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EAN : 9782253007593
Le Livre de Poche (31/05/1997)
3.88/5   34 notes
Résumé :
A voir Mme Laure Bernardini prendre le frais avec ses amies sur la terrasse de sa maison sise au bord de la grande place de la ville, on a du mal à se représenter ce que dut être dans sa jeunesse cette vieille femme vêtue de noir, à l'embonpoint majestueux, au visage figé par l'âge.

Vieille aussi est Mme Thérèse, sa dame de compagnie, moitié servante moitié amie.

Parfois, sous leurs paupières lourdes, les yeux de Mme Thérèse s'allumen... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Couronnée en 1973 Prix Renaudot et membre du jury du prix Femina

Une petite merveille de causticité, d'ironie et de cruauté que j'ai trouvée en déménageant le grenier de mon compagnon. Suzanne Prou m'était totalement inconnue et je serais passée à côté de cette auteure si le billet de @Sabine59 n'avait pas retenu mon attention ! Merci Sabine.

Il faut s'imaginer une très belle demeure cossue dotée d'une immense terrasse qui dore sous le soleil de la Provence, quelques années avant la Grande Guerre.

« La terrasse est étroite et longue. On l'arrose le soir pour faire tomber la poussière et donner un peu de fraîcheur. le sol poreux fait d'octogones exactement imbriqués absorbe l'eau très vite, prend des teintes suaves : mauve, carmin ou jaune écru. Quand on y marche, on croirait, dans le crépuscule, fouler une jonchée de pétales. Les piliers renflés qui composent la balustrade évoquent une rangée de vases de style ; leur file ininterrompue se double d'une rangée de pots de terre où fleurissent des géraniums, des hortensias et des fuchsias. Et le parfum exacerbé du seringa se mêle à l'odeur de la pierre mouillée ».

Une narratrice anonyme regarde, curieuse, cette magnifique demeure où, sur la terrasse, papotent Madame Laure, la maîtresse de maison, trônant en majesté sur le siège le plus haut, Mme Thérèse, sa dame de compagnie ; elles sont toutes les deux en compagnie de quelques vieilles dames habillées de noir, évoquant des souvenirs ou bien rapportant les derniers commérages qui circulent de ci de là dans la ville.

Notre narratrice anonyme les connait bien ces personnes, amies de sa mère. Curieuse, attirée par le mystère que suscitent ces bavardages, elle tente de reconstituer le passé de cette grande demeure à travers les souvenirs, la chronique de la ville, les « on-dits », les suppositions que provoquent la relation de Madame Laure et de Madame Thérèse. Il y a des regards, des attitudes qui sont propices à tous les commentaires. Que dissimulent cette amitié qui parfois vire à une intense crispation. Notre narratrice remonte le temps. Elle nous invite à participer à la genèse de « La Terrasse des Bernardini ».

J'ai pris un grand plaisir à découvrir l'écriture ciselée de Suzanne Prou. Elle possède l'art de décrire avec finesse les relations humaines qu'elle examine à la loupe, qu'elle décortique au scalpel, qu'elle passe au vitriol, un peu à la Stefan Zweig mais en plus ironique, en plus mordant, je la rapprocherais de Chabrol. J'ai admiré l'acuité, la minutie avec laquelle elle dépeint les jeux qui se font et se défont dans les rapports humains selon les intérêts de chacun. Elle pointe la perfidie qui se faufile dans une petite ville aisée de province du début du XXème siècle où tout le monde cherche, plus ou moins, à effacer, à cacher, « quelques cadavres dans le placard ». C'est sans concession d'autant que si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous pouvons tous nous reconnaître dans ce miroir tendu. C'est imparable !

La construction parfaite alterne un chapitre au passé et un chapitre au présent. C'est ainsi que nous pouvons facilement, au fur et à mesure, prendre la mesure de la comédie qui se joue sous nos yeux, au jour d'aujourd'hui, sur cette magnifique terrasse ou papotent de vieilles dames de noir vêtues.

J'ai adoré le ton venimeux du récit, le regard sans complaisance sur les relations humaines. Même la fin ne nous laisse aucun espoir de rédemption!

C'est un prix Renaudot amplement mérité !

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A peine entrée dans ce livre, j'avais déjà envie de dire : sublime !

Vous ne lisez pas des lettres noires sur des pages blanches, des idées abstraites. C'est une voix qui vous parle tout près de vous. Une voix couleur brique d'une terrasse, une voix couleur ocre des feuilles d'automne. Elle vous enveloppe dans son timbre mystérieux… L'absence totale de dialogues est frappante ! Forme et écriture originales

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Merci à Maryna, qui m'a donné envie de relire ce roman; il avait eu le prix Renaudot en 1973. J'aime Suzanne Prou, je l'ai déjà dit, et je n'aime pas le fait qu'elle soit une auteure oubliée.

