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ISBN : 2253112461
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 363 notes)
Résumé :

Pour retrouver son petit-fils préféré qui a disparu en France, avalé par l’ogre du football, Madame Bâ Marguerite, née en 1947 au Mali, sur les bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa.

Une à une, elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021. Et elle raconte alors l’enfance émerveillée au bord du fleuve, l’amour que lui portait son père, l’apprentissage au contact des oiseaux…, sa p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
  16 février 2010
Roman d'Erik Orsenna. Lettre O de mon Challenge ABC 2010. Lecture commune avec Clara.
Sa demande de visa temporaire pour la France refusée, Madame Marguerite Bâ entreprend un recours en justice. Elle ne s'embarasse pas de considérations diplomatiques et, avec l'aide de Maître Fabiani, elle écrit une lettre au Président de la République française. Point par point, elle reprend les questions du formulaire 13-0021 et les développe en remontant au plus loin dans ses souvenirs d'enfant, de femme, de veuve, de grand-mère et de citoyenne malienne. Puisqu'elle ne peut pas tout dire dans les trop petites cases du formulaire, elle déploie dans sa lettre toute l'histoire familiale, et avec elle, l'histoire du Mali.
Toute l'absurdité, la vacuité et l'artificialité des documents officiels sont férocement épinglées par la narratrice. Sa lettre, aux allures de roman fleuve, se découpe en chapitres dont les titres sont les intitulés stricts du formulaire 13-0021. Avec la méthode propre aux gens qui suivent une idée fixe, elle avance dans son récit sans rien oublier, pour combler tous les blancs que le formulaire ne ménage pas.
La France n'approuve pas les approximations de l'État Civil africain. Sur ce continent où l'administration travaille au rythme lent d'antiques ventilateurs plafonniers, tenir des registres à jour et sans contrefaçon relève de l'impossible. Les différents consuls et délégués venus de France s'échinent à nommer tout et tout le monde, à délimiter les villages, à poser des frontières, à établir les vraies filiations et à démêler le vrai du faux. L'agitation vaine des Blancs est d'autant plus risible qu'ils ne sont pas faits pour ce climat, ni pour ce "ciel de fer chauffé à blanc." (p. 368)
La malédiction de l'ethnie de Madame Bâ, les Soninkés, c'est la "maladie du départ" (p. 32), celle qui pousse tous les siens à aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Ousmane, son père, de forgeron, est devenu contremaître de la centrale hydro-électrique du village. Son bel époux Balewell, un Peul, a quitté les troupeaux qui font la fierté de son peuple pour s'aliéner à la locomotive et au chemin de fer. Les cousins partent en France, "un paradis pour gogos" (p. 240), la tête pleine des images mensongères diffusées par la télévision et les magazines, fascinés par le miroir aux alouettes français.
A Kayes, Madame Bâ a grandi entre onze frères et soeurs et des parents qui s'affrontaient sans cesse. Mariama, mémoire de l'Afrique et gardienne de traditions millénaires, regardait avec mépris la passion de son mari pour le progrès. Entre islam teinté d'animisme et modernité, entre le crocodile protéiforme qui défend la famille et les embryons de taureaux canadiens congelés, le même affrontement a lieu entre Madame Bâ et son mari. L'Afrique se dessine peu à peu, entre misère et traditions légendaires, secouée de frissons de modernité et de volonté progressiste.
Madame Bâ elle-même est une femme coupée en deux. Deux volontés s'affrontent toujours en son sein. Elle n'a pas su choisir entre les études et la maternité, entre la fidélité au Mali et le devoir et l'espoir envers la France. Toujours, ce sont les autres et les évènements extérieurs qui décident pour elle, qui lui imposent des choix douloureux alors qu'elle ne veut rien d'autre que concilier les rêves qui battent dans sa tête et les obligations auxquelles elle fait face tous les jours.
La grande malédiction de Madame Bâ, c'est son nez. Appendice disproportionné dans le ventre de sa mère, il a fait croire à tous la venue d'un garçon. Cassandre noire, Madame Bâ sent les malheurs venir de loin pour s'abattre sur les siens. Femme trompée, elle flaire sur le corps de son bel époux les effluves des femmes qu'il fréquente, elle sent les lieux et les situations, tous les détails des infidélités de Balewell. Mais alors même que ce nez lui a annoncé toutes les tragédies auxquelles elle a résisté, il lui fait défaut dans l'appréhension de son plus grand malheur, la disparition de son petit-fils.
