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EAN : 9782253248613
423 pages
Le Livre de Poche (28/02/2024)
  Existe en édition audio
4.21/5   1211 notes
Résumé :
Au cœur de l’Allemagne, l’International Tracing Service est le plus grand centre de documentation sur les persécutions nazies. La jeune Irène y trouve un emploi en 1990 et se découvre une vocation pour le travail d’investigation. Méticuleuse, obsessionnelle, elle se laisse happer par ses dossiers, au regret de son fils qu’elle élève seule depuis son divorce d’avec son mari allemand.
A l'automne 2016, Irène se voit confier une mission inédite : restituer les... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (285) Voir plus Ajouter une critique
4,21

sur 1211 notes
Irène travaille aux Archives Arolsen, anciennement International Tracing Service, le centre de documentation, d'information et de recherche sur la Shoah et la persécution nazie, basées à Bad Arolsen ( en Hesse, Allemagne ) depuis 1948. Elle est à la fois archiviste et enquêtrice. Elle se voit confier la mission de restituer des objets retrouvés dans des camps nazis à leurs propriétaires survivants ou leurs descendants  : un pierrot en tissu, un mouchoir brodé, un médaillon.

Forcément, le thème de la Shoah peut susciter quelques craintes tant on peut avoir l'impression qu'il a été labouré voire essoré par la littérature contemporaine. le choix de recourir à des personnages et histoires fictifs peut également interroger de prime abord, la force du réel et le poids des témoignages apparaissant comme générateur d'une intensité que le romanesque aurait du mal à restituer. Très rapidement, les premiers chapitres ont totalement emporté mes quelques inquiétudes préalables tant le souffle extraordinairement prenant du roman m'a embarquée.

Moi qui croyait - très immodestement- avoir un peu fait le tour de la Shoah, j'ai découvert l'ampleur de ces incroyables Archives Arolsen ( trente millions de documents ) qui reçoivent encore un millier de demandes par mois provenant des quatre coins du monde, notamment de jeunes générations en quête d'informations sur leurs aïeuls dont les effroyables destins ont pu être tus. Ou encore la révolte des Kaninchen de Ravensbrück ( jeunes femmes servant de cobayes médicaux ) cachées dans le camp par d'autres déportés à la résistance obstinée.

Irène doit donc retrouver l'identité des déportés qui possédaient les objets à restituer, puis suivre la piste de leurs descendants, en espérant qu'il y est quelqu'un au bout de l'enquête, quelqu'un pour qui la restitution ait un sens, comme un policier à l'envers pour « renouer les fils que la guerre a brisés » et éclairer « à la torche des fragments d'obscurité. » La composition du roman est remarquablement propulsive, jamais elle ne se contente d'empiler les enquêtes, chaque histoire faisant écho à la précédente avec parfois des connexions inattendues. le scénario apporte de la lumière sur chacune des vies fracassées au coeur du récit, tisse des liens entre le passé et le présent avec intelligence et fluidité, sans jamais sombrer dans la surécriture artificielle.

Malgré le caractère fictif des personnages, on a l'impression qu'ils ont existé. Ils sont là, vivants, réels, ils ont de la chair, du corps et du coeur. A commencer par notre guide dans ce voyage dans le passé, Irène, dont le travail est la colonne vertébrale, au point qu'elle éprouve des difficultés à s'extraire de ses enquêtes. On sent la fièvre qui s'empare d'elle lorsqu'elle s'approche de la vérité, on sent son découragement lorsque les pistes refroidissent, sa suffocation à découvrir son propre passé, inattendu.

Et puis, il y a ces destins éclaircis. Inoubliables Lazar avec son parcours de Treblinka à Thessalonique, Wita à Ravensbrück qui se demande si elle a encore un visage après des mois de ravage physique, Eva la mentor d'Irène, Sabina, Karol ... Ce roman vibre d'une rare intensité émotionnelle qui étreint le lecteur quasi en continu. Si mes larmes ont souvent coulé, ce n'est jamais sous l'injonction d'un sujet dramatique ni parce que Gaëlle Nohant joue avec un grossier tire-larme sulfatant vulgairement du pathos à tout-va . Si elles ont coulé, c'est parce que tout est juste, tant dans l'écriture, sobre et ciselée, que dans le propos, pudique et énergique.

