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Frédéric Chambert (Traducteur)Victor Fuenmayor (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 286424361X
Éditeur : Métailié (31/10/2000)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 84 notes)
Résumé :
Lorsque Quiroga parle de folie et de mort, c'est en connaissance de cause ! Il avait trois mois quand il a vu son père - suicide ou accident ? - mourir d'un coup de fusil, dix-sept ans quand son beau-père se suicide devant lui, également d'un coup de fusil. Lui-même, Horacio, tue accidentellement son meilleur ami en manipulant un pistolet. Sa femme se suicide et Quiroga, à son tour, se donne la mort à Buenos Aires en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  11 avril 2016
Ce recueil regroupe quinze textes du remarquable conteur uruguayen Horacio Quiroga. Je déplore qu'il soit si peu connu et si peu lu en France car il n'est pas exagéré de le considérer comme le tout premier grand écrivain latino-américain et, qui plus est, comme le premier à initier ce qui fait la grande originalité de cette littérature, à savoir le réalisme magique dont Fuentes, Cortázar et surtout García Marquéz sont d'éminents représentants.
Tout est déjà là, en germe, chez cet énigmatique Quiroga. Je ne suis pas toujours transportée par le fond de ses histoires ; en revanche, sur la forme, quel styliste, mes aïeux, quel styliste ! C'est fluide, limpide, précis, percutant : un grand maître du genre si particulier qu'est la nouvelle.
Le titre du recueil est on ne peut plus parlant car toutes les nouvelles parlent soit d'amour, soit de folie, soit de mort mais le plus souvent deux, voire les trois notions y sont étroitement imbriquées.
Horacio Quiroga a le don de nous amener des histoires à caractère réaliste puis, imperceptiblement, à distiller un soupçon de surnaturel, d'ésotérique ou de mystérieux qui crée à la fois une certaine ambiance lourde d'angoisse et qui confine à l'irrationnel. En ce sens, il s'appuie sur et prolonge le grand nouvelliste français Guy de Maupassant, notamment dans ces nouvelles comme le Horla, Fou ? ou encore La Peur.
Toutes les nouvelles sont assez brèves, à l'exception des deux dernières, Une Saison D'Amour et La Méningite Et Son Ombre. Il me reste peut-être à vous indiquer celles qui m'ont le plus intéressée ou qui sont mes favorites. Il s'agit de la Poule Égorgée, La Mort D'Isolde, À La Dérive, yaguaï, Les Pêcheurs de Grumes et enfin La Méningite Et Son Ombre.
Bien entendu, tout ceci est extraordinairement subjectif et le mieux sera toujours que vous vous fassiez vous même votre propre palmarès car ceci n'est qu'un avis, amoureux, fou et mortel, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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viou1108
  09 septembre 2019
Le titre est plutôt explicite, mais ajoutons encore que Horacio Quiroga situe ces quinze nouvelles dans une région d'Argentine où il a vécu pendant plusieurs années, près de Misiones, dans la forêt tropicale où la nature et les animaux sont parfois féroces, et les hommes rudes. Précisons aussi que depuis sa naissance, la mort rôde autour de l'auteur, touché par le suicide ou la fin de tragique de plusieurs membres de sa famille proche au fil des ans. Avec tout cela, vous aurez une petite idée de l'ambiance étrange, malsaine, angoissante, parfois glauque ou surréaliste qui plane sur ce recueil. La plupart des histoires commencent banalement, on se demande ce que l'auteur va pouvoir en tirer de remarquable, et c'est à ce moment qu'il distille une touche d'horreur ou de fantastique pour faire basculer son récit dans l'inquiétant ou l'extraordinaire.
Dans un style sobre et clinique, Quiroga nous immerge dans une nature monstrueuse, ou dans les tourments enfouis de l'âme humaine, qui le sont parfois tout autant.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Mimeko
  07 août 2019
Avec Contes d'amour, de folie et de mort un recueil de quinze nouvelles, le lecteur est invité à découvrir la vie dans la région de Misiones, dans la forêt tropicale de cette région d'Argentine qu'Horacio Quiroga connaît bien pour y a voir vécu une quinzaine d'années. Des nouvelles qui dépeignent une réalité difficile où nature et humains peuvent se révéler cruels; la nature dans ce qu'elle a de sauvage entre fourmis carnivores qui peuvent dévorer un homme en quelques heures, serpents dont la piqûre mortelle ne peut trouver d'antidote en plein milieu de la jungle, une nature qui ne se laisse pas dominer tout comme les sentiments humains...Entre la folie des quatre frères, inspirés par leur gouvernante qui égorge une poule, Benincasa, le jeune citadin un peu naïf, qui s'égare dans la forêt se délectant de miel sylvestre qui le rend somnolant au milieu d'une nature pleine de dangers, Candiyu le contrebandier qui s'approvisionne en grumes à moindre coût en utilisant habilement ses connaissances des crues du fleuve c'est un panorama d'une nature humaine tantôt bête, tantôt filoute, subissant leur condition de vie dure comme celle des péons, ou la petite bourgeoisie qui cherche les alliances pour caser une jeune fille à marier...