Le fleuve Sénégal, immuable et imperturbable, chemine toujours sur les terres désertées. Témoin éternel des changements humains, il assiste silencieusement à la décolonisation et aux multiples tentatives de co-développement entre le Mali et l'ancienne métropole. Et pour une fois, c'est de la France dont on a pitié. Certes, les forces vives du Mali partent en fumée dans les banlieues parisiennes. Certes, le pays connaît de graves retards de développement technique et culturel. Mais n'est-ce pas la France le personnage fantoche? L'ancienne puissance colonisatrice est animée par un puissant sentiment de honte. Toujours un peu de capitalisme dévorant, mais au centre de toutes les actions initiées en direction du Mali, il n'y a que la honte: honte d'avoir quitté si vite le pays, honte de toujours penser que les Africains sont des animaux, honte séculaire du paternalisme débonnaire. La France est dans ses petits souliers quand elle envoie des consuls, des délégués, quand elle distribue des Légions d'honneur plus de 70 ans après la Grande Guerre. La France a tout du mauvais élève qui cherche à se racheter. L'Afrique est forte et puissante, même sans elle. Son fonctionnement, sa logique, ses traditions lui permettent de vivre sans la métropole, et de vivre bien mieux, au milieu des reliques laissées par une France fuyarde et contrite. Madame Bâ s'interroge: "Quelle est cette maladie qui pousse toujours les Noirs à proposer leur aide aux Blancs? [...] Sans notre appui, jamais la traite n'aurait si bien fonctionné." (p. 387) le problème de la France, c'est qu'elle ne peut se passer de l'Afrique
Madame Bâ, avec ses discours un peu naïfs et ses diatribes bien senties, distribue des coups de griffe un peu partout. Sans langue de bois, elle expose sans fausse pudeur son intimité physique et mentale. Cette liberté de ton lui permet tout, même de fustiger le sport chéri de l'Afrique. "Les spécialistes nomment 'football' cette activité épuisante et sans espoir." (p. 259) Ce sport honni lui a ravi son petit-fils Michel qu'elle a élevé avec plus d'amour que ses huit enfants. " le football est un divertissement de manchots fainéants. [...] Une majorité de paresseux, les mains sur les hanches, contemplent l'activité frénétique de quelques camarades." (p. 371) L'enfant chéri a succombé à son tour à la "maladie du départ" et a disparu en France, alléché par "l'école rien que de foot" (p. 379) promise par les recruteurs français venus faire de "la prospection chez les sauvages" (p. 376) Pour retrouver et sauver son petit-fils de douze ans des griffes de l'ogre de football, il faut un visa de séjour à Madame Bâ, et on le lui a refusé. Et c'est là que commence son récit.
La narration se déploie lentement, majesteusement, comme les méandres du fleuve Sénégal, comme les branches interminables de l'arbre généalogique du peuple Soninké. Madame Bâ, narratrice principale, alterne entre des adresses directes, virulentes mais respectueuses envers le Président de la République française, des confidences confiantes à son avocat, des admonestations musclées envers elle-même et les fantômes de ses chers disparus. Elle se raconte à la première personne, mais certaines situations, les plus décisives, sont écrites à la troisième personne, comme si Madame Bâ était une simple spectatrice de sa propre histoire, incapable d'en modifier le cours tragique.
La dernière partie du récit, les cinquantes dernières pages, sont prises en charge par un nouveau narrateur. Maître Fabiani, l'avocat qui a aidé Madame Bâ dans sa demande de recours, prend la parole pour expliquer la suite des démarches de sa cliente, cette cliente si particulière qui lui a appris l'Afrique là où il ne voyait que la misère. La fin de l'histoire était attendue. Madame Bâ va gonfler encore un peu plus le flot d'immigrants clandestins qui se presse aux portes de la France.
Ce texte d'Érik Orsenna change radicalement de tout ce que j'ai pu lire de lui. Nous sommes très loin de la poésie enjouée de la grammaire est une chanson douce ou de Dernières nouvelles des oiseaux. Ici, ni jeux de mots, ni de galipettes avec la syntaxe. La langue se fait témoignage et philosophie pour mieux coller à une existence hors du commun. le texte tient en haleine, malgré quelques longueurs. Je referme le livre en me disant que j'ai peut-être acqus un peu de la sagesse évidente de ceux qui se contentent de l'essentiel, sans chercher ailleurs le bonheur qui est sous leur nez, quelle que soit sa taille.
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PiertyM
  04 novembre 2013
Le plus intéressant dans ce livre est le style amusant qu'emploie l'auteur avec des contenus profonds et très engagés. En nous plongeant dans le monde horriblement mystifié de l'administration des consulats français en Afrique, Erik Orsenna démystifie ce monde en se servant de ses propres matériaux tout en nous révélant en même temps la vie de Madame Ba et de l'histoire de son pays, le mali.
