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EAN : 9782081506268
Éditeur : Flammarion (27/09/2019)

Note moyenne : 4.6/5 (sur 2749 notes)
Résumé :
Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945.
Maus, auquel l'auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père et un fils après des années d'incompréhension.
Bande dessinée exceptionnelle par son sujet, Maus l'est aussi par son audience.
Récompensée par le prestigieux Prix Pulitzer en 1992, l'œuvre de Spiegelman a séduit le public au-delà des am... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (276) Voir plus Ajouter une critique
Lorraine47
  30 décembre 2012
Je tiens à remercier Liligalipette et Alouette qui m'ont donné l'irrésistible envie de me plonger dans Maus, une bande dessinée autour de laquelle je rôdais depuis quelques années mais que je n'avais jamais osé ouvrir par peur de mon extrême sensibilité ou par lâcheté, grâce à elles l'envie a été victorieuse.
Je ne ferai pas une critique aussi brillante que mes chères consoeurs de babelio mais je vais juste essayer de vous faire une ou deux petites confidences.
Maus n'est pas seulement touchant par le sujet qui est abordé, celui des camps de concentration en Pologne pendant la guerre, mais aussi par la transmission qui est relatée ici entre un fils et son père, le fils étant Art Spiegelman, auteur de la bande dessinée et son père Vladeck dont l'album relate la vie!
Un des moments les plus émouvants de l'album pour moi est celui où Vladeck explique qu'il a brûlé les carnets intimes de sa femme Anja et que par conséquent, Archie n'aura jamais le témoignage de sa mère.
La bande dessinée est en noir et blanc, très sobre sans fioritures tout comme le texte qui n'est jamais larmoyant ni haineux, de la grande classe.
Une lecture à recommander à tous , une leçon d'histoire et d'humanisme où chacun peut trouver sa substantifique moelle.
Une nouvelle occasion de se dire que "La vie est belle"! Pas vrai, Roberto?
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Alfaric
  15 novembre 2018
Art Spiegelman aura beau crier sur tous les toits qu'il ne fait pas des bandes dessinées mais des « romans graphiques », aka les bandes dessinées pour les snobs qui trouvent que les bandes dessinées sont trop populaires et pas assez élitistes pour leurs palais de gourmets, ses oeuvres appartiennent bel et bien à l'art séquentiel ^^
Dans les années 1980 l'auteur mêle au récit de son père Vladek qui tient autant de la biographie que du témoignage son propre récit qui tient à la fois de l'autobiographie et de l'autofiction vu qu'il n'hésite pas à repousser le 4e mur en interrogeant les lecteurs sur la manière dont il a réalisé son oeuvre et sur la manière dont il agit et interagit avec son père qui il faut bien l'avouer n'est pas facile à vivre... Il réalise ainsi l'histoire d'un survivant de la Shoah entrecoupée de tranches de vie centrées sur une difficile relation entre un père et un fils laissés en vis-à-vis par le suicide en mai 1968 d'Anja épouse de l'un et mère de l'autre et elle aussi survivante de la Shoah. Avec un tel matériel de base, difficile d'en tirer un récit qui ne soit pas poignant ! (et qui pour des raisons que la raison ignore, à moins qu'il ne s'agisse d'un humanisme universel qui soit commun aux deux oeuvres, j'ai eu les mêmes émotions qu'avec le film de Jean Renoir intitulé "La Grande Illusion")
Dans la 1ère partie intitulée "Mon Père saigne",

Dans la 2e partie intitulée "Et c'est là que mes ennuis ont commencé",


Les prescripteurs d'opinions présentent tous "Maus" comme un chef-d'oeuvre voire le seul chef-d'oeuvre de la bande dessinée (qui pour information a été auto-édité pour pouvoir être publié). Mais moi je me superméfie du monde de l'entre-soi ou une oeuvre est encensée par les médias prestitués parce qu'elle reconnue et étudiée par l'université et qu'elle est reconnue et étudiée par l'université parce qu'elle est encensée par les médias prestitués (et on voit bien que certains ont la carte ou n'ont pas la carte en fonction de leur statut social, culturel et intellectuel : suivez mon regard)...
