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EAN : 9782246852179
336 pages
Éditeur : Grasset (13/03/2019)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.22/5 (sur 96 notes)
Résumé :
Il faut prêter attention aux analyses d’Amin Maalouf : ses intuitions se révèlent des prédictions, tant il semble avoir la prescience des grands sujets avant qu’ils n’affleurent à la conscience universelle.

Il s’inquiétait il y a vingt ans de la montée des Identités meurtrières ; il y a dix ans du Dérèglement du monde. Il est aujourd’hui convaincu que nous arrivons au seuil d’un naufrage global, qui affecte toutes les aires de civilisation.
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Jean-Daniel
  16 août 2019
L'état du monde inquiète Amin Maalouf qui dans cet essai se questionne sur les raisons pour lesquelles celui-ci a tant dérivé. Où est passé le monde de nos rêves ? Pour quelles raisons, dans cette période d'évolution scientifique, technologique et économique sans précédent, se retrouve-t-on dans une telle situation de malaise moral et politique ?

Amin Maalouf appartient à une famille déracinée contrainte d'errer entre l'Égypte et le Liban, du Caire à Beyrouth, dans un Moyen-Orient désorienté. Il va s'installer en France en 1976.
L'essai commence par une courte partie autobiographique, afin d'expliquer comment l'auteur va livrer sa réflexion. Il s'inquiète de voir la dégradation qui s'est propagée partout dans le monde, à partir de son cher « Levant ». Il évoque les causes historiques de la radicalisation de l'Islam dans certains pays musulmans et son inquiétude se porte en particulier sur le monde arabe : « Ce qu'il y a de pire pour un perdant, ce n'est pas la défaite elle-même, c'est d'en concevoir le syndrome de l'éternel perdant. On finit par détester l'humanité entière et par se démolir soi-même. » Selon Amin Maalouf, c'est en 1967, avec la guerre des Six Jours, que tout a commencé. «Il y a […] un événement qui se détache de tout le reste, et qui marque un tournant décisif dans l'histoire de cette région du monde, et au-delà ; un affrontement militaire qui s'est déroulé sur une période incroyablement brève, et dont les répercussions vont pourtant se révéler durables : la guerre israélo-arabe de juin 1967.» Le monde arabe n'a jamais pu surmonter cette défaite, remplacé par un nationalisme fondé sur la religion qui a provoqué la montée de la violence et les attentats que l'on connaît, dont l’événement emblématique est le 11-Septembre. Amin Maalouf souligne l'influence accablante des appartenances religieuses qui rendent presque impossible toute tentative d'équilibre et d'harmonie.
Le livre oscille entre espoir, pessimisme et mélancolie. Lucide sur une réalité qui semble éloignée de nous, Amin Maalouf est capable de tirer une grande leçon de vie à partir de sa « petite » expérience de vie, et se livre à une réflexion concernant cette rage identitaire qui déchire la planète. Il fait une analyse assez pessimiste de la crise que traversent les mondes occidental et arabe. "Quels sont les tournants qu'il aurait fallu prendre ? Aurait-on pu les éviter ? Est-il encore possible aujourd'hui de redresser la barre ?"
La question fondamentale est celle de l'identité. Selon Amin Maalouf tous les problèmes que nous vivons sont dérivés de cette question. Il faut que les gens soient encouragés à assumer l'ensemble de leurs appartenances. Si l'on n'arrive pas à résoudre cela, comme c'est le cas aujourd'hui, on se dirige vers un naufrage. Il est plus que jamais nécessaire de tisser des liens solides entre les personnes afin de développer le sentiment d'une appartenance commune à une nation, un continent, un monde, où on peut être citoyen de plusieurs lieux à la fois.
