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EAN : 9782070130184
280 pages
Éditeur : Gallimard (13/01/2011)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 61 notes)
Résumé :

« Le français, dit Akira Mizubayashi est ma langue paternelle. » Voici donc un Japonais quihabite notre langue. Plus, qui la vit. Soit un jeune Japonais des années 70. Accablé par les « maux de langue » que lui inflige son idiome natal, qu’il juge paralysé par le conservatisme, avili par l’injonction consumériste et tétanisé par l’hystérie mimétique des doxas soixante-huitarde... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
kuroineko
  16 juillet 2019
Quel merveilleux texte qu'Une langue venue d'ailleurs du Japonais Akira Mizubayashi!
Plus qu'un récit de son apprentissage de la langue française à partir de ses 18 ans, c'est un véritable chant d'amour qu'il livre avec une force et une beauté incroyables. En proie à des "maux" de langue dans son japonais natal post-1968 trop bavard, le jeune homme s'éprend du français. Cette passion se voit renforcée par la révélation reçue à l'écoute des Noces de Figaro de Mozart. le génie de Salzbourg conduit tout droit notre ami nippon dans les bras et l'esprit du siècle des Lumières et, plus spécifiquement, de Jean-Jacques Rousseau.
Akira Mizubayashi narre ses études de langue française à l'université de Tokyo, puis à Montpellier. Retour à Tokyo, licencié, pour entamer une maîtrise avant de rejoindre à nouveau la France et la rue d'Ulm à Paris pour son doctorat. Fort de son diplôme et revenu s'installer à Tokyo, il devient professeur de langue et littérature française à l'université, tout en poursuivant ses recherches et son accomplissement personnel dans cette langue volontairement choisie, cette langue venue d'ailleurs.
Car pour lui, le français et ses lettres n'ont jamais été des visées professionnelles. Un texte d'Arimasa Mori, philosophe et essayiste japonais, universitaire renommé, qui quitta tout pour demeurer en France, lui révéla le chemin à parcourir. Cet apprentissage se basait sur une discipline, sur une ascèse au long cours pour pleinement pénétrer la langue française et s'incorporer à elle du mieux qu'il puisse. C'est ce chemin de vie laborieux, parfois aventureux mais qu'il considère comme toujours source de joie qu'emprunte à ce moment-là le jeune Akira. Sa constance et sa dévotion à l'appropriation de cette langue et des innombrables richesses (et difficultés) de ses textes littéraires sont remarquables.
Son essai autobiographique est rédigé en français, de quoi faire rougir plus d'un natif de l'Hexagone, à commencer par moi tant son style est absolument magnifique. Tout son récit vibre de cet ineffable amour qui dure, à la sortie du livre en 2011, depuis près de quarante années et qui se poursuit sans aucun doute encore aujourd'hui (son nouveau roman doit sortir fin août). Son abord des thématiques rousseauistes donne envie de se plonger dans le corpus du philosophe des Lumières. Ses anecdotes sur ses premiers mois en France - non exempts de petites bourdes langagières - sont décrits avec vivacité et énergie.
Sa capacité d'apprentissage linguistique se double également d'une faculté de lecture critique des oeuvres. Procédé qu'il découvre à Montpellier, le système éducatif japonais ne prônant alors pas la technique de l'explication de texte ou de la dissertation, pas plus que le développement chez chaque enfant de son aptitude à se forger ses propres réflexions ou idées.
Est-il besoin après tout cela de préciser que j'ai pris énormément de plaisir à la lecture du récit d'Akira Mizubayashi? Même si je n'ai pas la même constance que lui, je me suis reconnue dans certaines de ses représentations de sa langue d'adoption par rapport à sa langue natale. Je suis le chemin inverse du sien, passant du français vers le japonais (essayant tout du moins) pour m'extraire de ma culture d'origine (sans la renier du tout d'ailleurs) pour accéder à quelque chose de plus large, de plus grand par la bord d'un système lexical, grammaticale et scriptural à des milliers de kilomètres du rassurant socle gréco-latin.
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luocine
  09 août 2013
Un très grand plaisir de lecture, dans un moment de découragement.
Tout le monde connaît, du moins je l'imagine, un moment où tous les livres perdent leur saveur.
Je me réfugie alors dans la lecture des blogs et je partage vos passions mais de loin sans complètement y croire.
Or voilà un petit bijou dont j'aimerais vous parler.
