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EAN : 9782070369867
448 pages
Éditeur : Gallimard (22/09/1977)
3.58/5   101 notes
Résumé :
Le livre insolent, romantique et tendre qui rendit Nimier célèbre à vingt-cinq ans. Le roman qui fit école et donna naissance à la génération littéraire des « hussards ». La chronique intime, à la fois cynique et sentimentale, d'un peloton de hussards qui pénètre en Allemagne, en 1945.
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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ibon
  11 septembre 2014
Roman très riche et intense. En 1945, des hussards français, l'esprit revanchard, stationnent en Allemagne en attendant d'en découdre avec ce qui reste des divisions de l'ennemi. 
C'est un roman choral où l'on apprend beaucoup grâce au monologue intérieur de dix personnages perdus dans cette fin de guerre: 
Sanders est le soldat viril, odieux et séducteur.
Saint-Anne, c'est lui Le hussard bleu il symbolise la beauté, la jeunesse et ses grandes idées.
Forjac est le gradé cynique qui aime les hommes.
Los Anderos est le soldat communiste colérique.
Et une jeune et belle Allemande... 
Les scènes d'héroïsme et celles de désoeuvrement où se commettent bien des turpitudes sont la toile de fond mais ce n'est pas qu'une chronique de guerre. D'ailleurs, on sait que beaucoup vont mourir dans les dernières embuscades de la guerre. Donc, pas trop d'intrigue de ce côté-là. Non, ce qui tient le lecteur en haleine, c'est cette belle Allemande "sauvée" par le goujat Sanders, son importance grandit peu à peu jusqu'à la surprise finale.
Du suspense auquel s'ajoute un style enlevé et une construction façon puzzle qui ne laissent pas de repos au lecteur.
Ce roman choral est un prétexte pour employer toutes les subtilités et les grossièretés de la langue selon le protagoniste. de l'argot au français littéraire, très proustien, le contraste est vraiment riche et croustillant. 
De plus, la construction en chapitres "monologues" , qui ne suit pas toujours la chronologie, permet de confronter les opinions et surtout d'imaginer un récit possible et de bien cerner les personnages. Quelle réjouissance de combler les blancs et de construire sa propre histoire. Avis aux imaginatifs!
Ce roman est sous cette forme une réussite. L'usage du "je" emmène le lecteur au plus près de l'action et des états d'âme de chacun. Et certains ont des côtés obscurs qui ne nous sont pas dissimulés et détonent dans le cheminement vers la victoire: le racisme, Pétain et la Milice, les viols en pays conquis. C'est donc un livre qui dérange par ces aspects mais c'est une photographie de la fin de la guerre vraiment saisissante. 
Cet effroyable second plan contraste avec de biens purs sentiments que le lecteur pourra découvrir grâce au hussard bleu Saint Anne. 
Si bien que la fin m'a englouti dans un tourbillon dont je ne suis pas sorti indemne.
Lu trois fois, et ce n'est pas fini. Pour moi un chef d'oeuvre qui dérange.
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oran
  30 août 2017

Avec « le Hussard Bleu » j'ai fait connaissance avec cet écrivain qui m'était, jusqu'ici, inconnu !
Avant de me lancer dans la lecture de ce roman, j'ai cherché à en savoir un peu plus sur ce jeune écrivain Roger Nimier (1925/1962), chef de file des Hussards ( "l'amour du style bref, cinglant, ductile, incisif anticonformiste , le refus des modes, le goût des causes perdues") , qui marqua profondément sa génération disparu à l'âge de 37 ans, parce qu'il idolâtrait un peu trop la vitesse. (Un décès tragique et prématuré qui fait penser à d'autres fous de bolides de la m^me époque: James Dean, Jean-René Huguenin, Françoise Sagan, elle aussi, à bord d'une Aston Martin, mais qui en réchappa avec de lourdes conséquences … )
J'ai ainsi appris qu'il a eu, au lycée Pasteur, où il est un brillant élève turbulant ,Michel Tournier comme condisciple en terminale, qu'il obtient un deuxième prix de philosophie au Concours général, ensuite une licence dans cette même matière, qu'il s'engage au 2e Régiment de hussards, blessé à Royan, démobilisé au printemps 1945 , il écrit depuis cette date : romancier, rédacteur en chef (Opera), journaliste, scénariste pour le cinéma « Nouvelle vague » (Ascenseur pour l'échafaud, Les Grandes personnes), dialoguiste (L'Education sentimentale) conseiller littéraire chez Gallimard…
La lecture de la 4e de couverture me laisse un peu sceptique : « une succession de monologues intérieures … ils permettent au lecteur de visiter en détail le cervelet d'un colonel, le coeur d'un cavalier, le foie ou encore la rate d'autres soldats » et là je me mets à chantonner les paroles d'Ouvrard pour me donner du coeur à l'ouvrage… Mais on n'est pas du tout dans le registre de ce comique troupier, plus dans celui des quatre-vingt-chasseurs ! (j'en connais juste le premier couplet, entendu maintes fois chanté par mon père qui n'allait pas plus loin, parce que ma mère veillait au grain !)
