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EAN : 9782364684508
144 pages
Editions du sous-sol (20/08/2020)
3.77/5   200 notes
Résumé :
Deborah Levy revient sur sa vie. Elle fuit à Majorque pour réfléchir et se retrouver, et pense à l'Afrique du Sud, ce pays qu'elle a quitté, à son enfance, à l'apartheid, à son père – militant de l'ANC emprisonné –, aux oiseaux en cage, et à l'Angleterre, son pays d'adoption. À cette adolescente qu'elle fut, griffonnant son exil sur des serviettes en papier. Telle la marquise Cabrera se délectant du "chocolat magique', elle est devenue écrivaine en lisant Marguerite... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
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Voilà un Prix Fémina très mérité pour une écrivaine qui gagne à être (re)connue et on espère vivement que Céline Leroy traduira tous ses textes.

Ces deux volets autobiographiques sont d'une puissance extraordinaire. Déborah Levy s'appuie sur ses lectures et ses réflexions d'écrivaine, de mère, de femme qui ne parle pas assez fort pour nous raconter son devenir, pour tenter de comprendre pourquoi elle écrit, et comment son travail d'écrivaine et de dramaturge la transforme, l'interroge sur son rôle défini par une société d'hommes. Les deux livres sont écrits avec un ton très différent. le premier est grave et revient sur les quelques images fortes qui ont fait d'elle ce qu'elle est comme le bonhomme de neige aux yeux creux qui a fondu après que son père ait été emporté par l'unité spéciale qui torture les prisonniers politiques. le deuxième qui correspond au passage de la cinquantaine est beaucoup plus drôle tout en étant corrosif et lucide.

Deborah Levy loue ses hésitations, elle en parle même comme d'un cheminement indispensable pour construire ce devenir qu'elle condense dans ces deux livres d'une intensité folle et d'une érudition non moins folle. Les références qu'elle cite sont nombreuses : Woolf, Duras, Zofia Zalinska, Orwell grâce à qui elle dresse l'architecture du premier volume, mais jamais l'on ne sombre dans le pédant ou la paraphrase. Et de toute façon après une réflexion profonde, on se retrouve nez à nez avec un poulet rôti qui est mort deux fois. Ici, le ton est le ton de Déborah Levy, la voix est nouvelle et c'est un vrai bonheur de découvrir cette nouvelle voix de la littérature merveilleusement bien traduite (puisque harmonieuse, puisque les images sont parlantes, puisque sa voix est maintenant mienne).

Je n'en dirai pas plus parce que je pense que toute femme trouvera un écho dans ce récit à sa propre trajectoire. Et de toute façon quand vous aurez lu l'un, vous sauterez sur l'autre ! Depuis que je les ai lus (il y a un mois), ils sont sur ma table de nuit et j'y reviens souvent, preuve que l'on a là des petits bijoux à conserver précieusement dans notre bibliothèque.

4,5/5 pour cette plume affûtée !

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« Quand ses chaussures avaient besoin d'être cirées, l'homme qui s'occupait du jardin les cirait pour lui. Edward Charles William l'appelait "boy" même si ce dernier avait quatre enfants, neuf petits-enfants et les cheveux gris. (p. 66)”

Je commence par cette phrase quelque peu lapidaire… qui exprime une grande partie de la vie de cette auteure, marquée dans sa jeunesse par l'apartheid, l'emprisonnement de son « papa », Pendant cinq longues années.. ; papa-héros, militant de l'ANC.. . Vous direz, à juste titre, il y a eu tant de livres sur le sujet… Mais là , ce qui m'a accroché, bouleversé, c'est le ton et le style de cette femme , qui par des fables, des anecdotes paraissant dérisoires ou loufoques, sur le ton de la petite fille qu'elle était… nous révèle la cruauté de ce monde coupé en deux : entre noirs et blancs. ..

Un livre autobiographique, mordant, sans aucune pleurnicherie… qui nous percute de plein fouet , qui dit magnifiquement au-delà des douleurs du racisme, vécues dans l'enfance, l'emprisonnement brutal du père…la volonté de vivre de sa fille, l'auteure… et pour cela, la nécessité de l'écriture, encore, toujours et à jamais…!!

Pour une fois, j'éviterais les longueurs… et les digressions.. pour honorer la pudeur et la forte poésie de Déborah Lévy, qui a le talent unique et insensé de dire l'insupportable avec drôlerie et ironie positive…Peu banal !!

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Premier des deux volumes autobiographiques de Deborah Levy sortis ces jours-ci, Ce que je ne veux pas savoir – traduit par Céline Leroy – revient sur trois lieux marquants de sa vie. Loin de l'exercice habituel d'exploration chronologique, l'auteure britannique fait de ces lieux des marqueurs décisifs de son parcours. Avec en toile de fond commune, des réponses sur ce qui l'a conduit à écrire et la construction de son engagement devenu permanent sur l'émancipation des femmes.

