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ISBN : 202028314X
Éditeur : Seuil (01/01/1997)

Note moyenne : 4.23/5 (sur 81 notes)
Résumé :
Selon une antique tradition talmudique, le salut du monde repose sur trente-six justes, les Lamed-waf, en qui se cristallise la souffrance humaine. Rien ne les distingue des autres hommes; ils s'ignorent souvent eux-mêmes mais, sans eux, l'humanité étoufferait de douleur. Or la légende veut que Dieu ait accordé au rabbin Yom Tov Lévy la grâce de faire naître un juste par génération dans sa descendance. Ceci se passait au Moyen Age que d'aucuns nomment Age des Ténèbr... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Hanha
  06 juin 2015
"Nos yeux reçoivent la lumière d'étoiles mortes."
Parce que la vie d'un homme s'inscrit dans l'Histoire et dans son histoire, dans celle de sa famille et de ceux qui l'ont précédé, avant d'en arriver à la vie d'Erny Levy, le livre commence par le récit étrange et fabuleux, presque biblique de la vie de ses ancêtres, depuis le massacre de Rabbi Tom Levy et de sa communauté à York en 1185 et de cette légende des Justes qui accompagne cette lignée de Lévy.Selon elle, l'équilibre du monde repose sur trente-six Justes, les Lamed-waf, « coeur multiple du monde »,dans lequel se déversent toutes les souffrances des hommes et « s'il venait à en manquer un seul, l'humanité étoufferait dans un cri . » Dieu, pris de pitié pour la souffrance de Yom Tov, accorde à sa descendance la grâce d'un Juste par génération.
Plusieurs siècles de persécution, de martyre, de douleurs, d'errance, d'exil à la recherche de la paix avant d'arriver à Ernie Levy, fils de Benjamin, fils de Mardochée. Parce qu'il a bien fallu donner un sens à toute cette souffrance absurde pour ne pas devenir fou, Mardochée y voit la volonté de Dieu et il est tout habité de cette résignation qui va avec « puiqu'ils sont le tribut de souffrance que l'homme verse à Dieu », « puisque ni le fer ni le feu ne les soustrairont aux mains de Dieu », »puisque le coeur juif doit crever mille fois pour le plus grand bien des nations », « puisque les méchants servent les desseins du Seigneur, tout ce qui arrive est une punition » et « puisque le mal est partout, alors pourquoi vouloir lui échapper ? »
Mais en ce XXème siècle, où la famille Lévy a fini par s'installer en Allemagne, Ernie ne consent pas à voir, comme son grand-père, un miracle dans chaque évènement, triste ou heureux de la vie. Déjà Judith, la grand-mère, souhaite que « Dieu cesse de les miraculer comme ça ! » Benjamin, le fils, voit plus les Juifs « comme la proie des méchants que servant la glorification du Seigneur. »Le naïf et pur Benjamin, cet obscur petit tailleur qui voulait si fort s'intégrer, espérant qu'on décèlerait sous l'enveloppe juive cette nature humaine universelle, si pauvre et pourtant considéré par les ouvriers allemands qui habitent le même quartier, comme le plus noir des capitalistes, accusé de manger le pain des allemands alors qu'il voulait juste partager un peu de bonheur humain .
Quant à Ernie, le doux, cet enfant si sensible, différent, intelligent, stigmatisé dès l'enfance parce que Juif, brimé, persécuté par les autres, accusé de mille maux, il se demande ce qu'il a bien pu faire, lui et les siens, pour qu'on leur en veuille autant. Tout petit, il vit avec cette peur au ventre, du seul fait d'exister, « si seul ,si petit, si peu important », lorsqu'il va à la synagogue, serrant la main de son petit frère et qu'à chaque coin de rue le danger peut surgir, danger contre lequel personne ne le protègera, peur si bien décrite, si bien écrite qu'on la partage avec lui dans chaque mot, Ernie qui déteste la violence, qui humilié par les autres enfants et le nazi qui lui sert d'instituteur, ne voit d'issue que dans le suicide, Ernie le juste, (le Juste), écrasé par tant de souffrance qui décide de réagir et de se battre pour défendre les siens et qui n'y arrive pas parce qu'il ne peut se résoudre à la haine et parce qu'il prend son adversaire en pitié.
