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ISBN : 286959819X
Éditeur : Arléa (07/05/2008)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 39 notes)
Résumé :
1924, le Tour de France s'élance dans la poussière de juin. Albert Londres, qui découvre le milieu, embarque avec ceux qu'il aura tôt fait de baptiser « les forçats de la route ». Les Bottechia, Pélissier et Thys dévorent la France en quinze étapes, de jour comme de nuit.
« Voulez-vous voir comment nous marchons ? Tenez...
De son sac il sort une fiole :
- Ça c'est de la cocaïne, pour les yeux, ça c'est du chloroforme, pour les gencives...
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Junie
  09 juin 2013
Avec la caravane du Tour, nous suivons les péripéties de la course.
Mais le journaliste n'est pas de ces baveux qui alimentent une chronique sans surprise, et contribuent à édifier le mythes de ces surhommes chargés de se donner en spectacle comme s'ils étaient jetés en pâture à la foule.
Pour que le public en ait pour ses sous, les organisateurs imposent des conditions humiliantes et des épreuves inutiles. Plus de la moitié des coureurs abandonnent, sont blessés, renversés par des voitures, cassent leur vélo, ils n'ont droit à aucune aide, et risquent une amende s'ils en acceptent. Certaines étapes durent vingt heures, (Metz/Dunkerque) sous la pluie et sur les routes pavées. Pas de voiture-balai, pas de médecin ni d'infirmerie, les blessés doivent s'arrêter dans une pharmacie pour se faire soigner.
En arrivant dans les Ardennes, Londres ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec la souffrance des poilus de 14/18: "Ce n'était cependant pas à une guerre que nous assistions, mais à une course. A juger la chose sur l'extérieur, il n'y avait pas sur la face des acteurs une énorme différence."
Un récit qui fut publié en direct pendant l'été 1924 dans le Petit Parisien, et qui nous fait partager la vie de ces forçats condamnés à avaler 300 à 400 km par jour "pour six francs 50".
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Davjo
  15 juillet 2014
Le grand journaliste Albert Londres suit le Tour de France 1924. Il est au départ à Argenteuil. Les coureurs partent dans la nuit, ils vont au Havre. Déjà, le récit nous change des vieilles photos en noir et blanc, « On aurait juré une fête vénitienne, car ces hommes, avec leurs maillots bariolés, ressemblaient de loin à des lampions. »
Il rend compte de la dimension populaire, on fait du feu dans la nuit, des braseros, pour accompagner la première étape des coureurs.
Quand aux coureurs, ils crèvent et ils crèvent encore, leitmotiv qui va rythmer le récit, un boyau qui crève une fois de trop et c'est la tragédie . Fin de l'étape, vers 18h30, les casquettes ont l'air de pansements de blessés de guerre.
Deuxième étape, les frères Pélissiers ne repartent pas. Henri en a marre des vexations des commissaires trop zélés et des règlementations. Ce qu'il cause bien, le coureur, assis devant son chocolat chaud au café de la gare, comme il exprime bien sa souffrance. On retrouve une époque beaucoup plus dure dans les relations humaines. Les coureurs cyclistes représentent une sorte de prolétariat qu'on admire, mais qu'on exploite, qui doit souffrir...D'ailleurs Bottechia l'italien, futur vainqueur, est maçon dans le civil. Et le Alphonse Baugé, dit le Maréchal, pour tenter de convaincre un coureur de continuer malgré les 6 francs 50, lui dit il y a la fanfare de ton pays natal qui viendra t'accueillir à la gare. Ambiance paternaliste.
Les étapes s'enchaînent, 354 km, 405 km, 412 km, les départs dans la nuit, les petits matins froids, des météos à ne pas mettre un cochon d'Inde au balcon, le soleil s'installe et les coureurs disent: il est temps de manger notre poussière ou la belle-mère a poivré la route. Il y a l'oeil de verre de Barthélémy vicitme d'un silex, il y a les noms des coureurs: Alavoine, Mottiat, Omer Huysse, Tiberghien, Jacquinot, Jean Garby.
Le comportement du public, déjà, cause des accidents.
Voilà un petit bouquin qu'on lit bouche bée, en se disant nan, c'est pas possible. Un reportage au jour le jour paru dans le Petit Parisien, servi par la prose dense et poétique de Albert Londres, des phrases au pouvoir évocatoire pour montrer le combat dantesque, inhumain des coureurs sur leur machine.
