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EAN : 9782253112464
512 pages
Le Livre de Poche (30/11/-1)
3.93/5   508 notes
Résumé :

Pour retrouver son petit-fils préféré qui a disparu en France, avalé par l’ogre du football, Madame Bâ Marguerite, née en 1947 au Mali, sur les bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa.

Une à une, elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021. Et elle raconte alors l’enfance émerveillée au bord du fleuve, l’amour que lui portait son père, l’apprentissage au contact des oiseaux…, sa p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
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LaBiblidOnee
  01 août 2022
L'histoire d'un formulaire administratif en forme de conte africain.

J'ai lu ce roman il y a une dizaine d'années, après un long sevrage de lecture et alors même que n'accrochais pas avec cet auteur. Je l'ai lu parce qu'on me l'avait offert, en sachant qu'il ne correspondait pas à mes lectures habituelles de l'époque. Pourtant, contre toute attente, je m'étais prise au jeu de ce récit, dans la peau de cette Madame Bâ. Même si je ne suis sûrement plus exactement la même lectrice depuis, je ne retouche rien à l'avis suivant que j'avais écrit à l'époque sur mon blog, n'ayant pas relu ce roman récemment ; Par ailleurs, et malgré les 20 ans de ce roman, le fond de cette histoire fait toujours écho à l'actualité, et l'auteur a su le traiter de manière originale, sensible et drôle. Bref, avec génie :

Madame Bâ est malienne, et son petit-fils a été embarqué en France par des recruteurs pour jouer au foot. Pour avoir déjà vu des reportages sur la manière dont sont déracinés ces jeunes pour être abandonnés ensuite dans leur pays « d'accueil » s'ils ne sont pas assez bons, je comprends l'inquiétude de Madame Bâ : Il n'est pas question qu'elle laisse son petit-fils tout seul dans ce pays inconnu et entre les mains d'hommes d'affaires sans moralité.

Elle cherche donc à le rejoindre en France, mais pour ça elle doit remplir le formulaire 13-0021 pour une demande de visa. Et remplir ses nombreuses cases, trop petites pour contenir ses réponses : L'administration française tient à savoir qui entre sur son territoire mais ne laisse pas de place à ces personnes pour se présenter vraiment dans les formulaires !

Qu'à cela ne tienne, Madame Bâ rédigera donc une longue lettre – que dis-je, un roman, c'est le cas de le dire ! - au chef de la France, afin de se présenter et de demander à venir. Dans cette lettre, elle reprend point par point les questions du formulaire et y répond par chapitres entiers. Et son histoire, tellement instructive, mérite d'être entendue, fut-ce par le Président de la République.

A la demande de son nom, encore faut-il préciser d'où il provient, à quoi et à qui il est associé, sans quoi il ne la représenterait pas vraiment. A l'occasion de la case « métier », c'est encore tout un pan de Madame Bâ qui nous est dévoilé et, avec elle, du Mali tout entier ; et ainsi de suite.

Nous découvrons au fil des pages la beauté de ce pays, mais aussi ses malheurs et ses turpitudes. Son administration corrompue, les quelques bonnes volontés, les traditions, etc… Tout ce qui fait le charme et le malheur de ce pays et de ses habitants qui ont presque tous attrapé une maladie très contagieuse : l'envie de migrer vers la France, au grand dam de Marguerite Bâ qui, elle, voudrait bien ramener son petit-fils.

