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Patrick Charbonneau (Traducteur)
ISBN : 274273953X
Éditeur : Actes Sud (04/10/2002)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 131 notes)
Résumé :
L'ultime roman de W. G. Sebald nous fait connaître la vie de Jacques Austerlitz, un homme hanté par une appréhension obscure, lancé dans la recherche de ses origines. Par ce portrait saisissant d'un émigrant déraciné, fragile, érudit et digne, l'auteur élève une sorte d'anti - monument à tous ceux qui, au cours de l'Histoire, se retrouvent pourchassés, déplacés, coupés de leurs racines - sans jamais en comprendre la raison ni le sens.
La vulnérabilité douce ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
ATOS
  13 décembre 2016
« Des animaux hébergés dans le Nocturama, il me reste sinon en mémoire les yeux étonnamment grands de certains, et leur regard fixe et pénétrant, propre aussi à ces peintres et philosophes qui tentent par la pure vision et la pure pensée de percer l'obscurité qui nous entoure ». WG Sebald.
J'ai repensé à la phrase d'Adorno que G Didi-Huberman avait cité au début de son essai Remontages du Temps Subi, l'oeil de l'histoire (2) : «  Quand il pense, son oeil s'étonne, presque désemparé, puis s'illumine tout à coup. C'est avec un tel regard que les opprimés peuvent devenir maître de leur souffrance ».
Faire la lumière, du moins tenter de la faire vivre, du moins, de lui permettre de survivre.
Il y a entre W.G. Sebald, plus exactement entre Jacques Austerlitz, le personnage central de ce roman, Aby Warburg, historien de l'art , et Walter Benjamin ,l e philosophe, une réelle correspondance. Ils se font signe et nous font signe.
L'image est au centre de leur travail. La mémoire, la genèse de l'histoire , la problématique de l'image. Sa rémanence. Quelque chose est là, inscrit, qui fait signe, qui nous parle, qui communique. L'image non officielle, « l'image de ce tous à chacun ». Cela peur être une photographie, ou la vue directe d'un objet, la lumière de la verrière d une gare, l'escalier d'une bibliothèque, un sac à dos, un livre, un accent, une comète gravée sur un compteur électrique, le quai d'une gare ….
Jacques Austerlitz, retrouve sa mémoire comme on recouvre la vue.
La persistance rétinienne de l'âme.
Il est possible de tout perdre sans véritablement rien oublier.
L'image, l'articulation, le remontage des temps cataclysmiques, traumatiques.
Comment formuler une phrase ? . Comment affronter la déchirure, la béance du temps ? .
Notre passé, notre devenir est ce ...là ? Sous nos yeux ? Était- ce déjà entre nos mains ?
La survivance des lucioles n'est pas absente de ce roman. le travail de G. Didi-Huberman fait écho. Ces images de, et, en mémoire... leur résonnance.
Travailler sur l'image, y plonger, en remonter des mots, des parfums, des couleurs, faire passage à la musique des ombres, Comme des fragments de poterie, laisser venir l'émotion, formuler, traduire, procéder à la lecture, tout cela me parle, fait écho dans les méandres de mon esprit.
«  J'ai d'emblée été étonné de la façon dont Austerlitz élaborait ses pensées en parlant, de voir comment à partir d'éléments épars il parvenait à développer les phrases les plus équilibrées, comment, en transmettant oralement ses savoirs, il développait pas à pas une sorte de métaphysique de l'histoire et redonnait vie à la matière du souvenir ».
Nous avons tous cela en nous. Cette capacité à capter, à recevoir ce que les objets d'image nous adressent, et ce qui nous est adressé c'est un geste. L'homme qui a dessiné une forteresse, l'enfant qui regarde l'objectif, celle qui choisi l'instant de la photographie,ce livre déposé , ce visage sculpté, tout cela ce sont des gestes. Geste de vie, geste d'amour, geste de peur, de colère geste de fuite. Preuve de vie. Preuve d'absence. J'ai toujours été fascinée par l'image manquante, l'idée d'une image lacunaire, l'idée d'une clé.
De la clé au passage il n'y a peut être que les portes de notre esprit. «  là où la vie emmure, l'intelligence perce une issue » écrivait Marcel Proust.
Penser un savoir. C'est parfois l'oeuvre de toute une vie, parfois même le devoir de l'humanité.
Pour penser juste il faut penser vrai. Et ce respect du savoir que WG Sebald a su faire entrer dans cette fiction. Cela aurait pu être totalement impossible. Mais il a réussi. Comme Laszlo Nemes a réussi , dans son film le Fils de Saul, à nous faire entrer dans une des Nuits les plus terrible de l'Histoire. Ne n'en sortons pas intacts mais plus forts parce que nous devenons plus vrais, plus justes.

