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Françoise Brun (Traducteur)
EAN : 9782743606992
180 pages
Éditeur : Payot et Rivages (03/10/2000)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 28 notes)
Résumé :
Le bel appartement romain, les vacances à la montagne les doux souvenirs d'une enfance innocente côtoient d'autres souvenirs, plus inquiétants, qui affleurent peu à peu dans les visages et les silhouettes de ces personnes devenues du jour au lendemain " autres " par décrets, et persécutées pour cela.
Rosetta Loy retrouve les signes mystérieux et ambigus d'un quotidien vécu à l'abri de l'Histoire, et elle chercher derrière les faits - en s'attachant aux silenc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  01 mai 2020
En 1938 quand l'armée allemande franchit la frontière autrichienne et annexe le pays, avec des conséquences délétères pour les deux cent mille juifs autrichiens, l'Italie catholique est en phase avec l'antisémitisme virulent des nazis allemands. Les publications de nombreux intellectuels fascistes italiens attestent de ce fait, touchant jusqu'au pape Pie XII qui, à rebours de son prédécesseur Pie XI, ne tentera pas de tempérer les lois raciales de Mussolini.
« Ils furent nombreux, ceux qui signèrent des articles défendant toutes voiles déployées la valeur et la qualité de la « race italique » et dénonçant le danger que les juifs faisaient courir à toute cette pureté ».
Le baptême, basilique Saint-Pierre, de Rosetta Loy née en 1931 dans une famille bourgeoise romaine, précède une enfance privilégiée, insouciante et heureuse. Et si la petite fille découvre l'antisémitisme — avec son camarade de classe Giogio Levi, interdit d'ascenseur parce que juif, et sa voisine Madame Della Seta, cloîtrée chez elle — ce n'est qu'adulte que Rosseta en prend la véritable mesure, et fait le choix à l'âge mûr de dénoncer dans ce récit documenté les dérives terribles de son pays vis à vis des juifs.
Challenge MULTI-DÉFIS 2020
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michfred
  10 mai 2018
Le livre de Rosetta Loy m'a réservé,  à le lire en V.O., plus d'une surprise...
D'abord son titre: en italien "La Parola Ebreo", Le  mot "hébreux" ,  qui, dans la version française devient "Madame Della Seta aussi est juive".
J'avais lu il y a longtemps la version française, et choisi quelques citations, en 2015, pour l'illustrer... je l'avais quelque peu oublié: je me suis donc dispensée d'une critique qui aurait été bien floue ...
Je me précipite donc,  il y a quelques jours, sur La Parola ebreo..- chic! Un Rosetta Loy inconnu! - ..et dès les premières pages, ...je tombe sur la fameuse phrase éponyme du titre français!
Pas grave, excellent exercice, me dis-je, je le relirai donc, et en vo, d'ailleurs le livre français, je ne l'ai plus, je l'ai rendu à  l'ami qui me l'a prêté. ..
Deuxième surprise: j'avais gardé le souvenir vague d'une sorte de Giardino dei Finzi
Contini, romain et catholique, et non ferrarais et juif...
Les souvenirs d'une enfance privilégiée à travers le prisme égoïste et confortable duquel s'entrevoyait, s'entrelisait, le sort tragique des juifs de Rome pris dans la tourmente...
Ce n'était pas tout à fait ça: le récit  -faussement-  innocent de la petite fille -très-riche qui a des Fraülein, des caméristes, des cuisinières, des maisons de " villeggiatura " un peu partout, qui passe de la via Flaminia à  Rome  à  Cortina, à  Rapallo, et autres lieux "molto chic" de la haute bourgeoisie italienne, est regardé sans complaisance par l'auteure adulte, qui souligne son ignorance de classe, , son inconsciente  cruauté,  sa superficialité puérile, en l'éclairant,  en contrepoint, par un essai historique parfois très général- les grandes dates du fascisme, de l'invasion allemande, etc..- mais aussi, et c'est le point le plus intéressant, par une recherche historique et critique très fouillée concernant la position du clergé romain et de la papauté à l'égard des italiens d'origine juive.
