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ISBN : 2072754046
Éditeur : Gallimard (04/10/2018)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 40 notes)
Résumé :
Naples, quartier de Forcella. Nicolas Fiorillo vient de donner une leçon à un jeune homme qui a osé liker des photos de sa copine sur les réseaux sociaux. Pour humilier son ennemi, Nicolas n’est pas venu seul, il s’est entouré de sa bande, sa paranza : ils ont entre dix et dix-huit ans, ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité et la violence. Leurs modèles sont les super-héros et les parrains de la camorra. Leurs valeurs, l’argent et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Stelphique
  09 octobre 2018
Ce que j'ai ressenti:
« La seule limite, c'est le ciel. »
Irradier d'audace à Forcella…
Nicolas Fiorillo et sa bande veulent le pouvoir, l'argent, le respect de Naples. Se frotter aux plus grands criminels, marcher dans les pas de la Camorra, souffler un nouveau vent de violence dans les rues de Forcella. La Paranza dei Bambini s'immisce comme la mer, en une vague rouge, virulente et sans peur, dans les plazza de la ville italienne. Leurs âges: entre 10 et 19 ans…Des enfants…Des petits Piranhas qui veulent se faire une place au soleil, avec de la blanche écume à portée de nez, des embruns de billets verts, des tempêtes de poudre noire, et de rouge craintes à faire jaillir…Les baby-gangs est le nouveau fléau, une toute nouvelle forme d'agressivité née de cette génération surexposée aux influences néfastes d'Internet, un nouvel essor de banditisme insoupçonné, qui fait ravage.
« -Pour devenir un enfant j'ai mis dix ans. Pour te mettre une balle dans la tronche je mettrai pas plus d'une seconde. »
Résister encore, et encore…
Roberto Saviano écrit, au péril de sa vie. Cela change énormément les perspectives de mon ressenti de lecture. 12 ans qu'il est sous protection policière, parce qu'il a osé dénoncer les agissements de la mafia. Ce n'est pas une vie, et pourtant, il ose défier la mort, en écrivant. Résister, toujours, avec une plume à la main, c'est terriblement courageux. Il nous revient, cette fois ci, avec un roman, engagé, pour parler d'un phénomène criminel en pleine croissance, et qui risque de prendre sa place dans les grandes villes, si nous n'y prenons pas garde…C'est en tout cas, toute l'appréhension que Roberto Saviano redoute…Il essaye de nous faire prendre conscience qu'entre sa fiction et la réalité, la ligne est très fine, à une maille de filet presque, parce que la détermination de ses paranza, il l'a vu dans leurs yeux, ils n'attendent rien, ces gamins: la mort est un capital pour eux, un but à atteindre…
« L'amour est un lien qui se brise. La peur n'abandonne jamais. »
Toute l'Italie est là…
J'aurai toujours une tendresse particulière à lire de la littérature italienne. Roberto Saviano, dépeint une Italie de toutes les passions, avec des mots qui claquent, des gestes qui heurtent, mais des coeurs enfiévrés d'amour…Ils n'ont pas peur de leurs sentiments, ils vibrent d'une intensité dévorante. En choisissant de romancer ce sujet très sensible, l'auteur nous permet de comprendre ce qui anime ses personnages, de rentrer plus intimement dans leurs émotions contrariées, de saisir un peu de leur fougue…Et c'est tout ce que j'adore retrouver dans l'Italie, ces liens d'amours, leurs regards fiers, les éclats de leurs vies…
« Ici, c'est comme ça : quand des gens se disputent, tout le monde le sait, tout le monde doit le savoir. Chaque insulte, chaque voix, chaque cri aigu rebondit sur le pavé des ruelles habitué aux escarmouches entre amoureux. »
Déployer ses ailes…
Piranhas est un premier tome d'un diptyque, qui voit s'élever un ange blond… Nicolas, avec l'insolence de sa jeunesse et la fureur de son ambition, est un héros qui n'a pas froid aux yeux, brûle de conquérir la ville, glace d'effroi ses ennemis, incendie le coeur de sa belle…En quelques faits, et surtout en pires méfaits, il devient un roi, Maharaja, maintient sous sa coupe un gang de gamins inconscients encore ébahis devant des films de vengeance mafieuse, et déverse un flot de sang hargneux et gerbes de balles sifflantes…Mais, il faut savoir que le sang appelle toujours le sang, et dans ses milieux, les faits de violence sont toujours exponentiels…Et cela, Nicolas, va l'apprendre dans son expérience de petit parrain des temps modernes, à l'ère de WhatsApp et de Youtube….
Même si, je suis curieuse de lire la suite de ces aventures napolitaines, je reste encore terriblement choquée de l'impact de cette lecture. Je n'arrive pas à assimiler qu'on soit à l'aube de ce monde là: des enfants mafieux…C'est effrayant…
Ce livre est un uppercut!
« On pense toujours sont pour les adultes, mais plus jeune est la main qui manipule le chien, le chargeur et le canon, plus le fusil, la mitraillette le pistolet ou même la grenade est efficace. (…). Les armes sont faites pour les jeunes, pour les enfants. C'est vrai sous toutes les latitudes. »

