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ISBN : 2710389665
Éditeur : La Table ronde (03/01/2019)

Note moyenne : 4.59/5 (sur 11 notes)
Résumé :
A la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
LadyDoubleH
  10 janvier 2019
Je commence 2019 en beauté, avec un coup de coeur pour ce roman d'inspiration autobiographique pas comme les autres. A la ligne Feuillets d'usine est un ouvrage surprenant, tant par la forme que sur le fond.
Après des études de lettres, Joseph Ponthus a travaillé de nombreuses années dans le social, comme éducateur spécialisé. Quand il se marie et s'installe en Bretagne, le travail hélas ne suit pas. Aux abois financiers, il s'inscrit en agence d'interim, où on va lui proposer des contrats en conserveries de poissons, puis à l'abattoir.
Ce sont ces journées à l'usine qu'il raconte ici, des « journées plates, monotones et dures », et sa vie autour, en tous cas ce qu'il arrive à en préserver. Comme un journal, ces Feuillets d'usine ont la forme d'un presque long poème. le texte ne contient aucune ponctuation. A la ligne, ce n'est pas seulement la ligne de production (c'est comme ça qu'on appelle aujourd'hui le travail à la chaine). Dans tout le livre, au lieu de mettre un point, il va à la ligne. Chaque respiration se fait à la ligne, au propre comme au figuré.
« Tant qu'il y aura des missions interim
Ce n'est pas encore le point final
Il faudra y retourner
A la ligne »
Et Joseph Ponthus a du talent, car l'ensemble se lit vraiment bien, et le récit acquiert un rythme bien à lui. Celui des percussions harmonisant la cadence du banc de nage des galériens, du chant des bagnards cassant des cailloux sur le bord de la route, du fracas discordant des machines, de la douleur syncopée des muscles torturés, ou des chansons qu'il fredonne ou entonne à pleins poumons pour se donner du courage. Et du courage, bon sang, il en a, et une sacrée énergie, un humour salvateur, et de l'amour pour sa femme. de nombreuses références littéraires émaillent le récit, les auteurs deviennent des compagnons, invoqués au fil des heures. le temps perdu de Proust, il l'a trouvé à l'usine. Il pense à Apollinaire dans les tranchées, avant de repartir à l'assaut de ses propres carcasses, après la pause.
L'écriture de Joseph Ponthus est précise et réaliste, sans être froide ni impersonnelle. J'ai été durablement marquée par ce qu'il raconte de l'abattoir. Comme je l'avais été par certains passages du Grand Marin de Catherine Poulain, où ils vidaient des poissons pendant des heures sur le pont des navires.
Derrière ces journées à la ligne se dessine à mesure le visage grimaçant, glaçant et ignoble de notre société moderne. Qui se fiche tout autant de ce qui se trouve d'un bord ou de l'autre de la chaine, de la ligne, femme, homme, animal. Tous saccagés, sacrifiés en masse à l'autel du profit, de l'argent, du rendement.
« L'usine bouleverse mon corps
Mes certitudes
Ce que je croyais savoir du travail et du repos
De la fatigue
De la joie
De l'humanité »
A la ligne rend hommage à la vie, à la force, à l'amour. Merci aux éditions La Table Ronde pour ce coup de coeur.
« Il y a dans le monde des hommes qui n'ont jamasi été à l'usine ni à la guerre. »
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Jazzynewyork
  13 janvier 2019



” Demain 
 En tant qu'intérimaire 
 L'embauche n'est jamais sûre
 Les contrats courent sur deux jours une semaine tout au plus
 Ce n'est pas du Zola mais on pourrait y croire 
 On aimerait l'écrire le XIX° et l'époque des ouvriers héroïques 
 On est au XIX° siècle 
 J'espère l'embauche 
 J'attends la débauche 
 J'attends l'embauche 
 J'espère “



Ici nous est conté l'histoire peu ordinaire d'un homme ordinaire. L'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. 


Jour après jour il inventorie son travail, les gestes répétitifs, la fatigue qui envahit le corps, les douleurs qui s'accumulent, les rituels épuisants, ses états d'âme avec précision et une lucidité étonnante.


” J'éprouve un sentiment très aigu d'être au monde
 En adéquation presque spinoziste avec mon 
 environnement 
 le Grand Tout qu'est l'usine 

 Je suis l'usine elle est moi elle est elle et je suis moi

 Cette nuit 
 Nous oeuvrons “


Un combat quotidien sauvé par son autre vie auprès de sa femme, de son chien et de sa mère, accompagnés par tout ce qu'il aime, la musique, les livres, et ses balades en bord de mer.




” L'usine bouleverse mon corps 
 Mes certitudes 
 Ce que je croyais savoir du travail et du repos 
 de la fatigue 
 de la joie 
 de l'humanité “ 


C'est son refuge, contre tout ce qui blesse, tout ce qui aliène. Pour réussir à embaucher jour après jour et ne pas sombrer en cours de route.

