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Jeanne Etoré (Autre)
EAN : 9782700721065
380 pages
Aubier Montaigne (07/01/1993)
4.48/5   24 notes
Résumé :
S’il y a un auteur à lire sur le sujet de l’enfance maltraitée, c’est Alice Miller. Comme dans ses autres ouvrages, elle décrypte et sous-titre ici chacun des principes éducatifs imposés aux enfants, avec les meilleures intentions (ou non) par leurs parents. Elle souligne aussi les souffrances que ces principes imposent à l’enfant, et leurs conséquences. Un jour nouveau sur l’éducation.

Sans en avoir toujours conscience, nous sommes finalement nombre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Alice Miller défend la thèse selon laquelle nous avons subi des traumatismes dans notre enfance, particulièrement dans notre petite enfance, plus ou moins selon les personnes (idéalement pas du tout).


Elle revient sur les principes de la « pédagogie noire », pédagogie appliquée au dix-neuvième siècle et dans la première moitié du vingtième siècle. Celle-ci a laissé des traces aujourd'hui encore.

Par tradition, l'enfant est un être méchant et coupable qu'il faut éduquer, par les coups éventuellement (voir à ce sujet le livre d'Alice Miller « c'est pour ton bien », dans lequel elle cite des passages de ces livres de pédagogie dans lesquels il est indiqué comment taper son enfant, assez fort et assez longtemps…).


Les « mauvais traitements », volontaires ou non (c'est-à-dire les coups, les humiliations morales, les séparations, l'exploitation des dons aussi) provoquent de la colère, de la peur, de la tristesse chez l'enfant.

Ces sentiments, l'enfant doit les maîtriser, les garder pour soi, les étouffer, afin de garder la chose la plus précieuse pour lui : l'amour de ses parents.

Cette lutte contre ses sentiments peut l'amener à un véritable déni des traumatismes vécus, qui pourra faire de lui quelqu'un de névrosé, qui lui fera peut-être reproduire les traumatismes subis sur d'autres personnes, ses enfants en particulier.

En effet, au moment où certaines situations apparaissent lors de l'éducation d'un enfant, cela engendre chez son parent une confrontation inconsciente avec ses traumatismes enfouis, avec ses sentiments refoulés, ceci induisant un mécanisme de reproduction.


L'éducation autoritaire n'est pas la seule mise en cause ici. L'éducation antiautoritaire est autant montrée du doigt lorsqu'elle n'est pas menée dans le respect de l'enfant.
L'absence de soin, l'éducation dans laquelle les sentiments et donc la réflexion de l'enfant est niée, sont aussi des formes de violence perpétuées sur l'enfant.



Bien sûr, rien n'est irrémédiable.
Selon Alice Miller, c'est l'existence d'un « témoin lucide » qui peut permettre de « vivre sa haine » non exprimée dans son enfance, afin de la dépasser et de « faire le deuil » de son enfance.
L'enfance est souvent une période sublimée par les souvenirs et accepter qu'elle n'ait pas été parfaite, qu'elle n'ait même pas été si chouette que ça finalement, permettrait de ne pas reproduire certains comportements néfastes sur ses propres enfants.



Une aide fréquemment cherchée étant la psychanalyse, Alice Miller dénonce la culpabilité que celle-ci fait porter sur l'enfant lorsqu'elle soutient la théorie des pulsions chez l'enfant.

Freud a d'abord reconnu la réalité des traumatismes sexuels chez l'enfant, en 1897, avant de développer la théorie des pulsions, dont le fameux complexe d'Oedipe et « l'envie du pénis » chez la femme.
Alice Miller réfute totalement ces théories.



Les exemples qu'elle donne pour illustrer ses propos sont bien souvent des exemples de « cas extrêmes », mais on peut aisément penser que la majorité des gens sont concernés à des degrés moindres.

Elle donne aussi des exemples dans la littérature, en interprétant à sa manière l'oeuvre de Kafka, entre autres.


Puisque l'on parle ici de littérature, il est intéressant de s'interroger sur la signification de certains contes pour enfants.

Quel message reçoit l'enfant à l'écoute du Petit Poucet ?
On risque de m'abandonner pour que papa maman puisse acheter de la viande à la boucherie ?
De quoi développer la culpabilité concernant les difficultés des parents…

Et à la lecture du Petit Chaperon Rouge ?
Maman sait que la forêt est dangereuse puisqu'elle me met en garde contre le loup, mais elle m'y envoie quand même. Lorsque je suis attaqué, c'est donc que je n'ai pas su me protéger ?
De quoi développer la culpabilité concernant les mauvais traitements reçus…


Heureusement, de nos jours, les livres proposent des tas d'histoires super chouettes et pas culpabilisantes du tout pour les enfants, des super princesses qui veulent pas de jolies robes ou qui se permettent de dire « je veux/je veux pas »…





Bon, pour se détendre, prenons un petit air de violence sur fond de comptine (là aussi, il y aurait beaucoup à dire…) :

« Puis il allait au cabaret
Puis il allait au cabaret
Sa petite goutte il buvait
Sa petite goutte il buvait.
Il la buvait si juste
Qu'il n'y'avait rien d' plus juste.
Il la buvait tout dret,
Pas plus qu'il n'en fallait.