C'est presque un conte africain que je vous incite à découvrir en tournant ces pages – si ce n'est déjà fait. Madame Bâ parviendra-t-elle à obtenir son visa ? Vous n'êtes pas au bout de vos surprises, foi d'Onee-Chan…
La suite, donc, au prochain épisode avec Mali, Ô Mali !
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FredMartineau
  12 septembre 2021
J'aime cet auteur, je lui dois beaucoup, le retour du plaisir de la lecture, de l'envie de raconter des histoires. Cette fois encore je n'ai pas été déçu. Dans Madame Bâ, j'ai retrouvé tout le talent d'Erik Orsenna, son imagination, sa force symbolique lorsqu'il traite un sujet ... le rapport à l'Afrique est toujours un thème d'actualité en France, il plonge ses racines dans le passé colonial, la politique d'influence économique et culturelle qui lui a succédé. Les maux et les travers de ces relations qui oscillent entre l'amour et le haine, l'intégration et le rejet, l'exploitation des ressources y compris humaines et les tentatives de développement local sont restitués par la plume de l'académicien et s'incarnent parfaitement dans l'histoire de son héroïne, cette Madame Bâ qui porte en elle l'humanité toute entière. L'intervention au Mali, les mines d'uranium, le Tchad et tant d'autres évènements récents entrent en résonnance avec ce roman...
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LiliGalipette
  16 février 2010
Roman d'Erik Orsenna. Lettre O de mon Challenge ABC 2010. Lecture commune avec Clara.
Sa demande de visa temporaire pour la France refusée, Madame Marguerite Bâ entreprend un recours en justice. Elle ne s'embarasse pas de considérations diplomatiques et, avec l'aide de Maître Fabiani, elle écrit une lettre au Président de la République française. Point par point, elle reprend les questions du formulaire 13-0021 et les développe en remontant au plus loin dans ses souvenirs d'enfant, de femme, de veuve, de grand-mère et de citoyenne malienne. Puisqu'elle ne peut pas tout dire dans les trop petites cases du formulaire, elle déploie dans sa lettre toute l'histoire familiale, et avec elle, l'histoire du Mali.
Toute l'absurdité, la vacuité et l'artificialité des documents officiels sont férocement épinglées par la narratrice. Sa lettre, aux allures de roman fleuve, se découpe en chapitres dont les titres sont les intitulés stricts du formulaire 13-0021. Avec la méthode propre aux gens qui suivent une idée fixe, elle avance dans son récit sans rien oublier, pour combler tous les blancs que le formulaire ne ménage pas.
La France n'approuve pas les approximations de l'État Civil africain. Sur ce continent où l'administration travaille au rythme lent d'antiques ventilateurs plafonniers, tenir des registres à jour et sans contrefaçon relève de l'impossible. Les différents consuls et délégués venus de France s'échinent à nommer tout et tout le monde, à délimiter les villages, à poser des frontières, à établir les vraies filiations et à démêler le vrai du faux. L'agitation vaine des Blancs est d'autant plus risible qu'ils ne sont pas faits pour ce climat, ni pour ce "ciel de fer chauffé à blanc." (p. 368)
La malédiction de l'ethnie de Madame Bâ, les Soninkés, c'est la "maladie du départ" (p. 32), celle qui pousse tous les siens à aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Ousmane, son père, de forgeron, est devenu contremaître de la centrale hydro-électrique du village. Son bel époux Balewell, un Peul, a quitté les troupeaux qui font la fierté de son peuple pour s'aliéner à la locomotive et au chemin de fer. Les cousins partent en France, "un paradis pour gogos" (p. 240), la tête pleine des images mensongères diffusées par la télévision et les magazines, fascinés par le miroir aux alouettes français.
A Kayes, Madame Bâ a grandi entre onze frères et soeurs et des parents qui s'affrontaient sans cesse. Mariama, mémoire de l'Afrique et gardienne de traditions millénaires, regardait avec mépris la passion de son mari pour le progrès. Entre islam teinté d'animisme et modernité, entre le crocodile protéiforme qui défend la famille et les embryons de taureaux canadiens congelés, le même affrontement a lieu entre Madame Bâ et son mari. L'Afrique se dessine peu à peu, entre misère et traditions légendaires, secouée de frissons de modernité et de volonté progressiste.
Madame Bâ elle-même est une femme coupée en deux. Deux volontés s'affrontent toujours en son sein. Elle n'a pas su choisir entre les études et la maternité, entre la fidélité au Mali et le devoir et l'espoir envers la France. Toujours, ce sont les autres et les évènements extérieurs qui décident pour elle, qui lui imposent des choix douloureux alors qu'elle ne veut rien d'autre que concilier les rêves qui battent dans sa tête et les obligations auxquelles elle fait face tous les jours.