Quand tous les siens disparaissent, envoyés dans les camps, Ernie, puisqu'on lui refuse le statut d'homme, veut devenir chien, cultivant en lui les plus bas instincts, seulement attentif à combler ses besoins les plus primaires, être une bête pour ne plus souffrir, oublier ce que c'est d'être un homme, oublier ce que c'est d'être juif.
Mais la compassion le rattrape. Cette compassion que son grand-père qui voit en Ernie le Juste de cette génération de Lévy, ce Juste qui devine tout le mal qui se tient sur terre et qui le prend dans son coeur, c'est cette compassion donc que Mardochée lui explique quand il est enfant, cette petite clé qui permet de comprendre le monde des âmes et leurs misères secrètes et pour cela il faut se faire tout petit et s'oublier soi-même pour saisir tous les êtres vivants dans une même affliction, mais en prenant bien garde de ne pas glorifier cette petitesse pour ne pas tomber dans l'orgueil.
C'est cette compassion-là, enfouie au plus profond de lui-même mais toujours présente, qui va lui faire quitter sa vie de chien pour rejoindre les siens, ce qu'il en reste et partager leur destin tragique, s'étonnant au passage que Dieu ne les ait pas encore lassés.
Pendant ces quelques années de la vie d'Ernie Lévy, le nazisme va progresser, s'installer en Allemagne puis en Europe, mettre au point et perfectionner son système d'anéantissement, d'abord repérant ce bétail humain indésirable, le marquant, l'immatriculant avant de le parquer, le déporter et finalement l'exterminer. Et pour que cette mécanique fonctionne, il faut l'obéissance de la bête humaine « devant laquelle on fit voler jusqu'au bout un lambeau d'espoir », «égarant le gibier par l'appât de la survie », ce gibier qui refuse de croire à la solution finale tellement difficile à concevoir tant que les nazis gardent figure humaine et « parce que l'âme est esclave de la vie ».
Il y aura bien quelques voix pour s'élever contre cette barbarie mais si faibles, ici ou là, pour dire que les Juifs sont des hommes comme les autres, qu'on ne choisit pas le ventre de sa mère. Dans la vie d'Ernie, il y a monsieur Kremer, l'instituteur, ce tendre idéaliste qui croit que la pureté de l'enfant peut venir à bout des imperfections de la nature humaine, que l'instruction civique et la poésie peuvent construire une digue contre la barbarie. Il ne s'intéresse pas vraiment à la politique. Pour lui, le fascisme, c'est « la taverne dans les rues et au gouvernement » et les fascistes de mauvais enfants qui ont besoin d'être corrigés. Trop d' ignominies vont l'obliger à sortir de sa rêveuse réserve. Dans la cour de récréation, les jeunes garçons des jeunesses hitlériennes harcèlent les enfants juifs, aidés par les autres, les « apolitiques », ces enfants qui n'ont d'autres raisons de le faire que de s'amuser un peu et d'être du côté des plus forts. En s'interposant, en les protégeant monsieur Krémer va signer son arrêt de mort mais accéder à la sérénité et goûter une grand paix surtout lorsqu'il réalisera que même s'il disparait, le ciel et la terre continueront d'exister.
Et c'est aussi ce que pense Ernie quand il se tient devant les portes du camp d'internement de Drancy, sous un ciel doux et serein. « Les choses ne prennent aucune part à l'agitation des hommes, Drancy recelait quelque part un abcès d'où suintait une quantité incroyable de souffrance, mais elle n'en laissait rien voir. » Drancy, où il veut entrer pour ne plus ressortir, à la grande stupéfaction des gendarmes en faction, n'attendant pas humblement comme tout un chacun de sa race, que son heure soit venue et son sort décidé par les autorités en place.