Un intellectuel japonais est tombé follement amoureux de la langue française.
Il raconte son périple et ses joies.
Moi qui, dans une autre vie, ai enseigné à des étudiants étrangers, j'ai retrouvé avec émotion les efforts et les joies que représentent le passage d'une langue à une autre.
Akira Mizubayashi avec la délicatesse japonaise adopte peu à peu la culture française, évidemment , la Française que je suis, se sent fier et un peu étonné d'un tel amour pour Jean-Jacques Rousseau. Sa sensibilité à l'oralité passe aussi par la musique et là surprise c'est à Mozart qu'il doit l'éducation de son oreille.
Ses pages sur le personnage de Suzanne dans Les noces de Figaro m'ont rappelé de très bons moments de mes études universitaires : lorsqu'un enseignant savait au détour d'une explication nous faire revivre tous les enjeux d'un héros de roman ou d'un personnage de théâtre.
Beaumarchais est un auteur qui ne m'a jamais ennuyé et dont la modernité me surprend aujourd'hui encore. Mozart en fait un chef d'oeuvre à l'opéra, on est décidément en bien bonne compagnie avec Akira Mizubayashi !
L'autre moment que je vous recommande, ce sont les pages consacrés à son père.
Il est rare de lire chez les romanciers japonais une critique du régime nationaliste qui a conduit leur pays à mener des guerres impérialistes et racistes Son père a souffert de ce régime et s'est réfugié dans l'amour de la musique occidentale alors totalement interdite (je ne savais pas qu'à l'époque écouter Beethoven était passible de condamnations).
Il a surtout aimé ses fils et s'est totalement consacré à leur éducation, après avoir lu ce livre vous n'oublierez pas le dévouement de ce père qui accompagne son aîné pendant les 14 heures de train qui séparent leur ville natale de Tokyo où résidaient le professeur qui pouvait donner des leçons de violon.
Mais ce qui me ravit dans cet ouvrage c'est l'analyse très fine des différences culturelles qui passent par la langue entre le japonais et le français.
Qui peut croire, par exemple que le « Bonjour messieurs dames », lancé à la cantonade dans un commerce puisse mettre aussi mal à l'aise un Japonais qui y voit une intrusion insupportable dans la vie privée d'autrui ?
J ai aimé ce livre de bout en bout, ce n'est pas une lecture passionnante mais j'étais bien avec cet homme si délicat qui aime tant notre langue et notre littérature.

Lien : http://luocine.over-blog.com..
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ivredelivres
  12 mars 2011
C'est un essai un peu hors norme que celui-là, écrit en français par un japonais, Akira Mizubayashi à 18 ans quand il décide d'apprendre le français. Il est un perfectionniste, son apprentissage n'a rien à voir avec celui pratiqué ordinairement par un étudiant.
Il écoute les leçons de la radio, ils les écoutent, les apprend, les répète jusqu'à ce que son rythme, son accent frisent la perfection.
Son père ne comprend pas bien cette obsession mais sacrifiant pour lui une bonne partie de son salaire, il lui offre un magnétophone qui va permettre à Akira de se glisser dans cette nouvelle langue avec passion.
A la même période il découvre Mozart dont la musique l'accompagnera toute sa vie.
Quand je dis que A Mizubayashi fait des progrès c'est un euphémisme, il entreprend la lecture de .....Rousseau dont l'oeuvre et la langue deviennent ses compagnons de chaque jour.
1973 il obtient une bourse d'études pour une Université française, ce sera Montpellier, il étudie la littérature française et enrage contre ses erreurs de langage, contre sont accent imparfait et surtout il travaille.
Une compagne, un retour au Japon et c'est à nouveau la France pour 3 années à l'ENS de la rue d'Ulm. de retour au Japon avec sa compagne française il devient enseignant à l'université.
Cet essai très intime est assez fascinant, suivre le parcours de cet homme qui est littéralement ensorcelé, envoûté par une langue, langue qu'il appelle joliment langue paternelle en hommage à son père pour le soutien que celui-ci lui a apporté.
C'est une dévotion qu'il porte aux auteurs, à ses maîtres.
Il développe une réflexion passionnante sur le bilinguisme qui rappelle bien sûr les expériences d'un Nabokov ou d'un Cioran et vous serez surpris par le rôle tenu en la matière pas sa chienne qu'il soupçonne avec un brin d'humour d'être elle aussi bilingue.