La grande malédiction de Madame Bâ, c'est son nez. Appendice disproportionné dans le ventre de sa mère, il a fait croire à tous la venue d'un garçon. Cassandre noire, Madame Bâ sent les malheurs venir de loin pour s'abattre sur les siens. Femme trompée, elle flaire sur le corps de son bel époux les effluves des femmes qu'il fréquente, elle sent les lieux et les situations, tous les détails des infidélités de Balewell. Mais alors même que ce nez lui a annoncé toutes les tragédies auxquelles elle a résisté, il lui fait défaut dans l'appréhension de son plus grand malheur, la disparition de son petit-fils.
Le fleuve Sénégal, immuable et imperturbable, chemine toujours sur les terres désertées. Témoin éternel des changements humains, il assiste silencieusement à la décolonisation et aux multiples tentatives de co-développement entre le Mali et l'ancienne métropole. Et pour une fois, c'est de la France dont on a pitié. Certes, les forces vives du Mali partent en fumée dans les banlieues parisiennes. Certes, le pays connaît de graves retards de développement technique et culturel. Mais n'est-ce pas la France le personnage fantoche? L'ancienne puissance colonisatrice est animée par un puissant sentiment de honte. Toujours un peu de capitalisme dévorant, mais au centre de toutes les actions initiées en direction du Mali, il n'y a que la honte: honte d'avoir quitté si vite le pays, honte de toujours penser que les Africains sont des animaux, honte séculaire du paternalisme débonnaire. La France est dans ses petits souliers quand elle envoie des consuls, des délégués, quand elle distribue des Légions d'honneur plus de 70 ans après la Grande Guerre. La France a tout du mauvais élève qui cherche à se racheter. L'Afrique est forte et puissante, même sans elle. Son fonctionnement, sa logique, ses traditions lui permettent de vivre sans la métropole, et de vivre bien mieux, au milieu des reliques laissées par une France fuyarde et contrite. Madame Bâ s'interroge: "Quelle est cette maladie qui pousse toujours les Noirs à proposer leur aide aux Blancs? [...] Sans notre appui, jamais la traite n'aurait si bien fonctionné." (p. 387) le problème de la France, c'est qu'elle ne peut se passer de l'Afrique
Madame Bâ, avec ses discours un peu naïfs et ses diatribes bien senties, distribue des coups de griffe un peu partout. Sans langue de bois, elle expose sans fausse pudeur son intimité physique et mentale. Cette liberté de ton lui permet tout, même de fustiger le sport chéri de l'Afrique. "Les spécialistes nomment 'football' cette activité épuisante et sans espoir." (p. 259) Ce sport honni lui a ravi son petit-fils Michel qu'elle a élevé avec plus d'amour que ses huit enfants. " le football est un divertissement de manchots fainéants. [...] Une majorité de paresseux, les mains sur les hanches, contemplent l'activité frénétique de quelques camarades." (p. 371) L'enfant chéri a succombé à son tour à la "maladie du départ" et a disparu en France, alléché par "l'école rien que de foot" (p. 379) promise par les recruteurs français venus faire de "la prospection chez les sauvages" (p. 376) Pour retrouver et sauver son petit-fils de douze ans des griffes de l'ogre de football, il faut un visa de séjour à Madame Bâ, et on le lui a refusé. Et c'est là que commence son récit.
La narration se déploie lentement, majesteusement, comme les méandres du fleuve Sénégal, comme les branches interminables de l'arbre généalogique du peuple Soninké. Madame Bâ, narratrice principale, alterne entre des adresses directes, virulentes mais respectueuses envers le Président de la République française, des confidences confiantes à son avocat, des admonestations musclées envers elle-même et les fantômes de ses chers disparus. Elle se raconte à la première personne, mais certaines situations, les plus décisives, sont écrites à la troisième personne, comme si Madame Bâ était une simple spectatrice de sa propre histoire, incapable d'en modifier le cours tragique.
La dernière partie du récit, les cinquantes dernières pages, sont prises en charge par un nouveau narrateur. Maître Fabiani, l'avocat qui a aidé Madame Bâ dans sa demande de recours, prend la parole pour expliquer la suite des démarches de sa cliente, cette cliente si particulière qui lui a appris l'Afrique là où il ne voyait que la misère. La fin de l'histoire était attendue. Madame Bâ va gonfler encore un peu plus le flot d'immigrants clandestins qui se presse aux portes de la France.
Ce texte d'Érik Orsenna change radicalement de tout ce que j'ai pu lire de lui. Nous sommes très loin de la poésie enjouée de la grammaire est une chanson douce ou de Dernières nouvelles des oiseaux. Ici, ni jeux de mots, ni de galipettes avec la syntaxe. La langue se fait témoignage et philosophie pour mieux coller à une existence hors du commun. le texte tient en haleine, malgré quelques longueurs. Je referme le livre en me disant que j'ai peut-être acqus un peu de la sagesse évidente de ceux qui se contentent de l'essentiel, sans chercher ailleurs le bonheur qui est sous leur nez, quelle que soit sa taille.