- les graphismes sont simples voire basiques, or l'auteur est capable de graphismes autrement plus détaillés sinon autrement plus stylés... C'est donc un choix assumé que de dessiner dans les années 1980 comme dans les strips comics de l'entre-deux-guerre, mais dans mon souvenir "Tintin au pays des soviets" était mieux réussi... du coup il s'échine à donner de l'expression à ses souris alors que le style graphique choisi ne se prête absolument pas à l'expression des sentiments...
- le choix de l'anthropomorphie est-il pertinent ? Si c'est une mise à distance par rapport au sujet, est-elle pour les lecteurs ou pour l'auteur ? La tradition est riche dans la culture anglo-saxonne depuis Rudyard Kipling et Walt Disney n'a fait que s'inscrire dans cette tradition qui a acquis ses lettres de noblesse avec "Watership Down" de Richard George Adams. Les Allemands sont tous des chats qui aiment jouer avec leurs proies avant de les tuer, les Juifs sont tous des souris qui se cachent et s'enfuient... Mouais c'est quand même sacrément manichéen, et puis avec Polonais = cochons, Français = grenouilles, Anglais = poissons, Américains = chiens, Suédois = rennes, et Tziganes = papillons on est au royaume des clichés. Alors on a quelques jeux d'identité avec Françoise Mouly qui passe de grenouille à souris en se convertissant au judaïsme, le Juif allemand qui passe de chat à souris, ou le fait qu'il suffit de porter un masque de cochon pour que pour le monde vous prenne pour un Polonais... Si j'étais vachard je dirais qu'une telle simplification correspond ou à la vision communautariste des Américains ou à la vision du monde raciste des Nazis ! de plus Vladek s'exprime comme Maître Yoda dans la saga Star Wars : c'est pénible et cela n'apporte aucune plus-value positive au récit...
- quel message veut faire passer l'auteur avec son père caricature du juif avare et cupide qui s'avère aussi raciste que les racistes qui ont détruit sa vie ? Art Spiegelman veut faire de la littérature du réel fusse-t-elle peu reluisante, mais passé un cap je me demandais si Vladek disait vraiment la vérité... Son histoire d'amour est invalidé par le fait qu'il a épousé Anja par appât du gain, alors que la WWII éclate il s'inquiète uniquement pour son business, il voue aux gémonies capos et kombinators mais fricotent avec eux du début à la fin du drame, et avec son habilité à sortir de son chapeau argent, bijoux et produits de premières nécessité jusqu'au bout du bout je me suis demandé s'il n'avait pas racketté ses coreligionnaires pour se les approprier... (et je passe sur certains agissements et certains comportement qui aurait fait le bonheur de la propagande antisémite des Nazis)
- les interrogations de l'auteur sur sa propre oeuvre parasitent le récit, et on entre dans le voyeurisme / exhibitionnisme quand il s'épanche sur ses passages chez le psychiatre qui font la part belle au suicide de sa mère, son sentiment d'infériorité par rapport à son frère fantôme Richieu et ses relations conflictuelles avec son père Vladek qui pourrait être le pendant masculin de Tatie Danielle... Tous ces passages étaient-ils vraiment nécessaires au récit ?