Certaines scènes sont exceptionnelles - comme celle de l'EHPAD – car elle construise une réflexion puissante et limpide sur la mémoire et la transmission. En restituant ces objets sans autre valeur que sentimentale- le Pierrot, le mouchoir, le médaillon - Irène délivre les fantômes qui y étaient emprisonnés. « Ne pas laisser leur mort éclipser leur vie », comme une cérémonie en mémoire des disparus à laquelle elle convie des descendants qui n'avaient rien demandé, qui vont être percutés par le tragique du passé et voir leur présent bouleversé à jamais. «  Quelquefois, en cherchant les morts, on trouve des vivants »

Impossible de se détacher des personnages une fois ce magnifique roman refermé. Gaëlle Nohant a trouvé l'équilibre parfait entre le romanesque et l'historique, sublimant ce dernier dans jamais le dénaturer ou l'atténuer. Enorme coup de coeur.



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Comment ne pas être ému aux larmes en lisant un tel livre ?
Certes je sais que comme disait Flaubert : " Je suis doué d'une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire."
Mais comme Gaëlle Nohant, et pour des raisons qui me sont propres, à peu près au même âge qu'elle " la Seconde Guerre mondiale et la déportation ont fait effraction dans ma vie à travers des livres et des films, et ne m'ont plus quitté..."
Son roman refermé, je suis allé aussitôt sur Youtube écouter la voix de Claude Lanzmann et plus particulièrement cette vidéo de 2015 de 45 minutes, intitulée - Pourquoi Shoah - dans laquelle la personne qui l'interviewe lui pose d'entrée cette question, comme un écho au roman de Gaëlle Nohant : " Monsieur Lanzmann, dans votre film il n'y a ni archives, ni histoires individuelles, pourquoi ?"
Ce à quoi Lanzmann répond : " Il n'y a pas d'archives parce qu'il n'y en a pas...ça tient à la nature même de ce qu'a été la Shoah, à savoir que la destruction des traces du crime a été concomitante au crime lui-même..."
Et puis je suis allé faire un tour du côté de Treblinka. J'ai réécouté le témoignage d'Abraham Bomba ( "the barber" ), et retour en Pologne pour écouter celui toujours très interpellant de Jan Karski ( se référer au " Rapport Karski " ), et là j'ai eu la confirmation de l'excellence du travail romanesque de Gaëlle Nohant, un travail romanesque fondé sur la recherche historique.

J'ai tant lu sur la WW2, les camps de concentration et ceux d'extermination, sans avoir tout lu..., que je me réjouis de voir que de belles personnes dotées d'une plume d'exception continuent d'entretenir ou de raviver la flamme de la mémoire à travers des oeuvres de création contemporaines originales.
- le bureau d'éclaircissement des destins - ( le titre en est une première illustration tant il s'apparente à celui d'une série télé comme - le Bureau des légendes - ) a pour cousinage avec - La carte postale - d'Anne Berest, l'enquête à rebours, l'investigation généalogique.
La différence réside dans le "micro" et le "macro", le privé et l'institution.
Anne enquête pour son compte et celui de sa maman ; elle est impliquée à titre personnel.
Irène, l'archiviste enquêtrice travaille, elle, pour l'ITS ( International Tracing Service ), un institut " d'archives " situé à Arolsen en Allemagne, un centre créé à la fin de la guerre pour, à travers des "objets trouvés" ayant appartenu à des déportés, retracer l'itinéraire de ces déportés, mettre un nom sur l'objet, mieux encore un visage, et faire en sorte que ce nom et ce visage puissent retrouver le chemin qui les ramènent aux leurs.
J'ignorais l'existence du centre d'Arolsen ; avoir appris cette existence grâce à un roman "d'aujourd'hui" sur un thème que je continue à fouiller depuis plus de 50 ans est la preuve que parmi les romans écrits récemment sur la Seconde Guerre mondiale et sur la déportation, il y a encore beaucoup à attendre et à espérer.

