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EAN : 9782757892206
400 pages
Points (10/02/2023)
3.75/5   20 notes
Résumé :
Pour les historiens arabes les plus lucides, ce que nous appelons les croisades entre dans le récit plus vaste de l'effondrement de l'Empire islamique, la grande offensive des «Francs» en Méditerranée constituant l'une des deux mâchoires de la tenaille qui prend en étau l'Islam aux XIIe-XIIIe siècles. L'autre mâchoire, de loin la plus redoutée, se resserre à l'est avec les invasions mongoles. L'Empire islamique est ainsi le lieu où se confrontent trois constructions... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Il est toujours salutaire d'avoir une vision décentrée de l'Histoire, car on sait comme nôtre roman national peut biaiser nôtre perception.
La période concernée, XIe /XIIIe siècle, est gravée dans nos mémoires façon image d'Épinal : c'est celle des Croisades, cette folle entreprise qui envoie la fine fleur de la chevalerie vers l'Orient. On se souvient de Godefroi de Bouillon, de Saint Louis, des combats glorieux contre les Infidèles, puis des revers et de l'échec des Francs à se maintenir dans d'éphémères royaumes chrétiens.
Déjà d'autres auteurs nous ont donné une version différente : les Croisades vues par les Arabes, vision plus complexe, enrichie par la connaissance des dynasties arabo musulmane.
Cette fois vient s'ajouter une autre composante du récit : la pression des envahisseurs turcs et mongols,venus de l'est.

Tous ces belliqueux envahisseurs surviennent au moment où la civilisation musulmane est à son déclin. La thèse ici défendue est que les riches cités peuplées de commerçants, de fonctionnaires et d'intellectuels, gouvernées par des sédentaires, vont forcément être objets de convoitise pour les nomades "barbares " qui sont animés d'une énergie conquérante. L'auteur les désigne du nom de "Bédoins ", guerriers farouches qui intriguent et s'allient contre le pouvoir place.

Une lecture qui réclame une grande attention, les noms propres nous sont peu familiers, les dynasties se succèdent, et ce lointain Moyen Âge oriental est assez déconcertant. Un grand saut dans le temps et dans l'espace méditerranéen, qui laisse une impression de confusion.
Il manque une continuité qui aiderait à ordonner les événements, à les situer sur une carte. Un livre qui plaira à condition d'avoir déjà des notions sur le sujet.
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Attention! Livre d'Histoire savante destiné à des initiés qui maîtrisent histoire et géographie sur le monde d'Islam, de l'Atlantique (Maroc et Espagne) jusqu'à la Chine d'où viennent les Mongols, en passant par les steppes d'Asie Centrale, Afghanistan et Transoxiane, Perse et Mésopotamie. J'ai interrompu ma lecture à nombreuses reprises  pour saisir mon ami smartphone et GoogleMaps pour situer les villes Merv, Tus, Nichapour... Coquetteries de l'auteur qui utilise les vocables d'Ifrikiya (Tunisie) ou Jéziré (Mésopotamie) que je connaissais déjà.  de même quand il assimile les envahisseurs nomades aux Bédouins. Bédouins les Almoravides ou Almohades qui conquièrent l'Andalousie, cela me paraît naturel, comme les Berbères au Maghreb... Bédouins, les hordes des Turcs et Mongols, c'est déjà plus étonnant, encore plus quand les Chevaliers Francs entrent dans cette catégorie. 

L'auteur nous rend accessible les textes de trois historiens arabes médiévaux : Ibn Khaldoun (1332 -1406), Ibn Al-Athir (1160 - 1233) et Maqrizi (1364- 1442) qu'il fait dialoguer avec Machiavel (1469 -1527). Chacun de ces chroniqueurs va raconter à sa manière l'histoire de la région. 