Une mosaïque d'histoires dont les chutes sont quelquefois inattendues, souvent cruelles - avec la mort toujours présente - contées par Horacio Quiroga lui-même touché de près par la mort par suicide (son, père, son beau-père, sa première femme et lui même lorsqu'il se sait atteint d'un cancer) et qui porte un regard quelquefois fataliste et détaché sur les malheurs ou les peines des protagonistes de ses nouvelles sans jamais recourir au lugubre.
Contes d'amour, de folie et de mort est une découverte intéressante qui permet de faire connaissance avec le style concis et quelquefois très poétique et baroque d'Horacio Quiroga.
Une lecture intéressante et surprenante.
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bdelhausse
  18 juillet 2015
Si je n'avais pas lu que Horacio Quiroga avait choisi lui-même les contes à mettre dans le recueil, j'aurais sans doute remis en cause le choix et le rapport avec le thème global. A tout le moins, j'aurais largement commenté l'idée que amour, mort et folie, c'est tellement large que beaucoup de nouvelles abordent ces thèmes. Je pense par exemple à Amok de Stefan Zweig, ou à d'autres nouvelles du même auteur.
Cela dit, la plupart des nouvelles du Quiroga de ce volume abordent les trois dimensions à chaque fois.
La mort et la la folie, Horacio Quiroga connaît. En 1879, son père meurt lors d'une fusillade, il a trois mois. En 1896, il a 7 ans quand son beau-père se suicide devant lui ; en 1915 sa premiére femme se suicide ; il tue accidentellement son ami Frederico Ferrando alors qu'il manipule un pistolet ; et il se suicide en 1937, en absorbant du cyanure, alors qu'il souffre d'un cancer de la prostate. Clairement, Quiroga porte la poisse... (je rigole)
Ce recueil se compose de quinze nouvelles dont onze se terminent par une mort, et même lorsque la mort ne frappe pas, on n'en passe pas si loin. La maladie, la folie, le désespoir rôdent à la place.
Quiroga est souvent comparé à Maupassant, comme le maître de la nouvelle latino-américaine. C'est à mon avis plus que des nouvelles. Ce sont bien des contes, avec une dimension morale, sociétale marquée. Quiroga utilise un réalisme à la limite du fantastique dans plusieurs textes. On hésit entre plusieurs acceptions, approches. Et le tout reste plausible et flou à la fois. L'auteur joue sur l'atmosphère pour faire passer son penchant pour le fantastique. C'est parfois glauque, souvent décalé. Malsain. Avec une touche de romantisme, parfois un peu suranné. C'est ce qui m'a fait penser à Zweig (avec l'idée du suicide, de l'Amérique latin, et qu'il existe un havre de paix, un ailleurs quasi inaccessible sauf en payant le prix fort. Et pour brosser le portrait des pauvres, des ouvriers, simples et besogneux, Quiroga n'a pas son pareil. On est souvent à la limite du drame social.
L'écriture, comme il est dit dans la préface, est brut, sèche. Parfois même, la syntaxe ou le vocabulaire sont défaillants.
La poule égorgée: Quelle baffe et quel écoeurement que de débuter avec une telle histoire, où 4 frères désaxés finissent par désosser leur soeur après avoir vu la bonne le faire avec une poule.
Les bateaux suicides: Une de mes préférées, un long dialogue sur les bateaux dont on ne trouvent plus l'équipage, très surréaliste, à la limite du non-sens.
Le solitaire: un bijou qui suscite la convoitise, c'est assez banal, mais quand c'est le bijoutier qui tue, on a toute la puissance de Quiroga qui s'exprime.
L'oreiller de plumes: on est dans du Jean Ray, du Thomas Owen, du Kafka, on hésite entre fantastique et réalisme, en suivant les affres d'une agonie.
La mort d'Isolde: Quiroga s'entend bien à nous montrer une situation banale -un amour perdu de vue- et à la faire dériver en la faisant enfler par la passion, le désir et la désillusion. Amok, disais-je.