Irène est une expatriée française qui vit et travaille en Allemagne depuis 25 ans.
Divorcée d'un Allemand et mère d'un jeune homme de 20 ans, Hanno, elle est entrée à l'ITS " par hasard ", en répondant à une petite annonce.
Le hasard s'est transformé en passion pour cette activité d'archiviste enquêtrice à laquelle l'a formée une vétérane de l'institut, devenue son mentor et son amie, Eva...une rescapée polonaise des camps de la mort... décédée d'un cancer il y a quelques années.
Eva qui lui avait expliqué que :
"- le sort de dizaines de millions de personnes s'est joué ici. Celles qui ont fui, celles qui ont été prises ou se sont cachées, celles qui ont résisté, celles qu'on a assassinées ou sauvées in extremis... Et puis il y a l'après-guerre. Des millions de personnes déplacées. de nouvelles frontières, des traités d'occupation, des quotas d'immigration, l'échiquier de la guerre froide... Tu devras apprendre tout ça, devenir savante. Plus tu maîtriseras le contexte, plus tu réfléchiras vite. le temps que tu gagnes, c'est la vie de ceux qui attendent une réponse. Et cette vie est un fil fragile." 
Irène est devenue ce qu'Eva avait compris qu'elle deviendrait : une parcelle de cette mémoire qui retisse des fils invisibles, quelquefois improbables.
Mais son travail va prendre une autre dimension lorsqu'il va lui être confié la mission de retrouver qui sont les propriétaires d'un vieux Pierrot usé sur le ventre duquel est inscrit un mystérieux numéro matricule, un pendentif rouillé à l'intérieur duquel est plié dessiné le portrait d'un enfant, des lettres de Thessalonique, un mouchoir brodé de prénoms.
L'enquête à remonter le temps peut commencer.
Irène va remuer ciel et terre pour faire revivre ces objets, qu'ils se décident à révéler leurs secrets et à lui parler.
" Irène repère le sceau de la barbarie, de la mort sur ces vestiges. Perçoit derrière ces riens le bruit des bottes, entend les aboiements des chiens dressés à tuer ".

Le projet de Gaëlle Nohant était particulièrement ambitieux, tellement dense, tellement sensible, complexe et visité qu'en attendre une totale maîtrise, une incontestable infaillibilité, eut relevé de la méconnaissance de la tâche qui l'attendait et qu'elle a accomplie de manière impressionnante.

Parvenir, sans concessions, sans facilités, à maintenir une telle tension tout au long de son roman, un tel niveau d'émotions en retissant les innombrables fils d'une toile dans laquelle s'enchevêtrent 80 ans d'Histoire, autant de destins qui se déclinent de l'Allemagne à la Pologne, en passant par la France, l'Angleterre, la Suisse, l'URSS, les États-Unis, la Grèce, l'Italie, l'Argentine...
Réussir à conjuguer des vies à des temps aussi divers que le présent, l'imparfait, le passé simple, le passé composé, le conditionnel, le futur sans que jamais ni l'espace ni la temporalité ne désincarnent, n'éloignent, pire ne décrédibilisent l'authenticité et la proximité des êtres auxquels ce livre donne souffle et chair, c'est le pari impossible que Gaëlle Nohant a rendu possible.

Il y aurait tant à dire à propos de ce roman qu'il vaut mieux le lire que de s'attarder sur mes quelques lignes.
Le lisant, à votre grand étonnement, vous allez continuer à apprendre.
Je croyais avoir beaucoup lu sur Ravensbrück ; ce n'était pas assez.
Sur Treblinka, Auschwitz, Sobibor, Dachau, Chelmno, Belzec...pareil
Sur le Ghetto de Varsovie, sur les lebensborn, sur la dénazification, sur la Guerre Froide ; c'était incomplet...
Tenez, avez-vous entendu parler du Camp de Mittwerda ?
Savez-vous ce qu'est le djudyo ?

Oui ou non, ce roman est un immanquable.
Lorsque je vous aurai dit que Laurent Joly a conseillé Gaëlle Nohant, vous conviendrez que la barre a été placée très haut...

Il y a des moments d'une exceptionnelle intensité dans cette oeuvre magnifique.
Le chemin de vie ou chemin de croix de Lazar en fait partie.
Celui de la berceuse polonaise chantée par Agata, vieille dame polonaise qui retrouve dans un Ehpad allemand son frère Karl souffrant d'Alzheimer, enlevé 75 ans plus tôt par les nazis dans le cadre du Lebensborn, est l'acmé à laquelle mes larmes n'ont pas résisté.
Il ne me reste plus qu'à ajouter que le tout est très bien écrit.