Elle met en lumière  l'attitude si différente des deux papes de la guerre, Pie XI et Pie XII,  la complicité quasiment avérée de ce dernier d'abord avec les fascistes, puis avec l'occupant allemand, et la mort plus que suspecte du premier à la veille d'une encyclique qui aurait changé à coup sûr le sort des juifs d'Italie...si elle n'avait mystérieusement disparu avec son auteur...pour ne refaire surface que 56 ans plus tard!
Deuxième surprise, donc, et non des moindres, voici un livre de souvenirs qui devient un précis d'histoire italienne des années 30 à la fin de la guerre!
 Troisième surprise , les souvenirs légers ne le sont pas*- Giorgio Levi et sa bicyclette, Madame Della Seta et son plat de bar, Emmanuele et sa veste en oreille de cochon,  le grand frère déguisé en fasciste en l'honneur du retour du père. .qui l'ignore ostensiblement et passe, glacial, à côté de son fils et de sa femme  sans leur jeter un regard- et toutes les recherches, opiniâtres , désolantes de l'auteure devenue adulte  pour retrouver la trace de tous ces voisins charmants disparus dans les crématoires d'Auschwitz , voilà qui plombe d'une singulière gravité la légèreté apparente!
Quatrième surprise  : je n'avais pas rendu à  mon vieil ami les deux volumes de Rosetta Loy lus depuis si longtemps.. .je viens de les retrouver dans une de mes bibliothèques!
Che vergogna!
* pour des éclaircissements supplémentaires de ces exemples , voir ma critique de la VO, La parola ebreo,
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motspourmots
  25 mai 2019
En ce qui concerne le sujet de la seconde guerre mondiale, et plus particulièrement la dramatique machine mise en place dans toute l'Europe pour conduire à l'extermination d'une bonne partie de la population juive, j'ai beau empiler les lectures, j'ai toujours du mal à comprendre comment une telle ignominie a pu se produire. En achetant ce livre, parce que je voulais découvrir Rosetta Loy depuis longtemps, je pensais avoir affaire à un roman avant de m'apercevoir qu'il s'agit d'un récit mêlant souvenirs et investigation de la part de cette auteure qui tente elle aussi de comprendre l'incompréhensible. Elle qui avait huit ans, à Rome, lorsque la guerre a été déclarée. Elle qui est née sous Mussolini et dont l'enfance au sein d'une famille bourgeoise romaine ne lui a pas tout de suite permis de décrypter ce qu'il se passait autour d'elle, dans son immeuble ou dans sa rue. Alors elle enquête, recompose le contexte et examine ses souvenirs à l'aune des faits désormais connus. C'est captivant. C'est terrifiant.
J'ai rarement eu la nausée en lisant un livre et pourtant, j'ai souvent eu sous les yeux les descriptions de scènes à la limite du supportable. On sait de quoi les nazis et les fascistes étaient capables. Mais ici, il ne s'agit pas de scènes à grand spectacle ou de raconter l'horreur encore une fois. Non. Il s'agit du comportement de gens ordinaires, dans l'Italie fasciste. Et surtout, point central de ce livre, de l'attitude du Vatican et de l'Eglise catholique. Avec deux figures qui s'opposent, celles de Pie XI et de son successeur Pie XII. Rosetta Loy, à l'aide de recherches méthodiques dans les archives met à nue les hypocrisies, les contradictions, les connivences destinées à servir des ambitions politiques et des prises de pouvoir. Et se demande ce qui se serait passé sans le décès de Pie Xi qui avait chargé un trio de jésuites de lui préparer la matière à une encyclique sur le racisme et le nationalisme... que son successeur s'est dépêché d'enterrer. "Nul est en mesure de dire aujourd'hui de quelle manière ni jusqu'à quel point l'encyclique Humani Generis Unitas aurait pu changer le destin de millions de Juifs. Mais elle aurait sans doute posé à la conscience de près de cent millions de catholiques européens un problème qu'ils auraient eu beaucoup de mal à éluder".