Même si ma lecture fut laborieuse et lente ce fut un réel plaisir d'entrer dans ces chroniques pratiquement sans filtre ni anachronisme. L'universitaire contemporain s'efface pour nous présenter les textes, intervenant fort peu pour nous laisser la saveur orientale et l'authenticité médiévale. Il cite les textes racontant les massacres mongols, les dialogues entre les différents chefs de guerre hésitant entre telle ou telle alliance (Ibn Al-Athir) .

Comme les historiens médiévaux, il enregistre toutes les dynasties, les changements d'alliances, de capitales. Là, je me perds un peu. Un ouvrage de vulgarisation aurait simplifié, mis l'accent sur tel ou tel chef de guerre en laissant de côté les intrigues secondaires. Mais de l'autre Côté des croisades n'est pas une vulgarisation, c'est un ouvrage universitaire suivi d'un corpus de notes (70 pages) avec index, bibliographie, repères chronologiques etc... Rien que pour cette somme de notes, il est à ranger à côté des encyclopédies et des dictionnaires. Pour qui voudrait une histoire plus accessible Les Croisades vues par les Arabes d'Amin Maalouf donnent un récit vivant que j'avais beaucoup apprécié .  le récit de la conquête du pouvoir par Baybars (1277 -1223) dans Hakawati de Alameddine sur le mode d'un conte oriental m'a aussi beaucoup appris. 

Chronique de la succession des dynasties, des migrations des capitales, c'est aussi une réflexion plus générale sur la conquête du pouvoir, de la succession dynastique, et du renversement par un conquérant plus agressif. Ibn Khaldoun oppose le centre sédentaire qui perçoit l'impôt, s'enrichit, s'amollit tandis que les bédouins en périphérie, guerriers, s'enrichissant de razzias et prédations vont à la conquête du centre, s'associant à un chef charismatique 'asabiya, puis se sédentarisant, s'amollissent. D'après Ibn Khaldoun, la durée moyenne d'une dynastie serait d'une "vie"(120 ans). J'ai eu du mal à cerner cette notion d'asabiya. Un autre concept est resté flou malgré mes efforts : le "dépotoir d'empire" situé en marge des capitales Bagdad, Mossoul, Damas ou le Caire. 

p.73 : "L'ironie de l'histoire a voulu que l'Anatolie soit aujourd'hui devenu la "Turquie", expression politique majeure du monde turc et surtout que Constantinople ait remplacé Bagdad et le Caire..."

Ibn Al-Athir va moins généraliser et montre les choix et les stratégies individuelles : alliances ou appel au Jihad

p157 : "s'éloigner de plus puissant que soi et ne céder aux instances et aux raisons de la religion sont de véritables structures de l'Histoire selon Ibn Al-Athir. Il en existe d'autre comme le balancement d'Orient en Occident"

Une autre stratégie serait le maintient d'un glacis favorisant un voisin peu dangereux pour se protéger des incursions bédouines. 

Et les Croisades? Evènements majeurs de la géopolitique de l'époque et de la région, mais moins redoutées que l'intervention des Mongols. L'auteur les présente comme la reconquête de l'empire romain, les resituant dans le cadre plus vaste des expéditions des Normands en Sicile et  Afrikiya, et la Reconquista en Espagne et de la maîtrise des mers par les républiques Italiennes dans le Bassin Méditerranéen.

Maqrizi a un point de vue égyptien. L'Egypte occupe une position privilégiée. le rôle des mamelouks est bien mis en évidence. 

Quant à Machiavel, théoricien de la prise du pouvoir, il introduit une nouvelle notion : le peuple dont le prince doit tenir compte s'il veut se maintenir au pouvoir. 

Malgré mes difficultés, malgré certaines longueurs, j'ai été contente d'aborder de si près les auteurs de l'époque. 

