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ISBN : 2070138623
Éditeur : Gallimard (30/10/2014)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 1432 notes)
Résumé :
"Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C'était la vie, un point c'est tout: et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile."
Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu'elles soient douées pour les études, ce n'est pas la voie qui leur est promise.
Lila abandonne l'école pour travailler da... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (334) Voir plus Ajouter une critique
michfred
06 janvier 2016
Histoire d'une amitié. Histoire d'une possession et d'une émancipation.
Histoire d'école. Histoire d'une éducation, d'une accession au savoir, histoire d'une libération.
Histoire du passage de l'enfance à l'adolescence féminine. Histoire de deux femmes. Histoire des femmes.

Histoire d'un quartier pauvre de Naples dans les années cinquante. Histoire du mezzo giorno italien pendant les 30 glorieuses. Histoire d'une classe sociale défavorisée aux prises avec le boom économique.
Histoire intime, familiale, sociale, politique.
L'amica geniale, en français: L'amie prodigieuse est tout cela à la fois et bien plus encore!
L'amitié d'abord -et surtout! Elena,dite Lenù, la narratrice, et Lila, son amie, sont indéfectiblement liées depuis leur enfance: leurs peurs, leurs rêves, leurs poupées, leurs coups de folie ou leurs coups bas, elles partagent tout..
Un partage peu paritaire pourtant: Lila, petite maigre, noire, fougueuse, rebelle a sur Elena un ascendant impérial: c'est elle qui est à l'initiative de tout, elle qui incite, qui fomente, qui provoque...Elle fait penser au neveu de Rameau , à ces "originaux" dont Diderot disait : "leur caractère tranche avec celui des autres, et 'ils rompent cette fastidieuse uniformité que notre éducation, nos conventions de société, nos bienséances d'usage ont introduite. S'il en paraît un dans une compagnie; c'est un grain de levain qui fermente qui restitue à chacun une portion de son individualité naturelle. Il secoue, il agite; il fait approuver ou blâmer; il fait sortir la vérité; il fait connaître les gens de bien; il démasque les coquins..." Lila, c'est le grain de levain qui fait naître chez la timide Elena sa propre individualité. Elles sont toutes deux en rivalité permanente: comme dans une balançoire à deux places: quand l'une est en haut, l'autre retombe lourdement au sol..jusqu'à la poussée de talons qui la propulse à son tour en position dominante.. Une amitié dévorante aussi, faite de jalousie, de frustration et d'un insatiable désir de possession. Une amitié passionnée, passionnelle même.
L'école joue son rôle dans cette passion-là: Lila est "géniale"- on dirait aujourd'hui surdouée- elle lit, comprend, écrit plus vite et plus brillamment que tous les élèves de la petite école populaire où elle devient une sorte de phénomène. Mais sa famille l'empêche de continuer ses études. Elena, elle -toujours ce jeu de balançoire- monte les échelons, et réussit..talonnée qu'elle est par Lila qui apprend le latin et le grec toute seule en empruntant des livres à la bibliothèque. Sans cet aiguillon qui la stimule Elena n'aurait pas atteint l'aisance qui est la sienne: la voici bientôt au lycée, soutenue et poussée par ses maîtres. Lila, elle, semble avoir abandonné la partie.
C'est que -toujours la balançoire- son corps tout à coup a fait d'elle une liane sinueuse et suggestive. Et soudain les garçons n'ont plus d'yeux que pour elle, éclipsant Elena, trop ronde, pleine d'acné, cachée derrière ses lunettes d'intellectuelle. Mieux vaut être la première ...à Naples que la deuxième à Rome: Lila règne en reine capricieuse sur tous ces petits machos napolitains qui font la roue, comme des paons, autour d'elle, mais elle sait où elle veut aller: en haut.
Les études, c'est trop long, et puis son père, cordonnier et son frère Rino refusent de la voir partir pour d'autres sphères et réclament son aide à l'atelier. Ils auront plus que cela: Lila a d'autres rêves pour eux. Les siens. Une boutique de chaussures sur mesure, dans ce quartier pouilleux de Naples où beaucoup d'enfants n'ont jamais vu la mer, et où personne ne peut se payer un tel luxe. Elle les dessine , ces chaussures de rêve, elle les façonne même en cachette de son père..