La force du livre de Rosetta Loy c'est ce retour sur les souvenirs à hauteur d'enfant avec, en point de mire, la figure de Madame Della Seta, sa voisine, le goût des petits plats qu'elle cuisinait parfois pour eux. Et puis l'ombre de la famille Levi, les brimades dont elle n'avait pas pris conscience à l'époque en voyant son copain Giorgio Levi monter les escaliers son vélo sur l'épaule parce que la concierge de l'immeuble tenait à l'application stricte des règles : pas d'ascenseur pour les juifs. Ce n'est que plus tard qu'elle fera le lien. Alors ce qu'elle nous donne à voir avec ce livre c'est comment chacun, en ne résistant pas formellement, et même sans en avoir conscience, cautionne et participe à l'engrenage fatal. Ne pas dire non, c'est dire oui.
"'Discriminer sans persécuter'. Comme le fil est subtil pour séparer les hommes entre les bons et les méchants. Entre les innocents et les coupables. Si d'autres veulent ensuite les "persécuter", c'est eux, les bourreaux, que ça regarde. Ponce Pilate ne s'était-il pas lavé les mains, montrant ainsi qu'il était innocent de la mort du Christ ?"
Un livre choc, essentiel. Un livre qui m'a profondément dérangée malgré tout ce que je savais déjà. Un travail impressionnant de justesse et de précision, remarquable dans sa volonté d'éclairer et son constant souci d'équilibre. A lire absolument.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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5Arabella
  06 juillet 2020
Dans ce livre Rosetta Loy évoque des souvenirs de son enfance et de son adolescence, pendant la montée du fascisme en Italie, puis pendant la guerre. Nous voyons les choses par ses yeux d'enfant, puis d'adolescente. Mais ce voyage dans les souvenirs a un but, un objet. Celui de faire revivre, et d'essayer de comprendre le destin des voisins, des amis, et au-delà de l'ensemble des Italiens qui à un moment donné ont été catalogués comme juifs dans leur pays. Une attention toute particulière est portée sur le rôle et les positions de l'Eglise, en particulier des papes, Pie XI et Pie XII. Rosetta Loy alterne donc les réminiscences, le retour vers le monde de son enfance, et aussi les faits, les chiffres, nous livre un pan de l'histoire de son pays, qu'elle est allée chercher, pour comprendre, pour donner sens à ce qu'elle a pu vivre, ce dont elle a été témoin sans forcément le saisir réellement à l'époque des événements.
Un livre étonnant entre le sensible et la pensée, entre le particulier et le général. Il résume d'une manière très claire ce qui s'est passé, les faits historiques, en mettant en parallèle quelques destinées individuelles, comme celui de la Madame Della Seta du titre. le livre donne à comprendre, mais aussi à ressentir. Intelligent et émouvant.
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frandj
  08 octobre 2017
D'abord, on s'attend à des souvenirs d'enfance: ceux d'une très jeune fille italienne, juste avant et pendant la seconde guerre mondiale. On lit effectivement des pages qui décrivent la vie de cette fille de bonne famille catholique – une vie d'abord tranquille, puis inquiète, enfin presque dramatique: on peut être surpris par cette dérive. Car, si on connaît bien le destin de l'Allemagne sous la botte nazie, on méconnait généralement le vécu difficile des Italiens sous Mussolini. L'instauration du fascisme, l'influence décisive de Hitler, les ambitions impérialistes de l'Italie, mais surtout les lois raciales drastiques visant les « personnes de race juive » (dès 1938 !) et finalement les rafles systématiques à Rome, constituent l'arrière-plan du vécu de cette très jeune fille.
Mais, à côté de ces souvenirs, et loin de toute ambiance romanesque, il y a bien autre chose. L'auteure développe de longues considérations sur le fascisme, le racisme et la guerre. Dans cette analyse bien documentée, son message le plus important vise le rôle de la papauté au cours de cette très sombre période: un sujet sulfureux, abordé par ailleurs dans des ouvrages signés par des historiens. On sait que, contrairement au pape Pie XI, son successeur Pie XII a eu une attitude ambigüe (pour ne pas dire plus…). Non seulement il n'a pas dénoncé le caractère anti-chrétien du racisme institutionnel, mais il est resté coi alors que les Juifs étaient raflés par les soldats allemands à deux pas du Vatican ! Au fil des pages, le réquisitoire de Rosetta Loy contre le pape devient de plus en plus implacable.
