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ISBN : 2072754046
Éditeur : Gallimard (04/10/2018)

Note moyenne : 3.52/5 (sur 79 notes)
Résumé :
Naples, quartier de Forcella. Nicolas Fiorillo vient de donner une leçon à un jeune homme qui a osé liker des photos de sa copine sur les réseaux sociaux. Pour humilier son ennemi, Nicolas n’est pas venu seul, il s’est entouré de sa bande, sa paranza : ils ont entre dix et dix-huit ans, ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité et la violence. Leurs modèles sont les super-héros et les parrains de la camorra. Leurs valeurs, l’argent et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
Stelphique
  09 octobre 2018
Ce que j'ai ressenti:
« La seule limite, c'est le ciel. »
Irradier d'audace à Forcella…
Nicolas Fiorillo et sa bande veulent le pouvoir, l'argent, le respect de Naples. Se frotter aux plus grands criminels, marcher dans les pas de la Camorra, souffler un nouveau vent de violence dans les rues de Forcella. La Paranza dei Bambini s'immisce comme la mer, en une vague rouge, virulente et sans peur, dans les plazza de la ville italienne. Leurs âges: entre 10 et 19 ans…Des enfants…Des petits Piranhas qui veulent se faire une place au soleil, avec de la blanche écume à portée de nez, des embruns de billets verts, des tempêtes de poudre noire, et de rouge craintes à faire jaillir…Les baby-gangs est le nouveau fléau, une toute nouvelle forme d'agressivité née de cette génération surexposée aux influences néfastes d'Internet, un nouvel essor de banditisme insoupçonné, qui fait ravage.
« -Pour devenir un enfant j'ai mis dix ans. Pour te mettre une balle dans la tronche je mettrai pas plus d'une seconde. »
Résister encore, et encore…
Roberto Saviano écrit, au péril de sa vie. Cela change énormément les perspectives de mon ressenti de lecture. 12 ans qu'il est sous protection policière, parce qu'il a osé dénoncer les agissements de la mafia. Ce n'est pas une vie, et pourtant, il ose défier la mort, en écrivant. Résister, toujours, avec une plume à la main, c'est terriblement courageux. Il nous revient, cette fois ci, avec un roman, engagé, pour parler d'un phénomène criminel en pleine croissance, et qui risque de prendre sa place dans les grandes villes, si nous n'y prenons pas garde…C'est en tout cas, toute l'appréhension que Roberto Saviano redoute…Il essaye de nous faire prendre conscience qu'entre sa fiction et la réalité, la ligne est très fine, à une maille de filet presque, parce que la détermination de ses paranza, il l'a vu dans leurs yeux, ils n'attendent rien, ces gamins: la mort est un capital pour eux, un but à atteindre…
« L'amour est un lien qui se brise. La peur n'abandonne jamais. »
Toute l'Italie est là…
J'aurai toujours une tendresse particulière à lire de la littérature italienne. Roberto Saviano, dépeint une Italie de toutes les passions, avec des mots qui claquent, des gestes qui heurtent, mais des coeurs enfiévrés d'amour…Ils n'ont pas peur de leurs sentiments, ils vibrent d'une intensité dévorante. En choisissant de romancer ce sujet très sensible, l'auteur nous permet de comprendre ce qui anime ses personnages, de rentrer plus intimement dans leurs émotions contrariées, de saisir un peu de leur fougue…Et c'est tout ce que j'adore retrouver dans l'Italie, ces liens d'amours, leurs regards fiers, les éclats de leurs vies…
« Ici, c'est comme ça : quand des gens se disputent, tout le monde le sait, tout le monde doit le savoir. Chaque insulte, chaque voix, chaque cri aigu rebondit sur le pavé des ruelles habitué aux escarmouches entre amoureux. »
Déployer ses ailes…
Piranhas est un premier tome d'un diptyque, qui voit s'élever un ange blond… Nicolas, avec l'insolence de sa jeunesse et la fureur de son ambition, est un héros qui n'a pas froid aux yeux, brûle de conquérir la ville, glace d'effroi ses ennemis, incendie le coeur de sa belle…En quelques faits, et surtout en pires méfaits, il devient un roi, Maharaja, maintient sous sa coupe un gang de gamins inconscients encore ébahis devant des films de vengeance mafieuse, et déverse un flot de sang hargneux et gerbes de balles sifflantes…Mais, il faut savoir que le sang appelle toujours le sang, et dans ses milieux, les faits de violence sont toujours exponentiels…Et cela, Nicolas, va l'apprendre dans son expérience de petit parrain des temps modernes, à l'ère de WhatsApp et de Youtube….