C'est à Drancy qu'est enfermée Golda, celle qu'il a extirpée des mains de deux "patriotes français". Ernie et Golda se savent promis à la mort, ils ne peuvent que s'aimer au bord de leur destinée, quelques heures, quelques jours. Il est douloureux à lire le récit de leur pourtant délicieuse journée de liberté qu'ils s'offrent dans les rues de Paris, déambulant sans étoile, comme tout le monde, amoureux anonymes et quelconques, se permettant de futiles et innocents plaisirs.
Les dernières pages sont terribles et belles à la fois, d'une beauté déchirante, parce qu'à travers cette horreur, rayonne l'humanité d'Ernie, Ernie qui promet aux enfants qu'il accompagne dans leur dernier voyage, à ces petits corps souffrants qui s'accrochent à lui de leur dernières forces, qu'à l'arrivée, ils rejoindront un royaume merveilleux où règne une joie éternelle.
Quand on ferme ce livre, on partage avec Ernie, l'impression qu'il avait eu plusieurs fois dans sa vie, « de stupeur et d'accablement devant l'extraordinaire pouvoir des hommes de créer de la souffrance avec rien ou presque. »
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Archie
  17 août 2016
À mon sens, le dernier des Justes n'est pas un livre qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Je ne lui attribue donc pas d'étoiles. C'est simplement un livre que je me devais de lire.
Prix Goncourt 1959, cet ouvrage a joué un rôle important dans l'élaboration de la « mémoire de la Shoah ». L'auteur, André Schwarz-Bart, un ancien résistant dont les parents sont morts en déportation, n'a pas été déporté lui-même. le dernier des Justes n'est donc pas une autobiographie, ni un témoignage. Ce n'est pas non plus un ouvrage documentaire sur l'histoire du peuple juif.
La légende des Justes est un roman, une oeuvre de fiction qui retrace l'histoire d'une famille juive sur plusieurs siècles, du Moyen-Age jusqu'à la deuxième guerre mondiale et la Shoah qui l'anéantira. L'ensemble s'inscrit dans une réalité mythologique et historique reconstituée à partir d'un travail très approfondi de documentation et de recueil de témoignages. L'auteur se réfère à une ancienne tradition talmudique selon laquelle le monde reposerait sur trente-six Justes, des homme ouverts à la souffrance du monde et capables d'en assumer devant Dieu le destin tragique.
Événement fondateur de l'histoire : à la fin du douzième siècle, à la suite du sacrifice digne et courageux d'un rabbin, sa descendance, la famille Lévy, se voit gratifiée par Dieu du privilège de compter un Juste à chaque génération.
Dans une première partie, le livre consacre la légende des Justes de la famille Lévy jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, tout au long de ses migrations à travers l'Europe. Chacun de ces Justes connaît une fin tragique, assumée comme il se doit, sans peur, colère ni haine,... parfois sans trop comprendre ce qui lui arrive – ce qui revient au même ! Les péripéties font l'objet de courts récits au ton inspiré de chroniques médiévales et de contes folkloriques, avec une pointe d'humour ashkénaze gommant l'horreur des événements narrés.
Le récit prend ensuite la forme plus classique d'une saga romanesque familiale. Les Lévy sont installés à Zémiock, un shtetl – petite bourgade yiddish – aux confins de la Pologne et de l'Ukraine. Très misérables, ils ne vivent que selon les commandements de leur loi religieuse. L'un d'eux, Mardochée sera le premier à en secouer le joug, tout en restant fidèle à la spiritualité du judaïsme. Son fils, Benjamin, fera un pas de plus vers l'ouverture au monde séculier de son temps. En 1921, après un pogrom particulièrement violent qui les endeuille lourdement, les Lévy émigrent et s'installent à Stillenstadt, une petite ville d'Allemagne. Ils y font alors l'apprentissage de la vie dans un environnement où les non-juifs sont majoritaires...
