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Moea Durieux (Traducteur)
EAN : 9782916136158
48 pages
Les éditions du Sonneur (09/03/2009)
4.46/5   13 notes
Résumé :
On connaît le Jack London aventurier du grand Nord, marin des mers du Sud, chercheur d'or, vagabond du rail. On connaît aussi le London chantre de la nature sauvage, militant politique, défenseur des déshérités. Mais, on ignore souvent le London polémiste qui, prenant ici prétexte de la condition de l'écrivain obligé de prostituer son talent pour vivre, fustige une société où l'argent est roi.
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique

"Il devait dominer ou être dominé, toute manifestation de pitié était signe de faiblesse." L'appel de la forêt.

Mais quel titre, pour cet essai?

Loin de "L'appel de la forêt", c'est plutôt l'appel de l'argent et les refus à la pelle...

Loin aussi de "Croc blanc", même si Jack London est assez mordant, envers les éditeurs et autres rédacteurs de tout poil!

Car avant le succès, en 1903, il fut un loup enragé (comme son premier livre "Le fils du loup", "Le loup des mers") vivant d'expédients: dans les bas fonds de Londres, sur les lointaines terres glacées ou les champs de bataille de Corée...

"Jack London parle de l'écrivain obligé de se prostituer, pour vivre...Et montre du doigt une société où l'argent est roi."

Mais, Jack London est un écrivain talentueux, le voilà riche et célèbre avec "L'appel de la forêt".

"Il milite pour l'émancipation des pauvres ("Le peuple de l'abîme"), même si cela va à l'encontre de sa fierté naïve d'être l'auteur le mieux payé de son temps, " et de son individualisme forcené...

Mais de livre en livre, il se livre parfois, ivre souvent...

Il recherchera toujours le bonheur, l'Eden sur terre, même s'il faut se renier comme le héros de "Martin Eden".

"Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l'horizon." Martin Eden.

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LE PARADOXE DE L'ÉCRIVAIN.

1902.

Le grand écrivain que nous connaissons aujourd'hui est encore un parfait inconnu tant du grand public que de la plupart des critiques de son temps. Il a déjà accompli plusieurs des aventures dont il fera, et fait déjà dans un certain anonymat, son "fonds de commerce" littéraire : le Klondike de la ruée vers l'or, bien entendu, mais aussi ses premières aventures maritimes, que ce soit à bord de son petit voilier dans la baie de San Francisco qu'en tant que mousse sur un navire chassant le phoque au large du détroit de Béring. Il sait, enfin, ce que trimer dur pour un salaire de misère signifie, lui qui fut tour à tour blanchisseur, manoeuvre dans une centrale électrique, ouvrier dans une conserverie de saumon.

À partir de toutes ces expériences, mêlées à une insatiable curiosité, un appétit de lecture phénoménal et un don évident pour raconter des histoires le jeune Jack London déterminera un objectif, posé comme un acte de foi : il sera écrivain et vivra désormais uniquement de sa plume.

Oui... mais. Car il y a bien évidemment un mais ! Comment à la fois vivre de sa plume sans jamais se renier lorsqu'on n'est connu de personne, que l'on vous refuse et réexpédie tous les textes que vous avez d'abord eu la naïveté de penser suffisamment intéressants et bons pour finir entre les pages des innombrables journaux de l'époque. On a beau s'appeler Jack London, avoir une foi à déplacer les montagnes, il faut cependant bien pouvoir vivre, se nourrir, se loger si l'on veut tenir. À toutes ces mésaventures, il répondra plus tard par le magistral Martin Eden, mais ce n'est pas pour tout de suite. En attendant, il écrit, écrit et écrit encore. Et s'il commence à être publié, si cette année-là voient la publication de son premier "vrai" roman, Une Fille des neiges, ainsi qu'un autre, plus bref, La Croisière du Dazzler, ainsi que pas mal de nouvelles, il est encore très loin d'être sorti de son relatif anonymat.

1902.

Ce très court texte plein d'une rage rentrée ne conte pas tout cela, mais il en est directement le fruit aigre. D'une efficacité évidente, le futur auteur de L'Appel sauvage (NB : L'Appel de la forêt) et qui connaîtra enfin la célébrité - à défaut de la fortune, son texte ayant été très mal vendu en terme de droits, par son jeune créateur - avec ce livre l'année suivante explique à quel genre de paradoxe fondamental tout écrivain débutant - il l'appelle «le candidat-artiste» - s'expose. On pourrait résumer les choses ainsi :

Pour vivre de sa plume, il faut être connu. Pour être connu, il faut pouvoir être publié dans des revues à grand tirage. Pour y être publié, il faut écrire des oeuvres alimentaires, de celles qui plaisent facilement et immédiatement aux masses. Pour plaire immédiatement, il faut faire le choix d'une écriture alimentaire. Et cela, le candidat-artiste n'est pas certain de le souhaiter, mais par voit de conséquence, il lui sera, sauf chance inouïe, impossible d'être connu et, de facto, de vivre de sa plume.

