins de traverses pour découvrir d'autres facettes de notre personnalité est ici totalement annihilée. Pas d'échappatoire. Dans cette narration, le pouvoir est rendu aux yeux. Non pour seulement nous dévoiler la singularité de l'auteur, mais pour nous pousser à dévoiler la nôtre. Et ça c'est un véritable tour de force. Deborah Levy parle de sa quête dans son travail d'écriture dans la première partie quand elle rapporte ce texte de Zofia Kalinska, une femme de théâtre d'avant-garde européenne, « La forme ne doit jamais dépasser le fond, surtout en Pologne. Cela a à voir avec notre histoire : la répression, les Allemands, les Russes, nous avons honte parce que nous avons tellement d'émotions… Au théâtre, il faut utiliser l'émotion avec précaution, il ne faut pas imiter l'émotion. » Je crois que le mot imitation a toute son importance ici. Il fait fondre le miroir aux alouettes, ces miroirs qui nous font voir toutes ces voix sociales, ces repères politiques, intellectuels que l'on imite sans pouvoir les habiter. Il me rappelle un passage du journal de Kafka qui rejetait tout autant l'imitation.
Cette même femme de théâtre, Zofia, donne une définition de ce qu'est parler haut « ce n'est pas parler plus fort, c'est se sentir autorisé à énoncer un désir… Une hésitation n'est pas la même chose qu'une pause. C'est une tentative de rejeter le désir. » Et Déborah Levy poursuit plus loin : « pendant une grande partie de ma vie, j'ai cheminé dans mon écriture avec les indications de Zofia. le fond devait dépasser la forme - oui c'est un conseil subversif pour une autrice telle que moi qui avait toujours expérimenté avec la forme, mais c'est un mauvais conseil pour une écrivaine qui n'a jamais expérimenté avec la forme… quant aux stratégies qu'un auteur de fiction pourrait mettre en place pour déployer les façons dont ses personnages s'efforcent de rejeter un désir qu'ils éprouvent depuis longtemps – pour moi, tout l'intérêt de l'écriture réside dans l'histoire de cette hésitation. » (page 21)
L'auteur revient avec lucidité sur cette période où elle a affronté toute la violence sociale et politique de l'Apartheid. A l'école, elle reçoit des coups par derrière sur les jambes parce qu'elle ne veut pas commencer les pages de son cahier à la première ligne mais à la troisième. Elle ressent dès sept ans ce sentiment déstabilisant qui veut que l'on peut ne pas se sentir en sécurité avec les gens qui sont sensés nous garantir la sécurité. Cette insécurité qui régit les rapports de la communauté sud-africaine à tous les instants. Les blancs parce qu'ils font du mal aux noirs, les noirs parce qu'ils sont la cible permanente de blancs. de temps en temps, elle passe de la vaseline sur les pieds de Maria, la bonne qui s'occupe de la maison. Puis, elle séjourne chez sa tante où elle fait l'apprentissage du goût de la liberté. Elle rencontre Soeur Joan qui lui apprend à parler à voix haute et à « lire entre les lignes ». Et pour parler à voix haute, elle saisit un stylo, écrit ce qu'elle voit, ce qu'elle a compris, ce qui étouffe sa voix. Elle écrit un texte qui commence par « Papa a disparu » et finit par « Billy Boy en cage ». Et quelques jours plus tard la perruche de sa tante, Billy Boy, retenue dans une cage, est libérée de ses propres mains. Juste après, elle revient sur ce jour où au retour de son séjour de prison, son père se tient dans le jardin avec un visage « gris pâle comme de la neige sale. Il n'y a que ses yeux qui bougent. Ses bras sont raides le long de son corps. »
J'ai pensé à Coetzee en lisant Deborah Levy, une plume qui découpe et explore la violence des rapports. Cette manière d'enquêter avec une narration serrée. J'ai trouvé aussi que les phrases tombaient comme des coups. Elle déploie un certain nombre d'allégories ce qui donne une portée universelle à son récit. Mais elle assène aussi des coups, tant son style est concis, tant elle ne cherche pas à nous « corrompre » avec des sentiments. On arrive en quelque sorte nu devant chaque phrase. Sans avoir eu le temps de se construire une carapace immunitaire. Je n'ai jamais rien lu de tel. J'ai vraiment découvert un nouvel univers, une plume d'une très grande intelligence. Un excellent livre dont on ne sort pas indemne. Une très belle traduction de Céline Leroy.

Ce que je ne veux pas savoir ; Deborah Levy ; traduit par Céline Leroy ; Editions du sous-sol : août 2020.
Lien : http://lapagederita.blogspot..