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Holon
  11 juillet 2019
Le naufrage des civilisations de Amin Maalouf m'a pris de court, j'avais une bonne idée de l'histoire du Proche-Orient que l'auteur nomme le Levantin. J'avais une vision Occidentale de ces peuples et de leurs aspirations, l'auteur nous parle de deux dates qui ont changé la donne soit 5 juin 1967 et l'année 1979. Avant cette défaite Arabe en 1967 (guerre des six jours) pour les arabes en général la religion était en second plan, la liberté, la démocratie et les valeurs laïque prenant le discours comme une lumière chassant les ténèbres tel un vent de fierté venant d'Égypte, les Frères Musulmans et leur liturgie étaient un sujet de moquerie car les femmes et les hommes de cette époque sans renier leur histoire ne voulais pas de ce retour en arrière. Voir Nasser et le peuple en vidéo (YouTube) se moquer des religieux et surtout des Frères Musulmans a quelque chose de nostalgique quand on sait maintenant que l'Arabie Saoudite et les Frères Musulmans sont les principaux commanditaires du port du voile par les femmes en Occident fournissant temps argent et antennes jetant sur nos sociétés l'opprobre du mécréant. La défaite de 1967, l'élection de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan (fin de l'intervention de l'état dans le monde des affaires, victoire de l'égoïsme selon les principes d'Adam Smith) et la révolution Islamique en Iran ont allumé un feu qui se propage encore de nos jours et peut-être éteindre la liberté sur cette planète. L'auteur est un témoin de son temps qui nous parle de tous ces rendez-vous manqués avec eux-mêmes et le monde. Un livre qui se lit comme un recueil de poèmes comme une histoire d'amour ou les amants ont pris de chemins autres que la raison. Ce que l'auteur nous dit à sa façon c'est ce qui est arrivé en Égypte, au Liban, en Syrie, en Iran et en Afghanistan peut arriver chez nous à tout moment.
https://www.youtube.com/watch?v=D-DZUnh8-Ro&fbclid=IwAR2Voa_V--56GsLhQy8hzLYT1Gt1H6EuWyVuM3ONVhseNnzL9BL0qaabXFQ
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Apoapo
  29 novembre 2019
Encore une fois, et plus que jamais, Amin Maalouf assume sa place de conscience morale de notre époque. Cet essai, avant d'être une sonnette d'alarme prédisant les multiples menaces de naufrage qu'encourt l'humanité avec ses civilisations plurielles, est d'abord un livre d'Histoire du XXe siècle, ou plus exactement des cent dernières années. Il possède une thèse qu'il démontre avec brio : c'est bien la fin du monde levantin, et de ce creuset d'humanisme qu'il a incarné et alimenté, qui nous a précipité dans la tempête ; non que le système politique (ottoman ou en général impérial) fût idéal, mais parce que la situation anthropologique qu'il avait permis contenait des antidotes contre des forces mortifères qui se sont déchaînées depuis. Moi qui ai vécu dans et travaillé sur la levantinité ne peux qu'ajouter un attachement sentimental à mon adhésion intellectuelle à cette approche historico-politique.