 

" Retour à la maison 
 le chien me lèche les mains sans doute encore imprégnées du sang des bêtes 
 Il y a les restes de la nuit d'hier 
 Extraordinaire 
 Ton anniversaire 
 Mon épouse amour 
 Les autant de roses que de bougies sublimes 
 le cadavre d'une bouteille de champ' 
 Tout ce qui n'est pas l'abattoir 
 Où demain il faudra retourner 
 Pour une journée ordinaire “



Ce que j'en dis :

À croire qu'il l'a écrit avec ses tripes voir même son sang, tellement ce récit est puissant et parfois violent, brutal. Il y a mis aussi du coeur et lui a apporté une certaine poésie pour l'adoucir un peu. 
À travers ce récit autobiographique, il nous parle de l'autre côté du miroir, de l'envers du décor, de ce que l'on ne nous dit pas, forcément c'est pas reluisant l'univers des usines agro-alimentaires. 

Mais en tant qu'amoureux des mots, il nous confie ses maux avec élégance, et une lucidité étonnante dans une prose singulière, poétique qui nous bouleverse par sa sincérité.

Un livre qui donne à réfléchir, à comprendre que si tout travail mérite salaire, il mérite aussi une certaine considération.

Un livre à découvrir, autant pour son écriture que pour tout ce qu'il contient de courage. Oui, un livre courageux, exemplaire.
Un bel hommage au monde ouvrier quel qu'il soit mais aussi une belle déclaration d'amour aux deux femmes de sa vie. 
Vous l'aurez compris, moi qui revendique souvent mon statut de fille d'ouvrier d'usine et fière de l'avoir été, ce roman est un véritable coup de coeur qui ne peut laisser personne indifférent.

Accueillez le comme il le mérite, les bras grands ouverts et chérissez le à votre tour. 
Vous m'en direz des nouvelles. 


Lien : https://dealerdelignes.wordp..
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SophieLesBasBleus
  08 janvier 2019
Travailleur intérimaire, le narrateur est embauché, au fil des remplacements, dans une conserverie de poissons puis dans un abattoir, en Bretagne. La mécanique des gestes répétés à l'infini, l'atmosphère de l'usine, ses odeurs, ses lumières, ses couleurs, la conscience douloureuse de chaque partie du corps tendu à l'extrême, tendu jusqu'à la rupture, dans l'effort atterrant, alors que l'esprit vagabonde entre pause-clope-café-clope et minutes qui s'égrènent hors la vie, constituent le matériau que les mots de Joseph Ponthus modèlent de sublime manière.
Toutes ces sensations et ces réflexions fugitives s'impriment à la ligne. Ligne de production comme ligne d'écriture comme ligne de fuite rêvée des dimanches trop brefs. Et, comme pour donner une forme concrète à l'écoulement d'un temps qui relie sans sas de transition, le monde de l'usine à celui de l'extérieur, le récit s'enchaîne sans ponctuation. le rythme est tout entier contenu dans les mots, dans les sonorités, dans la matière de la langue que le narrateur pétrit comme il manipule les poissons congelés et les carcasses de viande.
Sensorielle, sensible, concrète, poétique, ironique, l'écriture joue sur tous les registres pour déployer une fabuleuse puissance d'évocation. La quête du sens de ces gestes mille fois accomplis, de ce corps cassé, de ce temps perdu à gagner sa vie en la perdant, s'incarne dans cette forme épatante que l'auteur organise magistralement, instaurant un creuset d'où émerge une réflexion sur la vie d'un ouvrier et donnant à celle-ci une dimension épique et héroïque.
J'ignore quelle sera la réception de ce roman formidable, ni quel accueil lui feront les lecteurs. Mais je sais qu'il est, pour moi, un immense coup de coeur. de ceux que l'on a envie de partager, de faire connaître et aimer. de ceux qui nous brassent, nous emportent, nous laissent admiratifs et nous donnent conscience plus intensément encore de l'infini pouvoir des mots. de ceux que l'on n'oublie jamais tant ils s'inscrivent dans notre chair et notre esprit.
Joseph Ponthus, votre roman m'a subjuguée, extasiée, enflammée, émerveillée !
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myriampele
  04 janvier 2019
Dans ces " feuillets d'usine" Joseph Ponthus trace le quotidien d'un ouvrier intérimaire qui doit chaque jour affronter la monotonie, la répétition des gestes, les difficultés d'adaptation à la transformation des aliments: Les poissons et crustacés, puis la viande . Et une écriture originale, scandée, comme le mouvement et le bruit des machines.
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MichelEllis
  03 janvier 2019
On aurait pu lire l'énième rengaine marxiste de l'oppresseur et du dominé mais Joseph Ponthus, pour son premier roman, a d'autres ambitions. La première bonne surprise de ce début de rentrée littéraire. Sur le fond et surtout par la forme.

Entre une majuscule et un point final qui ne viendra jamais, les litres de sueur, le labeur, la douleur et les pleurs « d'épuisement accumulé ». le quotidien d'un intérimaire dans une conserverie de poisson puis dans un abattoir, incubateurs de désespoir. Trier les caisses, les poissons, les crevettes, déplacer des carcasses en les évitant, renifler l'odeur du sang, de viande de mort à cinq heures du mat'. Enchainer les « nuits d'apocalypse bulotesque ». Mettre des bouchons pour snober le fracas des machines, supporter les odeurs pestilentielles des abats et des tripes, laver la merde et le sang, embaucher à 4 heures quand la ville dort. Une souffrance, muette. Et la fatigue, qui accable… Une journée ordinaire quoi.