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PiertyM
  16 septembre 2020
Le plus intéressant dans ce livre est le style amusant qu'emploie l'auteur, contrastant simplement avec le sujet, qui semble plus engagé. En nous plongeant dans le monde horriblement mystifié de l'administration des consulats français en Afrique, Erik Orsenna démystifie ce monde à travers la vie de Madame Ba.
Madame Bâ doit se rendre en France où son petit fils a disparu. Pour ce faire il lui faut constituer le dossier de demande de visa. Parmi les pièces à fournir il faut remplir un formulaire que donne l'ambassade, il comporte une vingtaine de questions. Alors la raison d'existence de ce livre est de pouvoir remplir ce formulaire. Ce livre répond à chacune des questions dans ce formulaire mais au lieu de répondre au représentant de l'administration, ce livre répond plutôt au président de la république française. Alors c'est madame Bâ qui répond sur le formulaire tout en avouant le manque d'humanisme dans les traitements de dossiers dans le consulat français, car la France a bouffé son petit fils et que cette même France lui refuse le visa, c'est inadmissible!
Les questions du formulaire sont des chapitres de ce livre, on suit progressivement l'histoire de notre héroïne Madame Bâ , tout commence comme dans chaque papier d'administration avec les questions du genre nom et prénom...date et lieu de naissance...Alors là Madame Bâ raconte l'origine de ses noms en même temps celle de sa famille, de son clan... les conditions susceptibles de sa naissance...
J'avoue que le style de ce livre m'a beaucoup surpris et un peu amusé tout en interpellant ma conscience sur les cruautés de la diplomatie!!!
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bidule62
  22 décembre 2021
Babelio m'aura appris qqch avec ses insignes : je lis bcp de livres d'auteurs africains ou qui se passent en Afrique car j'ai eu la surprise de voir l'insigne "Afrique" arriver dans mes tout premiers insignes.... Je ne m'étais pas rendue compte de cet attrait pour ce continent.... Quand j'ai dit ça à mon mari, il était mort de rire : manifestement mon attrait paraît évident....
.
Et me voila partie avec ce roman en voyage au Mali !
Ah que l'écriture d'Erik Orsenna est belle, envoûtante. J'aime son style si velouté, plein de jolies expressions.
Ajoutez une histoire racontée de manière très originale : Mme Ba dévoile sa vie via un document Cerfa qu'en bonne Française je n'aurai jamais à remplir, le nécessaire document qui permet d'avoir un visa temporaire pour la France.
Une vie simple, un voyage en Afrique, le tout en 2003. le pire (car certaines pages sont particulièrement cyniques surtout celles concernant la Françafrique) : rien n'a changé, au contraire.....
Ce livre a été un beau voyage.......
Merci à FredMartineau qui m'a rappelé que j'aimais l'écriture d'Orsenna.... et que j'aimais l'Afrique ! Son commentaire m'a donné envie d'emprunter ce livre.
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Citations et extraits (100) Voir plus Ajouter une citation
Jean-DanielJean-Daniel   30 juillet 2022
Les quatorze, douze enfants, deux parents, s'en revenaient chez eux, leur leçon de fierté bien acquise. Nos pieds ne touchaient plus le sol, ni le dos des rochers ni la crête du sable (ou je ne m'en souviens pas). La fierté nous portait. Une fois dans notre lit, la fierté nous berçait. La fierté nous endormait. Et c'est sans doute aussi cette fierté qui faisait rire mon père, de l'autre côté de la cloison, et glousser puis gémir ma mère. De cette fierté, ma (mauvaise) photomaton ne vous dira rien. D'ailleurs, nous les Noirs ou Noires, à vos yeux paresseux de Blancs, nous nous ressemblons tous.
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mamansand72mamansand72   06 juillet 2015
Arrivé à destination, non loin de l’ancienne bibliothèque Ahmed-Baba, j’ai pu constater, en louchant un peu, que mes narines palpitaient. J’ai compris leur message. Elles avaient repéré d’autres parfums que les remugles de rance et de moisi ordinairement dégagés par une femme d’âge et peu soignée. Ce que je sentais, c’était du sang de très jeune fille, cette aigreur quand elles suent, le sel de leurs pleurs…
Inutile de m’en dire davantage : la vieille femme que je poursuivais était de la terrible corporation, celle qui excise sans vergogne.
Parce qu’on fait ça depuis toujours. Parce que telle est la tradition, et d ‘ailleurs, où est le mal, quand on respecte les choses ?
Parce qu’on le leur a fait aussi et qu’il n’y a pas de raison que les jeunes y échappent.