Cependant, je reconnais que de l'extérieur l'on puisse se demander – critique qui a déjà été adressée à Maalouf – si ce n'est pas sa propre position, voire sa propre identité, qui lui dicte sa lecture ; si la démonstration et donc ses prédictions sobrement alarmistes ne se voient pas fragilisées par la centralité qu'il accorde, notamment, à l'histoire du monde arabe en particulier depuis Nasser. Je pense en particulier, comme l'auteur qui s'entoure de précautions, à ces deux phrases de la conclusion :
« Je demeure convaincu [...] que si le Levant pluriel avait pu survivre et prospérer et s'épanouir, l'humanité dans son ensemble, toutes civilisations confondues, aurait su éviter la dérive que nous observons de nos jours. C'est à partir de ma terre natale que les ténèbres ont commencé à se répandre sur le monde. » (p. 328)
En effet, le livre s'organise autour de quatre longs chapitres, dont les deux premiers se centrent sur le monde arabo-musulman. le Ier « Un paradis en flammes » traite des conséquences longues du démembrement de l'Empire ottoman sur la disparition du cosmopolitisme pacifique et humaniste, en particulier en Égypte et ensuite au Liban : une période dont l'auteur n'a pas été témoin mais récepteur du récit familial ; II « Des peuples en perdition » traite de l'avènement de la « haine de soi » chez les Arabo-musulman : il est question à la fois des guerres arabo-israéliennes, avec une centralité tout-à-fait particulière pour celle dite des « Six Jours » de juin 1967, et aussi du débat politique d'arrière-plan qui, parmi les musulmans à l'instar de tout le monde, se caractérisait par la dialectique pour ou contre le marxisme et le tiers-mondisme ; III « L'année du grand retournement », indique comme date emblème l'année 1979 : l'année de la révolution conservatrice de Thatcher et Reagan mais aussi celle de l'ayatollah Khomeiny en Iran, sans oublier (à un an près) celle du Parti communiste chinois de Deng Xiaoping ; année également de l'enterrement du projet du « compromis historique » en Italie suite au meurtre d'Aldo Moro, et du début de la chute de l'Union soviétique par son invasion catastrophique de l'Afghanistan, ayant produit l'apparition du jihadisme moderne globalisé qui a pour acte de naissance l'assaut de la grande mosquée de la Mecque (novembre 79) ; IV « Un monde en décomposition » se limite donc à relater certaines parmi les répercussions de ces événements qui, dans leur synchronicité, ont ouvert l'approche historique sur un angle mondial : conséquences de l'étrange renouveau de la croyance en la mystérieuse « main invisible » en économie, fragmentation des nations et nouvelles solidarités tribales et claniques, diffusion planétaire, par le changement du paradigme économique, de la corruption, de la fraude et de la rapacité, incapacité américaine de succéder à la bipolarité et méfiance mondiale envers toute tentative de gouvernance supra-nationale, tentations orwelliennes de renoncement à la liberté au profit de la sécurité, inaptitude à gérer les défis environnementaux et ceux des nouvelles technologies...
Pour ma part, même si l'on réfutait la thèse du livre, même si l'on contestait la position de l'observateur – journaliste avant de devenir auteur –, même si l'on doutait de ses conclusions au nom du principe « post hoc non est propter hoc », il resterait une analyse historique impeccable, possédant suffisamment de hauteur pour assurer la stature de l'Académicien (successeur de Claude Lévi-Strauss) que Maalouf incarne admirablement. Merci pour ce livre.

Cit.

« Je ne doute pas qu'il se trouve, sous tous les cieux, d'innombrables personnes de bonne volonté qui veulent sincèrement comprendre l'Autre, coexister avec lui, en surmontant leurs préjugés et leurs craintes. Ce qu'on ne rencontre presque jamais, en revanche, et que je n'ai connu moi-même que dans la cité levantine où je suis né, c'est ce côtoiement permanent et intime entre des populations chrétiennes ou juives imprégnées de civilisation arabe, et des populations musulmanes résolument tournées vers l'Occident, sa culture, son mode de vie, ses valeurs.
