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ISBN : 2070368785
Éditeur : Gallimard (07/04/1972)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 602 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture
- Comment s'appellent-ils, ces trois-là ?
- Steinbock, Ibbieta et Mirbal, dit le gardien.
Le commandant mit ses lorgnons et regarda sa liste :
- Steinbock... Steinbock... Voilà. Vous êtes condamné à mort.
Vous serez fusillé demain matin.
Il regarda encore :
- Les deux autres aussi, dit-il.
- C'est pas possible, dit Juan. Pas moi.
Le commandant le regarda d'un air étonné..... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
  09 juin 2013
Le Mur, c'est un recueil de cinq nouvelles captivantes, mais en même temps repoussantes, voir répugnantes.
Le Mur est à mon avis la meilleure nouvelle du lot. L'angoissante vanité de la vie et de la mort d'une absurde existence dénuée de sens y est montrée dans tout ce qu'elle peut comporter de visqueux, de poisseux, de désagréablement odorant et de laid. L'ironie de la transposition du sort qui semble peser de manière imminente sur un personnage à un autre par un tour de force arbitraire du destin a quelque chose de vraiment tragique et sublime.
La chambre et Érostate nous entraînent ensuite dans les tourbillons monstrueux de la déraison de l'extérieur et de l'intérieur. On y sent bien le gouffre mystérieux et angoissant que constitue la possibilité de la mort de l'esprit.
L'intimité m'a moins interpellé quelque peu. Les tourments d'une femme dont les besoins sont comblés d'une manière condamnée par une personnalité marquante de son entourage sont toutefois très bien montrés par Sartre. Si on compare avec les nouvelles qui l'entourent, le malaise y est situé dans un horizon franchement superficiel.
Enfin, étant donné le contexte de sa sortie en 1939, la dernière nouvelle, L'enfance d'un chef, où l'adolescent sort de son mal être en grande partie en embrassant l'antisémitisme, me laisse un goût particulièrement acre.
Chacun sait que Sartre contribuera activement à l'hebdomadaire collaborationniste Comoedia et qu'il s'arrangera pour coopérer avec les nazis pour faire jouer Les Mouches en 1943 et Huis Clos en 1944. Si il a tout de même montré subtilement son opposition au régime nazi, ça ne sera pas de manière à risquer de nuire à sa carrière, mais probablement plutôt pour s'assurer de ne pas trop se mouiller afin, justement, de préserver l'impunité au cas où la situation changerait. « Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'occupation allemande » dira Jean-Paul Sartre dans La République du silence. Cet amoralisme narcissique, cette mollesse devant l'horreur, qui ont sans doute contribué à ce qu'il soit nobelisé en 1964, m'ont toujours empêché d'estimer la personne de Sartre malgré ses indéniables qualités de dramaturge.
Bien que les sujets varient, ces variations tournent autour d'une même tonalité de l'existence : le malaise. le malaise devant la mort, puis devant la folie sous deux formes différentes, dans la vie de couple et enfin au cours de l'adolescence.
Autre élément remarquable, la variation de la sexualité du personnage principal alterne d'une nouvelle à l'autre.
Sur le plan littéraire, j'ai vraiment beaucoup apprécié ce recueil que j'ai dévoré très rapidement. C'est vraiment du très bon Sartre.
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julien33
  02 février 2014
Le Mur est un recueil de cinq nouvelles.
La première (sans doute la meilleure) donne son titre au recueil. « le Mur » est un impeccable et saisissant texte d'une trentaine de pages, qui rend compte des réactions humaines face à une situation extrême de l'existence.
L'intrigue a pour cadre la Guerre d'Espagne de 1936, entre les républicains et les nationalistes. Trois républicains ont été faits prisonniers par les troupes franquistes. Après un interrogatoire bâclé, on les enferme dans la cave d'un hôpital. Un commandant vient leur communiquer la sentence : ils seront fusillés le lendemain à l'aube. Un médecin belge est introduit auprès des prisonniers pour noter leurs réactions face à l'idée de la mort...
A partir de là, tout en imprégnant son texte d'une ambiance nauséeuse, Sartre parvient à extraire le minerai pur de l'angoisse. Les condamnés ne peuvent fuir leur situation, ils perçoivent leur mort de manière quasi matérielle. Ils sont confinés et englués dans une attitude figée, qui ne relève plus de l'existence mais de l'essence, car la mort, toute proche, va les justifier...