Même si, je suis curieuse de lire la suite de ces aventures napolitaines, je reste encore terriblement choquée de l'impact de cette lecture. Je n'arrive pas à assimiler qu'on soit à l'aube de ce monde là: des enfants mafieux…C'est effrayant…
Ce livre est un uppercut!
« On pense toujours sont pour les adultes, mais plus jeune est la main qui manipule le chien, le chargeur et le canon, plus le fusil, la mitraillette le pistolet ou même la grenade est efficace. (…). Les armes sont faites pour les jeunes, pour les enfants. C'est vrai sous toutes les latitudes. »

Ma note Plaisir de Lecture 9/10
Lien : https://fairystelphique.word..
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Fandol
  04 janvier 2019
Roberto Saviano a délaissé les enquêtes cette fois pour se lancer dans un roman à propos d'une bande de jeunes, âgés entre 10 et 18 ans, qui ont réussi à terroriser la ville de Naples en appliquant les méthodes de leurs aînés dont les meneurs étaient momentanément emprisonnés. Dans le titre original, apparaît le terme de paranza reprit souvent au cours du récit. Ce mot désigne ces bateaux qui pêchent la nuit en étourdissant les poissons avec de la lumière. Par extension, il désigne un groupe qui impose sa loi dans un quartier en contrôlant le trafic de drogue ou en extorquant de l'argent par la menace, l'intimidation, la violence.
Gomorra puis Extra-Pure étaient de terribles constats dont il me semble peu de leçons ont été tirées mais voilà que Piranhas est glaçant de violence car, l'auteur le confirme : « les personnages et les faits sont imaginaires, mais le milieu et la réalité sociale qui les ont produits sont authentiques. »
Ils ont tous des surnoms, dépendent encore de leurs parents, sont toujours scolarisés, en principe, mais chacun possède son scooter et c'est un formidable moyen pour circuler, s'échapper, séduire les filles et cet engin emmène plusieurs fois le lecteur dans de folles équipées en plein coeur de Naples : « À Naples, rouler signifie dépasser partout, sans se soucier des routes barrées, des sens interdits, des zones piétonnes. »
Cette lecture m'a emmené dans un véritable enfer, une histoire folle, souvent compliquée, embrouillée comme peuvent l'être ces réseaux mafieux prêts à tout pour prendre le pouvoir et ramasser le plus d'argent possible.
Dans cette ville à la population très dense, aux ruelles souvent inextricables, tout est possible malgré la police et les conséquences judiciaires des arrestations. Ces jeunes enfants-ados, emmenés par un garçon prêt à tout, d'une intelligence acérée, n'ont peur de rien, ne respectent même pas la vie, sèment la terreur jusqu'à ce que celle-ci frappe les êtres qui leur sont chers.
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Maquart
  08 janvier 2019
C'est sous forme de roman cette fois, que le courageux Roberto Saviano s'exprime.
Un roman basé sur des faits réels.
L'auteur de Gomorra, sous protection depuis ses révélations sur la mafia, raconte l'histoire de jeunes ados qui démarrent dans le trafic.
Ceux sont eux, les Piranhas.
C'est une nouvelle génération, Camorra 2.0, biberonnée aux réseaux sociaux et séries télés, chaussée des dernières baskets à la mode et qui vit dans une société de consommation frustrante au plus haut point pour qui n'en a pas les moyens.