À la dérive: à partir d'une morsure de serpent, Quiroga nous peint l'agonie sous forme d'une quête de délivrance.
L'insolation: la mort du maître vue par les yeux d'Old, un chiot. Personnellement je ne suis pas fan des nouvelles animales, mais cela fonctionne plutôt bien.
Les barbelés: encore plus étrange... un alezan en quête de liberté rencontre un taureau qui fanfaronne devant les vaches, en forçant les clôtures pour aller pâturer là où l'herbe est toujours plus verte. Je ne suis vraiment pas fan des animaux qui parlent...
Les tâcherons: la triste condition des ouvriers forestiers qui signent au terme d'une nuit de débauche à dépenser l'avance sur leur paie. Drame social très puissant.
Yaguaï: la vie de chien. Un fox-terrier qui ne se fait pas à sa condition et échappe à la canicule pour revenir ensuite, pour son plus grand malheur.
Les pêcheurs de grumes: une nouvelle pleine d'un humour cynique et décalé.
Le miel sylvestre: un bijou, de nouveau, de cynisme et de causticité. Les dangers de la jungle, et de l'entêtement. Une de mes préférées.
Notre première cigarette: très bien vu, la première cigarette, un garçon et une fille et tout ce que cela entraîne.
Une saison d'amour: comme dans la Mort d'Isolde, un amour ancien et déçu, mais on ne peut pas être et avoir été...
La méningite et son ombre: une jeune fille délire et dans sa fièvre; elle déclare sa flamme à un jeune homme quand elle est atteinte, mais ne se souvient de rien une fois rétablie.
Lecture d'un solitaire par Victor Fuenmayor: excellente postface qui vient éclairer Quiroga.
Ayant vécu une partie de sa vie aux abords de la forêt de Misiones, Horacio Quiroga nous expose les dangers de la forêt vierge et sauvage, peuplée de serpents monstrueux et de fourmis mangeuses d'hommes.
Mans ce recueil quelques contes où Horacio Quiroga nous fait connaître la vie paysanne de son époque, le quotidien de la vie. Pour cela, il utilise la personnification d'animaux fréquentant, côtoyant les hommes de près, chiens et chevaux notamment. La morale est implicite à chaque fois, mais très évidente.
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Luniver
  02 août 2016
Mon tour du monde des écrivains m'a emmené à déposer mes valises en Uruguay. La liste des auteurs uruguayens disponibles dans ma bibliothèque favorite étant relativement réduite, le choix a été facile à faire. D'autant qu'un recueil de nouvelles, ça me semble être une occasion idéale pour faire connaissance avec un nouvel auteur.
Moi qui suis pourtant peu à l'aise avec le réalisme magique, je me suis régalé avec ces histoires. Si les récits tendent à inclure des éléments fantastiques, il reste toujours une explication rationnelle, même tirée par les cheveux, à laquelle se raccrocher, ce qui m'a sans doute beaucoup aidé.
J'ai été assez surpris par les éclairs de violence, assez crue et imprévisible, qui viennent ponctuer les nouvelles. Ces éclats marquent d'autant plus qu'elles se déroulent dans des cadres assez familiers : un couple uni, une famille qui cherche le bonheur, …
Autre surprise, l'utilisation des animaux comme protagonistes de l'histoire. J'ai beau me creuser la cervelle, je ne me rappelle pas en avoir croisé ailleurs dans la littérature adulte. Pourtant, ça fonctionne plutôt bien ici, les animaux permettent d'avoir une vision de la situation avec plus de recul et de naïveté.
Je ne regrette pas du tout le voyage. Beaucoup de nouvelles vous laisse K.O., et il est souvent nécessaire de récupérer un peu avant de se lancer dans la suivante.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   07 avril 2016
La mère fit clairement comprendre au jeune homme qu'elle comptait ce soir-là sur la présence de son père.
— Ce sera difficile, répondit Nébel après un silence mortifié. Il lui est pénible de sortir le soir… Il ne sort jamais.
— Ah ! lança-t-elle seulement, avec un bref pincement de lèvres.
Il y eut une autre pause, lourde de présages cette fois.
— Parce que vous ne vous mariez tout de même pas en secret, n'est-ce pas ?
— Oh ! Nébel s'efforça de sourire. Ce n'est pas non plus ce que voudrait mon père.
— Et bien, alors ?
Nouveau silence, toujours plus orageux.
— Est-ce à cause de moi que monsieur votre père ne veut pas venir ?
— Mais non, non, madame ! s'exclama enfin Nébel, impatient. Il est comme ça, c'est tout… Je lui en reparlerai, si vous voulez.