* Ah ça oui on a compris que les nazis étaient méchants puisqu'ils tuaient tout plein de gens, mais quid de IG Farben, Agfa, Basf, Bayer, Krupp, Siemens, Degesch, Union Werke, Daw et tutti quanti qui ont fait bosser dans des conditions inhumaines des centaines de milliers d'ouvriers jusqu'à ce que mort s'ensuive... Rien bien évidemment puisque tout cela a été réalité au nom de l'Argent Roi dans la plus pure tradition du capitalisme et du libéralisme bien-pensant de mes couilles ! Nous sommes dans le révisionnisme économique et cela ne choque personne, grâce au bourrage de crâne néoconservateur et ultralibéral sponsorisé par la ploutocratie mondialisée... (j'ai vérifié et dans les manuels scolaires la présence de ces marchands de morts et de ces rentiers du néant est carrément censurée car il ne faut pas choquer l'autoproclamée bonne et haute société)

PS1 : les mécanismes de la politique d'épuration ethnique nazie ressemble tellement aux mécanismes de la politique d'épuration économique yankee que j'ai très peur pour l'avenir... Jack Welch l'übermanager de General Electrics vénéré dans les écoles du commerce du monde entier pensait et pense toujours qu'il faut éliminer les 20% les plus faibles qui sont un coût nuisant à l'efficacité et à la compétitivité, qu'il faut exploiter jusqu'à la corde les 60% les plus valides pour faire un maximum de bénéfices (parce que pour les homines crevarices qui parasitent l'humanité les êtres humains ne sont rien d'autre qu'un coût à réduire, à optimiser ou à éliminer), et qu'il faut promouvoir les 20% les plus forts pour jouer le rôle de capos devant maintenir le système sous contrôle... Sauf qu'à ce petit jeu là, il y a toujours 20% à éliminer et que de fil en aiguille on aboutit à une extinction totale ! Un jour le traître à l'humanité qui a troqué le terme « directeur du personnel » pour celui de « directeur des ressources humaines » sera jeté du haut de la Roche Tarpéienne et ce sera bien fait pour lui !!! Et évidemment ça ne choque personne parmi la ploutocratie mondialisée qui nous dirige, à commencer par Emmanuel Macron le président des riches autoproclamé héritier de cette sorcière de Margaret Thatcher...
PS2: à quoi ça que les autorités autoproclamées et les médias prestitués nous rabattent les oreilles avec le "devoir de mémoire" si ce dernier ne sert à pas à agir dans le présent ? pourquoi sanctifier le passé en général et la Shoah en particulier si c'est pour se la jouer Ponce Pilate au Rwanda et en ex-Yougoslavie et faire semblant de ne pas voir les génocides qui ont lieu au Laos, en Birmanie, en Irak-Syrie et au Soudan pour ne citer qu'eux ? ce sont de vraies questions et j'attends des réponses SVP !
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LaSalamandreNumerique
  16 mai 2019
- "Bonjour Fils.
- Hmmmm ?
- Je t'apporte une lecture maus costaude !
- Cela sent le jeu de mots foireux comme tu les affectionnes papa. C'est quoi ?
- Un roman graphique de 1500 cases et 292 pages. C'est en noir et blanc et a reçu le prix Pulitzer.
- Bigre, et cela s'appelle comment ?
- Maus.
- D'accord, voilà le jeu de mots, tu t'es surpassé ! Je suis trop gentil, cela restera entre nous. Et quel est le sujet ?
- La Shoah
- Non. »
- Non ?
- Non. Pas question.
- Pourquoi ?
- Je n'ai rien contre le devoir de mémoire, toussa, toussa mais… mais je connais tout ce qu'il y a à savoir sur le sujet et ne ressens aucunement le besoin que l'importance de cet événement historique me soit rappelée. Je connais le contexte actuel, la montée des extrémismes, la comparaison entre notre période et les années 30 ; je n'ai pas besoin de ces rappels. En revanche, lorsque je lis quelque chose sur le sujet je me sens toujours pris en otage entre une compassion obligée, un étalage d'horreurs que je connais mais que je ne désire pas voir sans cesse, parfois l'impression d'une réification voire d'une manipulation ou, ce qui est pire, un sentiment de voyeurisme. Alors non. »
- Je comprends et partage ce que tu me dis mais ici c'est différent. Puis-je tenter une explication ?
- Puis-je y échapper ?
***
- Maus a été publié entre 1980 et 1991 aux USA et est sans doute une des 10 bandes dessinées/romans graphiques les plus connus et reconnus. Selon moi c'est justifié et il s'agit d'un réel chef d'oeuvre.
L'histoire se déroule dans deux lieux et à deux époques. Les années 30 ou l'on assiste à la vie de Vladek Spiegelman et de sa famille lors de la montée du nazisme puis de la shoah et, simultanément, durant les années 80 à New-York ou l'auteur, Art Spiegelman, présente sa vie difficile avec son père comme la façon dont il obtient ce récit.
- Il y a donc une forme de mise en abyme ?