Nous sommes à Naples, quartier Forcella.
Quand on propose à Nicolas et sa bande, tous âgés d'une quinzaine d'année, de travailler pour Copacabana, ils acceptent.
Ce n'est pas vendre de la came qui les intéressent, c'est gagner du fric, beaucoup de fric.
« Get Rich or Die Tryin'» comme le dit le rappeur 50 Cent.
Des jeunes qui aiment les forts sans distinction : de Mohamed Ali à Mussolini.
Avec Machiavel pour guide.
Et leurs mères qui se demandent comment leurs fils en sont arrivés là…
Et les pères, qui n'ont pour eux aucune dignité, en travaillant pour des salaires qu'ils considèrent de misère.
Et puis c'est l'engrenage, l'achat du premier flingue…
Des enfants qui jouent aux cow-boys avec des vraies balles…
Il y a une scène incroyable où, des plus jeunes encore, rackettent des mères de famille pour acheter la tranquillité des bacs à sable !
Nicolas, le personnage principal, alterne entre un romantisme niais avec sa copine et des actes de violence de plus en plus dangereux…
Naples est présentée comme une ville gouvernée par des gangs mafieux et armée jusqu'aux dents.
Avec des flics impuissants (ou corrompus).
Et des touristes insouciants qui s'y baladent.
C'est tragique, terrifiant de par la jeunesse des protagonistes et très réussi.
Une suite est prévue.
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Cancie
  03 janvier 2019
Avec l'immense Gomorra, Roberto Saviano avait brisé l'omerta qui régnait en maître autour de la mafia napolitaine. Avec Extra-pure, c'est dans un voyage au coeur de l'économie de la cocaïne qu'il nous avait emmenés. Son dernier livre, premier roman traduit en français, est Piranhas dont le titre original est La paranza dei bambini.
Ce terme de paranza, nom qui désigne les chaluts de pêche qui vont prendre des poissons qu'on a trompés avec la lumière, est devenu le surnom des groupes de camorristes qui pullulent à Naples. La paranza dei bambini pourrait se traduire par escadron d'enfants ou encore gang des enfants, enfants âgés le plus souvent de 10 à 18 ans.
C'est encore une enquête mais cette fois, Roberto Saviano rentre dans la tête des personnages et les fait penser. Ces personnages et les faits rapportés sont imaginaires mais le milieu et la réalité sociale sont authentiques, comme l'auteur lui-même l'a confirmé.
Le roman se déroule à Naples, dans le quartier de Forcella, un des lieux les plus tristement célèbres de la vie mafieuse, au coeur de la ville. Il débute ainsi : Nicolas Fiorillo donne une leçon à un jeune Renatino qui a osé liker des photos de sa copine sur les réseaux sociaux, leçon choc qui nous laissera sous le choc nous aussi ! Ça débute fort !
Nous sommes face à une jeunesse shootée aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux. Nicolas et sa bande de copains, pour éviter de vivre la vie miséreuse ou tout simplement ordinaire de leurs parents, veulent prendre en main leur destin et pour cela empruntent les chemins de la violence, des trafics, de la mafia.
Au départ, ils ne sont pas à la marge et pas non plus issus de familles mafieuses. Nicolas est même assez doué scolairement. Mais ils ont soif d'argent, ils veulent briller. Leurs valeurs sont l'argent mais surtout le pouvoir !
Ils commencent par sillonner les rues de Naples avec leurs scooters pour chaparder puis n'hésitent pas à menacer, racketter pour finalement flinguer. Leur souhait : occuper la place laissée vacante par les anciens mafieux.
Ils veulent vivre, vite, tout de suite, mourir jeune ne les effraie pas.
Piranhas, roman inspiré de la réalité, décrit un univers glaçant inspiré d'une logique qui s'apparente à celle qui gouverne notre société contemporaine.