Parce qu’en faisant ça, elles gardent le pouvoir.
Parce qu’on les paie pour le faire.
Parce que, plus elles avancent dans la vieillesse et ses avanies, plus elles trouvent jouissance à mutiler, et d’autant plus grande que plus jeune est la mutilée.
Je cherchais des yeux une pierre assez grosse pour défoncer la porte quand, du premier étage de la maison voisine, une femme hirsute a crié, bientôt rejointe par un homme :
- Qui c’est celui-là , à déranger si tôt ?
- J’ai balbutié :
- - Rien, rien !
Je me suis enfui d’un pas rapide, n’écoutant que mon intelligence. Laquelle avait rapidement évalué le rapport de force et conclu qu’il n’était pas en ma faveur. Histoire de fierté personnelle, j’ai quand même murmuré à la vieille qu’elle ne perdait rien pour attendre.
Et comme, le soir venu, les battements de mon cœur ne se calmaient pas, encore accélérés par les mauvaises nouvelles venues de la cellule de Madame Bâ, comme, dans ces rues sablonneuses, en cette ville de Tombouctou pourtant connue depuis la nuit des temps pour les avoir de ses médecins, personne n’était capable de m’indiquer un cardiologue compétent, et comme un Ismaël mort ne serait plus d’aucune utilité à personne, je résolus, faute de mieux, de me soigner à la philosophie.
C’est ainsi que, partant du cas particulier de cette matrone exciseuse, je passai à la généralité des femmes pour parvenir à la conclusion non concluante que, toutes les femmes en Afrique n’étant pas bonnes, on devait subséquemment pouvoir en inférer que tous les hommes n’étaient pas obligatoirement mauvais.
Ces réflexions m’avaient épuisé. Mais une rapide vérification, index discret sur le poignet me le confirma : mon pouls ne cavalait plus. Je ne manquai pas d’en remercier Dieu, maître de rythmes.
Et, sous le regard attendri et soulagé d’Abdullah, je finis par plonger dans le sommeil avec un double objectif : y puiser les forces nécessaires à la libération de ma patronne ; y accumuler assez de haine pour avoir le courage de forcer ma nature pacifique en tuant un jour prochain, et, sans doute par égorgement, cette cruelle matrone.
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JeanPierreVJeanPierreV   04 juillet 2016
La France est blanche : ta peau noire n'y sera qu'une salissure. La France est froide : toi si frileux, tu y grelotterais même en été. La France est grise : les couleurs n'y viennent plus, de peur d'être mangées. La France est sourde et muette : un passant, un voisin ne répondent pas quand on leur parle. Tu sais faire les additions ? Blanche + froide + grise + sourde + muette, ça donne quoi ? Calcule bien. Ça donne l'enfer. Tu ne vas pas me dire que tu préfères l'enfer de là-bas aussi difficultés d'ici ? (P. 229)
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Jean-DanielJean-Daniel   04 septembre 2022
Pour arriver au paradis des oiseaux, il fallait traverser la lune. Un désert jaune coupé de temps en temps par des souvenirs de rivières. Devant le lit vide, la mule renâclait. La caresse un peu brutale d'une branche d'acacia la rappelait à ses devoirs.
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nathavhnathavh   11 février 2015
Ce n'est pas difficile pour un homme, après tout, de changer une femme en princesse. Il suffit de lui prouver qu'elle vous est utile, infiniment utile. Et pourtant rares sont ces hommes-là, capables d'avouer ce genre de besoin. Le besoin n'est pas toujours une faiblesse.
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Écrivain et membre de l'Académie française depuis 1998, Érik Orsenna a eu un parcours extrêmement riche : tour à tour chercheur et enseignant en finance internationale, conseiller au ministère de la coopération, plume de François Mitterrand, conseiller d'État. Parallèlement, il est l'auteur de nombreux ouvrages dans des genres différents : des romans (parmi lesquels "L'Exposition coloniale", prix Goncourt 1988), des essais, des biographies et des contes. Ce qui réunit tous ces livres ? Ils sont mus par un besoin de comprendre et une curiosité insatiable et contagieuse !
Au cours de cette rencontre, Érik Orsenna nous parle de son livre "Les Mots immigrés", co-écrit avec Bernard Cerquiglini, illustré par François Maumont et paru aux éditions Stock. Par la voie du conte, il nous embarque dans un passionnant voyage à travers l'histoire de la langue française et rappelle qu'il n'est pas un mot de cette langue qui ne soit immigré.
Pour retrouver son livre, c'est ici : https://www.librairiedialogues.fr/livre/20158697-les-mots-immigres-erik-orsenna-bernard-cerquiglini-stock
Et pour nous suivre, c'est là : INSTA : https://www.instagram.com/librairie.dialogues FACEBOOK : https://www.facebook.com/librairie.dialogues TWITTER : https://twitter.com/Dialogues LINKEDIN : https://www.linkedin.com/company/dialogues-brest
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