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ISBN : 2234083486
Éditeur : Stock (17/05/2017)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 128 notes)
Résumé :
Reflets dans un oeil d'or est le récit des abîmes. Ceux de l'âme et de l'instinct, qui précipitent les personnages dans le drame. Dans un fort du Sud américain, un meurtre est commis : drame passionnel dirait-on d'abord. Le capitaine Penderton tue le soldat Williams qu'il trouve une nuit près de sa femme endormie. Ajoutons qu'en fond se déroule une seconde tragédie. La femme du commandant Langdon meurt de chagrin en découvrant qu'il est l'amant de ladite femme du ca... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  06 juillet 2017

Ambiance lourde et confinée dans cette garnison américaine quelque part dans le Sud des Etats-Unis, entre deux guerres. Un corps d'armée en temps de paix a beaucoup de loisirs dans son isolement.
Le colonel est l'amant de la femme du capitaine. La femme du colonel est devenue folle en raison de l'infidélité de son mari et de la mort de son seul enfant. Elle ne supporte que son serviteur philippin. le capitaine est marqué par le refoulement et les désirs intolérables qu'il éprouve envers les amants de sa femme. le palefrenier, éduqué dans la peur du péché de chair, est attiré par la femme du capitaine au point de passer ses nuits à l'observer dormir. Six personnages parmi des centaines de militaires.
Les deux qui émergent du groupe sont le capitaine Penderton, instructeur à l'école d'infanterie qui n'a que des rapports d'autorité avec ses élèves et qui passe son temps libre à écrire des rapports techniques. Pas de fraternité, plus d'amour dans son couple, une sorte de vide sidéral. Et le soldat Williams, taiseux et solitaire, qui adore chevaucher nu au milieu des arbres, ignorant les fantasmes du capitaine à son égard.
Dans cette atmosphère étouffante, le cheval symbolise l'échappée, la diversion au milieu de tant de solitude.
Ni le capitaine, ni le soldat n'arrivent à analyser leurs tourments intérieurs ni même à éprouver leurs sentiments. « Bien qu'obsédé de solitude, tout ce qu'il voyait au cours de ses promenades prenait à ses yeux une importance anormale […] Pour le moment, il avait perdu la faculté élémentaire de classer les différentes impressions sensorielles selon leur valeur relative » (p. 120).Tout est là, en jachère. Jusqu'au dénouement, forcément dramatique.
2017 marque l'année du centenaire de la naissance et du cinquantenaire de la mort de Carson McCullers. C'est l'occasion pour les éditions Stock de rééditer son oeuvre et pour les lecteurs de la découvrir ou de la relire. Elle voulait être musicienne, elle est devenue romancière par défaut.
Elle traduit avec justesse cette société du Sud, puritaine et raciste, incapable de décrypter ses états d'âme, subissant (comme beaucoup d'autres au début du XXe siècle) ses instincts sans en comprendre les mécanismes, faisant de beaucoup des handicapés émotionnels. L'époque était telle, un peu partout. La reine d'Angleterre dirait : « Never complain, never explain ».
Carson McCullers défraya la chronique dans les années 1940, par ses relations homosexuelles et ses fréquentations considérées comme malsaines. Si elle devait écrire son livre aujourd'hui, il le serait très certainement sous l'angle de la psychologie détaillée de chaque personnage, où chaque névrose serait dépouillée de son mystère, où le désir serait traduit en acte. Mais ce ne serait plus le même livre.
En 1967, John Huston fit un film très fidèle au livre avec Elisabeth Taylor et Marlon Brando.
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YvesParis
  21 novembre 2011
Merveilleux film, merveilleux livre.
Ce qui frappe, c'est la totale fidélité du film au livre.
Certes, chez John Huston l'histoire est contemporaine alors que Carson McCullers la situe au début du siècle dans une garnison militaire. Mais l'époque est sans importance : ce huis clos étouffant - qui pourtant se déroule pour l'essentiel en extérieur - pourrait se dérouler n'importe où, n'importe quand.
Personne n'était mieux placée que Liz Taylor pour jouer Leonora Penderton, l'épouse libérée du capitaine Penderton (Marlon Brando) qu'elle trompe au su et au vu de tout le régiment avec le commandant Langdon. La femme de celui-ci vient de perdre un enfant en bas âge et se dépérit depuis qu'elle a appris l'infidélité de son mari. A son chevet, un serviteur d'origine philippine, veille sur elle jour et nuit. Son prénom, Anacleto, caractérise la relation de dépendance qui s'est instaurée entre le serviteur et sa maîtresse (l'anaclitisme est la névrose des sujets fragilisés par l'angoisse de la perte et de la séparation).
Ce quintet bancal sera détruit par l'intrusion d'un sixième élément : le soldat Williams, être paradoxalement hyper-sexué (il aime chevaucher nu les juments dont il a la garde à l'écurie où il est posté) et a-sexué (encore vierge, il a été élevé dans la phobie du corps de la femme). Après avoir entr'aperçu Mme Penderton nue dans sa maison, il développera à son égard une obsession. chaque nuit, il l'épie et pousse même l'audace jusqu'à pénétrer dans sa chambre pour veiller sur son sommeil.