Ma note Plaisir de Lecture 9/10
Lien : https://fairystelphique.word..
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miriam
  08 octobre 2018
Roberto Saviano, pour avoir écrit Gomorra et Extra Pure, reportage sur la Camorra napolitaine, vit sous protection policière depuis plusieurs années. Ses livres et les adaptations en film ou télévisées sont régulièrement attaquées. de la non-fiction narrative, Saviano est passé à l'écriture d'un roman de fiction très alimentée par la réalité. 
Dès que j'ai ouvert le livre, j'ai failli le refermer. le premier chapitre Mange-merde m'a paru difficilement soutenable. Humiliation d'un petit et humiliation diffusée sur les Réseaux Sociaux.
  Dois-je vraiment lire cela?
La limite entre la complaisance, le plaisir de lire des horreurs et la curiosité est vraiment floue. 
Surtout que cela empire par la suite. Dès que ces adolescents, encore des enfants pour certains, se procurent des armes, ils passent très vite au meurtre. Meurtres gratuits tout d'abord, pour s'entraîner pour vérifier  les tutoriels sur lesquels ils apprennent le maniement des armes. Chevauchées infernales sur leurs motos, terreur des passants. On se croirait au cinéma, ou dans un jeu vidéo. Et puis conquête d'un pouvoir, d'un territoire. Luttes avec d'autres bandes. Luttes à mort. 
Aucune perspective si ce n'est la consommation immédiate de biens dérisoires. Une entrée dans une boîte clinquante au Posilippo, du champagne, de la coke...et toujours des armes, des actions d'éclat au goût du sang. 
Suis-je forcée de lire cela?
Et bien, je me suis laissée embarquer jusqu'au final, au meurtre d'un enfant.  Logique, inévitable. Tragédie totale qui mettra peut être le point final à la lecture mais pas à l'engrenage dans lequel les pirhanas sont entraînés. C'est bien écrit! Cela se lit bien. Mais cela me met mal à l'aise. Loin de moi le reproche qu'on a fait à l'auteur de pousser les adolescents à la violence, lire Saviano ne me fera commettre aucun délit mafieux! 
Doit-on censurer ces images insoutenables comme celles de Daech? Faire des procès à ceux qui les regardent? Lien entre  terrorisme et violence des gangs mafieux. Ce n'est pas moi qui le fais, c'est Saviano lui-même. Ces enfants écrivent les louanges des islamistes sur leur mur Facebook, même s'ils sont de bons catholiques qui vont brûler des cierges à la Madone. 

Saviano dédicace ses livres et je fais la queue avec mon exemplaire!
C'est en écoutant Saviano (La Grande Librairie), en lisant ses interviews du Monde, etc... que j'ai compris. Pirhanas est le développement romanesque de faits divers "une histoire incroyable"ayant vraiment eu lieu. Une bande d'enfants d'adolescents de 14 à 19 ans a vraiment pris le pouvoir sur Naples à une époque où les parrains se sont retrouvés en prison et où le territoire était à prendre. le jeune  chef de bande n'est pas une fiction, même si le personnage est inventé. Pour écrire les dialogues, l'auteur s'est basé sur des écoutes téléphoniques authentiques. 
J'ai eu le privilège d'avoir une invitation dans les salons de Gallimard et d'écouter Saviano. D'après lui, ces enfants sont des "génies criminels" des "enfants prodiges" qui ont su exploiter un vide de pouvoir pour développer le commerce de la drogue. Ce ne sont pas des enfants poussés par la misère, ce sont les enfants d'une petite bourgeoisie dont le pouvoir économique s'effondre. Logique capitaliste ou logique mafieuse? Ils ont compris qu'avec un investissement de 5000€, l'économie de la drogue pouvait les rendre multimillionnaires. Et pour la mise de départ, il faut des armes, des extorsions, des braquages. Mais pour garder le pouvoir, le territoire, il faut maintenir la terreur et la mort.  
La différence entre les enfants-pirhanas et les parrains traditionnels adultes, c'est que les enfants vivent dans l'instant immédiat, No- future. Ils veulent tout et tout de suite. La mort est la suite logique, ils n'en ont pas peur. Comme les terroristes, ils vivent un désir de mort. Ce désir est selon Saviano, le point de contact avec le djihadisme. le langage de la banlieue selon lui est violent et universel, comme le Rap. 
Encore plus effrayant que je ne le croyais en lisant! 
merci à Babélio et à Gallimard pour le livre et l'invitation!

Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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Guz
  15 octobre 2018
Miriam a fait une très bonne critique de ce livre ici même. Donc je ne souhaite pas répéter la même chose - En revanche je souhaite vous vous faire parvenir mes notes :
Rencontre avec Roberto SAVIANO – le 8 octobre 2018 – dans les murs de la Maison d'Edition GALLIAMARD pour la parution de son premier roman PIRANHAS – (en italien : LA PARANZA DEI BAMBINI.)
Ci-dessous quelques verbatims tirés de cette conférence :
« Un phénomène tout à fait nouveau : à Naples, les gamins de 14/5/16 ans deviennent des chefs mafieux. Pourtant ce ne sont pas des enfants qui ont faim, ils ne font pas partie de la mafia déjà établie.
C'est l'effondrement économique de la petite bourgeoise qui est à l'origine de ce phénomène.
Ils n'ont pas le temps d'attendre, leur projet est de gagner rapidement de l'argent -ils peuvent gagner 100 à 150 000 euro par mois- , en profiter et mourir.

Mourir n'est plus un risque mais une nécessité. Vieillir est une faute.

Ils veulent tout, tout de suite. Ils vont dans des magasins vendant des baskets et demandent une paire de chaque marque.

Il y en a un de 10 ans qui a braqué (si je me rappelle bien) un mafieux qui lui a dit « Mais je ne vais pas avoir peur d'un gamin de 10 ans ». le gamin en question a répondu : « J'ai mis 10 ans pour arriver à aujourd'hui, mais il me faut une seconde pour te tuer » et il a tiré et l'a tué ! (Il se peut que cette anecdote vient d'un autre interview !)

Un autre, mort à 19 ans, a laissé derrière lui une femme et deux enfants !

Ils commencent tôt et veulent tout de suite. Seul le présent compte. »

Lorsque Saviano a rencontré quelques un d'entre eux qui étaient en prison, ils lui ont demandé : « Quel âge as-tu ? »
« 38 ans » répondit Saviano au gamin qui rétorqua : «Tu as 38 ans, tu n'as toujours pas tué, tu n'es rien. »
« Je suis né à Naples et j'ai vu mon premier cadavre quand j'étais au collège. Je n'étais pas épouvanté mais ma curiosité a été fouettée. Après j'ai vu des dizaines de cadavres car avec mes amis on les cherchait. Des fois on s'approchait pour sentir le cadavre pour savoir ce qu'il avait mangé avant d'être tué. »

Saviano dit, en parlant des périphéries : « A Naples la périphérie se trouve au milieu de la ville. »
Il poursuit :
« Dans ma jeunesse : un bon mécanicien était respecté. Mais aujourd'hui tout a changé : la seule chose qui compte c'est l'Argent et cela est valable pour toutes les couches de la société. Celles d'en bas n'ont pas le temps de gagner de l'argent donc ces gamins choisissent cette voie. La société n'a pas apporté la sécurité nécessaire et maintenant le seul salut est devenu l'argent.
Quand on investit 1 000 euros dans le commerce de la drogue au bout d'un an on gagne 64 000 euros.
Si on investit plus, on gagne plus évidemment. Et avec cela on peut changer de vie. »

« le lien avec le DAESH est évident. Bien que catholiques, les jeunes de Naples crient « Allahu Akbar » avant de commettre leurs crimes. Ils laissent pousser leur barbe comme eux.
Les deux sont prêtes à mourir.
Il ne faut pas dire que la violence ne fait pas partie de la culture européenne. C'est quoi à Naples, si ce n'est de la violence ?