Pour donner corps à ce rêve d'ascension sociale par le commerce, il faut un mécène: Lila en trouve un parmi ses nombreux prétendants, il est épicier, ne parle qu'en dialecte, n'a ni le brio ni l'intelligence de Lila mais il a la maturité, le calme et le sens des affaires qui semblent pour elle la voie du salut.
Je ne vous dirai pas quel rôle jouent les chaussures de Lila dans ce récit envoûtant, captivant, magnétique..Comme les poupées des fillettes lâchées dans la cave à charbon du terrible Don Achille, ces chaussures vont faire leur chemin, à travers le dédale des petites rues grouillantes de vie de ce quartier de Naples déshérité, déchiré de querelles et de conflits, et si âprement tendu vers la réussite proposée par la conjoncture, ouverte, d'une économie italienne en plein essor...On est à la fois dans une chronique socio-économique et dans l'univers des contes: l'ogre des contes -Don Achille- , le petit poucet qui cherche sa trace -Lila ou Léna, à tour de rôle- , la bonne fée marraine - Mme Oliviero l'institutrice- ,la sorcière qui louche et qui boîte- la mère d'Elena- , la pantoufle de vair et le prince charmant - deux versions: Stefano, version économique, Nino version intellectuelle...retrouvent ici une vie nouvelle, moderne, parfois virulente..
Les silhouettes de toutes ces familles émaillent le récit: pères laborieux, souvent tyranniques, mères possessives, souvent au foyer, parfois folles d'abandon- la figure pathétique de Melina - filles sous haute surveillance sitôt la puberté annoncée, garçons apprenant très vite leur rôle de petit mâle arrogant ou protecteur.. Et aussi quelques figures atypiques: Donato Sarratore, le cheminot-poète - et aussi prédateur insidieux, Pasquale le maçon communiste, Nino l'intellectuel inaccessible, Antonio le mécanicien courageux, les frères Solara, futurs maffiosi et nouveaux petits chefs du quartier...
Une fresque haute en couleurs qu'on a un mal fou à quitter...heureusement la suite existe...et je vais m'y plonger très vite!!!
Une lecture addictive, presque autant que la belle ville de Naples, ses îles proches, son volcan mythique et menaçant...En lisant, vous aurez des envies de pizza croquante, de fruits gorgés de soleil, de bains dans l'eau bleue...et surtout tellement, tellement envie de croiser Lila, la belle ravageuse, ou Lenù la chroniqueuse impitoyable de cette amitié ..prodigieuse!
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marina53
11 juillet 2016
Naples, années 50. Lila et Elena habitent dans un quartier pauvre de Naples. Deux gamines qui font connaissance sur les bancs de l'école. Et qui, au fil des jours, vont s'apprivoiser. Naîtra ainsi une amitié passionnelle au coeur de laquelle s'entremêlent à la fois jalousie, envie, compétition et admiration. Tandis que Lila est petite, menue, déterminée, fascinante, fougueuse, intelligente, parfois méchante, Elena, elle, est calme et posée. Deux parcours de vie en apparente opposition...
Premier tome d'une tétralogie, "L'amie prodigieuse" nous plonge en plein dans l'Italie, plus précisément à Naples, au cours des années 50 et 60. L'on fait connaissance avec Elena et Lila, deux gamines aussi différentes que complémentaires et l'on suit leur parcours, depuis l'école primaire jusqu'à l'adolescence. Elena Ferrante, dont l'identité reste visiblement un mystère, nous décrit avec moult détails le quotidien de ces deux héroïnes, à la fois proches et rivales. Chacune se battra pour se faire une place dans une société italienne en plein boom. Autour d'elles, un mari jaloux, des frères mafieux, des amis dévoués... En toile de fond, un parti communiste en plein essor, la Camorra... Un roman d'apprentissage riche et passionnant de bout en bout qui traite aussi bien de l'amour, de l'amitié, de la condition des femmes, de l'ascension sociale, de l'âpreté de la vie... Des portraits touchants et terriblement attachants portés par une écriture vivante et étoffée.