Madame Bâ doit se rendre en France où son petit fils a disparu. Pour ce faire il lui faut constituer le dossier de demande de visa. Parmi les pièces à fournir il faut remplir un formulaire que donne l'ambassade, il comporte une vingtaine de questions. Alors la raison d'existence de ce livre est de pouvoir remplir ce formulaire. Ce livre répond à chacune des questions dans ce formulaire mais au lieu de répondre au représentant de l'administration, ce livre répond plutôt au président de la'république française. Alors c'est madame Bâ qui répond sur le formulaire tout en avouant le manque d'humanisme dans les traitements des cas dans les consulats français en Afrique car la France a bouffé son fils et que cette même France lui refuse le visa, c'est inadmissible!
Les questions du formulaire sont des chapitres de ce livre et aussi curieusement on suit progressivement l'histoire de notre héroïne Madame Bâ où tout commence comme dans chaque papier d'administration avec les questions nom et prénom...date et lieu de naissance...Alors là Madame Bâ raconte l'origine de ses noms en même temps de celle de sa famille, et de son clan...elle nous détaille ensuite las conditions de sa naissance...
J'avoue que le style de ce livre m'a beaucoup surpris et beaucoup amusé tout en interpellant ma conscience sur les cruautés de la diplomatie et de la justice!!!
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etreneant
  31 décembre 2011
Un visa refusé est le point de départ de cette histoire.
Parcourir le 13-0021, ô précieux formulaire,
Est aussi l'occasion de découvrir le territoire
De Marguerite, femme africaine exemplaire,
D'ascendance Soninké, fille de forgeron-ingénieur.
Élevée par un fleuve pourvoyeur insaisissable
D'eau, d'espoir et de paroles d'un monde meilleur,
Marguerite raconte avec une verve insatiable
Ce que quelques rectangles blancs ne pourraient condenser :
Son enfance, son adolescence, sa famille,
Son amour, ses désirs, ses rencontres, ses pensées
Ses passions, ses peines et plaisirs, toute une vie.
Son avocat, tel l'écrivain public se portant au secours,
Écoute subjugué le récit de cette envolée épique
Et en un dernier et ultime recours,
Ecrit la lettre au Président de la République.
Ce que mes vers ne vous ont pas encore exprimé
Est que j'ai tout simplement adoré
Le portrait de cette femme sans artifice
Au coeur d'un pays ensoleillé de tant de maléfices.
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nathavh
  11 février 2015
Une envie de voyage ? Je vous emmène à la découverte du Mali et de l'extraordinaire Madame Bâ.
Son petit-fils de huit ans a disparu en France, enlevé de son pays le Mali par le ballon rond. Madame Marguerite Bâ née en 1947 au Mali introduit une demande de visa 13-0021 pour la France et écrit au Président de la République, le formulaire étant un peu étriqué, pour lui expliquer sa vie, son pays le Mali, le fleuve et ses motivations.
Le livre se découpe en chapitres au gré des rubriques de ce fameux formulaire 13-0021. On y découvrira la vie de Madame Bâ, représentante de l'ethnie des Soninkés, peuple attiré par l'envie du départ, les liens entre son pays et la France.
Elle nous raconte son grand-père : Abdoulaye Chemin des Dames, rescapé de la grande guerre. Son nom évoque une grande bataille dans l'Aisne en avril 1917 où périrent grand nombre d'africains engagés dans le combat pour soutenir la France. Rescapé oui, mais marqué, transformé, il reçoit une petite pension de guerre et tout à coup en 1960, celle-ci est gelée. L'incompréhension s'installe au gré de l'évolution des liens avec la France.
Elle évoque son père Ousmane , Soninké d'origine forgeron qui, contremaître à la centrale électrique, rêvait de devenir ingénieur, dévoué corps et âme à la centrale et aux Français.
Marguerite adolescente est partagée entre les études et l'amour. La rencontre de son beau peul Balewel l'obligeant à faire un choix, elle deviendra mère abandonnant ses rêves mais un jour elle, à son tour, se dévouera encore pour son pays et les relations avec la France.
Le roman nous fait découvrir les beautés et réalités de l'Afrique, le fleuve, les villages, la brousse, le chemin de fer, la vie des femmes celles qui travaillent, les rapports étroits entre le Mali et la France, la coopération et tant d'autres sujets.
Un portrait du Mali, de l'Afrique, un voyage dans lequel on se laisse emporter bien volontiers au fil des pages en compagnie de ce personnage Marguerite auquel on s'attache, ce personnage grand de taille et forte personnalité.