Soliloques successifs de soldats, issus de milieux sociaux différents appartenant au XVI e Hussards (cavalerie blindée ) à sa tête le lieutenant commandant de Fermendidier : Casse-Pompons, Los Anderos, le capitaine de Forjac, Tisseau, il y a aussi Florence, Lili l'Allemande, et Saint- Anne, c'est lui le héros, le Hussard bleu et son ami Sanders.
Réflexions dans un langage très coloré celui de chambrée, ordurier, violent, insolent, cynique, argotique, pour évoquer la défaite, l'Occupation , la Résistance , la reprise des combats, la prise de villes, les exactions, l'occupation en sens inverse, la violence , la vengeance, la trahison, la mort .
Le Hussard bleu est un roman de l'absurde, incongruité de la guerre, indécence de la vie, absurdité de la mort … Une mise en scène déconcertante mais toute en vérité.
La phrase épilogue du roman fait éminemment penser à l'Etranger.
« Désormais, je connais mon rôle sur la terre, mais je ne sais qui je suis. Voyageur, pose des yeux tristes sur les choses, elles te le rendront au centuple. le visage barré du ciel te menace et te guide à la fois. Vivre, il me faudra vivre encore, quelques temps parmi ceux-là. Tout ce qui est humain m'est étranger.
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oblo
  04 février 2021
Le bleu va merveilleusement à François Sainte-Anne. La veste qu'il porte a cette couleur, et elle met tant en valeur la beauté de ce jeune homme de dix-huit ans que sa jeunesse, au sens militaire du mot : Sainte-Anne est un bleu que la vie va se charger de déniaiser. Avec le XVIe régiment de hussards, Sainte-Anne entre en Allemagne au printemps 1945. L'époque de la défaite française, en juin 1940, est lointaine ; voilà les Français vainqueurs, puis occupants. Les Allemands qui, jadis, paradaient dans Paris, ne sont plus que des vaincus à mépriser. le hussard bleu est une comédie humaine, une farce militaire dont toutes les pages démontrent l'absurdité générale des événements. de la mort des idéologies à celle des sentiments, Roger Nimier ne s'offusque ni ne se lamente : plutôt, il en rit, tel un insolent jeune homme capable de commettre, à 25 ans, pareil roman.
N'allons pas jusqu'à écrire que Nimier eut de la chance, mais connaître la guerre comme il la connut, fut sans doute un avantage pour son métier d'écrivain. Comme ses protagonistes, Nimier s'est engagé en 1945 dans les hussards et dut participer, de près ou de loin, aux événements qu'il décrit. À travers les monologues qui se succèdent se dessine le visage pluriel d'une armée française mortifiée par la défaite de 1940 et tiraillée, par le passé de ses soldats, entre l'idéal de la Résistance et celui de la Milice, entre De Gaulle et Pétain. Que ce soit le précieux capitaine de Forjac, la brute de colonel Fermendidier, l'imbécile Casse-Pompons ou encore le carriériste général O'Reish, la caste des officiers semble encore très vieille France, partagée entre un esthétisme érotique suranné (De Forjac) et un goût dépassé pour la chose militaire. Mais c'est à travers les figures des cavaliers, de Los Anderos au surnommé Karl Marx en passant par Maximian et, bien-sûr, par Sanders, que la farce militaire apparaît dans toute son absurdité. Car, en matière de guerre, les affrontements armés sont plutôt rares. Tout juste trouve-t-on un sévère accrochage dans les environs du lac de Constance, affrontement que les Français trouvent remarquables de perdre. Quant aux autres pages, elles se passent en stationnements paisibles, progressions tranquilles dans le pays bientôt vaincu, occupation sereine d'une Allemagne ravagée. La guerre est absurde dans son absence : les combats sont rares. La guerre est absurde dans ses formes : on se bat sans rien y voir, on soigne des moribonds toute la nuit, on meurt, réduits à l'impuissance et brûlé par des Allemands pourtant presque vaincus.