Tout ceci est très intéressant. Mais la forme même de ce livre m'a semblée bizarre, parce qu'elle juxtapose la grande Histoire et l'histoire individuelle. J'ai été surpris par ce caractère hybride.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   03 mai 2020
Le Vatican se tait. Le 30 juillet [1942], Harold Tittmann, représentant américain auprès du Saint-Siège ... envoie au département d’Etat à Washington un télégramme informant de ses tentatives répétées d’avertir le Saint-Siège de ce que l’absence de toute protestation publique de sa part contre les atrocités nazies met en péril son prestige moral, mine la foi dans l’Eglise et dans la personne même du Saint-Père. Mais aucune demande d’intervention, écrit-il encore, n’a obtenu de résultat.
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palamedepalamede   02 mai 2020
... en novembre 1941, Pie XII peut exprimer à l’ambassadeur espagnol au Vatican, Yangas Messía, sa sympathie chaleureuse à l'égard de l’Allemagne et son admiration pour les grandes qualités du führer. Des déclarations qui, rapportées à l’ambassadeur von Bergen, sont évidemment envoyées par lui à Berlin, le 17 novembre, dans un télégramme de satisfaction.
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michfredmichfred   10 mai 2018
Il faudra trente-trois années avant qu'on puisse savoir, en partie du moins, quelle était la volonté de Pie XI, et ce qu'il avait probablement l'intention de dire aux évêques ce 11 février 1939. Et il faudra cinquante-six ans, cinquante-six années avant qu'on connaisse enfin le texte de l'encyclique Humani Generis Unitas ( "L 'Unité du Genre humain") , préparée à la demande du pape par un jésuite franco-americain.
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michfredmichfred   10 mai 2018
Personne ne sait encore quelles interrogations démesurées naîtront de cette image muette, pendant qu'elle nous offre ce poisson couché entre des bouquets de persil vert. Son image s'est dissoute dans cette journée de juillet, laissant dans la mémoire une empreinte, comme si elle s'était imprimée en transparence sur une gaze sans qu'il soit possible, jamais plus, de retrouver le corps qui interceptait la lumière, ou ce mouvement quand elle s'asseyait dans le salon, le bruissement de sa jupe. Rien que ce bar au court-bouillon, ça oui par contre, dévoré pourtant en un clin d'oeil, les boules blanches de ses yeux qui roulaient dans le plat.
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AustralAustral   13 mai 2014
La tante de Mirella, Elisabetta, habitait elle aussi le quartier de Testaccio. Avertie par son beau-frère, elle sortit dans la rue, habillée comme elle était, avec ses trois enfants et son sac. C'était juste avant le couvre-feu et, prise de panique, elle monta dans un taxi. Quand le chauffeur se retourna pour lui demander où il devait l'emmener, elle répondit : "Qu'est-ce que j'en sais moi, je suis juive et il y a les Allemands qui viennent nous prendre." Le chauffeur de taxi devint tout pâle : "Oh, Sainte Vierge, et j'en fais quoi moi de ceux-là ?" Mais après un moment de terreur où ils restèrent à se regarder, aussi affolés l'un que l'autre, l'homme démarra et les emmena tous les quatre chez lui, où il vivait avec sa femme et ses deux enfants. Et ils restèrent là eux aussi pendant huit mois, entassés les uns sur les autres dans deux pièces, mangeant le peu de nourriture que la femme d'Ermete, le chauffeur de taxi, réussissait à se procurer.
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Video de Rosetta Loy (3) Voir plusAjouter une vidéo

Rosetta Loy : La Bicyclette
A la nuit tombée, à Udine, sur les bords d'un canal, Olivier BARROT parle de l'écrivain Rosetta LOY et de son livre "La Bicyclette". Il lit ensuite un extrait du livre.
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