Quelques longueurs parfois mais l'envie de connaître le destin de Madame Bâ dominait. Un récit parfois poétique, très visuel empreint d'humour. J'ai vraiment passé un excellent moment.
Merci Natacha de m'avoir proposé cette lecture commune et de sortir enfin de ma bibliothèque un livre qui y avait trop traîné.
Ma note 8.5/10

Lien : http://nathavh49.blogspot.be..
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JeanPierreV
  04 juillet 2016
Madame Bâ femme malienne de 56 ans souhaite rejoindre son petit-fils Michel en France pour le faire revenir au pays. Michel est passionné par le foot et a été repéré en Afrique par des recruteurs...Madame Bâ complète le formulaire d'immigration temporaire 13-0021 qu'elle souhaite transmettre au Président de la République et surtout commente avec l'aide de son avocat chacune des rubriques du formulaire;
Rubriques qui constituent les chapitres du livre.
Madame Bâ raconte ainsi toute sa vie, depuis son enfance, en passant par son mariage, ses enfants, ses métiers...une très longue lettre de 480 pages, très, trop détaillée parfois, pour nous faire partager également la vie de ces autres femmes africaines, les usages et coutumes de l'Afrique, excision, sexualité, mariage, enfants, marabouts, palabres, relations hommes-femmes, place des femmes..., la vie de son pays, une vie tournée autour du fleuve.
Une femme qui eut huit enfants en dix ans, des enfants dont elle ne parle que très peu, abandonnée par son mari chauffeur de locomotive, qui lui préféra des femmes blanches. Une femme courageuse et travailleuse qui eut la chance de naître au sein d'une famille dans laquelle l'éducation et la culture était importante : le papa ancien forgeron est devenu gardien d'un barrage hydraulique. Il offrait toujours à ses enfants des cadeaux susceptibles de faire naître en chacun d'eux une vocation scientifique.
Un regard également sur l'Afrique, sur les tares de cette Afrique pauvre, trafics, corruption, crédits qui disparaissent, prévarication, justice qui fraude, magouilles en tout genre, lenteurs et imprécisions du travail....Une Afrique qui considère que tout ce qui vient de l'étranger est bien meilleur et bien bien plus beau que ce qui est africain.... Misère et tradition se heurtant à une volonté de progrès. Mais aussi une Afrique et des africains qui combattirent pour la France, y laissèrent la vie, sur le chemin des Dames par exemple..et un pays qui acquiert l'indépendance, mais dont les habitants ne pensent qu'à émigrer.
Un regard critique aussi sur ces français à l'attitude toujours un peu condescendante, toujours un peu colonisatrice en Afrique, mais se protégeant de l'immigration
Madame Bâ sait de quoi elle parle : elle travaillera sur des projets de co-développement, deviendra institutrice, inspectrice...
Une écriture souvent pleine d'humour, et qui confirme l'importance du travail de recherche d'Erik Orsenna, et surtout du fait de son passé une bonne connaissance de l'Afrique
Mais une écriture qui parfois m'a dérangé et troublé, du fait de certaines longueurs mais aussi du fait des scènes décrites et des idées développées Certes l'attitude de la France et de ses représentants en Afrique, est pointée du doigt. Elle n'est pas étrangère, loin de là, à la situation de Madame Bâ, des africains et de l'Afrique, mais j'aurais préféré que ce plaidoyer, qui peut parfois apparaître moqueur, plutôt taquin, que ce regard parfois critique sur les africains et africaines, sur les conditions de vie en Afrique, sur les magouilles, soit écrit par un auteur africain, soit une auto-critique, une auto-analyse.
La lettre de Madame Bâ lui permettra-t-elle de rejoindre son petit-fils...?
Je reparlerai d'Erik Orsenna

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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Citations et extraits (84) Voir plus Ajouter une citation
mamansand72mamansand72   06 juillet 2015
Arrivé à destination, non loin de l’ancienne bibliothèque Ahmed-Baba, j’ai pu constater, en louchant un peu, que mes narines palpitaient. J’ai compris leur message. Elles avaient repéré d’autres parfums que les remugles de rance et de moisi ordinairement dégagés par une femme d’âge et peu soignée. Ce que je sentais, c’était du sang de très jeune fille, cette aigreur quand elles suent, le sel de leurs pleurs…
Inutile de m’en dire davantage : la vieille femme que je poursuivais était de la terrible corporation, celle qui excise sans vergogne.
Parce qu’on fait ça depuis toujours. Parce que telle est la tradition, et d ‘ailleurs, où est le mal, quand on respecte les choses ?