Sartre exploite génialement cette extraordinaire métaphore du mur. le symbole accède alors à une grande puissance philosophique... Au sens propre, il s'agit du pan de mur contre lequel on place le condamné pour l'ajuster et l'abattre. le mur empêche de fuir les canons des fusils braqués... Mais au sens figuré, le mur est infini, impénétrable ; il est ce qui empêche de fuir notre existence, la situation présente, à laquelle nous devons faire face.
La mort n'est qu'un cas parmi tant d'autres. Il est impossible de fuir son existence, sa liberté, et sa responsabilité, car un mur opaque, invisible, omniprésent, arrête toute tentative d'évasion. L'impasse de l'existence ne nous permettra jamais la fuite. L'on ne pourra jamais se fuir soi-même.
Un grand texte.

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lecassin
  12 octobre 2012
« le mur », unique recueil de nouvelles de Jean-Paul Sartre qui rencontra un vif succès – si l'on excepte la droite maurrassienne - à sa sortie en 1939, peu après « La nausée ».
Au delà du titre commun au recueil et à la première nouvelle, le mur est le symbole commun à ces cinq textes ; symbole d'enfermement, qu'il soit physique ou mental : un condamné à mort, « le mur », une femme qui assiste à l'enfermement de son mari dans la folie, « La chambre », un homme qui cherche à sortir de sa condition par un acte gratuit, « Erostrate », une femme prisonnière de sa relation avec son mari, « Intimité », un adolescent qui s'enferme lui même dans une idéologie monstrueuse, « L'enfance d'un chef ».
Des écrits qui divergent néanmoins par leurs préoccupations, d'ordre général pour « La chambre », « Erostate » et « Intimité », écrits en 1936 et liée à l'actualité pour« le mur » et « L'enfance d'un chef », écrits en 1938.
Plus facile que « La nausée », cinq textes qui constituent une excellente introduction à la pensée de Sartre
Néanmoins, je me permets ici, modestement, de recommander à tous ceux qui ont apprécié la nouvelle « le mur », de poursuivre le thème de la guerre d'Espagne et l'emprisonnement par la lecture de l'excellent « Un testament espagnol », d'Arthur Koestler
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gabb
  24 janvier 2018
Jusqu'à présent, pour moi, Jean-Paul Sartre c'était ça :
« La conscience est conscience de quelque chose : cela signifie que la transcendance est structure constitutive de la conscience ».
Ou encore :
« La conscience est un être dont l'existence pose l'essence et, inversement, elle est conscience d'un être dont l'essence implique l'existence, c'est-à-dire dont l'apparence réclame d'être. »
-- JP Sartre / L'Être et le Néant --
Fichtre...
Je vous laisse méditer là-dessus (vous avez 4h !)
Fort heureusement, le petit recueil de cinq nouvelles que voici, sobrement intitulé "Le mur", nous donne à voir l'autre Jean-Paul Sartre, le conteur d'histoires brèves et - ouf ! - plus accessibles.
Qu'on ne s'y trompe pas, les thématiques fétiches du grand philosophe existentialiste (libre-arbitre, négation du déterminisme, réflexions sur l'identité et la contingence) ne sont jamais bien loin, à peine camouflées au coeur de ces fictions aussi plaisantes que dérangeantes (devrais-je dire plaisantes "parce que" dérangeantes ?)
Sur scène et en costumes, nous croiserons successivement (applaudissez-les bien fort !) : trois condamnés à mort à la veille de leurs exécutions, deux couples en prise à la démence ou à la lassitude, un misanthrope hargneux et suicidaire, et un jeune antisémite complexé à la sexualité ambiguë. Sacrée compagnie, n'est-ce pas ? Chaque numéro est savamment orchestré, les descriptions très fines et la maîtrise impeccable de la tension dramatique nous rappellent que Sartre fut écrivain avant de devenir le penseur politiquement engagé que l'on sait.
Tous ces protagonistes nous font l'effet de cobayes soigneusement disséqués par l'auteur, qui cherche à dévoiler la vérité toute crue de leurs sentiments, fouille leur intimité et met leur âme à nue à grands renforts d'analyses psychanalytiques. Pas toujours ragoûtant mais très instructif !