La farce de la guerre, c'est aussi celle de l'Histoire qui, plus que jamais, use des hommes comme on le fait des pions sur un échiquier sur lequel on relance toujours la même partie. Résistants et miliciens ont intégré l'armée française, mais leurs idéaux sont désormais lointains. le communisme ou le nationalisme ne sont pas des idées mortes, loin de là, mais elles s'effacent devant la fraternité des armes ou devant la haine normale de l'ennemi. Il n'y a guère que Besse, un ancien milicien et camarade de Sanders, qui, par respect pour ses engagements passés, veut encore oeuvrer pour son idéologie ; ce sera un échec qu'il paiera de sa vie. L'Histoire, en tout cas, ne s'embarrasse pas des sentiments des uns et des autres. Une autre guerre arrive, en Indochine, pour avaler les vies rescapées.
Si l'on ne fait pas la guerre dans le hussard bleu, on s'aime au moins. Les amours au temps de la guerre sont multiples. Au milieu des attentions se trouve bien souvent Sainte-Anne, dont l'arrivée au régiment lors d'un stationnement en Lorraine correspond d'ailleurs au début du roman. C'est sous le signe d'un amour - contrarié - que naît l'amitié entre Sainte-Anne et Sanders. Amitié virile entre les deux hommes, fraternelle même, qui sera à l'origine d'un triangle amoureux particulier à l'issue tragique. D'autres que Sanders aiment Sainte-Anne : de Forjac en fait son aide pour mieux idéaliser son corps, de sa chevelure jusqu'à son sexe ; Florence, l'amie d'O'Reish, le méprise autant qu'elle le veut ; Fermendidider aime son audace et son côté bonhomme. Il y a encore Rita, une jeune Allemande de vingt-cinq ans dont le mari est prisonnier en Russie. Dans sa villa, Rita est d'abord violée par Sanders, avant de le retrouver quelques mois plus tard. Objet de fantasmes de Sainte-Anne, Rita joue ainsi dans le coeur des deux hommes - Sanders et Sainte-Anne -, autant par désoeuvrement que par vengeance. La guerre a cela de moche qu'elle dénature même l'amour. Rita attire et répugne : elle attire par sa légèreté, sa lubricité, son accessibilité ; elle répugne par sa froideur, son machiavélisme, sa frivolité. Elle aime Sanders parce qu'il est l'image du guerrier ; elle hait Sanders pour son indifférence. Quant à Sainte-Anne, elle le hait pour sa fragilité. Elle l'aime, pour la même raison qui pousse tout le monde à aimer Sainte-Anne. Sainte-Anne est aimé car c'est un enfant. Sa fraîche innocence ravit tout le monde, comme son côté bravache. Comme tout enfant, Sainte-Anne a besoin de modèles : la droiture de Maximian, le désenchantement de Sanders : ainsi Sainte-Anne paraît être la personnification du monde tancé entre un idéal - perdu - et une prise de conscience de l'ignominie de l'humanité.
Point d'héroïsme dans ces pages, point de pureté, hormis chez Sainte-Anne. La guerre salit d'abord, puis elle ennuie. Cela se voit chez les personnages de Nimier. Sanders, par exemple, la joue bravache, mais la guerre l'a enlaidi, physiquement d'abord, psychologiquement ensuite. Rita, aussi, malgré toute sa morgue, ne parvient pas à cacher son ennui et sa vacuité. Dans ce roman, le courage finit par être une posture, une sorte de tradition virile qu'on se transmet pour donner du sens à l'action. On ridiculise les corps d'armées rivaux, on viole les femmes car c'est ce qui se fait en guerre, on boit, on s'enivre, on fréquente les bordels. de toute cela, Roger Nimier parle avec une audace et une profondeur étonnantes. Sa langue écrite, très orale, puise dans l'argot (les Fridolins, les suçards, le margis) et dans la phonétique (les eftépés, les bohiscoutes ...) pour donner à son roman l'aspect de la vie de ces hommes vaincus un jour, vainqueurs un autre, mais en réalité définitivement vaincus. En suivant, avec sa franchise et son humour, un régiment de hussards pénétrant en Allemagne, Roger Nimier signe, avec son Hussard bleu, un roman insolent - on pourrait dire : romantique - sur la perte de l'innocence.
