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EAN : 9782757865729
128 pages
Éditeur : Points (24/05/2017)
4.25/5   20 notes
Résumé :
Quand a paru ce Passager de la nuit, la sale guerre d'Algérie battait son plein et commençait à gangréner la France entière. C'était après Palestro, après Charonne, et nous étions peu nombreux alors- à peine plus de 121 ! - à oser soutenir sur le territoire français le Front de Libération National de l'Algérie. A cette époque, notre général-président et ses ministres s'égosillaient encore : "Algérie française! Algérie française ! "
Les quelques pamphlets cour... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  16 août 2017
Le décor est planté dès les premières phrases : "Le soir tombait. Nous roulions en silence. Sur la route devenue large et lisse, les lignes jaunes, tout au long des courbes, traçaient leur message en morse rapide. Au dessus de la voiture ouverte, les arbres glissaient dans l'eau du ciel comme les algues d'un grand fleuve".
Roman rapide, sous forme de road-movie qui défile au travers de paysages routiers d'une France majestueuse, même s'il s'agit là d'une France tourmentée pendant la guerre d'Algérie, où une mystérieuse Bernadette confie un non moins mystérieux voyageur au narrateur, pilote d'une décapotable sportive. Les pistons s'arrachent, le bruit du moteur couvre celui de la guerre clandestine des réseaux. L'histoire se construit dans les pointillés, les non-dits entre le pilote et le passager taciturne, et dans les courbes de l'asphalte. Silence on s'organise, le réseau opère.
Mais un troisième larron, le lecteur, peut vite s'embarquer dans l'aventure, témoin d'une ambiance cinématographique, addictive et envoûtante. Un court récit, rapide et incisif comme la décapotable, magnifique de mystère bitumé. 
Un roman écrit en 1959, réédité chez "Signatures". A lire et à conseiller à mon avis, dans le grand réseau des lecteurs cette fois.
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oblo
  25 juillet 2019
Sont-ce des pages ou des kilomètres qui défilent sous nos yeux ? Les deux, mon capitaine, dirait-on à la fin des années 1950, dans le djebel algérien, ou dans la casba d'Alger, entre deux opérations pour traquer et dénicher les indépendantistes algériens. L'époque est à la guerre, la sale guerre, pudiquement qualifiée d'opération de police par les autorités françaises. de la guerre d'Algérie, le narrateur, Georges Peltier, ne connaît rien, ou presque, enfin ce qu'en disent les journaux ou les actualités ; il s'en moque, de cette guerre : elle ne le concerne pas.
Georges écrit des nouvelles pour des journaux. L'une d'entre elles a plu : elle est adaptée au cinéma. C'est pour cela qu'il se rend, à bord de son bolide de sport, à Champagnole, dans le Jura. A ses côtés, un passager qu'il ne connaît pas, un Algérien, qu'une amie commune lui a demandé d'emmener avec lui. le soir tombe sur Paris et la route vers l'est défile. Georges et son passager s'enfoncent dans la nuit et le silence. Peu à peu, le passager révèle des bribes de sa vie, sans tout en dire. A travers l'Yonne, la Côte-d'Or et le Jura, perçant les limbes de la nuit, parviennent aux oreilles de Georges les vérités algériennes : le sale visage de la guerre, les morts, les blessés, les amis perdus, le manque d'eau, l'absence de médicaments, la colère contenue et la rage de combattre. Mis face à son ignorance volontaire, à son refus de prendre parti ou de réfléchir à une situation pourtant dramatique, Georges se retrouve confronté à la brutale tragédie de son époque. Par sa seule acceptation de conduire un inconnu, Georges entre en résistance et prend parti, opposant alors conscience personnelle et inconscient patriotique.
Il y a quelque chose d'hypnotique dans l'écriture de Maurice Pons. Les phrases sont simples par le vocabulaire choisi et par leur syntaxe ; aucun élément narratif n'est une grande aventure et, pourtant, chacune des péripéties, si ce mot n'est pas trop grand (un repas au restaurant, l'arrêt à la station service ...), révèle toute la lourdeur de cette guerre qui est tue. Par son choix de rapporter le récit de l'Algérien de façon fragmentaire, Maurice Pons ne fait pas qu'entretenir le mystère ; il renforce le caractère solennel et marquant de cette promenade nocturne dans la mémoire du narrateur. Il fait aussi entrer le lecteur dans un rôle de partisan indépendantiste : sachant et ignorant à la fois, reconnaissant la cause de son combat et ignorant pourtant les détails qui seraient impossibles à taire en cas d'arrestation. le caractère hypnotique tient aussi au cadre du récit : le voyage automobile, nocturne, apparaît comme une bulle de liberté, garantissant le secret du huis-clos et la promesse des grands espaces que rien ne délimite ni n'emprisonne.