La troisième partie du livre recouvre toute la période hitlérienne, de l'émergence du nazisme jusqu'à Auschwitz. le récit se focalise sur Ernie, fils de Benjamin, né à Stillenstadt, et prend la forme d'un roman psychologique. Sensible et cérébral, Ernie a eu connaissance du secret de sa famille. Il s'évertue dès son enfance à se poser en Juste, mais il le fait avec tellement de naïveté et de maladresse qu'il est incompris et souvent rejeté. Au quotidien, l'antisémitisme de la population allemande devient de plus en plus agressif. Les Lévy s'enfuiront en 1938 à Paris, où ils seront arrêtés puis déportés. Ernie échappera à l'arrestation mais son destin de dernier des Justes finira par l'emmener lui aussi à la chambre à gaz.
Des polémiques se sont élevées lors de la publication de l'ouvrage. Je les évoquerai sans les développer. Il ressort de la lecture du roman que l'idée de souffrance serait consubstantielle à l'identité juive, pensée vivement rejetée dans le judaïsme moderne. L'acharnement antisémite nazi y est considéré comme le prolongement des persécutions menées depuis des siècles contre les juifs, « peuple déicide maudit ». Enfin, l'auteur, pourtant ancien résistant, met en exergue l'attitude fataliste et non violente des juifs, occultant leurs combats contre les nazis.
Le dernier des Justes est un livre difficile. Je me suis souvent senti perdu dans les passages inspirés de la mystique juive ou d'exégèses talmudiques, parfois inexactes aux dires de quelques spécialistes, ce qui importe peu du moment qu'elles entrent en cohérence avec l'histoire fictive imaginée par l'auteur.
Les pages consacrées au pogrom de Zémiock et aux violences antisémites nazies sont parfois insoutenables. Ce n'est pourtant rien à côté de celles décrivant le parcours final d'Ernie, dans le wagon qui le mène à Auschwitz, puis dans le couloir de la mort.
J'ai refermé le livre avec soulagement. Mais comme je l'ai déjà dit, le dernier des Justes n'est pas un livre qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Je me devais de le lire. Pour reprendre un mot d'André Schwarz-Bart, le lire, c'est « poser un petit caillou blanc sur une tombe ».
Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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HT
  19 avril 2012
Ce roman nous fait suivre l'histoire d'une famille juive à travers les siècles et l'Europe : l'ancêtre, un rabbin, est supplicié en Angleterre au Moyen-âge ; les générations suivantes sont chassées de pays en pays au gré des changements politiques, et perdent à chaque départ, ou leurs biens, ou leurs vies ; les descendants échouent dans des villages misérables de Pologne au XIXe siècle ; las, les persécutions reprennent et c'est en Allemagne, et plus tard en France dans les années 1930, que la génération suivante croit trouver un refuge. A chaque génération, un membre de la famille est sans le savoir, comme son ancêtre, un Lamed-Warf, un Juste qui porte tout le malheur du monde sur ses épaules.
Cet ouvrage d'une cruauté et d'une justesse inouïe met en perspective l'Holocauste avec l'histoire des juifs d'Europe depuis le Moyen-âge, soulignant la continuité historique effrayante entre ces époques. La forme narrative, surprenante, emprunte à la légende, au conte et au roman d'apprentissage. le texte ne recèle aucun ferment de haine ni de révolte, il témoigne sous une forme fictionnelle originale d'une fatalité historique implacable. Cet ouvrage aujourd'hui mal connu, grand succès en 1959 lorsqu'il reçut le Goncourt, mérite amplement de faire référence parmi les romans traitant de l'Holocauste.
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nilebeh
  04 février 2015
Selon la légende, Dieu aurait accordé sa grâce à la famille du rabbin Yom Tov Lévy, de la cité anglicane de York, en 1185. Assiégés par les chrétiens, les juifs se réfugièrent autour de leur rabbin, qui , après bénédiction, les égorgea un à un avant de se donner la mort.
Dieu donna dès lors à la famille la grâce d'avoir un Juste par génération.
Selon certains talmudistes, le monde reposerait sur 36 Justes, les Lamer - waf, réceptacles des douleurs du monde, dotés d'un coeur à la compassion infinie.
Ainsi de génération en génération voyons - nous vivre des Justes de la famille de Lévy, transportés en Pologne, à Zémyok, d'où leur réputation partira vers l'Allemagne et la France, dans toute la communauté.