Parce qu’on le leur a fait aussi et qu’il n’y a pas de raison que les jeunes y échappent.
Parce qu’en faisant ça, elles gardent le pouvoir.
Parce qu’on les paie pour le faire.
Parce que, plus elles avancent dans la vieillesse et ses avanies, plus elles trouvent jouissance à mutiler, et d’autant plus grande que plus jeune est la mutilée.
Je cherchais des yeux une pierre assez grosse pour défoncer la porte quand, du premier étage de la maison voisine, une femme hirsute a crié, bientôt rejointe par un homme :
- Qui c’est celui-là , à déranger si tôt ?
- J’ai balbutié :
- - Rien, rien !
Je me suis enfui d’un pas rapide, n’écoutant que mon intelligence. Laquelle avait rapidement évalué le rapport de force et conclu qu’il n’était pas en ma faveur. Histoire de fierté personnelle, j’ai quand même murmuré à la vieille qu’elle ne perdait rien pour attendre.
Et comme, le soir venu, les battements de mon cœur ne se calmaient pas, encore accélérés par les mauvaises nouvelles venues de la cellule de Madame Bâ, comme, dans ces rues sablonneuses, en cette ville de Tombouctou pourtant connue depuis la nuit des temps pour les avoir de ses médecins, personne n’était capable de m’indiquer un cardiologue compétent, et comme un Ismaël mort ne serait plus d’aucune utilité à personne, je résolus, faute de mieux, de me soigner à la philosophie.
C’est ainsi que, partant du cas particulier de cette matrone exciseuse, je passai à la généralité des femmes pour parvenir à la conclusion non concluante que, toutes les femmes en Afrique n’étant pas bonnes, on devait subséquemment pouvoir en inférer que tous les hommes n’étaient pas obligatoirement mauvais.
Ces réflexions m’avaient épuisé. Mais une rapide vérification, index discret sur le poignet me le confirma : mon pouls ne cavalait plus. Je ne manquai pas d’en remercier Dieu, maître de rythmes.
Et, sous le regard attendri et soulagé d’Abdullah, je finis par plonger dans le sommeil avec un double objectif : y puiser les forces nécessaires à la libération de ma patronne ; y accumuler assez de haine pour avoir le courage de forcer ma nature pacifique en tuant un jour prochain, et, sans doute par égorgement, cette cruelle matrone.
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JeanPierreVJeanPierreV   04 juillet 2016
La France est blanche : ta peau noire n'y sera qu'une salissure. La France est froide : toi si frileux, tu y grelotterais même en été. La France est grise : les couleurs n'y viennent plus, de peur d'être mangées. La France est sourde et muette : un passant, un voisin ne répondent pas quand on leur parle. Tu sais faire les additions ? Blanche + froide + grise + sourde + muette, ça donne quoi ? Calcule bien. Ça donne l'enfer. Tu ne vas pas me dire que tu préfères l'enfer de là-bas aussi difficultés d'ici ? (P. 229)
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nathavhnathavh   11 février 2015
Ce n'est pas difficile pour un homme, après tout, de changer une femme en princesse. Il suffit de lui prouver qu'elle vous est utile, infiniment utile. Et pourtant rares sont ces hommes-là, capables d'avouer ce genre de besoin. Le besoin n'est pas toujours une faiblesse.
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etreneantetreneant   31 décembre 2011
Oh, le rare bonheur d'élever un enfant dont on n'est pas le géniteur direct, mais seulement un grand-parent! Ce "grand" ajouté à "parent", cette génération tampon fait toute la différence : un matelas de tendresse, une réserve de temps où chacun peut puiser à sa guise, un trésor de bonne distance, une épaisseur d'eau douce qui filtre les rayons, ne laissant passer que les utiles, les bienveillants.
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ErevshelErevshel   14 février 2011
-S'il vous plaît, maître Benoît, pourquoi un si profond silence avec moi?
-Le respect, Madame Bâ.
-Maintenant que vous avez enfin ouvert la bouche, vous pourriez continuer, juste une phrase supplémentaire ou deux, pour m'expliquer?
-Le respect que j'ai de votre vie et de vous-même, madame Bâ. Le respect se tait car il n'a rien à ajouter.
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La formidable transformation des agglomérations. Dans 15 ans, les deux tiers de la population française vivront en ville. Faut-il s?en réjouir ou le déplorer ? Ensemble, l?écrivain Erik Orsenna et l?architecte-paysagiste Nicolas Gilsoul dressent un premier bilan au c?ur de 200 cités mondiales, en pleine révolution pour s'adapter à leur environnement, intitulé « Désir de villes », aux éditions Robert Laffont.
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