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Philippe Bataillon (Traducteur)
ISBN : 2020838265
Éditeur : Seuil (07/10/2005)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 32 notes)
Résumé :
Antonio Muñoz Molina a l'intime conviction que chacun de nous enferme en soi, comme un coffre à l'ouverture capricieuse, un ou plusieurs romans.

Que la vie suit des méandres compliqués aux allures d'échecs, de catastrophes, de défaites grandioses et tristes comme des sanglots de géants.

Son dernier livre se penche sur ces hommes et ces femmes dont la clarté de l'existence fut soudain masquée par les horreurs de la Seconde Guerre mondi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
mariecesttout
  21 mars 2014
Si on me demandait comment "classer" ce livre, je n'aurais aucune réponse, j'ai beaucoup de mal à le résumer, et même à en parler!
Ce n'est pas un roman, mais il contient de la fiction.
Ce ne sont pas des nouvelles, je ne le pense pas, bien qu'il soit constitué de dix-sept chapitres retraçant chacun une histoire différente, mais les personnages de ces histoires peuvent, ou non, se retrouver dans une autre....
Ce n'est pas un récit bien qu'il retrace des destins historiques.
Ce serait peut être plus simple de faire un dessin ? Et, sur une feuille blanche, au centre, je mettrais un gros point, très noir. Ce point, c'est Joseph K. qui, à aucun moment, n'a été accusé de quoi que ce soit, si ce n'est d'être coupable. Passage du statut d'innocent à celui de coupable, sans bien sûr savoir de quoi on peut bien être coupable.
Relié au point noir Joseph K., je dessinerais un point gris, l'auteur, en lisant ceci :

"Je suis très doué pour éprouver cette espèce d'angoisse, pour manquer le sommeil en m'imaginant que toi et moi sommes dans ce train. Je suis terrifié par les papiers, les passeports et les certificats qu'on peut perdre, les portes que je n'arrive pas à ouvrir, les frontières, l'expression indéchiffrable ou menaçante d'un policier, de quelqu'un qui porte un uniforme et brandit face à moi une quelconque autorité. J'ai peur de la fragilité des choses, de l'ordre et de la tranquillité de notre vie toujours précaire et suspendue à un fil qui peut casser, de la réalité quotidienne si assurée et familière qui peut se briser dans la catastrophe d'un malheur."
Du point gris de l'auteur partiraient des lignes, plus ou moins sécantes, quelquefois parallèles, s'entrelaçant, se croisant , bref une espèce de toile d'araignée, mais toutes ces lignes bien sûr finiraient par rejoindre le point noir central. Ces lignes correspondraient à cette simple phrase :"Il n'y a pas de limite aux histoires inimaginables qu'on peut entendre à condition de faire un peu attention, aux romans qu'on découvre soudain dans la vie de n'importe qui."
Elles représenteraient soit des destins connus de tous comme ceux de Primo Levi, Milena Jesenska, Evguénia Guinzgourg, Margarete Buber-Neumann, personnages que l'on retrouve dans la plupart des chapitres, mais aussi les récits d'autres vies, fiction ou non. le seul point commun chez ces personnages étant bien sûr le fait de se retrouver un jour coupables et de ne pas comprendre pourquoi.
C'est sûr que comme dessin, ce ne serait pas génial, mais il correspond à ma vision de ce livre !
Dans les critiques que j'ai lues à son sujet, on évoque en permanence le thème de l'exil.
Ce thème est certes très présent ; les coupables fuient par tous les moyens possibles (un des plus beaux chapitre est, pour moi, "Dis moi ton nom" qui évoque l'exil de musiciens d'Amérique latine d'abord vers l'Argentine puis vers l'Espagne).
Et le titre du livre "Séfarade" est un hommage rendu à la mémoire des juifs expulsés en 1492.
Mais la douleur de l'exil n'est pas le thème dominant. le thème dominant , pour moi, est l'éternelle question : pourquoi ai-je été déclaré coupable, pourquoi tout à coup suis-je obligé de perdre mon identité pour adopter celle qu'on m'attribue ?
Dans le chapitre "Tu es" :
"Tu crois savoir qui tu es et en fait tu es soudain transformé en ce que les autres voient en toi, et , peu à peu, tu deviens plus étranger à toi même, et même ton ombre est ton espion qui te suit pas à pas, et de tes yeux tu vois le regard de ceux qui t'accusent, qui changent de trottoir pour ne pas te dire bonjour..."
Bon, je crois que finalement, il vaut mieux que je ne fasse pas de dessin...
Très beau livre!
En " citation", la postface, les livres utilisés par l'auteur. .