On me critique car avec mes livres il paraît que je donne des idées mais je ne raconte que la vérité. »



Quant à moi, j'ai posé la question suivante :

« Achat des votes, le crime organisé nourri par la chair fraiche, plus fort que l'Etat. Comment expliquez-vous que la démocratie soit à ce point tolérante ? D'après vous est-ce que la démocratie est devenue un leurre à ce stade de son existence ? »

Il répond : (mais je ne comprenais pas toujours ce que le traducteur traduisait – je compte lui écrire pour reposer mes questions).

« Question intéressante, dans les lieux que j'évoque, la démocratie manque.
Chez vous, dans les banlieues, la drogue est vendue par des maghrébins. Mais comment la drogue vient-elle jusqu'à eux ? En France, personne ne parle de la Mafia Corse ni des cartels. C'est un problème de démocratie, ce n'est pas un problème de répression policière. Comment lutter contre le capitalisme criminel. »

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Bigmammy
  01 octobre 2018
C'est une bande d'ados, ils n'ont pas plus de 16 ans … avec une famille avec des pères et des mères qui travaillent. Ils sont napolitains et biberonnés aux jeux vidéo et à leurs consoles : Assassins'Creed, Call of Duty, Breaking Bad, et vont – occasionnellement – au lycée.
Parmi eux, un ange blond : Nicolas, dit Maharadja. Car tous arborent un surnom … qui leur restera toute leur vie. Sauf que ces jeunes vivent dans un chaudron où la violence camorriste quotidienne fait partie du décor, de la tradition, suinte des murs. A deux sur leurs deux-roues pourraves, ils enfilent les ruelles en sens interdit, fondent sur les places de deal, rêvent d'égaler leurs aînés dont la plupart sont bouclés dans les prisons alentour comme à Poggioreale, l'enfer sur terre.
Depuis qu'il a dénoncé dans « Gomorra » les crimes de la Mafia, Roberto Saviano vit sous protection policière mais continue à décrire ce monde cruel, où l'on commence à entrer dès la sortie de l'enfance et parfois même avant.
La trajectoire de Nicolas, c'est la chronique d'une résistible ascension dans le cursus honorum du crime. Sous la fallacieuse tradition de la fraternité et de l'appartenance, de la soumission et de l'humiliation, de la punition et de la trahison, de la vengeance. Cet engrenage fatal va le conduire, parce qu'il est dans doute plus intelligent que ses copains et qu'il dégage un évidence charisme, à créer son gang personnel, sa paranza, la paranza des gamins, et à tailler des croupières aux caïds vieillissants de la drogue. Car personne ne se méfie de gamins, tout juste bons à s'entraîner à tirer dans les paraboles au-dessus des toits … dans un premier temps.
Comme son jeune héros, Roberto Saviano « est doué ». Il a « une façon bien à lui de voir les choses et de les exprimer, il sait capter les bruits du monde et trouver une langue pour les raconter », comme le dit le professeur de Nicolas. Les paroles peuvent tuer, comme les textos ou les photos sur les portables et aussi les regards : soit vides pires que l'insulte et la rébellion, soit le regard comme un territoire : regarder quelqu'un, c'est comme entrer lui par effraction, l'envahir … Il n'en faut pas plus pour déclencher la pire des humiliation pour le vengeur, voire le meurtre. Une sorte d'obligation si l'on veut rester crédible, s'imposer comme chef …
A Naples, on ne grandit pas, on naît dans la réalité et on la découvre peu à peu. Et, comme dans la série télévisée qui ne manquera pas d'être tournée d'après ce récit initiatique, après les épreuves et les rites de passage, avec en filigrane la transformation progressive de la personnalité du héros, sa découverte de son nouveau pouvoir et de nouveaux plaisirs, ainsi que ses pires souffrances. Terrifiant.
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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gilles3822
  18 novembre 2018
Trouver un qualificatif pour situer ce texte est compliqué. Nous sommes dans une fiction romanesque qui prend sa source dans une réalité peu connue. Ce livre serait passé inaperçu ou presque s'il n'avait été écrit par l'auteur de Gomorra, Roberto Saviano qui, depuis, vit sous protection policière. L'enquête a été adapté au cinéma et a eu un succès considérable à l'international. Ici, nous sommes à Naples, aujourd'hui, chez les ados ou pré-ados pour certains. le microcosme dont il est question n'est pas une peinture sociale destinée à faire pleurer dans les chaumières. Les gamins sont issus de classe moyenne, dont les parents travaillent, avec quelques difficultés certes, mais ne vivent pas dans des bidonvilles, sont scolarisés. Il y a néanmoins un terreau favorable à l'éclosion d'une criminalité ultra-violente : les trafics en tous genres fleurissent, la police est dépassée et quelques familles tiennent la rue, tradition napolitaine, argent vite gagné, vite dépensé, le tout sous les yeux envieux d'enfants nourris aux jeux vidéos et autres séries US. La frontière entre la virtualité et la réalité n'existe plus quand vous pouvez accéder au même rang que ceux que vous admirez, que vous pouvez servir, dans un premier temps, éliminer ensuite pour prendre leur place. C'est un jeu, hymne à la satisfaction immédiate des besoins les plus primaires, quel qu'en soit le prix. Tu t'affirmes en éliminant celui qui t'empêche de te faire plaisir, deviens le chef.
Aucune projection dans l'avenir n'est autorisée, celui-ci n'existe pas, vivre le présent, comme tous les ados, est le leitmotiv, seuls les moyens changent.
L'effarante réalité qui est décrite ici a-t-elle un équivalent ailleurs ?
Je ne sais pas.
Quand vous irez à Naples, pensez à eux.
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critiques presse (4)
LeSoir   22 octobre 2018
Avec « Piranhas », Roberto Saviano signe un premier roman aussi passionnant que terrifiant.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeMonde   12 octobre 2018
L’écrivain italien, auteur de « Gomorra », signe aujourd’hui un premier roman, « Piranhas », qui suit une bande de jeunes criminels napolitains. Percutant.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   09 octobre 2018
Le journaliste napolitain Roberto Saviano ne se laisse pas impressionner par les menaces reçues par la mafia napolitaine depuis son livre-enquête Gomorra. Avec Piranhas, il récidive sous la forme d’un premier roman basé sur des faits réels, dit-il.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   08 octobre 2018
L’écrivain italien signe un premier roman très inspiré de faits réels, « Piranhas », qui témoigne de l’apparition, à Naples, de gangs de très jeunes mafieux.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   16 septembre 2018
Le mot paranza vient de la mer. Lorsqu’on a vu le jour sur la côte, on connaît plus d’une mer. On est pris par elle, baigné, envahi, subjugué par elle. On peut passer toute sa vie ailleurs, elle continue à vous imprégner. Lorsqu’on a vu le jour sur la côte, on sait qu’il y a la mer du travail, la mer des départs et des retours, la mer dans laquelle se déversent les égouts, la mer qui isole. Le cloaque, l’issue de secours, la mer barrière infranchissable. Il y a la mer la nuit. La nuit, on sort pêcher. Dans un noir d’encre. Des blasphèmes et aucune prière. Le silence. Rien que le bruit du moteur. Petits et vermoulus, deux bateaux s’éloignent, si pleins que le poids de leurs phares suffirait à les faire couler. L’un se dirige vers la droite, l’autre vers la gauche, les phares avant qui servent pour attirer les poissons. Les phares. Lumières aveuglantes, électricité salée. Des éclats violents qui transpercent l’eau sans la moindre grâce et parviennent tout au fond. Ils effraient, les fonds marins, c’est comme voir où tout s’achève. N’y a-t-il que cela ? Ce mélange de pierres et de sable qui recouvre l’immensité ? Rien de plus ?
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mimo26mimo26   19 septembre 2018
Mange-merde