Tout au long du bouquin, j'ai suivi ces jeunes en me laissant parfois attendrir par leur comportement alors que je pourrais qualifier leurs actes d'inimaginables. C'est un roman qui fait froid dans le dos et il semble quasiment impossible pour ces familles d'échapper à ce monstre qu'est la mafia et d'en préserver leurs enfants.
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miriam
  08 octobre 2018
Roberto Saviano, pour avoir écrit Gomorra et Extra Pure, reportage sur la Camorra napolitaine, vit sous protection policière depuis plusieurs années. Ses livres et les adaptations en film ou télévisées sont régulièrement attaquées. de la non-fiction narrative, Saviano est passé à l'écriture d'un roman de fiction très alimentée par la réalité. 
Dès que j'ai ouvert le livre, j'ai failli le refermer. le premier chapitre Mange-merde m'a paru difficilement soutenable. Humiliation d'un petit et humiliation diffusée sur les Réseaux Sociaux.
  Dois-je vraiment lire cela?
La limite entre la complaisance, le plaisir de lire des horreurs et la curiosité est vraiment floue. 
Surtout que cela empire par la suite. Dès que ces adolescents, encore des enfants pour certains, se procurent des armes, ils passent très vite au meurtre. Meurtres gratuits tout d'abord, pour s'entraîner pour vérifier  les tutoriels sur lesquels ils apprennent le maniement des armes. Chevauchées infernales sur leurs motos, terreur des passants. On se croirait au cinéma, ou dans un jeu vidéo. Et puis conquête d'un pouvoir, d'un territoire. Luttes avec d'autres bandes. Luttes à mort. 
Aucune perspective si ce n'est la consommation immédiate de biens dérisoires. Une entrée dans une boîte clinquante au Posilippo, du champagne, de la coke...et toujours des armes, des actions d'éclat au goût du sang. 
Suis-je forcée de lire cela?
Et bien, je me suis laissée embarquer jusqu'au final, au meurtre d'un enfant.  Logique, inévitable. Tragédie totale qui mettra peut être le point final à la lecture mais pas à l'engrenage dans lequel les pirhanas sont entraînés. C'est bien écrit! Cela se lit bien. Mais cela me met mal à l'aise. Loin de moi le reproche qu'on a fait à l'auteur de pousser les adolescents à la violence, lire Saviano ne me fera commettre aucun délit mafieux! 
Doit-on censurer ces images insoutenables comme celles de Daech? Faire des procès à ceux qui les regardent? Lien entre  terrorisme et violence des gangs mafieux. Ce n'est pas moi qui le fais, c'est Saviano lui-même. Ces enfants écrivent les louanges des islamistes sur leur mur Facebook, même s'ils sont de bons catholiques qui vont brûler des cierges à la Madone. 

Saviano dédicace ses livres et je fais la queue avec mon exemplaire!
C'est en écoutant Saviano (La Grande Librairie), en lisant ses interviews du Monde, etc... que j'ai compris. Pirhanas est le développement romanesque de faits divers "une histoire incroyable"ayant vraiment eu lieu. Une bande d'enfants d'adolescents de 14 à 19 ans a vraiment pris le pouvoir sur Naples à une époque où les parrains se sont retrouvés en prison et où le territoire était à prendre. le jeune  chef de bande n'est pas une fiction, même si le personnage est inventé. Pour écrire les dialogues, l'auteur s'est basé sur des écoutes téléphoniques authentiques. 
J'ai eu le privilège d'avoir une invitation dans les salons de Gallimard et d'écouter Saviano. D'après lui, ces enfants sont des "génies criminels" des "enfants prodiges" qui ont su exploiter un vide de pouvoir pour développer le commerce de la drogue. Ce ne sont pas des enfants poussés par la misère, ce sont les enfants d'une petite bourgeoisie dont le pouvoir économique s'effondre. Logique capitaliste ou logique mafieuse? Ils ont compris qu'avec un investissement de 5000€, l'économie de la drogue pouvait les rendre multimillionnaires. Et pour la mise de départ, il faut des armes, des extorsions, des braquages. Mais pour garder le pouvoir, le territoire, il faut maintenir la terreur et la mort.  