Chacun de ces Justes est esquissé ou largement décrit dans ses oeuvres mais Ernie, le dernier, est le principal personnage du roman. Défiguré, devenu à moitié fou, il tombe éperdument amoureux de Golda qu'il ira, volontairement, suivre jusque dans l'enfer du camp de concentration.
Les derniers mots, l'horrible voyage de Drancy vers ce mythique pays de "Pitschipoïe", l'arrivée au camp et la douche finale sont absolument glaçants même quand on a vu des images d'archives.
Dernière missive que les vieux, illettrés, demandent à Ernie d'écrire pour leur famille: "Nous partons vers une destination inconnue".
Des détails historiques: les Juifs portent la "roue jaune" au Moyen - Age.
A Toulouse, la coutume veut que l'évêque reçoive le rabbin de la communauté juive chaque année. le rabbin doit se mettre à genoux et baiser la chaussure de l'évêque. Longtemps, on a remplacé cette humiliation par un geste symbolique. Lorsqu'un évêque plus sourcilleux que ses prédécesseurs à voulu revenir à la tradition, le rabbin s'est suicidé le lendemain.
En 1936 - 38, les instituteurs allemands poussent les enfants juifs au suicide (Ernie va se jeter du haut de sa maison après avoir été humilié et battu par les enfants de son école).
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Henri-l-oiseleur
  15 novembre 2015
J'ai gardé de cette lecture de roman un souvenir mitigé : je me rappelle surtout que certaines scènes sont si prenantes, si pathétiques et émouvantes, que j'en voulais à l'auteur de me prendre ainsi par les sentiments et de m'empêcher de lire calmement, littérairement, son livre. L'émotion emportait tout. Est-ce une qualité, est-ce un défaut ? Je suis partagé, mais le souvenir de ma rancune reste vivace. J'ajoute que ce roman, en tant que réflexion sur l'histoire juive (s'il en présente une, même involontairement) semble dire que désormais, après le nazisme, il n'y a plus de Justes sur lesquels le monde peut compter pour exister. Il y a donc un grand absent de ce roman tragique sur le peuple de Dieu : Dieu lui-même. S'il n'y est pas, il y a de quoi désespérer. Il n'est donc pas certain que ce roman soit une bonne action.
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Les critiques presse (1)
Actualitte   06 février 2017
Chers lecteurs, ne manquez pas ce grand livre, là où le roman, beau, vaste, rejoint l’histoire.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations & extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
ClaireGClaireG   13 novembre 2015
Les statistiques montrent que le pourcentage de suicides, parmi les Juifs d'Allemagne, fut pratiquement nul durant les années qui précédèrent la fin... Cependant, dès l'année 1934, c'est par dizaines et dizaines que les petits écoliers juifs d'Allemagne se portèrent candidats au suicide ; et par dizaines qu'ils y furent admis (p. 237).
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akhesaakhesa   01 avril 2017
Sais-tu qui etait le Christ?Un simple juif comme ton pere,une sorte de Hasside.
-tu te moques de moi
-si,si,crois-moi,et je parie meme qu'il se serait bien entendu tous les deux,car c'etait vraiment un bon juif,dans le genre de Baal Chem Tov:un miséricordieux,un doux.Les chrétiens disent qu'ils l'aiment;mais moi je pense qu'ils le détestent sans le savoir;alors ils prennent la croix par l'autre bout,et ils font une epee,et ils nous frappent avec!Ils prennent la croix et ils la retournent,et ils la retournent.
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enkidu_enkidu_   02 septembre 2017
Les voix mouraient une à une le long du poème inachevé ; déjà, les enfants expirants plantaient leurs ongles dans les cuisses d’Ernie, en un suprême recours, et déjà l’étreinte de Golda se faisait plus molle, ses baisers s’estompaient, quand s’accrochant farouche au cou de l’aimé elle exhala en un souffle discordant :

– Je ne te reverrai donc plus jamais ? Plus jamais ?