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Jerry_Can
  06 octobre 2017
Sentir les esquilles des souvenirs pénétrer sa peau. Se heurter aux portes closes du temps. Sentir les esquilles des souvenirs pénétrer sa peau. Partir à la rencontre du passé, vecteur de sensations intimes et lourd de la mémoire collective. Dans Séfarade, Antonio Muñoz Molina invite le lecteur à marcher sur les traces d'inconnus ou d'illustres figures ayant marqué leurs époques. Un thème récurrent semble réunir ces êtres : l'exil. Et c'est avec la même empathie que l'écrivain évoque les vies de Franz Kafka, Primo Levi, Evguénia Ginzbourg ou de narrateurs apatrides, dépossédés de leurs cultures, privés de repères par la folie des hommes. L'exil...Un fil conducteur liant ces nouvelles les unes aux autres sans atermoiements excessifs mais avec une pudeur et une justesse transcendant l'espace de la page. Exilés volontaires, enfants blessés de la guerre se côtoient ici tandis que leurs chants plaintifs vibrent jusqu'à la déraison. La haine, le génocide, les geôles, l'oppression, les camps...Un lourd héritage transmis de génération en génération. le temps s'écoule mais les persécutions sont les mêmes. Nombreux sont les descendants des séfarades à connaître les mêmes tourments que leurs aïeuls tombés en disgrâce sous l'Espagne des Rois Catholiques. Portée par une écriture ciselée dans la peine et la nostalgie, cette oeuvre exsude la souffrance des déracinés. Et les phrases démesurément longues de l'auteur font écho aux douleurs incessantes des personnages et à leur perpétuel mal de vivre. Leurs difficultés à « être » et à exister au-delà de la mort de leurs proches, de leurs identités bafouées ou du carcan dans lequel ils se trouvent englués les retranchent au rang d'exilés. Exilés de leurs familles, exilés de leurs terres et exilés de leurs propres existences. Un recueil terrible et éprouvant. Une galerie de portraits peints dans les larmes et le sang versés par L Histoire.
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miriam
  21 mars 2017
Sefarad veut dire Espagne en hébreu. "séfarade" qualifie la population juive originaire d'Espagne, avant l'Expulsion de 1492, orientale, turque, bulgare, italienne.... ayant gardé souvent la langue espagnole, et parfois la clé de la maison espagnole abandonnée il y a des siècles. L'étude de ces juifs séfarades n'est pas, l'objet principal de ce livre, même si l'auteur s'y réfère d'abondance.
Sefarad est aussi le titre de la dernière nouvelle, ou la dernière histoire de ce gros livre (512p) qui compile 17 récits, qui pourraient se lire indépendamment les uns des autres comme des nouvelles, mais où des personnages récurrents font le lien, un peu comme dans un roman choral. L'éditeur (ou l'auteur) ne nous guide pas en sous-titrant, "nouvelles", " roman", "récit", "témoignages" ou "essai" qui conviendraient tous à cet ouvrage. J'ai été déroutée pendant la première centaine de pages, cherchant à identifier un narrateur, ou des parentés entre les personnages qui disent "je" en différents lieux, différentes époques. Puis j'ai décidé de me laisser porter par chaque histoire.
Incipit
"Nous avons fait notre vie loin de notre petite ville, mais nous ne nous habituons pas à en être absents, et nous aimons cultiver la nostalgie...."
Sefarad est un livre de nostalgies, d'absences, d'exils, c'est un livre de voyages:
"parfois, au cours d'un voyage, on écoute ou l'on raconte des histoires de voyages. Il semble du fait qu'on est parti, le souvenir de voyages antérieurs devient plus vif, il semble aussi que l'on apprécie mieux, que l'on prend plus de plaisir aux histoires qu'on vous raconte, parenthèse de mots précieux à l'intérieur de l'autre parenthèse temporelle du voyage."
Dans chaque récit, il y a un train, un départ et souvent un exil.
De nombreux personnages sont connus, Kafka ou Primo Levi, Baruch Spinoza pour les plus célèbres, Walter Benjamin ou Margarete Buber-Neuman qui a rencontré Milena Jesenska, l'ancienne fiancée de Kafka, dans les camps nazis après avoir été déportée au Goulag. Je n'avais jamais entendu parler de Münzenberg et Jean Amery . M. Salama, commerçant de Budapest, exilé à Tanger, sauvé des nazis par l'identité espagnole accordée à certains Juifs Séfarades qui en ont fait la demande, mais qui n'a pu être étendue aux communautés de Rhodes ou de Salonique, exterminées, est-il un personnage de fiction?
Page 182, il me semble que l'auteur décrit sa méthode de travail :
"j'ai pressenti au long de deux ou trois années, la tentation, la possibilité d'un roman, j'ai imaginé des situations et des lieux comme des photographies séparées, ou comme ces photogrammes tirés des films qu'on exposait autrefois, assemblés sur de grandes affiches à la porte des cinémas[....]Chacun d'eux acquérait une précieuse qualité de mystère, se juxtaposant aux autres, sans ordre. Ils s'éclairaient l'un l'autre par des connexions multiples et instantanées que je pouvais défaire ou modifier à ma guise et dans lesquelles aucune image n'annulait les autres ou ne parvenait à s'imposer sur elles, ne perdait au profit de l'ensemble sa singularité irréductible"
p.185, il poursuit :
"Mais j'ai la paresse d'inventer, je n'ai pas envie de m'abaisser à une falsification de littérature inévitablement rapiécée. Les faits réels dessinent des trames inattendues auxquelles la fictions ne peut pas se risquer...."
Ce livre est comme un puzzle racontant l'Histoire du XXème siècle traversée par le fascisme et le stalinisme qui se sont combattus justement pendant la Guerre Civile. Ce point de vue espagnol donne une cohérence unique. La rencontre des communistes espagnols qui trouvèrent - croyaient-ils - refuge à Moscou, avec d'autres dirigeants comme Münzenberg ou Neumann dénonce les crimes du stalinisme et la perversité du Pacte Germano-soviétique. L'histoire du jeune espagnol combattant sous l'uniforme nazi de la légion Azul qui rencontre à Narva (Estonie) une colonne de déportés juifs est poignante. Autre versant de la Guerre d'Espagne.
Vie quotidienne dans une petite ville - jamais nommée - de modestes artisans, sous le franquisme (implicite, pas expliqué), petites gens dans des quartiers misérables de Madrid.
Par touches impressionnistes, l'histoire, grande et petite est imprégnée de ces nostalgies et des exils, jusqu'à New York, au musée Hispanique où attend la petite fille peinte par Velazquez qui clôt l'ouvrage.
Il faut se laisser emporter dans ce long voyage littéraire.

Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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pasiondelalectura
  17 juillet 2016
C'est un gros pavé de presque 600 pages qui a nécessité un an et demi de rédaction à Muñoz Molina et presque la moitié de sa vie (il est né en 1956) de documentation permanente, parfois de manière inconsciente. Il a été recompensé par le Prix Jerusalem 2013 accordé à des écrivains qui luttent pour la liberté dans la société actuelle; deuxième espagnol à obtenir le prix après Jorge Semprún.
Ce livre est un tissu de 17 chapitres qui évoquent la poursuite de juifs à travers L Histoire. Les histoires narrées peuvent être assez différentes mais les fils conducteurs sont la persécution et l'exil.
Au début, Muñoz Molina a récupéré deux récits : l'histoire d'une danoise d'origine franco-séfarade qui a voyagé en train à travers la France libérée de 1944 (ah, le pouvoir évocateur du voyage en train en littérature...) et l'histoire de Monsieur Salama, un séfarade qui a pu échapper aux camps de concentration.
La lecture n'est pas facile car les histoires sont poignantes et racontées par un narrateur assez troublé qui mêle sa vie privée de façon originale aux divers récits dans ce livre.
Lien : https://pasiondelalectura.wo..
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
mariecesttoutmariecesttout   21 mars 2014
Note sur mes lectures