Un critique a écrit que ce livre était une déclaration d'amour à la langue française, laissez vous séduire.
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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litolff
  20 avril 2014
Akira Mizubayashi a un parcours étonnant : il s'est approprié une langue qui n'était pas la sienne à l'origine, le français, et il est devenu ce faisant étranger à sa propre langue. le japonais était sa langue maternelle déterminant sa culture, il a fait le choix d'apprendre le français, mais de l'apprendre complètement, parfaitement, de le maitriser de bout en bout… le voici donc se coltinant Rousseau et le 18e siècle, répétant à l'infini des phrases pour en imiter le phrasé et l'accent exacts.
Je n'ai pas été très passionnée par cet apprentissage forcené, j'ai même trouvé ça assez ennuyeux, mais je dois dire que cette opiniâtreté dans l'apprentissage d'une langue dans son intégralité , cette démarche « jusqu'auboutiste » dans l'amour du français force l'admiration !
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a_girl_from_earth
  13 novembre 2011
"Incroyable ce livre! Incroyable!
C'est le récit d'un Japonais pris de passion pour la langue française jusqu'à y vouer sa vie depuis ses 18 ans, rédigé dans un français im-pec-cable, j'en suis encore verte de jalousie, car il n'est pas juste courant ou maîtrisé, mais im-pec-cable, sublime, l'auteur, Akira Mizubayashi, manie le français tel un virtuose, exploitant toute sa subtilité. Il y a même des phrases que je ne comprends pas tellement elles relèvent d'un niveau hautement supérieur!
J'ai eu peur de m'ennuyer dans ce récit au début, je pensais y lire l'étalage vantard de ses connaissances culturelles et une démonstration orgueilleuse de son savoir, sans compter la jalousie qui m'étouffait, mais de page en page, j'ai été totalement séduite par cette passion insensée et hors normes qui est quasi palpable, proche de la folie furieuse même (il y a de sacrés passages, notamment dans son apprentissage du français au début), et en passionnée des langues moi-même, j'ai pu m'identifier à nombre de ses réflexions et expériences.
C'est stimulant intellectuellement parlant, merveilleusement bien écrit, souvent drôle à cause des gouffres culturels inévitables, il me reste encore quelques pages avant la fin que je pense engloutir en un rien de temps!"
Je rajouterai, maintenant que j'ai fini ce livre: Magistral!
Lien : http://lecture-sans-frontier..
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique   11 mars 2013
A poser sur le papier ces mots qu'il affectionne tant. Comme un acte d'amour qui lui vaut aujourd'hui d'être dans la lumière. "Une langue venue d’ailleurs" est une véritable déclaration d'amour à la langue française, sa langue "paternelle", comme aime l'appeler l'auteur.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
sagesse66sagesse66   21 juillet 2020
Le japonais n'est pas une langue que j'ai choisie. Le français, si.
....Le français est la langue dans laquelle j'ai décidé, un jour, de me plonger.
J'ai "adhéré" à cette langue et elle m'a adopté.....
C'est une question d'amour. Je l'aime et elle m'aime ...si j'ose dire...

....c'est la langue vers laquelle j'ai cheminé avec patience et impatience tout à la fois; je me suis déplacé vers elle; c'est celle que je suis allé recueillir tandis qu'elle m'a accueilli en elle .....

...Elle est de nature "horizontale", d'une étendue immense qui conserve toujours des recoins inexplorés, des vides à remplir, des espaces à conquérir.
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SphilaptereSphilaptere   21 août 2018
A Paris ou ailleurs en France, j’arrive à dire par exemple à ma boulangère sans être inquiété : « Bonjour, _madame_. Je voudrais une baguette et deux croissants au beurre. » Quand je reçois un appel téléphonique de la part d’un vieil ami, j’arrive à dire également sans être gêné : « Ah, bonjour, _Daniel_ ! Comment ça va ? » En revanche, ce que je n’arrive pas à sortir de ma bouche, ce sont justement des phrases comme celles de mon épouse (…) qui sont prononcées par elle aussi naturellement et aussi spontanément que possible ! « Veux-tu un peu de vin, _ma chérie_ ? » « Ne t’inquiète pas, _ma grande_, je t’aiderai. » Avec ma propre fille, avec qui il m’arrive maintenant de converser en français, je n’ai jamais utilisé, jamais pu utiliser ces formules additives. Ce sont là, diraient les linguistes sourcilleux, des appellatifs à valeur affective ou hypocoristique. Ce n’est ni un obstacle phonatoire quelconque ni la difficulté liée à des traits syntaxiques particuliers qui m’empêchent de procéder à ec type d’insertions. Je dirai qu’en dessous de la surface de la langue, quelque-chose qui relève de la pudeur ou même de la peur me retient.