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patrick75
13 février 2016
C'est avec les yeux et la voix de "Lenù" qu' Elena Ferrante nous dresse le portrait saisissant d'habitants d'un quartier populaire napolitain des années cinquante. La misère, les haines ancestrales crées une tension exacerbée par la présence "Camorriste". C'est à croire qu'ils ont emprunté le caractère de leur voisin, le Vésuve. C'est ici que sont nées Lenuccia Greco et Lina Cerullo dont l'amitié est le fil conducteur de l'ouvrage. Je me suis laissé "bercer" par cette écriture et par l'histoire de ces deux gamines. Ecris sans lourdeur, avec précision, il dévoile un véritable talent d'écrivain, capable de nous faire oublier l'ici et maintenant et de nous transporter la-bas et hier.
Il fait partie des livres qui dès qu'on le pose quelque part, vous manque déjà.
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Kittiwake
05 mai 2016
Quel bonheur que cette plongée au coeur de l'Italie du Sud des années cinquante!
La parole est donnée à Elena, que l'on avertit de la disparition de son amie, Lila,âgée de 66 ans. Une facétie de plus, une de trop de la part de cette rebelle de naissance. C'est pour cette raison qu'Elena décide de cocher sur le papier l'histoire de cette amitié étrange.
Naples, en plein milieu du vingtième siècle est une ville de violence. Celle des enfants entre eux, des parents envers les enfants, des adultes : personne n'y échappe. Violence verbale, coups de poings faciles, meurtres… La mort est un aléa, qu'elle soit naturelle ou accidentelle :
« Notre monde était ainsi, plein de mots qui tuaient : le croup, le tétanos, le typhus pétéchial, la gaz, la guerre, la toupie, les décombres, le travail, le bombardement, la bombe, la tuberculose, la suppuration ».
Le destin eut été écrit pour ces enfants, si leur institutrice n'avait pas repéré les qualités exceptionnelles des deux petites, celles de Lila Cerullo surtout :
« -Qui t'as appris à lire et à écrire, Cerullo?- Cerullo, menue, les cheveux, les yeux et la blouse tout noirs, un noeud rose autour du cou, et six années de vue seulement, répondit : -moi. »

Lila tire Elena vers le haut dans une concurrence sans merci. L'autorité de l'enseignante n'est pas contestée : elle réussit à obtenir des parents d'Elena que celle-ci poursuive ses études au collège puis au lycée. Lila reste sur le bas-côté et échoue sur le chemin de la promotion sociale. Pas par manque de compétences, loin de là.
Avec l'adolescence, les deux filles s'éloignent l'une de l'autre, même si Lila s'accroche en autodidacte pour acquérir les connaissances auxquelles elle n'a pas accès. La rupture arrive avec les affres des premières amours.
Le caractère hors norme de Lila, la hargne qui anime Elena attirée par cette fille comme un papillon vers la lumière, et le contraste entre le conformisme du milieu populaire peu enclin au changement créent une fascination irrésistible pour le lecteur.
Quelle chance d'avoir laissé passer le temps depuis la parution première de ce tome de ce qui s'annonce être une saga : point n'est besoin d'attendre la sortie et la traduction de la suite des aventures des deux napolitaines, tout est là à portée de mains.

Le mystère autour de l'auteur (des auteurs?) qui n'a jamais accordé un interview contribue au succès éditorial, mais la lecture du récit évacue le doute : quel que soit l'écrivain qui se cache derrière ce pseudo, le talent est là, relayé par une traduction qui se fait oublier.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Annette55
01 mai 2016
Deux amies, Elena et Lila vivent dans un quartier défavorisé de la ville de Naples, à la fin des années 50 .
Leurs familles sont pauvres, bien qu'elles soient aptes à continuer leurs études, ce n'est pas la voie qui leur est promise......
Lila, la surdouée, abandonne rapidement l'école pour travailler avec son pére et son frére dans leur échoppe de cordonnier.
En revanche, Elena, soutenue par son institutrice , ira au collége puis au lycée.
Durant cette période, les jeunes filles se transforment physiquement et psychologiquement .