— Moi, si je le veux ? Elle sourit mais ses narines palpitaient. Faites ce que bon vous semble. À présent, Nébel, voulez-vous bien vous retirer ? Je ne me sens pas bien.
Nébel s'en fut, profondément contrarié. Qu'allait-il dire à son père ? Ce dernier persistait toujours dans son opposition catégorique à ce mariage, et le fils avait déjà entrepris les démarches nécessaires pour se passer de son consentement.
— Rien ne t'en empêche, et tu peux même faire tout ce qui te chante. Mais mon consentement pour faire de cette cocotte ta belle-mère, jamais !
Trois jours plus tard, Nébel décida de couper court à tout cela et il profita d'un moment où Lidia n'était pas là.
— J'ai parlé à mon père, commença Nébel, et il m'a dit qu'il lui serait tout à fait impossible de venir.
La mère pâlit un peu cependant que ses yeux, dans un éclair subit, s'étiraient vers les tempes.
— Ah ! Et pourquoi ?
— Je ne sais pas, répondit Nébel d'une voix sourde.
— C'est-à-dire… que monsieur votre père craint de se salir en mettant les pieds ici ?
— Je ne sais pas ! répéta-t-il avec la même obstination.
— Est-ce que c'est un affront gratuit de la part de ce monsieur ? Qu'est-ce qu'il se figure ? ajouta-t-elle d'une voix maintenant altérée, les lèvres tremblantes. Mais qui donc est-il pour le prendre sur ce ton ?
Ce fut un coup cinglant qui fit se rebiffer en Nébel le sentiment enfoui de sa race.
— Ce qu'il est, je n'en sais rien ! répondit-il à son tour avec précipitation. Et non seulement il refuse de venir, mais il ne donne pas son consentement.
— Quoi ? Il ne donne pas quoi ? Mais pour qui se prend-il ? C'est bien à lui de faire des histoires !
Nébel se leva :
— Vous ne…
Mais elle aussi s'était levée.
— Si, si ! Vous n'êtes qu'un enfant. Mais demandez-lui d'où il sort sa fortune ! Volée, volée à ses clients ! Et ces airs qu'il se donne ! Son irréprochable famille sans tache, il en a plein la bouche ! Sa famille !… Demandez-lui un peu qu'il vous dise combien de murs il devait sauter pour aller coucher avec sa femme, avant son mariage ! Oui, et maintenant il en remet avec sa famille !… Très bien, allez-vous-en ; j'en ai jusque-là de ces hypocrisies ! Et bon vent !

UNE SAISON D'AMOUR.
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Nastasia-BNastasia-B   26 mars 2016
Cette nuit-là, l'eau monta encore d'un mètre, et le lendemain après-midi Candiyu eut la surprise de voir tout un banc, un véritable troupeau de grumes à la dérive qui passaient la pointe d'Itacurubi. Du bois à l'écorce blanchie et parfaitement sec.
Là, il tenait son affaire. Il sauta dans sa barque et pagaya à la rencontre de sa proie.
Cela dit, dans une crue du Haut Parana on trouve bien des choses avant d'atteindre la grume repérée. Des arbres, bien sûr, arrachés d'un seul coup, leurs racines noires à l'air comme des pieuvres. Des vaches et des mules mortes, en compagnie d'un bon nombre d'animaux sauvages noyés, tués par un coup de fusil ou une flèche encore plantée dans leur ventre. Des pyramides de fourmis entassées sur une souche. Et parfois, un tigre, des îlots de " camalote " et de l'écume à foison — sans compter, évidemment, les serpents.
Candiyu dériva, esquiva, huerta et manqua chavirer plus souvent qu'à son tour avant d'atteindre sa proie. Mais enfin il y était ; un coup de machette mit à vif la veine sanguine du bois de rose et en se courbant sur le tronc de bois il dériva de travers avec sa grume pendant quelques mètres. Mais les branches, les arbres qui passaient sans cesse, l'entraînaient.
Il changea de tactique ; il amarra sa prise à sa barque, et c'est alors que commença une lutte muette et sans merci, dans laquelle, en silence, il suait sang et eau à chaque coup de pagaie.
Dans une grande crue, une grume dérive avec une telle puissance que trois hommes hésiteraient avant de s'y risquer. Mais Candiyu n'était pas seulement très courageux ; il avait derrière lui trente ans de piraterie en eaux basses ou hautes et, de plus, il désirait devenir propriétaire d'un gramophone.

LES PÊCHEURS DE GRUMES.