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Projet78
  17 novembre 2014
Le Hussard bleu a ceci de particulier qu'il donne son nom à une génération littéraire toute entière. Voilà qui, d'une manière ou d'une autre, fascine déjà avant toute lecture. Enfin, il s'agit plus exactement de Bernard Frank qui emprunte une partie de ce titre pour baptiser un groupe de jeunes écrivains à peine formé. Les « Hussards » n'ont jamais vraiment cherché à l'être. Chez eux point de code ou de manifeste, plutôt des auteurs qui, parce qu'ils partageaient des points de vue politiques et littéraires semblables, ont été réunis sous la plume de Frank dans un article ironiquement publié (en 1952) dans Les Temps Modernes, la revue de Sartre, le grand adversaire des Hussards. Ces derniers se forment autour d'un chef de file, Roger Nimier. Michel Déon, Jacques Laurent, Antoine Blondin en sont les principaux représentants. Ils étaient de droite et défendaient des valeurs que l'issue de la Seconde Guerre mondiale a laissé au passé, des valeurs littéraires aussi, qui n'avaient plus cours. Élevés au romantisme, ils admiraient tous les Stendhal, mais le monde était passé à autre chose ; voilà peut-être pourquoi aujourd'hui on se souvient avec difficulté de Roger Nimier, même s'il se cache derrière le scénario et les dialogues d'Ascenseur pour l'échafaud, ou Antoine Blondin, l'auteur d'Un singe en hiver, magnifiquement adapté au cinéma par Henri Verneuil et joué par Belmondo et Gabin.
Quoi qu'il en soit le Hussard bleu est un livre admirable. Il prend place à la fin et dans l'immédiat après guerre, et suit le quotidien – souvent l'ennui – du XVIe hussard, en poste près de la ville de K. en Allemagne. le roman se concentre principalement sur l'histoire de François Sanders (double de Nimier), ainsi que son amitié avec François Saint-Anne, jeune recrue au sein des hussards. On assiste à la déroute de l'armée allemande, l'installation des français qui, d'occupés, deviennent occupants, la relation avec les allemands – et surtout les allemandes, les combats, la blessure de Sanders… Mais le Hussard… n'est pas un récit historique, l'intérêt du texte réside dans ses personnages aux multiples facettes, dans l'écriture et la voix de son auteur.
En effet, Nimier réussit, à 25 ans, un roman d'une maîtrise exceptionnelle. Chaque chapitre est la voix d'un des personnages. Bien sûr, chaque personnage est différent des autres, et Nimier parvient à attribuer un style d'écriture propre à chacun, qu'il tient parfaitement jusqu'au bout, où les derniers chapitre s'enchaînent dans une virtuosité cinématographique impressionnante. Tour à tour les acteurs de cet ouvrage prennent la parole à la première personne pour proposer leur vision du monde, de la guerre, de l'armée, des femmes, de la violence… Cette petite prouesse littéraire n'est pas anecdotique, l'auteur brouille délicatement les pistes entre ses pensées et celles de ses héros, recréant un monde au lendemain de la guerre où les idéologies antagonistes se côtoient encore pour un temps. Il est difficile de dégager une prise de position dans le récit ; il est à la fois militariste et anti-militariste, gaulliste et anti-gaulliste, et ainsi de même pour tous les sujets abordés, homosexualité, amour, honneur, courage… Par exemple, Saint-Anne, qui a les atouts d'un Julien Sorel dans le Rouge et le Noir, incarne tout le romantisme d'un monde ancien qu'admire encore Nimier, et dans lequel il voit le salut de sa société. Mais le jeune hussard échoue dans ce nouveau monde, de même que ses compagnons se laissent aller à leurs désillusions ; le viol devient une façon d'aimer, et de se faire aimer. de cette manière le roman fait le lien entre deux époques, où le basculement de l'une vers l'autre n'est pas tout à fait irrémédiable. Sanders et Saint-Anne sont amants de la même femme, une Allemande, Rita. Peut-être représentent-ils justement ces deux époques. Mais il est alors intéressant de constater que Saint-Anne, qui serait le romantisme, le temps le plus ancien, est aussi le plus jeune des deux. Nimier place-t-il en lui ses espoirs, voulant lui offrir par son jeune âge un avenir plus long ? Il sait pourtant que ses espoirs sont vains, puisqu'il écrit lui-même l'échec de ce pauvre Saint-Anne.