La différence entre les enfants-pirhanas et les parrains traditionnels adultes, c'est que les enfants vivent dans l'instant immédiat, No- future. Ils veulent tout et tout de suite. La mort est la suite logique, ils n'en ont pas peur. Comme les terroristes, ils vivent un désir de mort. Ce désir est selon Saviano, le point de contact avec le djihadisme. le langage de la banlieue selon lui est violent et universel, comme le Rap. 
Encore plus effrayant que je ne le croyais en lisant! 
merci à Babélio et à Gallimard pour le livre et l'invitation!

Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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critiques presse (4)
LeSoir   22 octobre 2018
Avec « Piranhas », Roberto Saviano signe un premier roman aussi passionnant que terrifiant.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeMonde   12 octobre 2018
L’écrivain italien, auteur de « Gomorra », signe aujourd’hui un premier roman, « Piranhas », qui suit une bande de jeunes criminels napolitains. Percutant.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   09 octobre 2018
Le journaliste napolitain Roberto Saviano ne se laisse pas impressionner par les menaces reçues par la mafia napolitaine depuis son livre-enquête Gomorra. Avec Piranhas, il récidive sous la forme d’un premier roman basé sur des faits réels, dit-il.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   08 octobre 2018
L’écrivain italien signe un premier roman très inspiré de faits réels, « Piranhas », qui témoigne de l’apparition, à Naples, de gangs de très jeunes mafieux.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (73) Voir plus Ajouter une citation
MarymayMarymay   19 mars 2019
Ils se fichaient de la manière ont on gagnait de l'argent, l'important était d'en avoir et de le monter, de posséder voitures, vêtements, montres, d’être adulé par les femmes et envié par les hommes.
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mimo26mimo26   19 septembre 2018
Mange-merde

« Qu’est-ce que t’as à me regarder ?
— C’est bon, je te calcule pas.
— Alors pourquoi tu me mates ?
— Oh, mon frère, tu te trompes de bonhomme, j’en ai rien à foutre, moi ! »
Renatino était avec les autres, ils l’avaient repéré depuis longtemps dans cette forêt de corps, et quand il l’a compris ils étaient déjà quatre sur lui. Le regard est un territoire, une patrie. Regarder quelqu’un, c’est comme entrer chez lui par effraction. Fixer quelqu’un dans les yeux, c’est l’envahir. Ne pas les détourner, c’est affirmer son pouvoir.
Ils étaient installés au centre de la petite place enserrée dans un golfe d’immeubles, avec une seule voie d’accès, un seul café au coin et un unique palmier qui suffisait à lui donner une touche exotique. Cet arbre planté dans quelques mètres carrés de terre modifiait la vision qu’on avait des façades, des fenêtres et des portails, comme si le vent l’avait déposé sur la Piazza Bellini.
Aucun d’eux n’avait plus de seize ans. En s’approchant, chacun respirait l’haleine de l’autre. Le duel s’annonçait. Les yeux dans les yeux, prêt à fracasser le nez de l’autre d’un coup de tête. Mais Briato est alors intervenu, il s’est placé entre eux, un mur qui dessinait une frontière. « Tu veux toujours pas fermer ta gueule ? Tu continues ! Putain, même pas tu baisses les yeux… »

En effet, Renatino ne baissait pas les yeux de honte, mais s’il avait pu faire un geste de soumission, il se serait volontiers exécuté. Baisser la tête et même s’agenouiller. Il était seul contre plusieurs adversaires, et quand il faut vattere quelqu’un, le code de l’honneur ne compte pas. En napolitain, vattere ne signifie pas simplement frapper. Comme souvent avec la langue de la chair, c’est un verbe dont le sens déborde. Frapper, c’est ce que fait un policier, un enseignant. En revanche, vattere, c’est le geste de la mère, du père ou du grand-père, de la petite amie qui vous a surpris à lorgner une autre fille avec trop d’insistance.