Lila, rebelle, emportée, incroyablement intelligente, secrète, acérée, révèle très peu les souffrances qui l'habitent.Elle fascine et inquiète Elena la narratrice, qui apprend le grec et le latin, se cultive, beaucoup plus calme et consensuelle..
Elles s'entraident , prennent part l'une à l'autre , lisent et rêvent d'écrire un livre à quatre mains pour devenir riches.......
Elles se débattent dans leurs conflits, on ressent leurs tâtonnements , leurs hésitations,.
Leurs chemins parfois se croisent, d'autres fois s'écartent avec pour toile de fond une Naples dure, violente, en ébullition , sombre où la réalité sociale âpre , "la plébe " , les humbles se confrontent et souffrent. Les rues sont sales , poussiéreuses, la campagne défigurée par les nouveaux immeubles et la violence présente dans chaque maison.....
Dans les familles, les uns crient, les autres s'insultent.
Les pères frappent leurs enfants.Les frères cognent pour un regard déplacé.
Les familles Cerullo, Grego, Caracci, Peluso et les autres se côtoient, rivalisent, se craignent, se jalousent, "une crainte - rancune- haine- acquiescement -que les parents manifestent à l'égard des familles qui se transmet aux enfants "
Les garçons peuvent distribuer gifles, coups et menaces en bande et se tabasser à qui mieux mieux........certains friment , paradent au volant de la Millecento.....
Une force et un lien indéfectible unissent Elena et Lila.
Elena Ferrante trace le portrait de ces héroïnes inoubliables tout en acuité,précision, profondeur et force : un portrait lucide,lumineux, tendre et passionné .
Leurs chemins les conduiront après le passage de l'adolescence à l'aube de l'âge adulte non sans ruptures ni réelles souffrances.
Une histoire d'amitié fusionnelle, d'accession au savoir, d'éducation, de libération et de maturation, d'émancipation aussi ..Un roman d'apprentissage et un voyage formidable dans Naples et l'Italie du boom économique.L'histoire sombre et réaliste de la vie des humbles, les violences et les tensions observées minutieusement qui m'ont fait penser au bel ouvrage "D'Acier "de "Sylvia Avallone "lu il y a quelques années , un premier roman .....une réussite en 2011.
Vive les auteurs Italiens !
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Citations & extraits (188) Voir plus Ajouter une citation
Vicky-LeeVicky-Lee19 juillet 2017
J'eus l'impression [...] que non seulement elle parlait très bien mais qu'elle développait un don que je lui connaissais déjà: encore mieux que lorsqu'elle était enfant, elle savait s'emparer des faits et, avec naturel, les restituer chargés de tension; quand elle réduisait la réalité à des mots, elle lui donnait de la force et lui injectait de l'énergie.
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CarozineCarozine16 juillet 2017
Je me rappelle la lumière mauve de la cour et les odeurs d’une douce soirée de printemps. Nos mères préparaient le dîner et c’était l’heure de rentrer mais nous nous attardions, occupées à mettre notre courage à l’épreuve, par défi et sans jamais nous adresser la parole. Depuis quelque temps, à l’école et en dehors, nous ne faisions que cela. Lila glissait la main, puis tout le bras, dans la gueule noire d’une bouche d’égout, et juste après, je faisais de même, le coeur battant, espérant que les cafards ne me courraient pas sur la peau (…)
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BruideloBruidelo10 juillet 2017
Il y avait une part d'insoutenable dans les choses, les gens, les immeubles et les rues: il fallait tout réinventer comme dans un jeu pour que cela devienne supportable.