J'ai très peu inventé dans les histoires et dans les voix qui se croisent dans ce livre. J'en ai entendu raconter certaines et elles habitaient ma mémoire depuis longtemps. J'ai découvert Willi Münzenberg en lisant
La fin de l'innocence de Stephen Koch ,et j'ai suivi sa piste dans Le passé d'une illusion de François Furet, livre aussi admirable que son titre, ainsi que dans le deuxième volume des mémoires d'Arthur Koestler, Hiéroglyphes et sur un nombre surprenant de pages internet.
J'ai découvert le beau nom de Milena Jesenska dans les surprenantes Lettres à Milena de Frantz Kafka, un livre de poche qui m'a longtemps suivi. C'est ce prénom, isolé comme titre d'un livre, Milena , qui m'a amené à découvrir son auteur, Margarete Buber-Neumann, dont j'avais trouvé la piste chez Koch et Furet en tant que personnage mineur, cité dans des notes en bas de page.
Les deux volumes de son autobiographie, Prisonnière de Staline et d'Hitler: Déportée en Sibérie et Déportée à Ravensbrück dont j'avais découvert la trace dans le catalogue du Seuil, m'ont été rapidement envoyés de Paris par mon éditrice, Annie Morvan. Il est étrange que sur ce sombre épisode des enfers construits par le nazisme et le communisme abondent tant de témoignages féminins.

Ont été capitaux pour moi Contre tout espoir de Nadejda Mandelstam, et surtout Le Vertige d'Evguénia S. Guinzbourg, dont j'avais lu pour la première fois le nom dans un livre extraordinaire de Tzvetan Todorov, Face à l'extrême que j'ai découvert dans sa traduction anglaise, Facing the Extreme, Moral life in the Concentration Camps. . J'ai beaucoup appris sur Todorov en lisant "L'homme dépaysé ".

A propos de la situation des Juifs d'Espagne, j'ai lu à fond "Les origines de l'Inquisition ", la tendancieuse et monumentale étude de Benzion Netanyahu, et, beaucoup plus brève et équilibrée, la classique Histoire de L'inquisition espagnole d'Henry Kamen, sans oublier un livre qui personnellement me semble extraordinaire, malgré son extrême concision, Historia de una tragedia de Joseph Perez.
Mon ami Emilio Lledo a lu pour moi le très long journal du professeur Klemperer dans l'original allemand ( Victor Klemperer, Mes soldats de papier, Journal 1933-1941, et Je veux témoigner jusqu'au bout, Journal, 1942-1945.....)

Mais j'oubliais presque de citer deux des auteurs les plus décisifs pour ma formation dans les années récentes, sans lesquels il est probable que ce livre n'aurait pas existé, que je n'aurais pas trouvé l'état d'esprit nécessaire à l'écrire.
Je fais référence à Jean Améry et à Primo Levi.
J'ai découvert par hasard en 1995 le livre de Jean Améry sur Auschwitz dans une librairie d'occasion, sans en avoir jamais entendu parler. Il a été publié par Actes Sud en 1995 sous le titre Par delà le crime et le châtiment , et je n'ai pas entendu dire qu'il ait intéressé aucune maison d'édition espagnole .
Grâce à Mario Muchnik, le lecteur espagnol a accès à la grande trilogie des mémoires de Primo Levi, qui comprend Si c'est un homme, La Trève, Les Naufragés et les Rescapés: quarante ans après Auschwitz.

Ce que l'on peut apprendre sur l'être humain et sur l'Histoire de l'Europe au vingtième siècle dans ces trois volumes est terrible mais aussi très instructif et honnêtement, je ne crois pas que ,sans les avoir lus, il soit possible d'avoir une conscience politique accomplie, ni une idée de la littérature qui ne comprendrait pas l'exemple de cette manière d'écrire.

Il y a eu d'autres livres, mais ceux que j'ai cités plus haut sont ceux qui m'ont le plus nourri pendant que j'écrivais Séfarade.
J'ai aussi tâché de prêter attention à beaucoup de voix, parmi elles je dois citer avec gratitude celles de Francisco Ayala et de Jose Luis Pinillos, la voix sonore et joviale d'Amaya Ibarrui ,qui par un matin d'hiver m'a invité à prendre un café et m'a raconté certains épisodes extraordinaires du roman de sa vie, la voix d'Adriana Seligmann qui m'a parlé des cauchemars en allemand de son grand-père, et la voix de Tina Palomino qui est venue chez moi un soir alors que je croyais terminé ce livre et qui m'a fait comprendre sans s'en rendre compte, tandis que j'écoutais l'histoire dont elle me faisait le cadeau, qu'il reste toujours autre chose qui mérite d'être raconté.