« Qu’est-ce que t’as à me regarder ?
— C’est bon, je te calcule pas.
— Alors pourquoi tu me mates ?
— Oh, mon frère, tu te trompes de bonhomme, j’en ai rien à foutre, moi ! »
Renatino était avec les autres, ils l’avaient repéré depuis longtemps dans cette forêt de corps, et quand il l’a compris ils étaient déjà quatre sur lui. Le regard est un territoire, une patrie. Regarder quelqu’un, c’est comme entrer chez lui par effraction. Fixer quelqu’un dans les yeux, c’est l’envahir. Ne pas les détourner, c’est affirmer son pouvoir.
Ils étaient installés au centre de la petite place enserrée dans un golfe d’immeubles, avec une seule voie d’accès, un seul café au coin et un unique palmier qui suffisait à lui donner une touche exotique. Cet arbre planté dans quelques mètres carrés de terre modifiait la vision qu’on avait des façades, des fenêtres et des portails, comme si le vent l’avait déposé sur la Piazza Bellini.
Aucun d’eux n’avait plus de seize ans. En s’approchant, chacun respirait l’haleine de l’autre. Le duel s’annonçait. Les yeux dans les yeux, prêt à fracasser le nez de l’autre d’un coup de tête. Mais Briato est alors intervenu, il s’est placé entre eux, un mur qui dessinait une frontière. « Tu veux toujours pas fermer ta gueule ? Tu continues ! Putain, même pas tu baisses les yeux… »