- Oui, elle est permanente et apporte beaucoup. Nous alternons donc ces deux récits Il y a celui des événements touchant Vladek et sa famille. Sa force est qu'il est avant tout descriptif, à hauteur d'un homme. Vladek raconte ce qu'il a vu, comment il a lutté pour survivre, ses courages, ses compromissions, celles des autres autour de lui… C'est très touchant de l'observer chercher sans cesser à faire au mieux en tant qu'homme aux prises avec un monde qui devient cauchemardesque. La mise en abyme montre en effet ce qu'est devenu ce père presque 50 ans plus tard, combien il reste marqué par ces horreurs (il est avare, angoissé, égocentrique et peut même paraître raciste par moments), combien aussi cette histoire, indirectement, affecte la vie de ceux qui l'entourent à commencer par son fils. Art est à la fois exaspéré par son père et ses manies, avide de connaître son histoire, il se sent coupable par rapport à son père comme de pouvoir avoir un succès en tant qu'auteur à partir de la shoah et des atrocités vécues par tant des « siens ».
- Je comprends et cette relecture peut avoir son intérêt. C'est un peu comme Finkielkraut et « La mémoire vaine du crime contre l'humanité », le sort de la génération suivante. Autre chose d'important ?
***
- Oui, le zoomorphisme. Art Spiegelman a fait le choix de représenter tous les personnages selon leurs « races ». Les juifs sont des souris, les nazis des chats, les polonais des porcs, les rares américains des chiens et la femme d'Art, française, une grenouille.
- Les polonais n'ont pas dû aimer ! Plus sérieusement est-ce que ce n'est pas donner raison à l'idéologie nazie que de représenter des individus déshumanisés et selon le concept de race ?
- C'est un vaste débat et qui a fait couler beaucoup d'encre ! Au passage tu as raison les polonais ont détesté. Plus généralement les nazis parlaient de la vermine juive, critiquaient Mickey Mouse, le choix n'est donc pas innocent… sans parler évidemment de la facilité à montrer des souris chassées par des chats ! Mais, au-delà de la référence aux discours nazis il y a clairement la volonté de montrer la déshumanisation de cette période (les juifs étaient réellement niés en tant qu'individus) et sa logique tout en offrant sur le plan graphique un avantage certain : s'attacher au récit lui-même et pas aux apparences des personnes. Il est possible aussi qu'il y ait la volonté, comme dans les fables, de pouvoir représenter l'inmontrable tout en lui donnant une portée universelle. le noir et blanc y concourt lui aussi.
- D'accord mais c'est dangereux de sembler donner raison à ces idéologies.
- Si tu le lis tu te feras ton avis mais ton point de vue actuel est partagé par d'autres. Il y a d'ailleurs eu par exemple la publication éphémère (interdiction pour violation des droits d'auteur) d'un roman graphique copiant totalement Maus mais où tout le monde était représenté en chats : cela s'appelait Katz et tu trouves divers commentaires à ce sujet sur Internet si tu es curieux. Enfin, et puisque je te parle de ce qui entoure l'oeuvre, Art Spiegelman a publié en 2011 Metamaus où il explique la réalisation de Maus et répond aussi aux principales questions entendues depuis plus de 30 ans. Mais c'est une autre histoire !
***
- Oui, je vais voir si je trouve un peu de temps déjà pour Maus. Je ne te promets rien. »
….
Ce que mon fils de bientôt 16 ans a pu penser de Maus a peu de raisons de vous intéresser mais je vous incite à découvrir, si ce n'est pas déjà fait, cette oeuvre singulière et admirable par bien des aspects. Je ne saurais trop vous encourager à ne pas vous laisser rebuter par un sujet qui peut effrayer et/ou par un dessin de prime abord peu séduisant. Une fois entré dans ce bouleversant récit, il est difficile de le lâcher et qui le vit en ressort différent et sans doute plus humain. Je vous souhaite une belle découverte !
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Roggy
  10 janvier 2020
Malgré la gravité du sujet abordé, le support permet que ton soit presque un peu distancé, le style minimaliste.