Cette variété si rare de coexistence entre les religions et entre les cultures était le fruit d'une sagesse instinctive et pragmatique plutôt que d'une doctrine universaliste explicite. Mais je suis persuadé qu'elle aurait mérité d'avoir un grand rayonnement. Il m'arrive même de penser qu'elle aurait pu agir comme un antidote aux poisons de ce siècle. » (p. 78)
« Je me suis souvent demandé s'il n'y avait pas eu, dans l'histoire du communisme, dès l'origine, un énorme sous-entendu, partagé de manière consciente ou inconsciente par les fondateurs, par les adeptes, comme par les détracteurs, et qu'on pourrait formuler comme suit : ce n'est pas seulement aux prolétaires que Marx a promis, en quelque sorte, le salut, mais également aux minoritaires, à tous ceux qui ne pouvaient s'identifier pleinement à la nation qui était censée être la leur. C'est ainsi, en tout cas, que beaucoup de gens ont compris son message. » (p. 98)
« Désormais, c'est le conservatisme qui se proclamerait révolutionnaire, tandis que les tenants du "progressisme" et de la gauche n'auraient plus d'autre but que la conservation des acquis. » (p. 170)
« J'ai dit que les régimes communistes avaient déconsidéré pour longtemps les idées universelles qu'ils étaient censés promouvoir. Je me dois d'ajouter que les puissances occidentales ont, elles aussi, abondamment discrédité leurs propres valeurs. Non parce qu'elles ont combattu avec acharnement leurs adversaires marxistes ou tiers-mondistes – cela, on pourrait difficilement le leur reprocher ; mais parce qu'elles ont instrumentalisé avec cynisme les principes universels les plus nobles, au service de leurs ambitions et de leurs avidités ; et, plus que cela encore, parce qu'elles se sont constamment alliées, particulièrement dans le monde arabe, aux forces les plus rétrogrades, les plus obscurantistes, celles-là mêmes qui allaient un jour leur déclarer la plus pernicieuse des guerres.
Le spectacle affligeant que la planète présente en ce siècle est le produit de toutes ces faillites morales, et de toutes ces trahisons. » (p. 206-207)
« Un monde apeuré, où la surveillance quotidienne de nos faits et gestes serait dictée par notre désir réel et légitime d'être protégés à chaque instant, n'est-il pas, finalement, plus inquiétant encore qu'un monde où cette surveillance serait imposée de force par un tyran paranoïaque et mégalomane ? » (p. 308)
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danaella
  10 juin 2020
Je ne connaissais pas Amin Maalouf sous la version essayiste, et je dois dire "mea culpa", car ce livre outre à nous faire réfléchir, nous interroger, est d'une précision historique chirurgicale. Beaucoup d'événements que l'on connait, ou du moins en grandes lignes, nous les revivons grâce à sa plume ensorceleuse avec toutes ses petits détails et ces tragédies qui auront bien entendu des conséquences sur le monde d'aujourd'hui. Les alliances, les complots, les assassinats, les guerres, les politiques , un chaudron où l'Histoire d'un Game of Throne fait pâle figure à côté. Je ne vais pas vous décrire ce que l'auteur a réellement vécu, tout d'abord en tant que journaliste, ou bien entant qu'intellectuel qui relie les causes et les effets avec brio. Non cela, je vous laisse le découvrir par vous même, car qui suis-je pour donner raison ou tort à ces réflexions, chacun pourra y puiser à sa guise. Mais il y a une vérité que j'ai vécu moi aussi, que j'aimerai partager avec vous , comme le dit si bien l'auteur:""ce que je regrette, c'est la disparition d'un certain état d'esprit qui a existé du temps des empires, et qui considérait comme normal et légitime que des peuples vivent au sein d'une même entité politique sans avoir forcément la même religion, la même langue, ni la même trajectoire historique".
L'enfance de l'auteur au Liban, nous révèle exactement cette idée de tolérance que nos sociétés ont bien oublié.
La richesse de ce livre est dans le détail, le raisonnement et dans les sentiments humains qui traversent cette odyssée à travers notre histoire humaine. Nous sommes en plein naufrage, mais nous n'avons pas encore coulé.
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ChtiBaboun
  04 juin 2019
Le naufrage des civilisations est un essai d'Amin Maalouf pour parler de notre monde.
Depuis plus d'un demi siécle Amin Maalouf a parcouru le monde que ce soit à Saigon pour la chute du Vietnam ou encore à Téhéran pour le retour de l'Ayatollah Khomeiny en Iran.
Amin Maalouf d'origine libanaise a une réflexion experte sur le Liban , le Levant et le moyen Orient.
C'est à partir de ma terre natale que les ténébres ont commencé a se répandre sur le monde écrit Ain Maalouf.
C'est la base de cet essai qui depuis les années 45 jusqu'à maintenant va décrire le naufrage des civilisations.