La quadrature du cercle.

Comment, dès lors, résoudre ce paradoxe ? Non sans un certain cynisme, un humour empli d'amertume, le californien répond ceci : «Et comment le résout-il ? Ça, cher lecteur, c'est son problème comme le lui disait le rédacteur en chef. Et le vôtre, c'est de lui être reconnaissant d'y parvenir.»

Fermez le ban !

Un lecture trop brève, sans nul doute, mais où l'on retrouve la verve de l'auteur de Croc-blanc, sa plume si efficace à nulle autre pareille. Un toute petite pépite offerte à la lecture par les excellentes éditions du sonneur, toujours à l'affût de ces petits textes oubliés d'auteurs pourtant majeurs.

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Jack London pousse de nouveau la porte des Editions du Sonneur ! Dehors la neige tempête ! Voici pour nous l'occasion d'écouter le magnifique trimardeur. Sur quelle terre le trappeur nous conduira t il ? Sur celle de la raison, comme à son habitude. Son propos porte sur la presse, sur le monde l'édition en générale. Qu'imprime t on ? Quelle loi régit ce monde au grilles desquelles London vient sonner ? La complaisance des uns répond t elle à l'appel du gain ? le profit serait il maître ?

Qui devient l'esclave ? Qui devient réellement dépendant ? Qui voudrait vendre son âme ? Et quel en est exactement le but ?

Un traité actuel et pertinent, en toute amitié avec le traité de la servitude volontaire de la Boétie.

Initule de dire que London est un géant ! L'écho des montagnes porte sa voix. de la haut, il faudrait mieux parfois qu'il ne nous lise pas..

Astrid SHRIQUI GARAIN

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Le pain ou la gloire ?

À l'aube du développement des mass medias, Jack London signe une réflexion sur l'écriture et la promotion de l'écriture.

Brossant différents portraits d'apirants-écrivains, il détaille le difficile équilibre entre écrire ce que l'on veut et ce que le rédacteur en chef veut (contraint par la vision du comptable sur l'intérêt supposé du lectorat).

C'est le serpent qui se mord la queue quand on demande à l'aspirant-écrivant d'avoir de "l'autorité", donc de la notoriété, pour voir ses textes audacieux publiés. Mais comment l'obtenir si l'on n'en a pas ?

Comme le rédacteur le répond : c'est le problème de l'écrivain !

Forcé, dans la majorité des cas, de choisir entre tenter d'avoir la gloire ou d'avoir le pain.

Une réflexion toujours d'intérêt, plus d'un siècle plus tard.

Lu parce que j'aime les petits textes des grandes plumes. Et parce que le titre me plaît (plus que l'original d'ailleurs !). Et parce que Jack London.

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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Si bien que le rédacteur en chef imprime dans les pages de son magazine ce que le plus grand nombre veut lire. Il n'imprime pas ce qu'il faudrait qu'il lise, car sa fonction n'est pas de persuader, mais de flatter.
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[...] ; il y a un divorce entre le pain et la gloire ; et là où le candidat-artiste rêvait de servir un maître, il en trouve deux : celui qui lui permettra de vivre et celui qui permettra à son travail de vivre, et ce qu'exige le premier, le second n'a pas grand-chose -voire rien - à en faire.
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Cela n’apparaît pas comme un paradoxe, tout du moins pas au candidat à la littérature alimentaire, ni à l’homme doté d’une âme d’artiste et d’une bourse bien remplie. Le premier, dépourvu d’ambition artistique, se contente de répondre à la demande du public. Le second, affranchi de la sordide nécessité, se satisfait d’attendre jusqu’à ce qu’il ait créé la demande. Quant à celui qui réussi, il ne compte pas. Il a résolu le paradoxe.
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Et là où la masse a le droit de vivre, là où les hommes du commun s’emparent pour la première fois de la vie, il s’ensuit nécessairement un amoindrissement de la subtilité des nuances et des usages, une restriction, une descente jusqu’à quelque chose de moyen, humainement moyen.
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Par définition, les gens appartiennent au plus grand nombre ou au plus petit nombre ; il y a divorce entre le pain et la gloire ; et là où le candidat-artiste rêvait de servir un maître, il en trouve deux : celui qui permettra de vivre et celui qui permettra à son travail de vivre, et ce qu’exige le premier, le second n’a pas grand-chose - voire rien - à en faire.
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Videos de Jack London (33) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jack London
Aleksi Barrière vous présente ses traductions des ouvrages Jack London "Monter un feu (versions de 1902 et 1910)" aux éditions L'Extrême Contemporain.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2597304/jack-london-monter-un-feu-versions-de-1902-et-1910
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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