À Johannesburg et Durban durant son enfance, elle fera l'apprentissage de l'apartheid, jeune témoin étonnée de la ségrégation permanente, vécue dans l'absence d'un père enfermé pour son soutien à l'ANC. À l'image de Billie Boy, une perruche à qui elle veut redonner la liberté, elle comprendra qu'il faut du temps pour la prendre et s'envoler. L'Afrique du Sud, ce sont aussi de premières rencontres marquantes. Avec Melissa, la fille de sa Marraine Dory, qui lui enseigne que « les filles doivent parler haut et fort, puisque personne ne les écoute » ; ou avec Soeur Joan qui décèle son goût pour l'écriture et la lecture et l'y encourage.

L'adolescence de Déborah se passera en Angleterre, terre d'exil où la famille s'est réfugiée après la libération du père. Écrivant sans fin sur des serviettes en papier, elle se rêve « en exil de l'exil », s'interrogeant sur son pays réel et mûrissant davantage son envie de devenir écrivaine.

Ces fragments de parcours prennent sens lors d'un printemps à Majorque, où volontairement isolée dans un hôtel, elle prend le temps de l'introspection, femme « en fuite » s'interrogeant sur son avenir et revenant sur son passé. Que fait-on du savoir qui nous empêche de vivre ? Que fait-on de ce qu'on ne veut pas savoir ? Pourquoi écrire dans la rage quand tant d'autres écrivent dans le calme ? Pourquoi se résigner et vivre dans l'acceptation ne peut être le but de l'écrivain ? Ou encore, comment dépasser l'inévitable conditionnement des femmes à incarner des mères ?

Convoquant aussi bien Sand que Beauvoir, Woolf, Warhol ou Duras, Deborah Levy témoigne sans donner de leçon sur ce qui forge un destin de femme et d'écrivain au XXIe siècle. de quoi donner envie de se plonger rapidement dans le coût de la vie, le deuxième opus.

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Ce que je ne veux pas savoir de Déborah Levy est un éblouissant coup de coeur, aussi beau et fort que celui que j'ai eu pour « le coût de la vie ».

Je les quitte tous les deux à regret comme si je quittais une longue conversation avec une amie qui a su toucher mon coeur en parlant des sujets profonds de la vie de manière légère et anecdotique. C'est plein de fraîcheur et de vitalité malgré la mélancolie qui affleure quand il s'agit de la question du bonheur. Les petits moments de bonheur qui ne se vivent qu'au présent, ses exigences, les choix à faire, les déboires et les défis qu'il faut oser relever pour ne pas mentir à soi même.

J'ai aimé les pérégrinations mentales et les voyages physiques de l'autrice comme ici le séjour à Palma de Majorque qui est l'occasion de revenir sur un volet de sa vie, son enfance passée à Johannesburg au temps de l'apartheid et l'emprisonnement politique de son père. Déborah Levy a quitté l'Afrique du Sud pour l'Angleterre à 9 ans le coeur lourd. Mais en emportant dans ses valises la volonté de devenir écrivain et le désir d'explorer les nouvelles voies turbulentes d'une émancipation féminine.

Les tournants de l'existence sont faits de petits déclics et de grandes révélations, de valses hésitations permanentes « on hésite toujours, quand on désire quelque chose ». J'ai aimé la non linéarité du récit car la vie n'est pas une longue ligne droite mais une mosaïque d'instantanés assemblés plus ou moins bien selon les directions de l'existence.

J'aimerais beaucoup lire un troisième récit qui se passerait entre l'enfance de "ce que je ne veux pas savoir" et la séparation du couple "le coût de la vie", pour m'immerger à nouveau dans ce plaisir de lecture.

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Autant l'avouer tout de suite, j'ai ete une tres mauvaise lectrice de ce livre, salué et encensé par de bien meilleurs lecteurs que moi.

C'est vrai qu'il n'a aucun des traits habituels de l'autobiographie classique. Qu'il présente les événements mineurs comme des faits marquants, qu'il refuse toute temporalité, toute exégèse, toute explication, toute corrélation ajoutée artificiellement au souvenir d'enfance par la narratrice, au moment de l'écriture.

Et qu'il tente ainsi de retrouver une sorte de fraîcheur de regard propre à l'enfance...

Mais...

Ce détachement, ce parti pris de décousu, cette option radicale d'une certaine modernité de bon ton, m'ont paru une pose littéraire, presque un à priori. Disons le mot: un snobisme.

J'ai donc lu cette première partie de l'autobiographie de Deborah Levy avec agacement, ce qui ne contribue pas à rendre ma critique indulgente ni objective, J'en ai bien conscience.

Toutefois, la fonte -très naturelle - d' un bonhomme de neige tout a fait exceptionnel , lui , en Afrique du Sud et l'arrestation d'un papa (mlitant blanc pour l'ANC en pleine apartheid) , m'ont soudain émue et poussée à lire le deuxième tome...Le coût de la vie.

Je n'ai rien de plus à ajouter, malheureusement, pour ce premier tome, n'en pensant finalement pas grand' chose, à ma grande confusion.