S'appuyant sur les grands événements historiques comme l'arrivée au pouvoir de Nasser en Egypte , la guerre des 6 jours , la partition du Liban ou encore le retour de Khomeiny en Iran, Amin Maalouf nous fait revivre de façon passionnante cette histoire qui a modelé le monde.
Entre conservatisme et progressisme Amin Maalouf nous fait comprendre l'importance de l'année 1979/ 1980 avec l'arrivée au pouvoir de Margaret Tatcher , de Ronald Reegan et l'élection de Jean Paul II.
Ces années 1979 /1980 qui sont à l'origine des profonds changements qui mènent au naufrage des civilisations.
Naissance du terrorisme djihadiste , prédominance du conservatisme et du repli sur soi.
C'est clair , c'est net , c'est précis.
C'est grave , un peu noir mais c'est une réalité.
Il n'y a pas de lumière au bout du tunnel et sans être un oui-oui ou un ravi de la crèche il me semble que le constat est trop noir et qu'il laisse peu de place à une prise de conscience.
Elle sera sûrement tardive , mais pourquoi n'existerait-elle pas ?

Lien : https://auventdesmots.wordpr..
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critiques presse (3)
LaPresse   01 juillet 2019
L'état du monde inquiète Amin Maalouf. Dans un essai à la fois limpide et terriblement lucide, l'écrivain poursuit une réflexion entamée il y a un peu plus de 20 ans dans Les identités meurtrières.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Liberation   28 mai 2019
Une effrayante description de la tragédie à venir. Ames sensibles s’abstenir.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeSoir   11 mars 2019
L’écrivain libanais, récompensé pour l’ensemble de son œuvre par l’Académie belge, sort mercredi un inquiétant Naufrage des civilisations.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
Jean-DanielJean-Daniel   20 juillet 2019
Il est clair, en tout cas, que nous sommes entrés dans une zone tumultueuse, imprévisible, hasardeuse, et qui semble destinée à se prolonger. La plupart de nos contemporains ont cessé de croire en un avenir de progrès et de prospérité. Où qu'ils vivent, ils sont désemparés, rageurs, amers, déboussolés. Ils se méfient du monde bouillonnant qui les entoure, et sont tentés de prêter l'oreille à d'étranges fabulateurs.
Tous les dérapages sont désormais possibles, et aucun pays, aucune institution, aucun système de valeurs ni aucune civilisation ne semble capable de traverser ces turbulences en demeurant indemne.
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Jean-DanielJean-Daniel   14 juillet 2019
Je ne suis pas de ceux qui aiment à croire que "c'était mieux avant". Les découvertes scientifiques me fascinent, la libéralisation des esprits et des corps m'enchante, et je considère comme un privilège de vivre à une époque aussi inventive et aussi débridée que la nôtre. Cependant j'observe, depuis quelques années, des dérives de plus en plus inquiétantes qui menacent d'anéantir tout ce que notre espèce a bâti jusqu'ici, tout ce dont nous sommes légitimement fiers, tout ce que nous avons coutume d'appeler "civilisation".

Ai-je besoin d’ajouter que ce n’est pas en simple spectateur que j’observe sa trajectoire ? Je suis à bord, avec tous mes contemporains. Avec ceux que j’aime le plus, et ceux que j’aime moins. Avec tout ce que j’ai bâti, ou crois avoir bâti. Sans doute m’efforcerai-je, tout au long de ce livre, de garder le ton le plus posé possible. Mais c’est avec frayeur que je vois approcher les montagnes de glace qui se profilent devant nous. Et c’est avec ferveur que je prie le Ciel, à ma manière, pour que nous réussissions à les éviter.
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lilianelafondlilianelafond   19 juin 2019
Je suis né en bonne santé dans les bras d’une civilisation mourante, et tout au long de mon existence, j’ai eu le sentiment de survivre, sans mérite ni
culpabilité, quand tant de choses, autour de moi, tombaient en ruine ; comme ces personnages de films qui traversent des rues où tous les murs
s’écroulent, et qui sortent pourtant indemnes, en secouant la poussière
de leurs habits, tandis que derrière eux la ville entière n’est plus qu’un
amoncellement de gravats.