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Un roman tout à fait bouleversant, éprouvant et déroutant. L'auteure s'est basée sur des faits divers pour tisser son histoire. Nous faisons connaissance d'Irène, divorcée et mère d'un garçon, Cette dernière travaille à l'ITS, l'Internationnal,Trading Service, elle doit restituer, des objets ayant appartenus à des déportés de la Seconde Guerre Mondial. Nous sommes dans la découverte d'une investigation qui nous nous montre un autre pan de l'histoire passée,, un autre regard sur la déportation. Son point de départ, se résume par la découverte d'un Pierrot de tissu terni, un médaillon, et un mouchoir brodé. Un point de départ qui s'avère assez complexe, en sachant que nous sommes en 2016. Elle prend sa mission à coeur et se donne corps et âmes pour élucider, et retrouver les propriétaires, principalement au sein de leurs familles respectives. Je dois avouer mon ignorance , ne connaissant pas l'ITT, L'auteure , grâce à des recherches elle nous offre un livre extrêmement documenté, Elle sait de quoi elle parle, elle use des mots d'une facilité surprenante, nous baignant au sein de son récit. Pour ma part j'ai eu l'occasion de visiter le mémorial de Yad Vashem, qui est consacré aux atrocités de la guerre, j'ai vu l'inimaginable, l'impensable, impossible de d 'écrire ces horreurs. L'auteure, à travers sa plume sensible, visuelle , nous touche au plus profond de notre coeur, il est impossible de sortir indemne d'un tel récit Elle a réussi à m'émouvoir, à me toucher, Un roman qui se lit comme un documentaire historique, Irène arrive t'-elle à mener à bien sa mission? Un roman époustouflant, que je vous recommande de lire.
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ITS pour International Tracing Service, un acronyme qui désigne l'organisation en charge d'aider les descendants des victimes nazies à retrouver les traces d'un disparu, reconstituer son parcours à l'aide des archives conservées précieusement dans le centre allemand de Bad Arolsen. C'est là que travaille Irène depuis plus de trente ans. Arrivée un peu par hasard dans ce centre, son travail hors du commun a fini par prendre toute la place dans sa vie, d'autant que maintenant son fils vole de ses propres ailes. Elle va s'investir corps et âme dans la nouvelle mission qui lui est confiée, restituer des objets collectés au fil des ans dans les camps aux descendants de leurs propriétaires.
Grâce à la belle plume de Gaëlle Nohant nous partons à la recherche de l'histoire d'une poupée de chiffon ; un pierrot, qui nous mène d'un personnage à l'autre, dans une toile d'araignée soigneusement tissée.
Cette approche des drames dans la période nazie est un angle de vue très original, l'auteure a réalisé de nombreuses recherches, et on l'imagine sans peine comme Irène avoir compulsé de multiples documents pour rédiger cette fiction, qui nous replonge dans la vie dans les camps, les crimes nazis, l'histoire dramatique d'enfants arrachés à leurs familles pour être adoptés par des familles allemandes, …
Cependant, malgré toutes ces qualités, j'avoue avoir décroché par moments de l'histoire, un peu perdue parmi la multitude de personnages, les trop nombreuses ramifications. J'ai trouvé regrettable cette complexité qui m'a mise à distance des émotions et finalement empêche de vraiment donner chair aux personnages. J'aurais aimé une enquête également un peu plus crédible, car à de multiples reprises le hasard fait trop bien les choses et de nombreux voiles se lèvent sur des faits qui remontent à soixante-dix ans. La fin ne m'a pas convaincue non plus, en s'avérant un peu trop facile et feel-good à mon gout.
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Irène, une Française divorcée établie en Allemagne avec son fils, travaille pour les Archives Arolsen, un centre de documentation et de recherche réellement créé au lendemain de la seconde guerre mondiale, longtemps appelé ITS - International Tracing Service -, et dont les missions sont, toujours aujourd'hui, l'éclaircissement du destin des victimes de la persécution nazie ; la recherche de proches ou d'informations à leur transmettre ; enfin la sauvegarde, à travers de millions de documents stockés sur des dizaines de kilomètres linéaires, de la mémoire de ceux que le nazisme a tenté d'effacer.


Elle qui n'était venue dans ce centre que par hasard, avec l'intention première de s'en tenir prudemment à la poussière des archives sans jamais se confronter directement aux familles et à leurs requêtes, se passionne bientôt pour son minutieux et peu ordinaire travail d'enquêtrice, au point de finir par s'y absorber corps et âme. Mais voici qu'au-delà de ses travaux documentaires, on la charge de restituer à d'éventuels descendants ou lointains parents, les objets personnels des disparus qui, recueillis dans les camps de concentration, hantent, depuis près de quatre-vingt ans, les rayonnages du centre.