En effet, Renatino ne baissait pas les yeux de honte, mais s’il avait pu faire un geste de soumission, il se serait volontiers exécuté. Baisser la tête et même s’agenouiller. Il était seul contre plusieurs adversaires, et quand il faut vattere quelqu’un, le code de l’honneur ne compte pas. En napolitain, vattere ne signifie pas simplement frapper. Comme souvent avec la langue de la chair, c’est un verbe dont le sens déborde. Frapper, c’est ce que fait un policier, un enseignant. En revanche, vattere, c’est le geste de la mère, du père ou du grand-père, de la petite amie qui vous a surpris à lorgner une autre fille avec trop d’insistance.
Vattere, on le fait avec toute la force qu’on a, mû par un profond ressentiment et sans respecter aucune règle. Surtout, on le fait avec une sorte de proximité ambiguë, car il s’agit toujours de quelqu’un qu’on connaît. Les autres, on les cogne, on les frappe. On le fait avec ceux qui nous sont proches,
physiquement, culturellement ou affectivement, ceux qui font partie de notre vie. Ceux qui ne sont rien pour nous, on les frappe et c’est tout.
« Tu likes les photos de Letizia, tu fous tes commentaires partout et tu me mates sur la place ? » l’a accusé Nicolas. Tandis qu’il parlait, les aiguilles noires qu’il avait à la place des yeux transperçaient Renatino tel un insecte.
« Je te mate pas. Et si Letizia met ses photos en ligne, ça veut dire que je peux les liker et foutre des commentaires.
— Et donc, d’après toi, je devrais pas te vattere ?
— Eh, Nicolas, tu me casses les couilles. »
Nicolas s’est mis à le bousculer et à le secouer : les pieds de Renatino trébuchaient dans ceux qui l’encerclaient, son corps rebondissait sur les types qui faisaient mur devant Nicolas comme sur les bandes d’une table de billard. Briato l’a poussé vers Drago, qui l’a pris par un bras et jeté contre Tucano.
Celui-ci a fait mine de lui mettre un coup de boule, puis il l’a renvoyé vers Nicolas. Qui avait une meilleure idée.
« Eh, qu’est-ce que vous foutez ? Eh ! »
+ Lire la suite
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StelphiqueStelphique   10 octobre 2018
On pense toujours sont pour les adultes, mais plus jeune est la main qui manipule le chien, le chargeur et le canon, plus le fusil, la mitraillette le pistolet ou même la grenade est efficace. (…). Les armes sont faites pour les jeunes, pour les enfants. C’est vrai sous toutes les latitudes.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   30 septembre 2018
[...] l'Histoire ne compte pas, mon pote, maintenant tu le sauras. Justes et injustes, bons et mauvais, tous pareils. Sur son mur Facebook, il les avait alignés, le Duce hurlant à la fenêtre, le roi des Gaules s'inclinant devant César, Mohamed Ali qui aboie contre son adversaire étendu au sol. Forts ou faibles : c'est la seule vraie distinction. Et il savait de quel côté il fallait être.
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mimo26mimo26   19 septembre 2018
Mange-merde