Est-ce à dire que dans la langue française se trouve inscrite une façon toute dialogique de créer des liens et que celle-ci, au même titre que les opérations de calcul mental, constituent la couche la plus basse de la langue dont la sédimentation est presque contemporaine de la formation de l’être parlant ? Inversement, dans la langue japonaise, peut-être existe-til tout un mécanisme d’évitement de la confrontation dialogique où le je et le tu s’engagent dans un rapport de permutation constante à travers l’échange de regards. Le pronom personnel je ne s’affirme pas en tant qu’invariant transcendant toute situation particulière : en endossant plusieurs formes différentes en fonction de la figure de l’interlocuteur (position sociale, sexe, etc.) et de la situation d’énonciation, le je japonais apparaît comme un être multiforme, une succession d’êtres ou comme une sorte de joker qui n’a pas de valeur intrinsèque. Dans les relations conjugales ou dans les rapports qu’entretient un père avec son enfant, la symbiose affective supposée exclut l’utilisation duelle des pronoms je/tu qui paraît destructrice de la relation fusionnelle. D’où, sans doute, l’absence d’expressions appellatives et hypocoristiques.
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BibliblogueuseBibliblogueuse   26 février 2017
Dans les boulangeries, les bureaux de tabac ou d’autres petits commerces, je fus frappé par le fait que des hommes (et, moins souvent, des femmes) entraient dans la boutique en disant à la cantonade, « Bonjour, messieurs-dames », ou tout simplement « bonjour » ou encore succinctement : « Messieurs-dames ». Saluer des personnes inconnues ? Et oui, cela est fréquent France ; il suffit de se promener dans les rues de Paris ou de prendre le métro, d’être attentif aux spectacles qui s’offrent çà et là dans les lieux publics. Tandis que dans mon pays, un tel geste, potentiellement créateur de liens, serait perçu comme une violence inacceptable tout au moins comme une incongruité suspecte. La vie sociale s’organise de telle manière qu’un individu (pas un groupe constitué comme militants politiques ou syndicalistes…) n’ait pas à s’adresser, autant que faire se peut, à un inconnu, c’est-à-dire à quelqu’un qui n’appartient pas aux mêmes groupes communautaires que lui. Les inconnus sont par définition suspects. 
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DamepluieDamepluie   23 mars 2011
Bref, des mots dévitalisés, des phrases creuses, des paroles désubstantialisées flottaient sans attache autour de moi comme des méduses en pullulement. Partout il y avait de la langue, de la langue fatiguée, pâle, étiolée: paroles proférées à travers micros et porte-voix, vocables tracés sur de gigantesques panneaux, discours imprimés dans des tracts qui puaient l'encre, tout cela constituait mon quotidien linguistique, et de tout cela, c'est cette sensation, désagréable voire intolérable, de flottement qui m'est restée. (Y avait-il là un écho lointain de l'ukiyo, "monde flottant" - monde incertain en perpétuelle dérive - comme on dit en japonais à l'image d'une ukikussa, plante flottante? C'est possib le.) C'étaient des mots qui ne s'enracinaient pas, des mots privés de tremblements de vie et de respiration profonde. Des mots inadéquats, décollés. L'écart entre les mots et les choses était évident. L'insoutenable légèreté des mots, le sentiment que les mots n'atteignent pas le plus profond des êtres et des choses me mettaient dans un état de méfiance que je ne cachais pas à ceux qui m'entouraient.
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Lucie16Lucie16   15 mai 2011
La musique m'accompagnera toujours, me disais-je, tant que je ne sortirai pas de cette langue, tant que je ne cesserai pas de respirer dans cette langue et par cette langue. C'était là une certitude. Le français était un instrument de musique - et il l'est toujours - que j'essayais de faire chanter et résonner au gré de mes émotions quotidiennes.
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Entretien avec Akira Mizubayashi à l'occasion de la rencontre entre l'auteur et les lecteurs de Babelio.com le 3 octobre 2019. Découvrez les mots choisis par l'auteur pour évoquer son roman 'Ame brisée', paru aux éditions Gallimard.
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