Puisque dans l'horreur du nazisme, les juifs étaient faits comme des rats, engloutis dans le plus gros piège que l'humanité pourrait concevoir,
l'Histoire vraie est devenue sous les pinceaux d'Art Spiegelman, le récit de la survie humaine, parfois piquée d'épisodes remarquables et souvent d'une grande intensité.
En décortiquant avec talent cet héritage familial porteur de secrets enfouis, de non-dits et de destructions, l'auteur a sans doute réussi à comprendre un peu mieux qui il était.
A défaut de guérison, la parole alliée au dessin, sont libérés, pour notre plus grand plaisir de lecteur.
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LiliGalipette
  25 avril 2011
Bande dessinée d'Art Spiegelman. Ce volume comprend Mon père saigne l'histoire et C'est là que mes ennuis ont commencé.
Préface de Marek Halter : "Qu'y a-t-il de commun entre une bande dessinée et la Shoah ? "Zahkor" ! souviens-toi en hébreu. Cette injonction apparaît quelques 169 fois dans le texte biblique, comme si les sages réunis à Yavné, vers la fin du premier siècle, pour compiler les textes et les chroniques qui allaient composer le Livre des livres, avaient pressentis le rôle primordial dévolu à la mémoire dans le destin d'un peuple appelé à la dispersion et à l'exil. Art Spiegelman est le fils d'un des survivants des ghettos polonais. Né à Stockholm en 1948, il vit à New York et dessine des B. D. Maus, son livre, est l'histoire d'une souris dont le chat a décidé d'avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l'obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz. Mais Maus est également le récit d'une autre traque, celle d'un père par son fils pour lui arracher l'histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l'obligation de se souvenir. de transmettre aussi. Et avec quelle énergie ! Car de la rencontre peu naturelle de la B. D. et de la Shoah naît un choc. le choc d'une forme réputée mineure pour un événement majeur. Tout comme Woody Allen a su, avec ses images en noir et blanc, nous désintoxiquer du cinéma pour mieux nous le faire voir, Art Spiegelman parvient à effacer de notre souvenir les récits un peu fatigués de la Shoah pour leur substituer un montage neuf, contemporain et fort. D'où la réussite de Maus, cette oeuvre de la première génération "d'après". Grâce à l'art de Spiegelman, le destin de Maus ne cessera de nous hanter."
Mon père saigne l'histoire (du milieu des années 30 à l'hiver 1944) - Art Spiegelman demande à son père de raconter son histoire, sa rencontre avec sa mère Anja et les années noires de la seconde guerre mondiale. Art a le projet de dessiner cette histoire en collant au plus près :"Je veux raconter ton histoire, comment ça s'est vraiment passé." (p. 25). Vladek Spiegelman retrace alors sa jeunesse en Pologne, son mariage avec Anja, ses fabriques de tissus, sa capture en tant que prisonnier de guerre et toutes les combines qu'il a "organisées" pour faire vivre et sauver sa famille et celle de son épouse. du ghetto à Auschwitz, Vladek tente de survivre.
Art fait de son père un portrait sans concession. Il montre comment le vieil homme a gardé les habitudes de la guerre, entre récupération et économies avaricieuses. "Sur certains points, il est exactement comme les caricatures racistes du vieux juif avare." (p. 133) Vladek est un vieil acariâtre bougon, remarié sans amour avec Mala après le suicide d'Anja. le père d'Art jauge le quotidien à l'aune de son expérience de la guerre et d'Auschwitz. Irrémédiablement marqué, dans sa chair et dans son âme, par la Shoah, Vladek ne peut concevoir la légèreté de la nouvelle génération.
Et c'est là que mes ennuis ont commencé (de Mauschwitz aux Catskill et au-delà) - La seconde partie s'ouvre sur une réflexion d'Art face à son oeuvre. Il se demande sous quels traits animaux il peut représenter les Français. Il remet en question le choix de son expression :"Il y a tant de choses que je n'arriverai jamais à comprendre ou à visualiser. J'veux dire la réalité est bien trop complexe pour une B. D. ... Il faut tellement simplifier ou déformer." (p. 176) Entre le postulat historique et sa représentation artistique et graphique se creuse un fossé qu'Art doute pouvoir combler. Se dessinant homme derrière un masque de souris, il montre son appartenance à un groupe, mais également les distances qu'il prend avec celui-ci.