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chartel
  08 juillet 2011
On peut aujourd'hui se poser la question de savoir pourquoi l'épreuve cycliste la plus célèbre s'appelle le Tour de France ou encore plus « la Grande Boucle » ? Lorsqu'on observe les parcours, il faut vraiment se forcer pour y voir un tour ou une boucle…
Il faut alors remonter aux origines de l'épreuve, du temps des routes pavées ou caillouteuses et des étapes interminables. Comme, par exemple, en 1924, quand Albert Londres suivit les forçats de la petite reine pour le journal le Petit Parisien, pour comprendre qu'à ses débuts le Tour était un tour. Pas question de traverser le Massif Central pour couper court et grappiller des kilomètres, on faisait les bordures pour allonger au maximum les distances. On longeait la Manche, on piquait sur Brest, on longeait l'Atlantique jusqu'à Bayonne pour s'attaquer ensuite aux Pyrénées jusqu'à Perpignan, ensuite s'était la Méditerranée jusqu'à Menton, ainsi de suite jusqu'à Dunkerque en passant par les Alpes, le Jura, les Vosges et les Ardennes, avant de boucler la boucle par un retour sur Paris. 5 425 kilomètres en 15 étapes, 488 pour la plus longue ! le vainqueur, l'italien Ottavio Bottecchia, aura pédalé ce tour de souffrance à la vitesse moyenne de 24 km/h… C'était un autre monde.
Avec son ironie décapante, Albert Londres nous fait part de sa rencontre avec ces coureurs fous, capables d'endurer ce que beaucoup jugeraient impossible et inhumain. Ce recueil d'articles est court mais n'en a pas moins des accents épiques.
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JoyeuxDrille
  22 mai 2015
Un reportage extraordinaire sur le Tour de France cycliste dans les années 20. Avant Blondin, Londres raconte magistralement la souffrance et la beauté de cette épreuve, les tensions, l'argent, les contrats, le dopage ! Qui prend là des formes étonnantes et surtout légales, du pinard à la cocaïne !
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Nadouch
  27 juillet 2015
Incroyable ! En 1924 les étapes faisaient 400 km, les coureurs changeaient eux-mêmes leurs boyaux quand ils crevaient, le départ était à 2 heures du matin et l'arrivée à 20h... A part ça, pas grand chose n'a changé, et le regard faussement naïf, parfois narquois du grand journaliste qu'était Albert Londres nous montre que le sport, et la Grande Boucle en particulier, ont de tous temps été une affaire de dépassement de soi, de fierté, de prouesse, de liesse populaire (et de dopage ? Car comment expliquer que ces forçats de la route tenaient 20h durant sur leur selle ?).
J'ai aimé le ton ironique assez inattendu, très détaché et en même temps passionné, du journaliste. Un bon moment de lecture achevée en même temps que l'édition 2015 du Tour de France, la classe !
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
JunieJunie   09 juin 2013
Les Pélissier n'ont pas que des jambes, ils ont une tête et, dans cette tête, du jugement.
- Vous n'avez pas idée de ce qu'est le Tour de France, dit Henri, c'est un calvaire. Et encore, le Chemin de Croix n'avait que quatorze stations, tandis que le nôtre en compte quinze. Nous souffrons du départ à l'arrivée. Voulez-vous voir comment nous marchons? Tenez....
De son sac, il sort une fiole:
- ça, c'est de la cocaïne pour les yeux, ça c'est du chloroforme pour les gencives....
- ça, dit Ville, vidant aussi sa musette, c'est de la pommade pour me chauffer les genoux.
- Et des pilules? Voulez vous voir des pilules? Tenez, voilà des pilules.
Ils en sortent trois boîtes chacun.
- Bref, dit Francis, nous marchons à la "dynamite".