Quant à la maison il rentrait
Quant à la maison il rentrait
Sa petite femme il battait
Sa petite femme il battait.
Il la battait si juste
Qu'il n'y'avait rien d' plus juste.
Il la battait tout dret,
Pas plus qu'il n'en fallait.
[…] »

Extrait de « Il était un p'tit cordonnier », chanson enfantine.
Vous pouvez la voir chantée par Dorothée en 1986, qui chante cela avec le sourire… :
https://www.youtube.com/watch?v=¤££¤25Du Petit Chaperon Rouge 12¤££¤


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Voir aussi C'est pour ton bien : ce sont les 2 volets d'une même oeuvre à lire absolument pour une thérapie personnelle. Ma bible à moi.
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Ici Alice Miller analyse selon ses théories sur la pédagogie noire et ses effets, l'enfance et le devenir de personnages connus de l'Histoire.
Bien que le langage y soit très "psychanalytique", quand on a vécu de l'intérieur ce qu'elle décrit, on ne peut qu'adhérer à tout ce qu'elle écrit.
La lumière jaillit, la compréhension se fait. Mais qu'est ce que c'est dur à encaisser !
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Honore ton père et ta mère,afin que tes jours se prolongent sur cette terre . Ce livre révélateur y aide beaucoup.
Nous comprenons mieux , à travers les exemples le poids qu il convient de donner à nos parents et à leur action.
L importance de bien appréhender l influence de leurs actes sur ce que nous sommes et sur qui nous voulons devenir.