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mamansand72mamansand7206 juillet 2017
Extrait tome 1
J’ai en mémoire de nombreux accidents de ce genre. Nous vivions dans un monde où enfants comme adultes se blessaient souvent : de ces blessures le sang jaillissait, la suppuration survenait, et parfois on en mourait. Une des deux filles de Mme Assunta, la marchande de fruits et légumes, s’était blessée avec un clou et elle était morte du tétanos. Le petit dernier de Mme Spagnuolo était mort du croup. Un de mes cousins, qui avait alors vingt ans, alla pelleter des décombres un matin : le soir il était mort, écrasé, le sang lui sortant par les oreilles et par la bouche. Le père de ma mère avait été tué alors qu’il construisait un immeuble et en était tombé. Le père de M. Peluso avait perdu un bras : c’est sa toupie de menuisier qui le lui avait traîtreusement coupé. La sœur de Giuseppina, la femme de M. Peluso, était morte de tuberculose à vingt-deux ans. L’aîné des enfants de Don Achille – je ne l’avais jamais vu, et pourtant j’avais l’impression de m’en souvenir – avait fait la guerre et il était mort deux fois, d’abord noyé dans l’océan Pacifique et puis mangé par les requins. La famille Melchiorre tout entière était morte se tenant enlacée, hurlant de peur, sous un bombardement. La vieille demoiselle Clorinda était morte en respirant du gaz au lieu d’air. Giannino, qui était en quatrième année de primaire quand nous étions en première, était mort parce qu’un jour il avait trouvé une bombe et qu’il l’avait touchée. Luigina, avec qui nous avions, ou non, joué dans la cour – c’était seulement un nom, pour nous –, c’est le typhus pétéchial qui l’avait tuée. Notre monde était ainsi, plein de mots qui tuaient : le croup, le tétanos, le typhus pétéchial, le gaz, la guerre, la toupie, les décombres, le travail, le bombardement, la bombe, la tuberculose, la suppuration. Je fais remonter les nombreuses peurs qui m’ont accompagnée toute ma vie à ces mots et à ces années-là.

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mamansand72mamansand7206 juillet 2017
Extrait tome 1
À première vue, rien ne différait de ce qui se passait chez moi quand ma mère s’énervait parce qu’on n’avait pas assez d’argent et que mon père se mettait en colère parce qu’elle avait déjà dépensé la part du salaire qu’il lui avait donnée. Mais en fait, il y avait une différence fondamentale. Mon père se retenait même lorsqu’il était furieux et il devenait violent en sourdine, empêchant sa voix d’exploser même si les veines de son cou se gonflaient et si ses yeux s’enflammaient. Fernando, en revanche, hurlait, cassait des objets, et sa rage se nourrissait d’elle-même : non seulement il ne parvenait pas à s’arrêter, mais les tentatives que faisait sa femme pour s’interposer ne faisaient que l’excéder davantage au point que, même s’il n’avait rien contre elle, il finissait par la frapper. J’insistais et continuais à appeler Lila, ne serait-ce que pour la sortir de cette tempête de cris, d’obscénités et de bruits de dévastation. Je criais : « Lì, Lì ! » mais elle – je l’entendis – ne cessa d’insulter son père. Nous avions dix ans, bientôt nous en aurions onze. Je devenais de plus en plus ronde ; Lila, elle, restait toute petite, elle était très maigre, légère et délicate. Tout à coup les cris cessèrent, et quelques instants plus tard mon amie vola par la fenêtre, passa au-dessus de ma tête et atterrit derrière moi, sur le bitume. Je restai bouche bée. Fernando se mit à la fenêtre, hurlant toujours d’horribles menaces à sa fille. Il l’avait lancée comme un objet. Je la regardai consternée tandis qu’elle tentait de se relever et me disait avec une moue presque amusée : « Je me suis même pas fait mal ! » Mais elle saignait et s’était cassé le bras.
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Videos de Elena Ferrante (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Elena Ferrante
https://www.librairiedialogues.fr/livre/10774433-le-cas-malaussene-tome-1-ils-m-ont-menti-daniel-pennac-gallimard Lors de la rencontre avec Daniel Pennac, du 8 février 2017 à la librairie dialogues à Brest, l'auteur nous propose sa sélection de livres coups de c?ur du moment ! À savoir : - L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante (Folio) - La petite lumière d'Antonio Moresco (Verdier) - La porte de Magda Szabó (Viviane Hamy) - Les deux pigeons d'Alexandre Postel (Gallimard) - Et j'ai su que ce trésor était pour moi de Jean-Marie Laclavetine (Gallimard)
Entretien mené par Laurence Bellon. Réalisation : Ronan Loup.
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Elena Ferrante est le pseudonyme de Erri De Luca, le véritable auteur des romans.

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