Ce livre illustre bien , à travers une écriture fine et acérée , son talent à rendre une ambiance, à analyser des comportements, à sonder les âmes...

Entrez dans cette petite ville provinciale du Midi, aux maisons ocres, aux après-midis engourdis de chaleur. Approchez-vous de la haute demeure un peu figée , que domine une terrasse. Glissez-vous derrière un arbre. Vous les voyez, ces très vieilles dames réunies, " corneilles babillardes"?

La narratrice a décidé de "les retenir, les ouvrir comme on ouvre un coffret, lire une espèce de message qui va se perdre pour jamais".

La maîtresse femme, c'est Laure Bernardini, la propriétaire des lieux. Et il y a sa dame de compagnie, Thérèse, qui semble déplacée dans cette maison bourgeoise. Quel secret les unit? La narratrice va entrelacer ce qu'elle imagine ou a appris du passé de ces deux femmes avec le présent à l'extrême bord de leur existence. J'ai beaucoup apprécié ce flou introspectif, cette proposition aux lecteurs d'interprétations multiples.

C'est le glissement soyeux de robes d'antan dans les couloirs sombres du temps, c'est une jeune et naïve Emma Bovary qui se languit et se rêve dans le luxe...C'est la réalité brute d'un mariage , les désillusions, les trahisons. C'est l'attachement à un statut, à une maison, en dépit de tout... C'est un huis-clos étouffant, un jeu cruel. C'est l'ambiguïté et la complexité d'une relation entre deux destins féminins que tout oppose. Et pourtant...

Un roman envoûtant, au charme étrange et vénéneux, oscillant entre souvenirs rêvés des personnages et présent ensablé, lent, où " volettent et se heurtent les fantômes enrubannés de leur jeunesse." À lire ou relire!

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La terrasse « longue et étroite » d'une grande bastide cossue en province, dans le Midi très certainement ( on imagine aisément une petite localité proche d'Aix-en-Provence), accueille les soirs d'été la propriétaire Laure Bernardini, une vieille dame, veuve de Paul , le fils Bernardini , Thérèse Reboul, sa dame de compagnie. Se joignent à elles d'autres femmes : les soeurs Cygnes, Madame Constantin, Mademoiselle du Fleuriel, des commères à la fois rivales et complices . Tout en partageant une infusion, soir après soir, la terrasse, sous la voûte étoilée, devient témoin de leurs conciliabules, des papotages qui sous l'apparence de propos bénins sont autant de flèches vitriolées échangées par ces "vieilles corneilles babillardes" . Et le temps passe, inexorablement, et chacune d'entre elles se rapproche, chaque jour un peu plus de la mort programmée « elles ont été, elles ne sont plus gère, demain elles ne seront plus ».

Un narrateur omniscient (la fille d'une des convives qui observe, assemble les bribes recueillies, comble les vides , « classe, imagine, reconstitue ») raconte leur passé, leur présent, le ressenti de chaque personnage, peu à peu il nous dévoile leurs ténébreux secrets . Des mamies respectables en apparence, dignes, en apparence seulement, perverses, chafouines, dangereuses ,

en réalité !

L'atmosphère de ce huis-clos est parfaitement décrit par un vocabulaire précis, sans fioriture.

Lors de son édition, j'avais commencé à lire ce roman abandonné très vite parce que je n'y trouvais aucun intérêt. le temps a passé, j'ai aimé sa compagnie !

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Je viens de finir ce petit roman de Suzanne Prou, et je suis sous le charme.

Je ne connaissais pas cette écrivaine, j'ignore si ses autres livres sont semblables, mais celui-ci m'a frappée par son originalité.

L'histoire semble simple, puisqu'elle retrace la vie et l'ascension sociale d'une femme, Laure Bernardini, depuis son enfance jusqu'au crépuscule de sa vie. Mais Suzanne Prou, très habilement, nous propose, pour chaque étape importante dans sa vie, plusieurs interprétations, qui changent notre regard sur Laure, son mari Paul et Thérèse, le troisième personnage de cette histoire. Aucun dialogue, ils sont retranscrits un peu comme dans un rapport.

L'auteure décrit de façon incroyablement sensuelle et détaillée, à la limite parfois de la mignardise la beauté de Laure, l'opulence de la maison Bernardini, ses meubles, ses tentures et son train de maison. En même temps, l'atmosphère est souvent lourde, pleine de non-dits et de respect des apparences. Portrait émouvant et interessant d'une femme dans la première moitié du siècle dernier, et de la société dans laquelle elle évolue.