Parallèlement, le capitaine Penderton se découvre une mystérieuse attirance pour le jeune soldat. S'agit-il d'homosexualité refoulée ? est-ce sa femme qu'il cherche à conquérir par le truchement du corps de celui qu'il soupçonne d'être devenu son amant ?
Bien évidemment, l'issue de ce court récit sera tragique. On comptera un mort, puis un second. Et le plan final, halluciné, résonne encore, tel un long cri ...
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MissG
  31 janvier 2014
Carson McCullers a le mérite de ne pas tourner autour du pot et d'annoncer d'entrée de jeu l'intrigue de son roman : "Il y a un fort, dans le Sud, où il y a quelques années un meurtre fut commis. Les acteurs de ce drame étaient deux officiers, un soldat, deux femmes, un Philippin et un cheval.".
Ce n'est d'ailleurs pas plus mal puisque son récit va être centré exclusivement sur ces personnages, les relations qui se nouent et de dénouent entre eux.
Sous l'apparente banalité de l'intrigue, ce roman est en réalité complexe car livrant une étude de moeurs poussée dans ses moindres retranchements.
Impossible pour le lecteur de ne pas comprendre que l'intrigue se passe dans le Sud des Etats-Unis : il y a un racisme sous-jacent, ici à l'égard du serviteur Philippin; ainsi qu'un refus d'admettre sa différence par peur de perdre son statut social, représenté par le prisme du capitaine Penderton.
Dans ce roman, rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît et c'est ce qui en fait toute sa beauté.
Un commandant aime la femme du capitaine Penderton, sa femme devient folle de chagrin et meurt, tandis que le jeune soldat Williams s'éprend de la femme du capitaine et entre la nuit dans sa chambre pour l'observer.
Quant au capitaine, et bien celui-ci est très partagé, notamment envers sa femme qu'il déteste mais pas non plus complètement : "A cause d'elle, il souffrait. Il avait une malheureuse tendance à tomber amoureux des amants de sa femme.".
Le capitaine Penderton est un homosexuel refoulé qui n'arrive pas à se rendre compte de ce qu'il ressent, qu'il s'agisse des amants de sa femme ou du soldat Williams qui le fascine.
Il ne comprend pas les tourments de son âme, il adopte des réactions de défense et de facilité, en prenant en grippe le soldat Williams : "Il y a des moments où le besoin le plus pressant d'un homme est d'avoir quelqu'un à aimer, un point central où puissent se rassembler ses émotions diffuses. Il y a aussi des moments où les irritations, les déceptions, les craintes de la vie, exerçant leur poussée comme des spermatozoïdes doivent trouver une issue dans la haine. le pauvre capitaine n'avait personne à haïr et, depuis des mois, c'était le plus malheureux des hommes.".
Mais cette attirance n'est pas que sexuelle, elle a aussi une autre dimension, une recherche de fraternité, l'idée que le capitaine Penderton pourrait être l'égal du soldat Williams, ce qui dans la vie réelle n'est pas vrai.
A propos de sexualité, ce roman en contient beaucoup, avec des allusions plus ou moins directes, ce qui venant de la part d'une femme et remis dans l'époque où ce roman a été écrit était plutôt novateur et osé.
La sexualité est essentiellement représentée par l'étalon, le cheval de la femme du capitaine. C'est cet animal qui la contient et peut l'exprimer librement, les autres personnages n'étant pas libres de s'exprimer à ce sujet.
Le soldat Williams passerait presque pour un être asexué tant il relève parfois de l'irréel : "Le soldat marchait comme un homme sur qui pèse un rêve sombre et ses pas étaient silencieux.", pourtant sa fascination à l'égard de la sensuelle femme du capitaine est bien là, tandis qu'elle-même l'ignore et ne le voit pas, à l'inverse de son mari : "Il avait l'expression étrange, absente, d'un visage à la Gauguin.".
Si l'étalon est la sexualité, la femme du capitaine est le désir, qu'elle inspire à tout homme à l'exception de son mari, avec ses formes sensuelles, sa beauté de femme mûre que le temps n'a pas encore atteint.
Quant à Alison, la femme du commandant, elle trouble par son mal être et son désespoir, ainsi que par l'étrange relation qu'elle a avec son domestique Anacleto.
A lire cela il serait facile de penser que ce roman est vivant de par les émotions qui sont en jeu et s'affrontent. En réalité il est froid et cruel, et c'est cela qui marque le plus à la lecture.
Il est stérile parce qu'aucune des femmes de l'intrigue n'a d'enfant et les hommes sont tous, à l'exception du commandant Langdon, asexués dans le sens où ils n'ont pas de relations sexuelles et n'en éprouvent pas le désir et l'envie, drôle d'atmosphère qui saisit dès les premiers mots et ne s'estompe qu'après le point final.