  
Lien : https://netsdevoyages.car.blog
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Après avoir examiné les quatre premiers siècles de l'Empire islamique dans le livre éponyme de 2019, Gabriel Martinez-Gros poursuit le fil de l'histoire en s'intéressant cette fois aux périls auxquels a dû faire face l'Islam lorsqu'il fut pris en étau, aux 12ème et 13ème siècles, entre les Croisés et les Mongols.
L'histoire est racontée du point de vue musulman, à partir des travaux d'Ibn al-Athir (1160-1233), Ibn Khaldoun (1332-1406) et Maqrizi (1364-1442).

Ibn al-Athir, contemporain des Croisades et des premières dévastations mongoles, termine son histoire du monde ("al-Kâmil fi-l-tawârikh") par les événements de son temps, s'alarmant de la vague mongole qui s'est levée à l'Est, dont l'extraordinaire violence est pour lui un signe de la fin des Temps.

Ibn Khaldoun, auteur du fameux "Kitâb al-'ibar" ("le livre des exemples"), explique l'effondrement du monde islamique, qu'il constate dès le milieu du 11ème siècle, par le prisme des mécanismes impériaux.
Selon sa théorie, un empire, une fois atteint l'apogée de sa civilisation, s'affaiblit politiquement et militairement et devient une proie facile pour les "barbares" venus des confins, qui convoitent le pouvoir.
Encore que pour lui, les incursions des Croisés en Terre sainte ne sont pas celles de barbares, étant donné qu'ils viennent de l'Europe déjà civilisée, mais plutôt des entreprises visant à reprendre aux infidèles les contrées autrefois dominées par l'empire romain dont ils se réclament.

Maqrizi enfin, disciple d'Ibn Khaldoun, est l'historien de l'Égypte, qu'il décrit comme le dernier bastion de la civilisation lorsque toutes les autres terres de l'Islam classique ont sombré.
Il s'attache dans "al-Sulûk", sa chronique sur les dynasties Ayyoubide (1174-1250) et Mamelouke (1250-1517), aux continuités politiques de l'Égypte qui lui assurent sa pérennité.

Contrairement au précédent ouvrage, j'ai trouvé celui-ci compliqué à suivre et parfois un peu confus.
Si vous êtes néophyte et que vous cherchez un à comprendre les Croisades ou la période mongole, ce livre n'est clairement pas indiqué. Je vous conseille de commencer par les classiques "l'épopée des Croisades" et "l'empire des steppes" de René Grousset, qui datent un peu (publiés tous deux en 1939) mais restent des références.
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De l'autre côté des croisades ne tient pas les promesses de son titre. Loin d'une histoire relativement chronologique démontrant la supériorité de la menace mongole sur celle des croisés, l'auteur nous perd et nous endort à cause d'une démonstration hors sol et d'une prose alambiquée.

Si vous n'avez pas de très solides connaissances sur la période, ne lisez surtout pas cet ouvrage, vous vous perdrez à cause des noms propres de lieux, régions, dynasties et personnages. Ce fouillis est d'ailleurs renforcé par l'absence de carte. Je vois que d'autres lecteurs ont été déstabilisés par la notion "d'asabya" théorisée par Ibn Khaldun, un philosophe musulman auquel l'auteur a consacré une biographie. Ce genre de retour en dit long sur le manque de pédagogie de Martinez-Gros puisque tout son livre est censé expliquer et valider cette théorie (par ailleurs très pertinente).

J'ai donc rarement été aussi déçu car le sujet est intéressant. Or, peu d'ouvrages français traitent des rapports entre Mongols et empire islamique (le récent "La horde" de Marie Favereau l'aborde du point de vue mongol).
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Les visées des Francs sont vastes. C'est que les eaux de la Méditerranée leur sont toujours plus propices à mesure que passent les générations, et leurs coups portent sur tous les rivages. Les croisés sont un peuple de la mer, ce qui détermine leurs cibles, fait leur force et révèle leurs faiblesses. Ils succèdent aux puis sances maritimes dominantes de l'Islam du Xe siècle, Omeyyades en Espagne et surtout Fatimides en Ifriqiya, en Égypte et sur la côte syro-palestinienne.
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