Tel a été mon triste privilège, dès le premier souffle. Mais c’est aussi, sans doute, une caractéristique de notre époque si on la compare à celles qui l’ont précédée. Autrefois, les hommes avaient le sentiment d’être éphémères dans un monde immuable ; on vivait sur les terres où avaient vécu ses parents, on travaillait comme ils avaient travaillé, on se soignait comme ils s’étaient soignés, on s’instruisait comme ils s’étaient instruits, on priait de la même manière, on se déplaçait par les mêmes moyens. Mes quatre grands-parents et tous leurs ancêtres depuis douze générations
sont nés sous la même dynastie ottomane, comment auraient-ils pu
ne pas la croire éternelle ?
«De mémoire de rose, on n’a jamais vu mourir un jardinier», soupiraient les philosophes français des Lumières en songeant à l’ordre social et à la monarchie de leur propre pays. Aujourd’hui, les roses pensantes que nous sommes vivent de plus en plus longtemps, et les jardiniers meurent. En l’espace d’une vie, on a le temps de voir disparaître des pays, des empires, des peuples, des langues, des civilisations.
L’humanité se métamorphose sous nos yeux. Jamais son aventure n’a été aussi prometteuse, ni aussi hasardeuse. Pour l’historien, le spectacle du monde est fascinant. Encore faut-il pouvoir s’accommoder de la détresse des siens et de ses propres inquiétudes.
C’est dans l’univers levantin que je suis né. Mais il est tellement oublié de nos jours que la plupart de mes contemporains ne doivent plus savoir à quoi je fais allusion. Il est vrai qu’il n’y a jamais eu de nation portant ce nom. Lorsque certains livres parlent du Levant, son histoire reste imprécise, et
sa géographie, mouvante – tout juste un archipel de cités marchandes, souvent côtières mais pas toujours, allant d’Alexandrie à Beyrouth, Tripoli, Alep ou Smyrne, et de Bagdad à Mossoul, Constantinople, Salonique, jusqu’à Odessa ou Sarajevo.
Tel que je l’emploie, ce vocable suranné désigne l’ensemble des lieux où les vieilles cultures de l’Orient méditerranéen ont fréquenté celles, plus jeunes, de l’Occident. De leur intimité a failli naître, pour tous les hommes, un avenir différent.
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Jean-DanielJean-Daniel   19 juillet 2019
Je reviendrai plus longuement sur ce rendez-vous manqué, mais je dois en dire un mot dès à présent afin de préciser ma pensée : si les ressortissants des diverses nations et les adeptes des religions monothéistes avaient continué à vivre ensemble dans cette région du monde et réussi à accorder leurs destins, l’humanité entière aurait eu devant elle, pour l’inspirer et éclairer sa route, un modèle éloquent de coexistence harmonieuse et de prospérité. C’est malheureusement l’inverse qui s’est produit, c’est la détestation qui a prévalu, c’est l’incapacité de vivre ensemble qui est devenue la règle.
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ninamarijoninamarijo   18 juin 2019
L'ideal Levantin, tel que les miens l'ont vécu, et tel que j'ai toujours voulu le vivre, exige de chacun qu'il assume l'ensemble de ses appartenances, et un peu aussi celles des autres. Comme tout idéal, on y aspire sans jamais l'atteindre complètement, mais l'aspiration elle-même est salutaire, elle indique la voie à suivre, la voix de la raison, la voix de l'avenir; j'irai même jusqu'à dire que c'est cette aspiration qui marque, pour une société humaine, le passage de la barbarie à la civilisation.
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Vidéo de Amin Maalouf
Extrait de "Le naufrage des civilisations" d'Amin Maalouf lu par Stéphane Boucher. Parution le 15 janvier 2019.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/le-naufrage-des-civilisations-9791035401306
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