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Nastasia-BNastasia-B   03 avril 2016
Nous avions donc volé un paquet de cigarettes à cet individu sévère ; nous étions bien tentés de nous initier sur-le-champ à la vertu virile, mais nous attendîmes l'instrument. Il s'agissait d'une pipe que j'avais fabriquée moi-même : un bout de roseau comme fourneau, une fine tringle à rideau comme tuyau et, pour cimenter le tout, le mastic d'une vitre récemment réparée. La pipe était parfaite : grande, légère et de plusieurs couleurs.
Nous la transportâmes, Maria et moi, dans notre repaire entre les roseaux avec une onction ferme et religieuse. Cinq cigarettes y laissèrent leur tabac. Nous nous assîmes en levant les genoux, j'allumai la pipe et aspirai. Maria, qui dévorait mon acte des yeux, remarqua que les miens se remplissaient de larmes : jamais on n'a vu ni ne verra chose plus abominable. Malgré tout, je déglutis ma salive nauséeuse.
— C'est bon ? demanda Maria, alléchée, en tendant la main.
— C'est bon, répondis-je lui passant l'effroyable machine.
Maria aspira, encore plus fort. Moi, qui l'observais attentivement, je remarquai à mon tour ses larmes et le mouvement simultané de ses lèvres, de la langue et de la gorge, qui repoussaient cette chose. Mais elle eut plus de courage que moi.
— C'est bon, dit-elle les yeux pleins de larmes en faisant presque la grimace. Héroïque, elle porta à nouveau la tringle de bronze à ses lèvres.

NOTRE PREMIÈRE CIGARETTE.
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Nastasia-BNastasia-B   14 mars 2016
C'était moi qui venais rompre, et on prenait les devants. L'amour-propre, un vil amour-propre touché à vif, me fit répondre :
— Parfaitement. Je pars. Puisses-tu être heureuse… une autre fois.
Elle ne compris pas, et me regarda d'un air étrange. J'avais commis la première infamie ; et comme toujours dans ces cas-là, j'ai été pris du vertige de m'avilir encore plus :
— C'est clair ! lançai-je brutalement, parce que de moi, tu n'as pas eu à te plaindre… n'est-ce pas ?
C'est-à-dire : je t'ai fait l'honneur d'être ton amant, et tu dois m'en être reconnaissante.
Elle comprit mieux mon sourire que mes paroles et, tandis que j'allai chercher mon chapeau dans le couloir, son corps et son âme s'écroulaient dans le salon.
À l'instant même où je traversai le vestibule, j'éprouvai intensément combien je l'aimais, et ce que je venais de faire. Mon envie de luxe, de mariage mondain, tout cela creva dans mon esprit comme une plaie. Et moi qui m'offrais aux enchères aux laiderons fortunés du grand monde, qui me mettais en vente, je venais de commettre l'acte le plus outrageant que l'on puisse infliger à une femme qui vous a trop aimé.

La Mort d'Isolde.
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Nastasia-BNastasia-B   07 mars 2016
Un soir j'allai là-bas bien disposé à rompre et animé, pour cette raison, d'une mauvaise humeur manifeste. Inès se précipita pour m'embrasser mais, soudain très pâle, elle s'arrêta.
— Qu'as-tu ? me dit-elle.
— Rien, répondis-je avec un sourire forcé, en lui caressant le front. Elle laissa faire, sans prêter attention à ma main, en me regardant avec insistance. Enfin, elle détourna ses yeux crispés et nous passâmes dans le salon.
La mère entra mais, sentant l'orage venir, elle ne resta qu'un moment et disparut.
Rompre, c'est un mot court, facile ; mais commencer…
Nous étions assis et ne parlions pas. Inès se baissa, écarta ma main de son visage et me fixa d'un regard douloureux, me scrutant avec angoisse.
— C'est évident…, murmura-t-elle.
— Quoi ? lui demandai-je froidement.
La tranquillité de mon regard lui fit plus de mal que ma voix et son visage s'altéra :
— Que tu ne m'aimes plus ! articula-t-elle avec une oscillation lente et désespérée de la tête.

LA MORT D'ISOLDE.
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Video de Horacio Quiroga (2) Voir plusAjouter une vidéo

Horacio Quiroga : Le désert
Olivier BARROT depuis la rivière Pando en Uruguay présente le livre d'Horacio QUIROGA, figure majeure de la littératuresud Américaine : "Le désert". Maître de l'étrange, il met en scène un père qui élève seul ses deux enfants, Un jour, piqué apr un insecte, cette petite blessure va avoir des conséquences fatales.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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