Ernie parvint à rejeter l’aiguille de feu perçant sa gorge et cependant que le corps féminin s’affaissait contre lui, les yeux exorbités dans la nuit opaque, il criait tout contre l’oreille de Golda inanimée :

– Tout à l’heure, je te le jure !...

Puis il sut qu’il ne pouvait plus rien pour sa personne au monde, et dans l’éclair qui précéda son propre anéantissement, il se souvint avec bonheur de la légende de rabbi Chanina ben Teradion, telle que la rapportait joyeusement l’ancêtre : lorsque le doux rabbi, enveloppé dans le rouleau de la Thora, fut jeté par les Romains sur le bûcher pour avoir enseigné la Loi, et qu’on alluma les fagots aux branches vertes encore pour faire durer son supplice, les élèves lui dirent : Maître, que vois-tu ? Et rabbi Chanina répondit : – Je vois le parchemin qui brûle, mais les lettres s’envolent… Oh oui, sûrement, les lettres s’envolent, se répéta Ernie Lévy tandis que la flamme qui embrasait sa poitrine, d’un seul coup, envahit son cerveau. De ses bras moribonds, il étreignit le corps de Golda en un geste déjà inconscient de protection aimante, et c’est dans cette poste que les trouva une demi-heure plus tard l’équipe du Sonderkommando chargée de brûler les Juifs au four crématoire. Il en fut ainsi de millions, qui passèrent de l’état d Luftmensch à celui de Luft. Je ne traduirai pas. Ainsi donc, cette histoire ne s’achèvera pas sur quelque tombe à visiter en souvenir. Car la fumée qui sort des crématoires obéit tout comme une autre aux lois physiques : les particules s’assemblent et se dispersent au vent, qui les pousse ; le seul pèlerinage serait, estimable lecteur, de regarder parfois un ciel d’orage avec mélancolie. (pp. 424-425)
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enkidu_enkidu_   02 septembre 2017
L’année de son retour au village natal, une guerre éclata, quelque part en Europe.

Les douces âmes de Zémyock n’en furent informées qu’au mois de février 1915, par les lettres venues de Paris, Berlin et New York. Des bruits singuliers se répandirent. Il en découlait que les Juifs de France et d’Allemagne étaient tenus de revêtir l’uniforme de la haine, pour se battre tout comme ces bêtes cruelles de chrétiens : on les y obligeait !

Ces faits épouvantables furent l’objet d’âpres controverses entre les Anciens, dont certains soutenaient qu’on ne pouvait jeter la pierre aux fidèles contraints de porter le fusil des Nations. Mais tout fit place au deuil le plus noir, à la prière et à l’affliction, quand par le courrier suivant l’on sut que des gamins du même hameau, des frères installés en pays antagonistes risquaient, dans ces tueries sans visage, de s’entre-assassiner chrétiennement. On se répéta en gémissant les paroles ténébreuses du Juste : « Tout ceci arrive, dit-il au Conseil des Anciens, parce que Israël s’est fatigué de porter dans sa gorge le couteau du sacrifice ; l’agneau expiatoire est entré dans les Nations ; il s’est agenouillé devant leurs idoles ; il avait mal, il ne voulait plus demeurer en Dieu. Nos malheureux frères sont devenus français, allemands, turcs et chinois peut-être, s’imaginant que cessant d’être Juifs, ils en finiraient avec la souffrance. Mais voici, l’Éternel voit aujourd’hui ce qui ne s’est jamais vu, depuis deux mille ans d’exil : revêtus d’armures étrangères, parlant des langues différentes et adorant des idoles sans visage, les Juifs se tuent entre eux ! Malédiction !... » Et s’asseyant à même le sol, le Juste couvrit ses cheveux blancs de poussière et se balança en poussant des cris d’animal blessé. (pp. 84-85)
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Flodopas78Flodopas78   29 octobre 2012
- Tu pleures du sang, dit soudain Golda étonnée.
- On ne pleure pas du sang, voyons dit Ernie.
Et essuyant les larmes de sang qui sillonnaient ses joues, Ernie se détourna de la jeune fille afin de lui cacher la mort du peuple juif inscrite, il le savait, dans toute la chair de son visage.
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