Dans la seconde partie, Vladek poursuit le récit de son passage à Auschwitz. Il décrit comment, à force de combine et de chance, il a réussi à obtenir des places privilégiées et des avantages. Les images des camps sont connues, mais mises en bande dessinée, elles acquièrent une nouvelle épaisseur et une nouvelle vitalité. Les marches de la mort, la fin de la guerre et le retour au pays sont autant de thèmes déjà vus, mais le traitement que leur impose Art Spiegelman permet de les voir avec un oeil nouveau.
Cette bande dessinée a l'épaisseur et la forme d'un roman. Découpée en chapitres, elle est également mémoires et confessions d'un vieil homme, testament et récit des origines pour le fils. Insérée à mi-parcours, on découvre une autre bande dessinée d'Art Spiegelman, celle où il illustre le suicide de sa mère. Mise en abîme de la mort eet du récit familial, cette production met en scène des êtres humains perdus, solitaires et effrayants. Dans Maus, le recours à l'animal permet de se sauver un peu de l'horreur de la représentation.
Les souris sont les Juifs, les chats sont les Allemands, les cochons sont les Polonais, les chiens sont les Américains, etc. Je m'interroge sur le choix de la souris. Certes, la faiblesse de l'animal face au prédateur félin ne fait aucun doute. Mais j'y vois aussi une reprise des idéaux nazis : les juifs sont une vermine trop nombreuse qu'il faut exterminer. Quand les juifs cherchent à se déguiser, ils portent des masques de cochon pour se fondre la masse "honnête" de la population. Les juifs ne sont pas des citoyens au même titre que les Allemands ou les Polonais. Ils sont autre chose, autrement.
Les [S] des phylactères ressemblent aux S allemands du sigle SS. Ils zèbrent sans cesse les paroles, éclatent la parole en éclair de mots et font écho aux bombardements et aux coups. La peur suinte des pages. le dessin en noir et blanc renforce cette impression de monde manichéen : sans cesse le personnage peut basculer dans le néant. Les mots parfois s'agencent en phrases laconiques dont la logique est évidente :"Beaucoup ont eu des plaies à cause du froid. Dans les plaies du pus, et dans le pus des poux." (p. 55) L'horreur physique et les conséquences dramatiques de la saleté sont ici exprimées en termes factuels, irrémédiablement logiques. La langue de Vladek est caractéristique des émigrés : il inverse certaines parties de phrase et commet des erreurs. Il abuse des pronoms : en cela j'ai vu une nécessité de toujours mettre l'humain au centre, d'insister sur la personne en faisant mention d'elle sous toutes ses formes grammaticales.
La place du fils et, plus généralement, des générations issues des survivants, est fortement interrogée. "Je dois me sentir coupable quelque part d'avoir eu une vie plus facile qu'eux." (p. 176) Ici parle la culpabilité du survivant et ainsi s'exprime le poids intemporel et inaliénable du souvenir. Entre le père et le fils, les relations sont souvent tendues. Art en veut à son père de vivre comme si la guerre allait frapper et Vladek ne sait vivre que dans la crainte et le ressentiment. Art reste un enfant qui se sent incapable d'être à la hauteur des attentes de son père. Quand on apprend la mort de Vladek, la tension retombe. Art reprend le récit, délivré du poids de l'approbation paternelle, et il achève plus aisément la mise en images de l'existence de son père.
Pas facile de parler de cette oeuvre qui a déjà fait couler tant d'encre... Cette bande dessinée ne peut pas être saisie en une seule et première lecture. Il faudra y revenir pour mieux saisir certaines subtilités. Si les textes de Primo Levi et de Robert Anthelme m'ont fortement marquée, l'image d'Art Spiegelman a également fait impression pour longtemps.
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critiques presse (1)
BulledEncre   28 août 2015
L’histoire d’un juif polonais pendant la guerre. L’histoire d’un fils qui ne sait pas comment aimer son père. Incontournable. Pour adultes avertis.