Vattere, on le fait avec toute la force qu’on a, mû par un profond ressentiment et sans respecter aucune règle. Surtout, on le fait avec une sorte de proximité ambiguë, car il s’agit toujours de quelqu’un qu’on connaît. Les autres, on les cogne, on les frappe. On le fait avec ceux qui nous sont proches,
physiquement, culturellement ou affectivement, ceux qui font partie de notre vie. Ceux qui ne sont rien pour nous, on les frappe et c’est tout.
« Tu likes les photos de Letizia, tu fous tes commentaires partout et tu me mates sur la place ? » l’a accusé Nicolas. Tandis qu’il parlait, les aiguilles noires qu’il avait à la place des yeux transperçaient Renatino tel un insecte.
« Je te mate pas. Et si Letizia met ses photos en ligne, ça veut dire que je peux les liker et foutre des commentaires.
— Et donc, d’après toi, je devrais pas te vattere ?
— Eh, Nicolas, tu me casses les couilles. »
Nicolas s’est mis à le bousculer et à le secouer : les pieds de Renatino trébuchaient dans ceux qui l’encerclaient, son corps rebondissait sur les types qui faisaient mur devant Nicolas comme sur les bandes d’une table de billard. Briato l’a poussé vers Drago, qui l’a pris par un bras et jeté contre Tucano.
Celui-ci a fait mine de lui mettre un coup de boule, puis il l’a renvoyé vers Nicolas. Qui avait une meilleure idée.
« Eh, qu’est-ce que vous foutez ? Eh ! »
+ Lire la suite
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SZRAMOWOSZRAMOWO   16 septembre 2018
Le mot paranza vient de la mer. Lorsqu’on a vu le jour sur la côte, on connaît plus d’une mer. On est pris par elle, baigné, envahi, subjugué par elle. On peut passer toute sa vie ailleurs, elle continue à vous imprégner. Lorsqu’on a vu le jour sur la côte, on sait qu’il y a la mer du travail, la mer des départs et des retours, la mer dans laquelle se déversent les égouts, la mer qui isole. Le cloaque, l’issue de secours, la mer barrière infranchissable. Il y a la mer la nuit. La nuit, on sort pêcher. Dans un noir d’encre. Des blasphèmes et aucune prière. Le silence. Rien que le bruit du moteur. Petits et vermoulus, deux bateaux s’éloignent, si pleins que le poids de leurs phares suffirait à les faire couler. L’un se dirige vers la droite, l’autre vers la gauche, les phares avant qui servent pour attirer les poissons. Les phares. Lumières aveuglantes, électricité salée. Des éclats violents qui transpercent l’eau sans la moindre grâce et parviennent tout au fond. Ils effraient, les fonds marins, c’est comme voir où tout s’achève. N’y a-t-il que cela ? Ce mélange de pierres et de sable qui recouvre l’immensité ? Rien de plus ?
+ Lire la suite
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mimo26mimo26   19 septembre 2018
Mange-merde

« Qu’est-ce que t’as à me regarder ?
— C’est bon, je te calcule pas.
— Alors pourquoi tu me mates ?
— Oh, mon frère, tu te trompes de bonhomme, j’en ai rien à foutre, moi ! »
Renatino était avec les autres, ils l’avaient repéré depuis longtemps dans cette forêt de corps, et quand il l’a compris ils étaient déjà quatre sur lui. Le regard est un territoire, une patrie. Regarder quelqu’un, c’est comme entrer chez lui par effraction. Fixer quelqu’un dans les yeux, c’est l’envahir. Ne pas les détourner, c’est affirmer son pouvoir.
Ils étaient installés au centre de la petite place enserrée dans un golfe d’immeubles, avec une seule voie d’accès, un seul café au coin et un unique palmier qui suffisait à lui donner une touche exotique. Cet arbre planté dans quelques mètres carrés de terre modifiait la vision qu’on avait des façades, des fenêtres et des portails, comme si le vent l’avait déposé sur la Piazza Bellini.