Comme les sportifs en mal de commentaire, je tâcherai de faire mieux la prochaine fois...

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critiques presse (3)
LeJournaldeQuebec
19 décembre 2022
Chevauchant son vélo électrique pour gagner les hauteurs de son appartement londonien qu’elle habite avec ses filles, Levy réfléchit l’Afrique, la vie, les femmes, tout en rêvant de dénicher le parfait cabanon d’écriture pour travailler en paix.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaCroix
03 novembre 2020
À travers deux moments clés de sa vie, la passionnante écrivaine Deborah Levy livre en deux récits une réflexion sensible sur l’écriture, la féminité et la liberté. Un diptyque autobiographique qui a permis à la Britannique d’origine sud-africaine de décrocher le prix Femina du roman étranger le lundi 2 novembre.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Bibliobs
19 octobre 2020
L'autrice britannique publie « Ce que je ne veux pas savoir » et « le Coût de la vie », deux joyaux qui évoquent son parcours de femme en quête de liberté.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (57) Voir plus Ajouter une citation

« Angleterre » était un mot excitant à écrire. Ma mère m’avait dit que nous étions en exil et que nous retournerions un jour dans mon pays natal. L’idée que je vivais en Exil et non en Angleterre me terrifiait. Quand j’ai dit à ma nouvelle copine Judy (qui était née à Lewisham) que je ne voulais pas vivre en Exil, elle a dit « C’est clair, moi aussi ça me foutrait la trouille »

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Maria était une des rares femmes dans ce village catholique qui ne soient ni mariées ni mères. Peut-être se méfiait-elle de ces rituels parce qu'elle savait qu'ils finiraient par l'exploiter. Quoi qu'il en soit, elle avait manifestement d'autres projets en tête. Elle avait conçu le système d'irrigation qui alimentait le verger d'agrumes, et bien sûr, on lui devait aussi l'atmosphère de cet hôtel calme aux tarifs abordables. S'il attirait surtout les voyageurs solitaires, il se pouvait que Maria ait tranquillement et sournoisement construit un lieu qui soit un refuge pour échapper à la Famille. Un lieu qui soit aussi chez elle (son frère vivait ailleurs avec sa femme) mais un chez-elle qu'elle ne possédait pas complètement - toutes les questions financières étaient gérées par son frère. En attendant, Maria avait parié sur une vie qui n'incluait ni les rituels du mariage ni ceux de la maternité.

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(...) Quand on aborde ce sujet le plus difficile c'est d'atteindre le matériau lisse, sans aspérité, qui est la pensée de la femme autour de cette entreprise démente que représente une maison. Celle de la recherche du point de ralliement commun aux enfants et aux hommes. Le lieu de l'utopie même c'est la maison créée par la femme, cette tentative à laquelle elle ne résiste pas, à savoir d'intéresser les siens non pas au bonheur mais à sa recherche.... - Marguerite Duras- La Vie matérielle (1987) (p. 27)

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Qu’est-ce qu’un bonhomme de neige ? C’est une présence paternelle ronde fabriquée par des enfants pour garder un œil sur la maison. Il pèse lourd, il ne manque pas de matière, mais manque de substance, il est fragile, spectral. À la seconde où on lui a donné des yeux en biscuit, j’ai su qu’il s’était transformé en fantôme de neige.

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Qu’est-ce qu’un bonhomme de neige ? C’est une présence paternelle ronde fabriquée par des enfants pour garder un œil sur la maison. Il pèse lourd, il ne manque pas de matière, mais manque de substance, il est fragile, spectral. A la seconde où on lui a donné des yeux en biscuit, j’ai su qu’il s’était transformé en fantôme de neige.

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Videos de Deborah Levy (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Deborah Levy
Rencontre animée par Elisabeth Philippe - Interprète : Marguerite Capelle
Après Ce que je ne veux pas savoir et le coût de la vie (diptyque couronné par le Prix Femina du roman étranger en 2020), la britannique Deborah Levy clôt son cycle autobiographique. Ces trois textes captés « dans la tempête de la vie », disent une manière d'être au monde et revendiquent avec brio la conquête d'un espace à soi. Une idée qui traverse aussi le nouveau livre d'Emanuele Coccia qui fait de la maison, notre maison, une expérience de pensée. Elle le conduit à élaborer une philosophie du vivant, qui construit une intimité avec ce qui l'entoure, préalable essentiel à l'altruisme.
Au coeur de ces deux textes en forme de promenades réflexives, une méditation belle et profonde sur ce que c'est qu'habiter.
À lire – aux éditions du Sous-sol : Deborah Levy, État des lieux, trad. de l'anglais par Céline Leroy, 2021 – À paraître le 4 novembre : Coffret trilogie Deborah Levy : Autobiographie en mouvement (Ce que je ne veux pas savoir / le Coût de la vie / État des lieux).
Emanuele Coccia, Philosophie de la maison, trad. de l'italien par Léo Texier, éd. Rivages, 2021.
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