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topocl
  02 septembre 2017
Pour une affaire de film qui se tourne, sans grand importance, Georges, le narrateur se rend à Champagnole, Jura... La route s'annonce belle, la nuit sereine et accueillante. Georges a avec sa décapotable une relation animale dont il tire une jouissance de tous les instants. Elle répond à ses ordres, guide ses pas, partage ses élans. le paysage défile, splendide, silencieux. A la lumière des phares, les villes-étapes défilent. Les pensées errent, rappellent fugitivement le souvenir d'une femme aimée.
A ses côtés , un énigmatique Algérien, qu'une amie lui a demandé de transporter. Un jeune Algérien alors que là-bas la guerre tue impitoyablement, et qu'ici certains posent des bombes. Et que Georges , lui, n'en pense pas grand chose.
Ce passager d'une nuit est taciturne, brutal parfois. Mais au fil des kilomètres, malgré "les paroles énigmatiques" et les "gestes suspects" du début, la langue se délie, une confiance s'installe et le conducteur passe d'une certaine rage à une fascination pour cet homme dérangeant qui lui révèle des choses insoupçonnées : la lutte secrète des armées clandestines du FLN.
Cette nuit étrange et belle, pleine de sensations mêlées à l'impression étrange de découvrir un monde de combat pour la liberté trop longtemps ignoré, laissera une marque indélébile en Georges, ce jeune homme insouciant qui fume la pipe, aime sa voiture et les femmes.
C'est un court récit, un huis-clos envoûtant, écrit avec une belle élégance, une sensualité mêlée de violence. On est embarqué dans cette voiture, qui roule abruptement ou s'apaise, selon l'état d'esprit de son conducteur, on accompagne ces deux hommes, la tension palpable entre eux. Une compréhension cruciale s'installe, de révélations en mystères, au fil des pages, des heures, des kilomètres.
C'est beau, d'autant qu'on apprend dans la préface que ce roman a été un roman de courage et de lutte, qui circulait dans les prisons, "de cellule en cellule" entre les combattants français et algériens incarcérés.
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oliviersavignat
  23 mars 2020
Ce petit roman roman n'est sans doute pas à mettre au même niveau que le reste de l'oeuvre de Pons. Il n'en demeure pas moins que c'est un fort beau récit, bien mené avec une lente montée de suspense. Et surtout c'est, à l'époque, un acte militant en faveur du FLN et contre la Guerre d'Algérie.
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sylvied57
  21 mars 2018
Récit court, témoignage de l'époque de la guerre d'Algérie. le narrateur traverse une partie de la France en compagnie d'un inconnu, qu'il soupçonne d'avoir fomenté un attentat à Paris. Une ambiance de soupçon règne entre les deux protagonistes.
Belle écriture et bon suspense.
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critiques presse (1)
Liberation   09 octobre 2017
On lit d’une traite le Passager de la nuit, récit serré, qui nous embarque à bord d’un bolide traversant la nuit.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
wellibus2wellibus2   16 juin 2016
J'expliquais à mon compagnon, brièvement, mon point de vue sur Buffon, et lui proposait de dîner sous son ombre savante.
--- Si vous voulez, dit-il poliment. Mais, comme pour adopter le ton futile de mes propos, il ajouta : on sera mieux qu'à l'ombre d'un général.
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Alice_Alice_   30 septembre 2017
- Mais dites-moi, lui demandais-je alors froidement, vous êtes vraiment recherché par la police ?
- Vous ne voulez pas comprendre, me répondit-il avec une brusquerie inattendue. Nous sommes tous, constamment, recherchés, surveillés, suspectés, contrôlés, arrêtés par votre police. Nous sommes un demi-million d'Algériens en France. Un demi-million d'otages.
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oliviersavignatoliviersavignat   06 juillet 2020
Nous nous trouvions enfermés pour plusieurs heures, côte à côte, dans cet igloo de toile, au milieu de la nuit. Les pâles lumières du tableau de bord et les aiguilles blanches des cadrans délimitaient devant nous un étrange univers aux dimensions abstraites. Au-delà des vitres, la France passait à toute allure, dans un cataclysme d'arbres et de fermes, comme une planète en folie. Nous pouvions parler.
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Alice_Alice_   30 septembre 2017
Au carrefour de l'Obélisque, il m'arrive souvent de faire plusieurs fois le tour de la place, avant de choisir ma route. J'appelle cela : jouer au pigeon voyageur, et c'est ma façon de rendre hommage, par de savants crissements de pneus, à l'admirable ordonnance des lieux. En ai-je accroché déjà des souvenirs frivoles, en compagnie légère, à cet obélisque du dimanche ! Combien de soirs, n'y suis-je pas venu prendre l'air du printemps, en sortant du bureau, avec Françoise ! Tandis que nous tournions en rond sur la place, elle s'accrochait à moi, elle m'embrassait dans le cou, en répétant : "Ah ! j'adore ta voiture..."
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