Ul livre éclairant et salutaire .
Lien : https://coachinglitteraire.com
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Dans le fond, Kafka décrit les efforts interminables d’un enfant
pour sortir de la solitude en arrivant à comprendre, pour rompre la
malédiction de l’isolement parmi les paysans (les domestiques) ;
l’effort pour déceler dans les moindres gestes et les moindres paroles
fortuites des habitants du village le signe de l’autorisation ou du
refus de voir le château ; l’espoir de trouver enfin un jour un sens à
ce monde absurde – un sens qui puisse soutenir quelqu’un et
l’intégrer à la communauté de la société du château (les parents).
Un enfant se dit : « Si l’on m’a mis au monde, c’est que l’on voulait
que je sois là, et maintenant, personne ne s’occupe de moi. A-t-on
oublié qu’on était venu me chercher ? Ce n’est quand même pas
possible, un jour ou l’autre quelqu’un s’en souviendra ? Que faut-il
que je fasse pour que cela arrive ? Comment faut-il que je me
comporte, comment interpréter les signaux ? » Le moindre signe de
bienveillance est démesurément grossi, soutenu par de nombreux
fantasmes et de nombreux désirs, jusqu’à ce que l’espoir finisse par
s’effondrer à nouveau dans l’incontestable indifférence de
l’entourage. Mais ce n’est pas pour longtemps, car un enfant ne peut
pas vivre sans espoir et sans fantasmes. Le géomètre
K. recommence à bâtir ses châteaux imaginaires, il
recommence à essayer d’établir des relations, sinon avec le comte, du
moins avec ses employés.
Comme le géomètre du Château, l’enfant Franz Kafka resta seul
avec ses pensées et ses suppositions sur les relations des adultes
entre eux ou avec lui ; comme le géomètre K., cet enfant intelligent
ne fut paradoxalement pas pris au sérieux dans sa famille ; il fut lui
aussi mis à nu, éconduit, bafoué, trompé par des promesses, humilié,
abandonné, sans que jamais personne se soit trouvé auprès de lui
pour le soutenir, le comprendre et lui fournir des explications. Seule
sa soeur cadette Ottla savait lui donner amour et compréhension ;
mais comme elle avait neuf ans de moins que lui, il dut vivre ses
premières années, la période la plus importante et la plus marquante
de sa vie, dans une atmosphère qu’il retranscrit minutieusement
dans Le Château. Dans Le Château, le géomètre K. se voit (comme
l’enfant Franz Kafka) :
1. livré à des querelles incompréhensibles et impénétrables,
2. exposé à des illogismes permanents,
3. appelé (recherché) et pourtant inutile,
4. soumis à un contrôle absolu ou au contraire complètement
abandonné et laissé de côté,
5. humilié, ridiculisé ou induit à des espoirs immodérés,
6. chargé de missions imprécises qu’il doit lui-même deviner,
7. dans une perpétuelle incertitude quant à savoir s’il a bien deviné.
Il essaie de comprendre ce qui l’entoure, de trouver un sens dans
ce chaos et dans ce désordre, mais il n’y réussit jamais. Lorsqu’il
pense qu’on se moque de lui, il semble bien que les autres soient
sérieux ; lorsqu’au contraire il compte sur ce sérieux, c’est lui qui est
dupe. Cela arrive très fréquemment à un enfant : c’est ce que les
parents appellent le « jeu », et ils s’amusent lorsque l’enfant cherche
en vain les règles de ce « jeu », qu’ils ne veulent pas lui dévoiler
comme si c’étaient les piliers de leur pouvoir. Le géomètre du
Château souffre de l’impénétrabilité de son entourage comme un
enfant qui n’a personne pour le soutenir ; il souffre de l’absurdité de
la bureaucratie (principes d’éducation), de la duplicité des femmes et
de la vanité des employés.
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On pourrait déduire de ce que j’ai dit jusqu’ici que Flaubert et
Beckett n’auraient pas écrit les deux récits que j’ai cités, s’ils avaient
été pleinement conscients de retracer leur propre destin. C’est ce qui
fait dire à certains, non sans cruauté : « Heureusement, tous les
grands auteurs ont eu une enfance difficile, sinon nous n’aurions pas
aujourd’hui ces oeuvres admirables. » Pour ma part, je pense
simplement que ces auteurs auraient écrit autre chose, qui aurait pu
être tout aussi fort, pourvu que ce soit issu de l’inconscient.
L’inconscient est infini, il est pareil à un océan, et dans l’analyse nous
en prélevons tout au plus un verre d’eau, juste la partie qui a rendu la
personne malade. Un grand artiste puisera d’autant plus librement
dans cette mer qu’il n’a pas besoin d’avoir peur de s’empoisonner
avec ce verre. Il sera libre d’essayer différents itinéraires, de se
redécouvrir toujours, comme on peut le voir par exemple avec la vie
et l’oeuvre de Pablo Picasso. On pourrait en trouver l’illustration
contraire chez Salvador Dali, qui est incontestablement un grand
peintre mais qui, un peu comme Samuel Beckett, a dû s’occuper
toute sa vie de la menace du verre empoisonné. Ce que je dis là n’a
rien à voir avec un jugement de valeur ; je parle simplement du
drame personnel de l’artiste. Le verre est tout petit par rapport à
l’océan. Mais si nous nous représentons l’homme de la taille d’une
fourmi dans ce contexte, le verre peut aussi apparaître comme un
océan.
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La nécessité intérieure de bâtir sans cesse de nouvelles illusions et de nouveaux dénis pour éviter de vivre sa propre vérité disparaît une fois que cette vérité a été vécue. Nous voyons alors que toute notre vie nous avons redouté quelque chose, nous nous sommes défendus contre quelque chose, qui ne peut plus arriver, car c'est déjà arrivé, et ceci au début de notre vie, alors que nous étions sans défense.
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(Extrait d'une lettre de Freud au début de ses travaux (vérité qu'il ne put assumer et détourna par la suite en taxant ce genre de récit de "fantasmes")) : "Et il ressort là que ce père, par ailleurs prétendument noble et respectable, la prenait régulièrement dans son lit quand elle avait entre 8 et 12 ans et l'utilisait extérieurement ("la mouillait", visites nocturnes). Elle avait déjà peur alors. Une soeur, de 6 ans son aînée, à qui elle s'en était ouverte par la suite, lui avait avoué qu'elle avait vécu la même chose avec le père. Une cousine lui avait raconté qu'à 15 ans elle avait du se défendre des enlacements du grand-père. Bien sûr, quand je lui dis que des choses analogues et même plus graves avaient dû se passer également dans la toute petite enfance, elle ne le trouva pas incroyable. Par ailleurs, c'est une hystérie tout à fait courante avec les symptômes habituels."
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Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur cette terre.

Honore dans le sens de donne leur bien tout leur poids , sache bien qui ils sont
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Vidéo de Alice Miller
“Qui aime bien châtie bien” : voilà tout ce contre quoi se dressait la psychologue Alice Miller, l'une des premières à oser s'opposer à la "pédagogie noire" en vogue dans les années 1960. Son travail a permis de mettre au jour les troubles que les adultes peuvent développer à cause de maltraitances subies dans leur enfance.
#alicemiller #psychologie #education _____________
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