Lire la critique sur le site : BulledEncre
Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
LiliGalipetteLiliGalipette   25 avril 2011
Préface de Marek Halter : "Qu'y a-t-il de commun entre une bande dessinée et la Shoah ? "Zahkor" ! souviens-toi en hébreu. cette injonction apparaît quelques 169 fois dans le texte biblique, comme si les sages réunis à Yavné, vers la fin du premier siècle, pour compiler les textes et les chroniques qui allaient composer le Livre des livres, avaient pressentis le rôle primordial dévolu à la mémoire dans le destin d'un peuple appelé à la dispersion et à l'exil. Art Spiegelman est le fils d'un des survivants des ghettos polonais. Né à Stockholm en 1948, il vit à New York et dessine des B. D. Maus, son livre, est l'histoire d'une souris dont le chat a décidé d'avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. Le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l'obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz. Mais Maus est également le récit d'une autre traque, celle d'un père par son fils pour lui arracher l'histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l'obligation de se souvenir. De transmettre aussi. Et avec quelle énergie ! Car de la rencontre peu naturelle de la B. D. et de la Shoah naît un choc. Le choc d'une forme réputée mineure pour un événement majeur. Tout comme Woody Allen a su, avec ses images en noir et blanc, nous désintoxiquer du cinéma pour mieux nous le faire voir, Art Spiegelman parvient à effacer de notre souvenir les récits un peu fatigués de la Shoah pour leur substituer un montage neuf, contemporain et fort. D'où la réussite de Maus, cette oeuvre de la première génération "d'après". Grâce à l'art de Spiegelman, le destin de Maus ne cessera de nous hanter."
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Dionysos89Dionysos89   27 septembre 2016
Je sais que c’est dément, mais d’une certaine manière je voudrais avoir été à Auschwitz avec mes parents ; comme ça je pourrais vraiment savoir ce qu’ils ont vécu !... Je dois me sentir coupable quelque part d’avoir eu une vie plus facile qu’eux.
Je me sens tellement incapable de reconstruire une réalité qui a été pire que mes cauchemars les plus noirs. Et en plus, sous forme de B.D. ! Je me suis embarqué dans un truc qui me dépasse. Peut-être que je devrais tout laisser tomber.
Il y a tant de choses que je n’arriverai jamais à comprendre ou à visualiser. J’veux dire la réalité est bien trop complexe pour une B.D.… Il faut tellement simplifier ou déformer.
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Dionysos89Dionysos89   15 janvier 2016
Ce printemps-là, en un seul jour, les Allemands ont déporté plus de 1.000 personnes de Srodula à Auschwitz. Surtout des enfants, ils ont pris ; certains avaient que 2 ou 3 ans.
Quelques-uns criaient et criaient. Ils pouvaient pas s’arrêter. Alors les Allemands les ont pris par les jambes et les ont balancés contre le mur… Et plus jamais, ils ont crié.

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Lorraine47Lorraine47   29 décembre 2012
-Tous nos amis sont passés par les camps. Personne n'est comme lui!
-...C'est quelque chose qui me tracasse pour le livre que je fais sur lui...
Sur certains points il est exactement comme les caricatures racistes du vieux juif avare.
-Ah! Ça tu peux le dire! ...
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letilleulletilleul   04 août 2010
Et là, dans le camp de concentration Auschwitz, on est arrivés. Et on savait que de là, on sortirait plus jamais...
On savait ce qui se passait - qu'ils allaient nous gazer et nous jeter dans les fours - c'était en 1944...Tout on savait. Et on était là.
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Videos de Art Spiegelman (54) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Art Spiegelman
Trump est un gros tas de merde et Macron un berger allemand : l'interview d'Art Spiegelman... .Comment dessiner Trump ou Macron ? Qui seraient aujourd'hui les souris juives de "Maus" ? Peut-on tout caricaturer ? Regardez l'interview vidéo d'Art Spiegelman, l'auteur de Maus, l'unique B.D. qui a reçu prix Pullitzer où l'holocauste est racontée avec des souris juives et des chats nazis.
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