Pendant un temps j'ai cherché qui pourrait incarner ce livre à l'écran, jusqu'à ce que je découvre que c'était déjà le cas, dans un film signé par John Huston avec dans les rôles titres Elizabeth Taylor et Marlon Brando.
Une évidence, ils sont les personnages de ce roman et il me tarde de voir cette adaptation.
"Reflets dans un oeil d'or" est un cruel et impitoyable roman d'une beauté qui laisse sans voix, signé par Carson McCullers, une auteur américaine de grand talent à la plume aiguisée et ambitieuse, un véritable régal à lire.
Lien : http://lemondedemissg.blogsp..
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Moan
  08 mars 2014
"Un poste militaire en temps de paix est morne".
Dans ce poste, dans le sud, le soldat Williams homme solitaire, qui s'occupe habituellement des chevaux, est envoyé chez le capitaine Penderton pour couper une petite partie du bois derrière sa maison. le travail fini , le soldat Williams sera témoin d'un échange entre le capitaine et sa femme Léonore qui est aussi la maîtresse du commandant Langdon leur voisin.
Un capitaine insatisfait du travail qui vient d'être réalisé, un soldat obsédé par la femme qu'il vient de voir, un commandant dont la femme ne se remet pas de la perte de leur enfant, un cheval et c'est un drame qui se prépare.
Un récit court et fort.
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JaneEyre
  02 juillet 2017
Court mais costaud, Reflets dans un oeil d'or m'a beaucoup impressionnée de part sa capacité à faire monter la tension petit à petit, à lire les vilains petits secrets de l'esprit, à décortiquer les passions et les hontes de ces 6 protagonistes (7 si on compte Firebird, le cheval).
J'ai trouvé qu'il y avait quelque chose d'un tableau d'Edward Hopper, une forme de solitude partagée, un espace vide dans lequel l'écrivain insère son action.
J'ai beaucoup aimé, et j'ai hâte de mieux découvrir Carson McCullers !
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Citations & extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
ClaireGClaireG   06 juillet 2017
L’esprit est comme une tapisserie, dont les couleurs sont fournies par les données des sens, et dont le dessin s’élabore dans les circonvolutions du cerveau. L’esprit du soldat Williams était imbu de couleurs variées, aux tons étranger mais sans aucune ligne, dépourvu de forme.

p. 96
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MaraAMaraA   13 février 2015
En ayant renoncé à la vie, le capitaine soudain commença à vivre. Une grande joie sauvage monta en lui. Cette émotion, qui se produisit d'une façon aussi inattendue que le plongeon du cheval quand il s'était lancé dans sa course folle, était d'une nature que le capitaine n'avait jamais connue. Ses yeux étaient fixes, à demi ouverts, comme dans le délire, mais ils se mettaient à voir comme il n'avait jamais vu. Le monde était un kaléidoscope, et chacune des nombreuses visions qui tourbillonnaient devant lui s'imprimait dans sa conscience avec une netteté brûlante. Sur le sol à demi recouvert par les feuilles, il y avait une petite fleur, d'une blancheur éblouissante, d'une forme délicate. Une pomme de pin rugueuse, le vol d'un oiseau dans le ciel bleu, purifié par la brise, un rayon de soleil coupant d'un dard de feu la demi-obscurité verte - tout cela, le capitaine le voyait comme pour la première fois de sa vie. Il était conscient de la pureté de l'air vif et il sentait la merveille de son propre corps tendu, le miracle du sang, des muscles, des nerfs et des os. Il n'éprouvait plus aucune terreur ; il s'était élevé à ce rare niveau de conscience où les mystiques sentent que la terre est eux et qu'ils sont la terre. Accroché au cheval emballé à la manière d'un crabe, il y avait un rictus de félicité sur sa bouche sanguinolente.
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VALENTYNEVALENTYNE   09 juillet 2014
La pièce était illuminée par l’éclat rose du feu et il y voltigeait des ombres grises. La pendule, préludant par un petit déclic ronronnant, sonna trois heures.
"Tenez! dit soudain Anacleto. Il froissa la feuille de papier sur laquelle il peignait et la jeta de côté. Puis, assis le menton dans la main, d’un air méditatif il se mit à regarder les tisons du feu, fixement. "Un paon d’un vert sinistre, avec un seul énorme oeil d’or; et dans cet oeil les reflets de quelque chose de minuscule et…"
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MissGMissG   31 janvier 2014
Il y a des moments où le besoin le plus pressant d'un homme est d'avoir quelqu'un à aimer, un point central où puissent se rassembler ses émotions diffuses. Il y a aussi des moments où les irritations, les déceptions, les craintes de la vie, exerçant leur poussée comme des spermatozoïdes doivent trouver une issue dans la haine. Le pauvre capitaine n'avait personne à haïr et, depuis des mois, c'était le plus malheureux des hommes.
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mimipinsonmimipinson   21 janvier 2012
« Il était subjugué par un mélange de répulsion et d’attirance, comme si, complètement nu, le jeune soldat et lui s’étreignaient corps à corps dans une lutte mortelle. »
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