Pablo, Eve et Pierre, Paul Hilbert, Lulu et Henri : tous sont en proie au doute, à la colère ou à la peur, chacun se heurte à la folie des autres sans jamais mesurer la sienne... Ces braves gens s'efforcent par leur actes et leurs choix de rester maîtres de leurs destins, mais bien sûr ils foncent droit dans le mur. Bing.

Finalement, bien que Sartre évoque ici "cinq petites déroutes tragiques ou comiques devant l'existence", pour moi l'emploi du second qualificatif est de trop, la dimension humoristique de l'ouvrage m'ayant un peu échappé ! Il n'empêche que j'ai beaucoup apprécié cette lecture.
Mention spéciale pour "La Chambre", l'histoire poignante d'une femme dévouée corps et âme à son époux dément et prête à tout pour le rejoindre dans sa folie, contre l'avis de ses parents qui souhaitent faire interner le malheureux.
Enfermement physique dans cette chambre close, enfermement mental dans les délires de Pierre, encore une histoire de murs...
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Analire
  11 octobre 2012
Le mur, 5 petites nouvelles tantôt tragiques et tantôt comiques, qui sont des bouts d'histoires assez brèves, toutes différentes, qui se heurtent au final à un mur, comme le dénote le nom du roman.
Jean-Paul Sartre a joué avec nos sentiments dans ce livre, il nous a fait ressentir des moments forts en émotions, passages de vies exceptionnels, qui sortent vraiment de l'ordinaire. J'ai voyagé à travers ce livre, passant d'une vie à une autre, j'ai pénétré dans leur esprit, suivie leurs aventures et vécue avec eux une partie assez difficile de leur existence.
J'ai été un peu déçu : en lisant la quatrième de couverture, je m'attendais à des nouvelles sur la peine de mort, dans ce genre là, mais malheureusement pour moi, ce sujet n'est traité que dans la première partie.
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Citations et extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
peloignonpeloignon   03 juin 2013
"C'est ta vie contre la sienne. On te laisse la vie sauve si tu nous dis où il est."
Ces deux types chamarrés avec leurs cravaches et leurs bottes, c'étaient tout de même des hommes qui allaient mourir. Un peu plus tard que moi, mais pas beaucoup plus. Et ils s'occupaient à chercher des noms sur leurs paperasses, ils couraient après d'autres hommes pour les emprisonner ou les supprimer; ils avaient des opinions sur l'avenir de l'Espagne et sur d'autres sujets. Leurs petites activités me paraissaient choquantes et burlesques: je n'arrivais plus à me mettre à leur place, il me semblait qu'ils étaient fou.
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AnalireAnalire   11 octobre 2012
On se demande où on trouve le courage de se lever le lendemain matin et de retourner au travail, et d'être séduisante et gaie, et de donner du courage à tout le monde alors qu'on voudrait plutôt mourir que de continuer cette vie-là.
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BillDOEBillDOE   21 mars 2018
Ce qu’il y a c’est qu’en réalité on ne peut jamais prendre ça dans ses mains, si seulement ça pouvait rester tranquille, mais ça se met à bouger comme une bête, ça durcit, ça me fait peur, quand c’est dur et tout droit en l’air, c’est brutal ; ce que c’est sale l’amour.
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LydiaBLydiaB   04 décembre 2010
Au balcon d'un sixième : c'est là que j'aurais dû passer toute ma vie. Il faut étayer les supériorités morales par des symboles matériels, sans quoi elles retombent. Or, précisément, quelle est ma supériorité sur les hommes ? Une supériorité de position, rien d'autre : je me suis placé au-dessus de l'humain qui est en moi et je le contemple. Voilà pourquoi j'aimais les tours de Notre-Dame, les plates-formes de la tour Eiffel, le Sacré-Cœur, mon sixième de la rue Delambre. Ce sont d'excellents symboles.
(Extrait d'Erostrate)
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AnalireAnalire   10 octobre 2012
Un crime, ça coupe en deux la vie de celui qui le commet. Il devait y avoir des moments où l'on souhaiterait revenir en arrière, mais il est là, derrière vous, il vous barre le passage.
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