Le Hussard bleu nous invite à être spectateur de la vie des ces hommes et femmes pendant plusieurs mois. Souvent drôle et provocateur, il est aussi souvent désabusé. Reflet parfait de la société qui l'a vu paraître. Parfaitement écrit, il l'est aussi, et fût un vrai plaisir de lecture et une très agréable découverte. Celle d'un auteur mais aussi d'une génération que je ne tarderai pas à rencontrer un peu plus.
« Tout ce qui est humain m'est étranger. »
Lu dans :
Nimier, Roger, le Hussard bleu, Gallimard, « Folio », Paris, 2008, (1977), 434 p., 7€50.
Première édition :
Nimier, Roger, le Hussard bleu, Gallimard, Paris, 1950.
À consulter :
Frank, Bernard, « Grognards & Hussards », dans Les Temps Modernes, Gallimard, Paris, décembre 1952.
Lien : http://projet78.wordpress.co..
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Charybde2
  19 mars 2013
Désenchantement cynique, dandysme désabusé, pour un feu d'artifice jubilatoire...
Publié en 1950 par un auteur de vingt-cinq ans, ce court roman désenchanté fit l'effet d'une bombe à l'époque, et donna le coup d'envoi à la constitution du groupe littéraire informel des « Hussards ».
La quatrième de couverture parle de « livre insolent, romantique et tendre », pour cette « chronique intime, à la fois cynique et sentimentale, d'un peloton de hussards qui pénètre en Allemagne en 1945 ».
La langue de Nimier est en effet magnifique, et nous emmène avec bonheur et parfois jubilation dans les méandres des monologues intérieurs des principaux personnages : vieux colonels de carrière vichystes pesamment ralliés à la Libération, commandants déchirés plus ou moins suavement par leur homosexualité non assumée, fausses brutes au coeur tendre issues des FFI, des FTP, voire secrètement de la Milice, naïfs engagés volontaires romantiques, femmes allemandes plus ou moins accueillantes à l'envahisseur,... le rire et l'émotion sont brillamment servis par le style acéré et l'alternance remarquable des tons et des points de vue. Entre dureté profonde et insolence jaillissante, la lecture est captivante jusqu'au bout.
Il n'en reste pas moins que le désenchantement cynique est omniprésent, et que le dandysme désabusé qui tient lieu le plus souvent de réflexion, nu derrière le charme des formules assassines, laisse rapidement un certain sentiment de malaise, correspondant vraisemblablement aux objectifs de l'auteur, figure de proue de cette « nouvelle droite littéraire » qui tentait alors de renaître après les heurts de l'épuration de 1944-1947.
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
JulienDjeuksJulienDjeuks   18 février 2021
Je ne suis pas idiot. Moi aussi, je trouve qu'il ne faut pas aimer les personnes qu'on ne connaît pas. C'est impoli, c'est défendu pour mille raisons et c'est ennuyeux. Je ne suis pas timide. Si j'étais devant elle, dans un salon, je saurais lui parler. Je l'obligerai à me répondre en amie. Elle serait mon amie, je n'en demande pas plus. Je me moque du reste. L'amour devient empoisonnant dès qu'il faut se déshabiller, s'embrasser, c'est trop de sueur et de salive à la fois. […] Je ne la vois que du ciel, noire au milieu de la neige. A côté d'elle, mes yeux sont énormes ; avec deux doigts, je la cache entièrement : elle tiendrait dans la paume de ma main. Elle tient dans le creux de mon cerveau. Il est vrai qu'il est assez creux.
[…] Car l'espoir, comme un animal imbécile, vient chercher sa nourriture tous les soirs. JE fais des projets. Je veux parler à Isabelle. Je veux qu'elle m'aime à son tour. Voilà qui est franchement criminel.
Naturellement, mes projets n'ont pas de sens. Ils sont fabriqués pièce par pièce. C'est un beau jeu de constructions, qui permet de rêver tranquillement. La catastrophe n'est jamais à craindre. Dans cette liberté réside le charme.
Une heure par semaine, je suis franc et j'avoue que cet amour imaginaire est le seul qui me convienne. […] Je comprenais que le métier d'amant n'est pas facile. C'est une chose comme la guerre, la banque, l'industrie. On peut y entrer sans étude, mais il faut travailler dur et, surtout, ne jamais abandonner.
Cependant, l'amour a quelque chose pour lui. Il résume le monde en un visage. A dix-huit ans, quand on a pas beaucoup de mémoire, il est tentant de prendre ce visage entre les mains et de l'embrasser. Mais c'est très fragile. On risque à tout instant de passer de l'autre côté. Alors on possède une maîtresse, une liaison ; de nouveaux devoirs s'imposent à vous ; on se trouve aussi faible et démuni qu'auparavant.