Un mouchoir brodé de multiples prénoms, un pendentif renfermant un portrait d'enfant, une poupée de tissu sale et usé portant elle aussi un matricule : autant d'occasions, peut-être, d'exhumer du néant l'identité, l'intimité et la dignité des victimes, tout en apportant des bribes de réponse aux interrogations des jeunes générations sur leurs proches. « Même si on ne répare personne », pense Irène avec émotion, « si l'on peut rendre à quelqu'un un peu de ce qui lui a été volé, sans bien savoir ce qu'on lui rend, rien n'est tout à fait perdu. »


Alors, tandis qu'à l'aide de vieux documents, lettres ou photographies retrouvés, mais aussi de témoignages recueillis à travers l'Europe, elle retisse peu à peu, comme dans une enquête policière, les fils brisés de ces destins dont ces objets sont les témoins inanimés et silencieux, surgissent avec l'intensité de la vie, de ses espoirs et de ses douleurs, les visages de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, tragiquement confrontés à la machinerie d'extermination nazie avec tout ce qu'elle représente d'atrocités, de souffrances et d'humiliations.


Malgré la barbarie très explicitement évoquée dans ses actes les plus abominables, Gaëlle Nohant réussit l'exploit d'un récit aussi terrible que lumineux, l'humanité des victimes survivant comme une flamme inextinguible jusqu'au plus profond des camps, du désespoir et de l'ignominie, grâce à mille gestes de résistance et de solidarité, mille manifestations de dignité et de volonté de témoigner par-delà la mort, qui, relayés jusqu'à nous par la chaîne de transmission de la mémoire, ont montré et continuent de montrer que, non, au grand jamais, le nazisme n'est pas parvenu à effacer pour de bon qui que ce soit de cette terre.


Au lendemain de la seconde guerre mondiale, rien n'était pourtant acquis d'avance, comme rien aujourd'hui ne semble définitivement gagné. Avant de pouvoir mener à bien ses missions, l'ITS s'est trouvé durablement noyauté de l'intérieur par les mêmes anciens nazis qui trustèrent longtemps le pouvoir et les administrations allemandes, tandis que dans le contexte de la guerre froide, le nouveau jeu des alliances déplaçait le centre de l'attention vers de nouveaux ennemis. Il aura fallu attendre Angela Merkel pour lever les derniers obstacles juridiques entravant la libre exploitation des archives, un droit d'autant plus essentiel quand on pense aux résurgences actuelles de l'antisémitisme, aux exactions de groupuscules néo-nazis et à la vague populiste qui monte un peu partout.


Un livre remarquable, aussi finement documenté qu'intelligemment construit et sensiblement écrit, qui nous en apprend encore sur la Shoah et sur les incessantes difficultés du devoir de mémoire. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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critiques presse (5)
SudOuestPresse
17 avril 2023
Le Grand Prix RTL- » Lire Magazine » a été décerné lundi à Gaëlle Nohant pour son roman « Le bureau d’éclaircissement des destins », une fiction sur la recherche des descendants de victimes de la Shoah
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
LeJournaldeQuebec
17 avril 2023
Brillamment construit, un roman qui prouve que tout n’a pas encore été dit sur la Shoah.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Bibliobs
14 avril 2023
Sur une trame très documentée, Gaëlle Nohant a bâti une fiction bouleversante qui mène le lecteur aux confins de l’horreur. On avance à tâtons dans les brumes d’un passé ténébreux. Le roman débouche pourtant sur une percée lumineuse pleine d’humanité.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeSoir
23 janvier 2023
Dans « Le bureau d’éclaircissement des destins », l’autrice bouche les trous d’un passé douloureux.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Lexpress
19 janvier 2023
La mission louable de l’héroïne du "Bureau d’éclaircissement des destins" ? Retrouver les descendants des déportés de la Shoah, afin de leur rendre leurs biens.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (261) Voir plus Ajouter une citation
De sa vie, des gens qu’il aimait, la guerre a fait table rase.
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Qui n'a jamais vu les sanglots d'objets morts n'a jamais rien vu ni entendu de triste.