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JIEMDE
  25 août 2020
Premier des deux volumes autobiographiques de Deborah Levy sortis ces jours-ci, Ce que je ne veux pas savoir – traduit par Céline Leroy – revient sur trois lieux marquants de sa vie. Loin de l'exercice habituel d'exploration chronologique, l'auteure britannique fait de ces lieux des marqueurs décisifs de son parcours. Avec en toile de fond commune, des réponses sur ce qui l'a conduit à écrire et la construction de son engagement devenu permanent sur l'émancipation des femmes.
À Johannesburg et Durban durant son enfance, elle fera l'apprentissage de l'apartheid, jeune témoin étonnée de la ségrégation permanente, vécue dans l'absence d'un père enfermé pour son soutien à l'ANC. À l'image de Billie Boy, une perruche à qui elle veut redonner la liberté, elle comprendra qu'il faut du temps pour la prendre et s'envoler. L'Afrique du Sud, ce sont aussi de premières rencontres marquantes. Avec Melissa, la fille de sa Marraine Dory, qui lui enseigne que « les filles doivent parler haut et fort, puisque personne ne les écoute » ; ou avec Soeur Joan qui décèle son goût pour l'écriture et la lecture et l'y encourage.
L'adolescence de Déborah se passera en Angleterre, terre d'exil où la famille s'est réfugiée après la libération du père. Écrivant sans fin sur des serviettes en papier, elle se rêve « en exil de l'exil », s'interrogeant sur son pays réel et mûrissant davantage son envie de devenir écrivaine.
Ces fragments de parcours prennent sens lors d'un printemps à Majorque, où volontairement isolée dans un hôtel, elle prend le temps de l'introspection, femme « en fuite » s'interrogeant sur son avenir et revenant sur son passé. Que fait-on du savoir qui nous empêche de vivre ? Que fait-on de ce qu'on ne veut pas savoir ? Pourquoi écrire dans la rage quand tant d'autres écrivent dans le calme ? Pourquoi se résigner et vivre dans l'acceptation ne peut être le but de l'écrivain ? Ou encore, comment dépasser l'inévitable conditionnement des femmes à incarner des mères ?
Convoquant aussi bien Sand que Beauvoir, Woolf, Warhol ou Duras, Deborah Levy témoigne sans donner de leçon sur ce qui forge un destin de femme et d'écrivain au XXIe siècle. de quoi donner envie de se plonger rapidement dans le coût de la vie, le deuxième opus.
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Zakuro
  03 octobre 2020
Ce que je ne veux pas savoir de Déborah Levy est un éblouissant coup de coeur, aussi beau et fort que celui que j'ai eu pour « le coût de la vie ».
Je les quitte tous les deux à regret comme si je quittais une longue conversation avec une amie qui a su toucher mon coeur en parlant des sujets profonds de la vie de manière légère et anecdotique. C'est plein de fraîcheur et de vitalité malgré la mélancolie qui affleure quand il s'agit de la question du bonheur. Les petits moments de bonheur qui ne se vivent qu'au présent, ses exigences, les choix à faire, les déboires et les défis qu'il faut oser relever pour ne pas mentir à soi même.
J'ai aimé les pérégrinations mentales et les voyages physiques de l'autrice comme ici le séjour à Palma de Majorque qui est l'occasion de revenir sur un volet de sa vie, son enfance passée à Johannesburg au temps de l'apartheid et l'emprisonnement politique de son père. Déborah Levy a quitté l'Afrique du Sud pour l'Angleterre à 9 ans le coeur lourd. Mais en emportant dans ses valises la volonté de devenir écrivain et le désir d'explorer les nouvelles voies turbulentes d'une émancipation féminine.
Les tournants de l'existence sont faits de petits déclics et de grandes révélations, de valses hésitations permanentes « on hésite toujours, quand on désire quelque chose ». J'ai aimé la non linéarité du récit car la vie n'est pas une longue ligne droite mais une mosaïque d'instantanés assemblés plus ou moins bien selon les directions de l'existence.
J'aimerais beaucoup lire un troisième récit qui se passerait entre l'enfance de "ce que je ne veux pas savoir" et la séparation du couple "le coût de la vie", pour m'immerger à nouveau dans ce plaisir de lecture.