S'inscrivant dans cette littérature prolétarienne, de Robert Linhart à Georges Navel, Joseph Pontus tente, par la langue, de traduire au plus près l'enfer de l'intérimaire et le travail à l'usine. C'est donc un long poème de 260 pages, une complainte sans ponctuation (sauf citations), qu'il nous est donné de lire. Les « vers » sculptent un ressenti, cisaillent des images au scalpel, martèlent l'abrutissement répétitif, dessinent l'absurdité industrielle. L'automatisme de la machine épouse le mécanisme de la phrase. Et son rythme. Saccadé, fluide, scandé ; l'habitude prend le relais de la découverte, passe le témoin à l'infernale monotonie et finit dans le désespoir. Sans fin, comme l'absence de point final. Car oui, le suspense tient à un point final. Qui ne vient jamais. Une douleur cadencée, une dissonante symphonie de l'aliénation. Ou la manutention comme punition divine. Image d'un champ de 14-18, avec ses grenadiers et ses blessés qu'on ampute. Pas de point, la phrase est sans fin, le travail aussi. La même rengaine, une douloureuse antienne. L'usine et l'homme ne font qu'un. L'ennui dans la répétition, la répétition de l'ennui. Aucun allant au travail mais de l'élan, à créer, malgré tout. La clé de l'endurance au mal, bien qu'agent de sa banalité.

Parce qu'il faut tenir face à l'absurdité du système. Quel médoc' prendre ? Pok Pok le chien apaise et fatigue ; un peu de solidarité oui, la famille aussi mais, en définitive, c'est la lecture et la culture qui sauvent. Pour relativiser. Ou s'en moquer. de Braudel à Beckett en passant par Trénet, Godard et Georges Delerue. Humaniser la tête d'un corps qui ne vous appartient plus. Mal de dos lancinant. Joseph Ponthus se fait Apollinaire de l'usine, pour s'extirper du marasme. Syntaxe qui déraille, musicalité des phrases — rappées ou chantées — échos et jeux de mots humanisent le chaos, civilisent ce qu'il reste, sauvent ce qui peut l'être, la langue s'offrant comme joli contrepoint d'une boucherie sourde et invisible.

Plus qu'un simple témoignage hyperréaliste ou l'énième manifeste de l'exploitation de l'homme par l'homme, A la ligne, cri de rage dans la nuit et poignant cantique, est surtout un beau roman sur les mécanismes de "servitude volontaire". Une sublimation de l'expérience aussi et, au fond, un rappel à la transcendance du texte. Histoire d'injecter un peu d'âme dans le rouage. (4/5)
Lien : https://www.lespadon.info/20..
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critiques presse (1)
LaCroix   18 janvier 2019
Ce texte orchestral, râpeux, révoltant face à l’orgie de besogne itérative, est à mettre entre toutes les mains – calleuses ou manucurées. Il y a dans ce chant un souffle poétique affranchissant, qui replace l’exploitation humaine et animale au centre de l’esprit public. Il était grand temps : et quel tempo grandiose !
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
kimberlitekimberlite   13 janvier 2019
J'en chie de cette usine
De son rythme à la con
De ses trucs insensés à faire tous les soirs

Ne pas le dire,
L'écrire

J'ai mal à mes muscles
J'ai mal de cette heure de pause où je devrais être mais où je ne suis pas
En fumant ma clope chez moi
Je suis encore à l'usine

Qui pourra me covoiturer demain ou apres-demain
A travailler de nuit, je perds le goût des jours
C'est dur

Si je ne covoiture pas je n'aurai plus de boulot
Ce sera la mort
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LadyDoubleHLadyDoubleH   27 décembre 2018
La machine ne tombe jamais en panne
Et les poissons changent
Des lieus des merlans des lieus noirs et des lieus jaunes des sabres des églefins des lottes et surtout et encore des lieus de toute sorte
Ca évite la répétition de la monotonie
[...]
En écrivant ce mots
Je continue
A dépoter des lieux communs
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myriampelemyriampele   04 janvier 2019
Je suis seul dans mon immense frigo.
Tranquille et déterminé.
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LadyDoubleHLadyDoubleH   27 décembre 2018
Au fil des heures et des jours le besoin d'écrire s'incruste tenace comme une arête dans la gorge
Non le glauque de l'usine
Mais sa paradoxale beauté
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LadyDoubleHLadyDoubleH   27 décembre 2018
Autant de crevettes
Autant de questions
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Videos de Joseph Ponthus (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joseph Ponthus
Joseph Ponthus vous présente son ouvrage "À la ligne : feuillets d'usine" aux éditions La Table ronde. Rentrée littéraire janvier 2019.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2289565/joseph-ponthus-a-la-ligne-feuillets-d-usine Notes de musique : Free Music Archive
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