Rachel Ayerbach, extrat du poème "Les sanglots des objets morts"
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Irène est envahie par l'image de Wita marchant sur un trottoir enneigé. Blond et rieur, le petit Karol court à côté d'elle. Elle le rappelle à l'ordre, il ne doit pas s'approcher si près de la route. Une Traction Avant noire ralentit à quelques mètres d’eux, une infirmière en sort. Elle sourit à l'enfant, demande quel âge il a, lui caresse la tête. Wita prend le petit dans ses bras. La femme se retourne vers la voiture et fait un signe de tête. Aussitôt deux SS en jaillissent et arrachent l'enfant des bras de sa mère. Elle lutte pour le garder, hurlante. Ils la frappent, se précipitent dans la voiture, tendent le petit à l'infirmière et redémarrent.
Elle ne saura jamais si les choses se sont passées ainsi.
-Qui étaient ces sœurs brunes ? murmure-t-elle.
- Des nazies ferventes, volontaires pour « le service de l'Est ». Elles repéraient les gosses et racontaient aux parents qu'ils devaient passer des examens médicaux. Si ça se passait mal, le service d'ordre SS était là.
-Les enfants étaient tout de suite emmenés en Allemagne ?
-D’abord, on les confiait aux « experts de la race », qui les soumettaient à toutes sortes de mesures pointilleuses : l'écartement des yeux, la forme du nez, les proportions du corps, la recherche de taches de naissance, d'éventuelles maladies ou tares génétiques… Ceux qui n'étaient pas jugés assez aryens étaient renvoyés chez eux ou déportés dans les camps de travail forcé. Les autres étaient dirigés vers des centres spéciaux pour être « rééduqués ». En Pologne, il y en avait plusieurs. Là, on en faisait des petits Allemands. S’ils parlaient leur langue maternelle, ils étaient sévèrement punis. Les plus jeunes étaient confiés aux foyers Lebensborn avant d'être adoptés par des familles nazies. Les autres étaient mis au service du Reich. (p.158-159) […]
-Les enfants volés étaient l'enjeu d'une bataille féroce entre les Allemands, le gouvernement militaire américain et les représentants de leurs pays d'origine, résume l'historienne. Pour simplifier, les Allemands ne voulaient pas les rendre. Beaucoup de parents d'accueil étaient attachés à ces mômes. Pour d'autres, ils représentaient une main d'œuvre gratuite. Quant aux Américains, ils ne voulaient pas indisposer l'Allemagne fédérale, leur nouvelle alliée dans la guerre froide. Et répugnaient à envoyer ces enfants grossir les rangs du bloc de l'Est. (p.161)
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Ravensbrück

Dans les locaux de l'ancienne Kommandantur, ils découvrent une salle dédiée aux malades du "Revier". Sur une photo, l'une des "Kaninchen" expose sa jambe ravagée. Un cliché clandestin. Une preuve du crime si elles venaient à disparaître. Dans une vitrine est exposée une carte adressée à une camarade fraîchement opérée. Le dessin d'un lapin à la patte bandée. Entouré d'une couronne de fleurs, il lape son écuelle sur fond de barbelés. Ses amies ont signé au verso de la carte. Irène y déchiffre, avec émotion, la signature de Wita, près de celle de Sabina. Au trouble de Rudi, elle sent qu'il réalise tout à coup que cette femme a existé. Celle qui pourrait être sa grand-mère a écrit son nom sans trembler.
- Elle est morte ici ? demande-t-il en ressortant du crématoire.

Page 375
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Combien de fois a-t-elle croisé la mention de ces messages jetés par la lucarne des wagons sans faire le lien ?
Les cheminots les ramassaient sur le ballast et s'arrangeaient pour les transmettre à leurs destinataires. En Pologne, en Tchécoslovaquie, en France.
En 1942, Jean avait dix-neuf ans. Il travaillait à l'entretien des lignes du réseau Paris Est, entre la gare de Bobigny et celle du Bourget.
Là d'où partaient les convois.
Elle se figure sa sidération devant ces mains d'enfant tendues à travers les barbelés. Les pleurs et les gémissements qui montaient des wagons. Son impuissance.
Ramasser les bouts de papier pliés qui tombaient des trains et les conduire à bon port. Au moins ça. Peut-être craignait-il que leurs billets ne se perdent. Il lui arrivait de ne trouver personne à l'adresse indiquée, quand il y en avait une.
(p.407)
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