« Qu’est-ce que t’as à me regarder ?
— C’est bon, je te calcule pas.
— Alors pourquoi tu me mates ?
— Oh, mon frère, tu te trompes de bonhomme, j’en ai rien à foutre, moi ! »
Renatino était avec les autres, ils l’avaient repéré depuis longtemps dans cette forêt de corps, et quand il l’a compris ils étaient déjà quatre sur lui. Le regard est un territoire, une patrie. Regarder quelqu’un, c’est comme entrer chez lui par effraction. Fixer quelqu’un dans les yeux, c’est l’envahir. Ne pas les détourner, c’est affirmer son pouvoir.
Ils étaient installés au centre de la petite place enserrée dans un golfe d’immeubles, avec une seule voie d’accès, un seul café au coin et un unique palmier qui suffisait à lui donner une touche exotique. Cet arbre planté dans quelques mètres carrés de terre modifiait la vision qu’on avait des façades, des fenêtres et des portails, comme si le vent l’avait déposé sur la Piazza Bellini.
Aucun d’eux n’avait plus de seize ans. En s’approchant, chacun respirait l’haleine de l’autre. Le duel s’annonçait. Les yeux dans les yeux, prêt à fracasser le nez de l’autre d’un coup de tête. Mais Briato est alors intervenu, il s’est placé entre eux, un mur qui dessinait une frontière. « Tu veux toujours pas fermer ta gueule ? Tu continues ! Putain, même pas tu baisses les yeux… »
En effet, Renatino ne baissait pas les yeux de honte, mais
s’il avait pu faire un geste de soumission, il se serait volontiers
exécuté. Baisser la tête et même s’agenouiller. Il était seul
contre plusieurs adversaires, et quand il faut vattere quelqu’un,
le code de l’honneur ne compte pas. En napolitain, vattere
ne signifie pas simplement frapper. Comme souvent avec la
langue de la chair, c’est un verbe dont le sens déborde. Frapper,
c’est ce que fait un policier, un enseignant. En revanche,
vattere, c’est le geste de la mère, du père ou du grand-père,
de la petite amie qui vous a surpris à lorgner une autre fille
avec trop d’insistance.
Vattere, on le fait avec toute la force qu’on a, mû par un
profond ressentiment et sans respecter aucune règle. Surtout,
on le fait avec une sorte de proximité ambiguë, car il s’agit
toujours de quelqu’un qu’on connaît. Les autres, on les cogne,
on les frappe. On le fait avec ceux qui nous sont proches,
physiquement, culturellement ou affectivement, ceux qui font
partie de notre vie. Ceux qui ne sont rien pour nous, on les
frappe et c’est tout.
« Tu likes les photos de Letizia, tu fous tes commentaires
partout et tu me mates sur la place ? » l’a accusé Nicolas. Tandis
qu’il parlait, les aiguilles noires qu’il avait à la place des
yeux transperçaient Renatino tel un insecte.
« Je te mate pas. Et si Letizia met ses photos en ligne, ça
veut dire que je peux les liker et foutre des commentaires.
— Et donc, d’après toi, je devrais pas te vattere ?
— Eh, Nicolas, tu me casses les couilles. »
Nicolas s’est mis à le bousculer et à le secouer : les pieds de
Renatino trébuchaient dans ceux qui l’encerclaient, son corps
rebondissait sur les types qui faisaient mur devant Nicolas
comme sur les bandes d’une table de billard. Briato l’a poussé
vers Drago, qui l’a pris par un bras et jeté contre Tucano.
Celui-ci a fait mine de lui mettre un coup de boule, puis il l’a
renvoyé vers Nicolas. Qui avait une meilleure idée.
« Eh, qu’est-ce que vous foutez ? Eh ! »
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Videos de Roberto Saviano (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Roberto Saviano
Roberto Saviano est né à Naples en 1979. Écrivain, essayiste et journaliste, il est notamment l?auteur de "Gomorra : Dans l?empire de la camorra" et d'"Extra pure : Voyage dans l?économie de la cocaïne", tous deux publiés aux éditions Gallimard. Il a remporté le Grand Prix de Cannes en tant que scénographe du film Gomorra et est le créateur de la série télévisée éponyme.
L'écrivain, sous surveillance depuis 2006 en raison des menaces reçues des organisations criminelles mentionnées dans ses écrits, était à Nancy à l'occasion de la parution de son nouveau roman, "Piranhas" (Gallimard). Un entretien exceptionnel conduit par Marie-Madeleine Rigopoulos, chargée de mission du Livre sur la Place, le 6 octobre 2018 à la préfecture de Meurthe-et-Moselle.
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Grandes oeuvres littéraires italiennes

Ce roman de Dino Buzzati traite de façon suggestive et poignante de la fuite vaine du temps, de l'attente et de l'échec, sur fond d'un vieux fort militaire isolé à la frontière du « Royaume » et de « l'État du Nord ».

Si c'est un homme
Le mépris
Le désert des Tartares
Six personnages en quête d'auteur
La peau
Le prince
Gomorra
La divine comédie
Décaméron
Le Nom de la rose

10 questions
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Thèmes : italie , littérature italienneCréer un quiz sur ce livre
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