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NanneNanne   01 décembre 2009
De son sac, il sort une fiole : - Ça, c'est de la cocaïne pour les yeux, ça c'est du chloroforme pour les gencives ... - Ça, dit Ville, vidant aussi sa musette, c'est de la pommade pour me chauffer les genoux. - Et des pilules ? Voulez-vous voir des pilules ? Tenez, voilà des pilules. Ils en sortent trois boîtes chacun. - Bref ! dit Francis, nous marchons à la "dynamite". Henri reprend : - Vous ne nous avez pas encore vus au bain à l'arrivée. Payez-vous cette séance. La boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires, la diarrhée nous vide, on tourne de l'œil dans l'eau. Le soir, à notre chambre, on danse la gigue, comme Saint Guy, au lieu de dormir.
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DavjoDavjo   15 juillet 2014
Je ne leur parlais pas, je les connais tous, mais ils ne m'auraient pas répondu. Quand leur regard rencontrait le mien, cela me rappelait celui d'un chien que j'avais et qui, avant de mourir, en appelait à moi de sa peine profonde d'être obligé de quitter la terre. Puis ils baissaient de nouveau les yeux et s'en allaient, courbés sur leur guidon, fixant la route, comme pour savoir si les gouttes d'eau dont ils la semaient étaient de la sueur ou des larmes.
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DavjoDavjo   15 juillet 2014
- Vous ne nous avez pas encore vus au bain à l'arrivée. Payez-vous cette séance. La boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires, la diarrhée nous vide, on tourne de l'oeil dans l'eau. Le soir, à notre chambre, on danse la gigue, comme saint Guy, au lieu de dormir. Regardez nos lacets, ils sont en cuir. Eh bien ! ils ne tiennent pas toujours, ils se rompent, et c'est du cuir tanné, du moins on le suppose...Pensez à ce que devient notre peau ! Quand nous descendons de machine, on passe à travers nos chaussettes, à travers notre culotte, plus rien ne nous tient au corps...
- Et la viande de notre corps, dit Francis, ne tient plus à notre squelette...
- Et les ongles des pieds, dit Henri, j'en perds six sur dix, ils meurent petit à petit à chaque étape.
- Mais ils renaissent pour l'année suivante, dit Francis.
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DavjoDavjo   15 juillet 2014
Quand nous crevons de soif, avant de tendre notre bidon à l'eau qui coule, on doit s'assurer que ce n'est pas quelqu'un, à cinquante mètres qui la pompe. Autrement: pénalisation. Pour boire, il faut pomper soi-même ! Un jour viendra où l'on nous mettra du plomb dans les poches, parce que l'on trouvera que Dieu a fait l'homme trop léger. Si l'on continue sur cette pente, il n'y aura bientôt plus que des clochards et plus d'artistes. Le sport devient fou furieux....
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Videos de Albert Londres (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Albert Londres
Forçats Tome 1: Dans l'enfer du Bagne de Fabien Bedouel et Patrick Perna aux éditions Les Arènes
https://www.lagriffenoire.com/52034-bd-forcats-dans-l-enfer-du-bagne-vol1.html
Guyane française, 1923 La forêt vierge, les serpents venimeux, la chaleur étouffante...et le bagne. L existence des forçats ne tient qu à un fil : l'espoir fou de s évader de cette île du malheur. Au milieu des ténèbres, deux hommes : l'anarchiste Eugène Dieudonné, incarcéré depuis 10 ans pour un crime qu'il n a pas commis, et le grand reporter Albert Londres, venu « porter la plume dans la plaie » de ce monde inhumain. Leur amitié va changer l'histoire de ce bagne.

Forçats tome 2 : le Prix de la liberté de Pat Perna et Fabien Bedouel aux éditions Les Arènes
https://www.lagriffenoire.com/80120-bd-forcats-le-prix-de-la-liberte-vol2.html
De retour de Cayenne, le grand reporter Albert Londres engage une lutte sans merci contre le bagne. Dans le Petit Parisien, il raconte l'horreur de son voyage en Guyane et interpelle le ministre des Colonies. Parallèlement, il poursuit ses investigations pour faire innocenter Eugène Dieudonné, ralliant l'opinion publique à sa cause. Mais le temps presse... A bout de forces et de patience, l'anarchiste ne tiendra plus longtemps sur l'île du malheur. Confronté aux turpitudes journalistiques et aux lenteurs de la justice, Albert Londres devra déployer toute son énergie pour sauver son protégé et changer le cours de l'Histoire.
Vous pouvez commander Forçats tome 1 et 2 sur le site de la librairie en ligne : www.lagriffenoire.com
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