Une très belle découverte.

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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation

Mme Thérèse monte l'escalier sans empressement. Elle trouve sa maîtresse debout, en camisole, et de mauvaise grâce, elle entreprend de lui passer sa lourde robe de soie noire. Un moment, la tête de Mme Laure est perdue dans les plis de l'étoffe sombre, ses bras s'agitent, cherchant les manches ; les mains se dégagent enfin du fouillis puis la face émerge et alors Mme Thérèse tire sur la jupe pour la faire descendre. Il reste à boutonner le corsage, fermé dans le dos par une longue série de petits boutons de jais. Thérèse a des ongles aigus et chaque bride lui donne l'occasion de piquer le dos gras à travers la toile de la camisole. Mme Laure geint, laisse échapper de petits soupirs : mi-plaisir, mi-douleur.

Puis Mme Laure s'assoit et tend ses pieds ; Thérèse, accroupie, lui enfile l'un après l'autre ses bas ; une fois les pointes et les talons en place, elle allonge le tissu de mailles, le tend sur le mollet flasque à peau sèche, fripée comme un papier de soie, parcourue de veinules bleuâtres. Elle attache le haut des bas aux jarretelles contres les larges cuisses blanches en fronçant le nez.

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C'est devenu mon jeu de patience. Les gens qui m'entourent me semblent tout à coup trop jeunes, trop clairs. Ils manquent de cette épaisseur, de ce mystère que je me plais à imaginer dans le passé si long des femmes en robes noires. Elles me fascinent. C'est peut-être parce qu'elles se trouvent au seuil de la mort. C'est peut-être parce qu'elles préfigurent l'inéluctable destin de chacun de nous. Elles sont l'étang noir qui nous renvoie l'image de notre avenir. Elles sont aussi des étuis fermés sur des reliques, des pierres opaques dont les couches successives de sédiments recouvrent, emprisonnent des paillettes enfouies : or, argent ou étain ?

Elles ont été; elles ne sont plus guère, demains elles ne seront plus.

A l'extrême bord de leur existence, je voudrais les retenir, les ouvrir comme on ouvre un coffret, lire une espèce de message qui va se perdre à jamais.

Je les regarde. Je me grise de leur parfum : poudre à l'iris et jupe surie.

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Il est pareil à un vieux livre fermé Théodore, à un album d'un autre âge : de ceux qui se verrouillent à l'aide d'une patte d'argent. L'ivresse a soulevé le fermoir, le livre s'est ouvert.

Il se dit que les jeux sont faits; mais la vie n'est pas la même, selon qu'on la regarde par un bout ou par l'autre, du côté du commencement ou du côte de la fin.

Tout change et se déforme, les choses et les gens. Une place, on la garde pour peu qu'on en prenne soin, tandis qu'une femme, on est sûr de la perdre : fidèle ou infidèle, aimante ou cruelle, elle vous échappe, elle se défait, là, devant vous; chaque seconde pourrit un peu le beau fruit. Si on y réfléchissait, on prendrait en horreur cette chair qui se décompose.

Il se dit que rien ne vaut la peine de rien, et que le monde est mal fait, puisqu'on mange son pain blanc le premier ; quand on a du pain blanc, bien sûr.

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Il l'a prise sur les draps défaits, fripés. Les yeux clos, il imaginait le corps de Thérèse comme une longue rivière frissonnante dans laquelle il eût nagé, n'en finissant plus d'aller au long des membres d'eau claire, qui s'étiraient toujours. Puis, Thérèse était un poisson vif, au ventre doux qui se tordait et fuyait sous ses mains; une grotte aquatique encombrée d'herbes fluides et mouillées, dont il forçait l'entrée, et qu'il découvrait toute tapissée d'algues rétractiles suantes de mucus, fleurant la vase et le coquillage. La rivière était froide, la grotte parcourue de larges courants chauds; l'eau s'y gonflait en tourbillons qui saisissaient le nageur et l'entrainaient dans une giration folle. Et le bruit des flots bourdonnait sans relâche, envahissait les oreilles de Paul qui avait envie de s'accrocher aux parois de la caverne, de se hisser hors de son plaisir.

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L'idée de chien plaisait à Laure sans doute,

mais non sa réalité : elle ne pouvait aimer que des images bien propres, inodores et dépourvues de saveur. On l'avait habituée à détester le vulgaire, à admirer les moutons enrubannés des Bergeries plutôt que les troupeaux, les bons pauvres reconnaissants, les accordées de village toutes pures, les portraits exhaustifs de familles riches et unies. Aveuglée par des représentations toutes faites, elle demeurait séparée de la vie par une espèce de vitre glacée.

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