Aucun d’eux n’avait plus de seize ans. En s’approchant, chacun respirait l’haleine de l’autre. Le duel s’annonçait. Les yeux dans les yeux, prêt à fracasser le nez de l’autre d’un coup de tête. Mais Briato est alors intervenu, il s’est placé entre eux, un mur qui dessinait une frontière. « Tu veux toujours pas fermer ta gueule ? Tu continues ! Putain, même pas tu baisses les yeux… »
En effet, Renatino ne baissait pas les yeux de honte, mais
s’il avait pu faire un geste de soumission, il se serait volontiers
exécuté. Baisser la tête et même s’agenouiller. Il était seul
contre plusieurs adversaires, et quand il faut vattere quelqu’un,
le code de l’honneur ne compte pas. En napolitain, vattere
ne signifie pas simplement frapper. Comme souvent avec la
langue de la chair, c’est un verbe dont le sens déborde. Frapper,
c’est ce que fait un policier, un enseignant. En revanche,
vattere, c’est le geste de la mère, du père ou du grand-père,
de la petite amie qui vous a surpris à lorgner une autre fille
avec trop d’insistance.
Vattere, on le fait avec toute la force qu’on a, mû par un
profond ressentiment et sans respecter aucune règle. Surtout,
on le fait avec une sorte de proximité ambiguë, car il s’agit
toujours de quelqu’un qu’on connaît. Les autres, on les cogne,
on les frappe. On le fait avec ceux qui nous sont proches,
physiquement, culturellement ou affectivement, ceux qui font
partie de notre vie. Ceux qui ne sont rien pour nous, on les
frappe et c’est tout.
« Tu likes les photos de Letizia, tu fous tes commentaires
partout et tu me mates sur la place ? » l’a accusé Nicolas. Tandis
qu’il parlait, les aiguilles noires qu’il avait à la place des
yeux transperçaient Renatino tel un insecte.
« Je te mate pas. Et si Letizia met ses photos en ligne, ça
veut dire que je peux les liker et foutre des commentaires.
— Et donc, d’après toi, je devrais pas te vattere ?
— Eh, Nicolas, tu me casses les couilles. »
Nicolas s’est mis à le bousculer et à le secouer : les pieds de
Renatino trébuchaient dans ceux qui l’encerclaient, son corps
rebondissait sur les types qui faisaient mur devant Nicolas
comme sur les bandes d’une table de billard. Briato l’a poussé
vers Drago, qui l’a pris par un bras et jeté contre Tucano.
Celui-ci a fait mine de lui mettre un coup de boule, puis il l’a
renvoyé vers Nicolas. Qui avait une meilleure idée.
« Eh, qu’est-ce que vous foutez ? Eh ! »
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StelphiqueStelphique   10 octobre 2018
On pense toujours sont pour les adultes, mais plus jeune est la main qui manipule le chien, le chargeur et le canon, plus le fusil, la mitraillette le pistolet ou même la grenade est efficace. (…). Les armes sont faites pour les jeunes, pour les enfants. C’est vrai sous toutes les latitudes.
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Vidéo de Roberto Saviano
Roberto Saviano est né à Naples en 1979. Écrivain, essayiste et journaliste, il est notamment l?auteur de "Gomorra : Dans l?empire de la camorra" et d'"Extra pure : Voyage dans l?économie de la cocaïne", tous deux publiés aux éditions Gallimard. Il a remporté le Grand Prix de Cannes en tant que scénographe du film Gomorra et est le créateur de la série télévisée éponyme.
L'écrivain, sous surveillance depuis 2006 en raison des menaces reçues des organisations criminelles mentionnées dans ses écrits, était à Nancy à l'occasion de la parution de son nouveau roman, "Piranhas" (Gallimard). Un entretien exceptionnel conduit par Marie-Madeleine Rigopoulos, chargée de mission du Livre sur la Place, le 6 octobre 2018 à la préfecture de Meurthe-et-Moselle.
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