Dans la situation où je l'avais placée, Isabelle me fascinait sûrement. Ses yeux grands, clairs, lourds peut-être, hantaient mes confessions. Les pêchés imaginaires que j'avais commis avec elle donnaient du mouvement à son regard. (p. 253)
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MeduzanticMeduzantic   05 avril 2012
Miracle invraisemblable (...) et dont certains êtres seulement sont pleinement capables, mais qui fleurit parfois (...) dans une attitude, dans un sourire, dans une boucle de cheveux, alors le monde s'éclaire et retrouve son unité perdue (...) et ce n'est pas sans doute une des moindres propriétés de l'amour que de nous rendre semblables aux océans, nous diluant dans l'infini de chaque heure, nous étalant à la surface des choses (...) nous laissant face à face avec notre unique pensée qui donne à tous nos gestes l'allure des grands fonds.
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aleatoirealeatoire   07 mai 2011
Paris, voici ton fleuve et les larmes que tu versas, voilà ton visage au front penché. Paris, voici tes rues et la plaque d'identité au bras de chacune. Les hautes maisons subissent l'amertume du soir. Mes pas sonnent sur le boulevard. Désormais, je connais mon rôle sur la terre, mais je ne sais qui je suis. Voyageur, pose des yeux tristes sur les choses, elles te le rendront au centuple. Le visage barré du ciel te menace et te guide à la fois. Vivre, il me faudra vivre encore, quelque temps parmi ceux-là. Tout ce qui est humain m'est étranger.
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LutvicLutvic   18 avril 2018
Au théâtre, quand j'étais enfant, n’espérais-je pas toujours que l'acteur tragique allait soudain quitter la scène pour se mêler aux spectateurs ? Comme ce serait facile, pensais-je avec la logique de mon âge. Trois mètres de chemin et Hamlet abandonnera ses scrupules. Hélas, il lui manquait une dimension qui n'était peut-être que la dimension de l'indifférence. La volonté acharnée des imbéciles de ressembler à Dieu ou à l'acteur tragique, en accumulant les incestes, les meurtres, ne prouvait qu'une chose : leur incompréhension de Dieu. Car Dieu est notre spectateur et retirer son épingle du jeu, c'est le rejoindre. Alors plus d'actions, on ne fait que des miracles...

Ces pensées n'étaient plus les miennes pour mille raisons. Mais des pensées qu'on a courtisées, qui ont répondu à votre amour, qui vous ont illuminé, puis qu'on a quittées, sont un peu comme ces anciennes maîtresses que nous rencontrons dans une soirée et chez qui nous distinguons toujours les petits cris de plaisir qu'elles avaient dans nos bras, sous les paroles les plus anodines, à condition d'aimer les femmes, bien entendu. Ainsi de l'indifférence : je la goûtais chez les autres, car je savais que son visage nocturne est de feu (éd. Gallimard, 1978, pp. 113-114).
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tetsuotetsuo   06 février 2021
Avec l'amour, peu à peu, l'univers tombe en lambeaux comme un malade que la gangrène a travaillé, puis une vie neuve, un jour se révèle. Mais cette vie qui tend les bras recule devant vous, et plus, vous avancez, plus elle s'écarte, brillant toujours d'un feu parfait. La poursuite vous exalte, le rouge vous monte au visage, et ce bonheur incomparable, cet absolu royal, vous le suivez à la trace, fidèlement, heureusement, jusqu'au jour où vous sentez enfin que la solitude est la plus forte. Car le vieux monde, ses habitudes, ses lois, ses plaisirs, dorment sous la poussière mais encore rien ne les remplace et l'on est comme ce voyageur écœuré des siens qui a vécu longtemps du départ : il s'embarque, il aborde l'ile dans la nuit, il ne peut trouver le soleil car demain ses yeux verront, mais un mal inconnu l'a frappé, jamais il connaitra le jour, dans l'ombre il souffle et désespère.
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Videos de Roger Nimier (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Roger Nimier
Reportage sur l?atelier gruppetto. Dans le cadre du banquet d?été 2019 intitulé « Transformer, transfigurer » qui s?est déroulé à Lagrasse du 2 au 9 août 2019
L?écrivain Emmanuel Ruben prix Roger Nimier pour son livre «  sur la route du Danube » Rivages 2019, accompagne un groupe de cyclistes amateurs sur les routes des corbières.
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