Madrid, décembre 2000
Antonio Munoz Molina
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PecosaPecosa   24 octobre 2017
Tu changes de ville, de chambre, de visage, de ville, d'amour, mais même quand tu te dépouilles de tout, il reste toujours quelque chose de permanent, qui réside en toi depuis que tu es doué de mémoire et depuis bien avant que tu aies atteint l'âge de raison, le noyau ou la moelle de ce que tu es, de ce qui jamais ne s'est éteint, non pas une conviction ni un désir, mais un sentiment, parfois amorti comme la braise du feu de la veille cachée sous les cendres, mais presque toujours très vif, qui palpite dans tes actions et qui colore les choses d'un éloignement durable dans le temps; tu as le sentiment d'être déraciné, étranger, de ne jamais être tout à fait nulle part, de ne pas partager les certitudes d'appartenance qui pour d'autres semblent si naturelles ou faciles, ni l'assurance avec laquelle beaucoup d'entre eux s'accommodent ou possèdent, ou bien tiennent pour acquises la solidité du sol où ils marchent, la fermeté de leurs idées, la durée future de leur vie.
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VanessaVVanessaV   11 mars 2008
Il est certain que beaucoup d’entre nous aimeraient vivre dans le passé immuable de nos souvenirs, qui semble se répéter identique à lui-même dans le goût de certains aliments et dans certaines dates marquées de rouge sur les calendriers, mais sans nous en rendre compte nous avons laissé grandir en nous un éloignement que ne guérissent pas les voyages si rapides, et que ne soulagent ni les rares appels téléphoniques que nous passons ni les lettres que nous avons cessé d’écrire depuis des années.
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HardivillerHardiviller   28 décembre 2015
Avez-vous lu Jean Améry ? Vous devez le faire , il est aussi important que Primo Levi , mais beaucoup plus désespéré . La famille de Primo Levi avait émigré vers l'Italie en 1492 . Ils ont tout les deux été à Auschwitz , même s'ils ne se sont pas rencontrés là-bas . Levi ne partageait pas le désespoir D'Améry , ne pouvait pas accepter son suicide , mais lui aussi a fini par se tuer ,ou du moins tel a été l'avis de la police . Améry , en réalité ne s'appelait pas Améry , ni Jean . Il était né en Autriche et s'appelait Hans Mayer . Jusqu'à trente ans il a vécu en se croyant autrichien ,en croyant que sa langue et sa culture étaient allemandes . Il aimait souligner son appartenance à l'Autriche et s'habillait souvent du costume folklorique : culotte courte et hautes chaussettes . Soudain , un jour , en novembre 1935 , assis dans un café , à Vienne , comme nous sommes assis vous et moi , il a ouvert le journal et il y a lu la promulgation des lois raciales de Nuremberg ,et il a découvert qu'il n'était pas ce qu'il avait toujours cru et aimé être , ce que ces parents lui avaient appris à croire qu'il était , un autrichien . Soudain il était ce qu'il n'avait jamais pensé être : un juif , et de plus il n'était que cela , toute son identité se réduisait à cette condition . Il était entré dans le café en tenant pour acquis qu'il avait une patrie et une vie établie et , quand il en est sorti , il était devenu un apatride , tout au plus une victime possible , voilà tout .....
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SachenkaSachenka   18 août 2017
Jeune homme il avait cru, comme l'adepte d'un religion, au prestige de la souffrance et de l'échec, à la clairvoyance procurée par l'alcool et au romantisme de l'adultère. Maintenant, il était incapable de concevoir pour lui-même une passion plus profonde que celle qu'il éprouvait pour sa femme et son fils, dont il remarquait qu'elle les enveloppait tous les trois d'une atmosphère plus chaude que l'air extérieur, aussi objectivement perceptible qu'un champ magnétique.
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