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critiques presse (2)
LaCroix   03 novembre 2020
À travers deux moments clés de sa vie, la passionnante écrivaine Deborah Levy livre en deux récits une réflexion sensible sur l’écriture, la féminité et la liberté. Un diptyque autobiographique qui a permis à la Britannique d’origine sud-africaine de décrocher le prix Femina du roman étranger le lundi 2 novembre.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Bibliobs   19 octobre 2020
L'autrice britannique publie « Ce que je ne veux pas savoir » et « le Coût de la vie », deux joyaux qui évoquent son parcours de femme en quête de liberté.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   15 octobre 2020
Maria était une des rares femmes dans ce village catholique qui ne soient ni mariées ni mères. Peut-être se méfiait-elle de ces rituels parce qu'elle savait qu'ils finiraient par l'exploiter. Quoi qu'il en soit, elle avait manifestement d'autres projets en tête. Elle avait conçu le système d'irrigation qui alimentait le verger d'agrumes, et bien sûr, on lui devait aussi l'atmosphère de cet hôtel calme aux tarifs abordables. S'il attirait surtout les voyageurs solitaires, il se pouvait que Maria ait tranquillement et sournoisement construit un lieu qui soit un refuge pour échapper à la Famille. Un lieu qui soit aussi chez elle (son frère vivait ailleurs avec sa femme) mais un chez-elle qu'elle ne possédait pas complètement - toutes les questions financières étaient gérées par son frère. En attendant, Maria avait parié sur une vie qui n'incluait ni les rituels du mariage ni ceux de la maternité.
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fanfanouche24fanfanouche24   01 décembre 2020
(...) Quand on aborde ce sujet le plus difficile c'est d'atteindre le matériau lisse, sans aspérité, qui est la pensée de la femme autour de cette entreprise démente que représente une maison. Celle de la recherche du point de ralliement commun aux enfants et aux hommes. Le lieu de l'utopie même c'est la maison créée par la femme, cette tentative à laquelle elle ne résiste pas, à savoir d'intéresser les siens non pas au bonheur mais à sa recherche.... - Marguerite Duras- La Vie matérielle (1987) (p. 27)
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michfredmichfred   26 décembre 2020
Qu’est-ce qu’un bonhomme de neige ? C’est une présence paternelle ronde fabriquée par des enfants pour garder un œil sur la maison. Il pèse lourd, il ne manque pas de matière, mais manque de substance, il est fragile, spectral. À la seconde où on lui a donné des yeux en biscuit, j’ai su qu’il s’était transformé en fantôme de neige.
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RITABRITAB   14 septembre 2020
Qu’est-ce qu’un bonhomme de neige ? C’est une présence paternelle ronde fabriquée par des enfants pour garder un œil sur la maison. Il pèse lourd, il ne manque pas de matière, mais manque de substance, il est fragile, spectral. A la seconde où on lui a donné des yeux en biscuit, j’ai su qu’il s’était transformé en fantôme de neige.
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nath45nath45   20 novembre 2020
Si la maternité est le seul signifiant féminin, nous savons que le bébé sur nos genoux, à supposer qu'il soit en bonne santé et qu'on s'occupe bien de lui, finira forcément par se détourner de notre sein et ira voir ailleurs. Il ira voir quelqu'un d'autre. Il ira voir le monde et en tombera amoureux. Certaines mères deviennent folles parce que le monde qui les a fait se sentir inutiles est le monde dont leurs enfants tomberont amoureux. La banlieue de la féminité n'est pas un endroit où il fait bon vivre. De même qu'il n'est pas sage de chercher refuge auprès de nos enfants parce qu'ils ont toujours tendance à courir le monde pour y rencontrer quelqu’un d'autre. (pages 29-30)
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Videos de Deborah Levy (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Deborah Levy
Rencontre animée par Elisabeth Philippe - Interprète : Marguerite Capelle
Après Ce que je ne veux pas savoir et le coût de la vie (diptyque couronné par le Prix Femina du roman étranger en 2020), la britannique Deborah Levy clôt son cycle autobiographique. Ces trois textes captés « dans la tempête de la vie », disent une manière d'être au monde et revendiquent avec brio la conquête d'un espace à soi. Une idée qui traverse aussi le nouveau livre d'Emanuele Coccia qui fait de la maison, notre maison, une expérience de pensée. Elle le conduit à élaborer une philosophie du vivant, qui construit une intimité avec ce qui l'entoure, préalable essentiel à l'altruisme.
Au coeur de ces deux textes en forme de promenades réflexives, une méditation belle et profonde sur ce que c'est qu'habiter.
À lire – aux éditions du Sous-sol : Deborah Levy, État des lieux, trad. de l'anglais par Céline Leroy, 2021 – À paraître le 4 novembre : Coffret trilogie Deborah Levy : Autobiographie en mouvement (Ce que je ne veux pas savoir / le Coût de la vie / État des lieux).
Emanuele Coccia, Philosophie de la maison, trad. de l'italien par Léo Texier, éd. Rivages, 2021.
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