J'ai découvert Austerlitz de W. G Sebald à travers le chef d'oeuvre cinématographique de Stan Neumann , et je l'ai lu sur les lèvres de Denis Lavant.
Lorsque je j'ai ouvert le livre et que j'ai commencé sa lecture, je suis entrée plus précisément dans l'articulation du langage de Sebald , d'une construction étonnante.
Ce roman est construit en écho. Une fiction en écho. Les choses ne peuvent pas parfois revenir, ressurgir directement,. Les hommes les mots brûleraient, ils seraient foudroyés par l'horreur, le chagrin , la douleur.
G Sebald a choisi la forme du témoignage, sous forme d'enquête, pour mener son récit.
Jacques Austerlitz raconte au narrateur. le narrateur retranscrit. Il y a donc un effet de profondeur qui a été introduit. Effet photographique, mnémonique. Perceptive du temps qui donne lecture à l'avenir.
Les images témoignent de leur temps. Elles nous rapprochent de la vérité.De leur sauvegarde dépend notre survie.
Jacques Austerlitz part en quête de ce qu'il pressentait et cela depuis toujours. Il est en quête de sa vérité. Photographie amateur, passionné d'architecture, il perçoit, recherche le lieu, il a cet instinct de survie, Anvers...Londres, Bruxelles, Paris, Marienbad, Prague, le Ghetto de Terezin, Paris... ce lieu c'est sa mémoire.
J'ai un profond attachement pour ce personnage auquel W.G Sebald a donné vie.
Une oeuvre étonnante, magistrale. L'histoire de Jacques Austerlitz est présente.
Un jour les Amériques, un jour ...Prague, un jour Drancy , un jour l'Anatolie, la Namibie, ou la St Bathélémy, demain Srebrenica ou Sabra ou Chatila, le Cambodge , l'Ukraine, le Rwanda, encore un autre jour ...l'unité 731, et puis un autre jour …. Alep.
Ce lieu devient la mémoire ,
la mémoire, de tous à chacun d'entre nous.

À écouter, la très belle émission que France culture consacrait à l'oeuvre de W.G Sebald en septembre 2012 :
https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/wg-sebald-1944-2001
à voir :
« Austerlitz » film de Stan Neumann 2015
http://www.lesfilmsdici.fr/fr/catalogue/5040-austerlitz.html

Astrid Shriqui Garain
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Baldrico
  03 janvier 2019
Il y a peu, j'ai relu Austerlitz.
Il n'est pas fréquent que je relise.
Voici ce qui m'y a amené.
Robert Desnos est mort à Terezin en juin 1945. Après avoir lu la Légende d'un dormeur éveillé, je me suis souvenu que Sebald en parlait dans Austerlitz et dans mon souvenir c'était au début du livre. Ma mémoire me jouait des tours. le camp dont parle d'abord Sebald est celui du fort de Breendonk, en Belgique. Terezin n'est décrit que bien plus loin. Alors, au lieu de feuilleter le livre afin de retomber sur cette description, je suis mis à tout relire.
Et mon chemin de redécouverte du livre, dont j'avais oublié des parties entières, est venu curieusement en contrepoint de la recherche des origines qui est son objet.
Je crois que mon plaisir de lecture fut encore plus grand que la première fois. Austerlitz est probablement le plus linéaire des livres de Sebald. Même si les réflexions d'une grande hauteur de vue sur l'histoire de l'humanité abondent, notamment à partir de l'architecture des gares ou de l'entomologie, le travail de mémoire, dans le cas si douloureux d'un événement traumatique primordial, guide toute l'oeuvre.
Le génie de Sebald est de nous emmener dans ce parcours de nature éminemment psychologique sans parler de psychologie, indirectement, par les récits que fait Austerlitz au narrateur.
Un art subtil, une empathie d'une infinie délicatesse: voilà pourquoi j'aime tant Sebald.
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oblo
  28 juillet 2016
Se présentant comme un bloc monolithique, sans chapitre ni retour à la ligne, comme écrit dans l'urgence, dans l'urgence de fixer le récit oral, le souvenir, toutes les traces fugaces de la réalité et de nos vies, tel est Austerlitz. le texte est intemporel et se fiche des frontières : on passe des années 1930 à Prague aux années 1970 à Paris ou à Marienbad, puis aux années 1940 et 1950 au Pays de Galles avant de revenir dans les années 1990 à Londres ou sur l'esplanade de la BNF ... Plus de frontière donc, ni géographique ni temporelle : l'être seul compte, son expérience, et le récit suit ainsi les pérégrinations de l'esprit qui se raccroche, qui se souvient, qui saisit ce qu'il faut absolument écrire pour ne pas le perdre.
Les photographies représentent une part importante du récit. Elles interrogent les notions de réalité et de fiction. Est-ce un roman ? Un témoignage ? Un documentaire ? Un essai philosophique ? Les photographies induisent un sentiment de réalité et brouillent les pistes : sont-celles de l'auteur, W.G. Sebald ? Sont-elles personnelles ? Ou ont-elles été prises dans le cadre du travail d'écriture ? Les lieux, les objets décrits se matérialisent, existent, sortent du cadre de la fiction. Pour autant, une photographie n'est jamais qu'une image cadrée d'un endroit précis : sous l'illusion du vrai, c'est une réalité tronquée qui est présentée, puisque coupée de son environnement. Partant, les personnages photographiés - la mère supposée d'Austerlitz notamment - posent eux aussi la question de l'identité ? Qui sont-ils ? Cette femme est-elle la mère de Jacques Austerlitz ? La mère de W.G. Sebald ? Une anonyme ? Une célébrité d'antan ? A-t-elle quelque rapport avec cette histoire ?
Ce qui marque également, c'est l'imbrication des personnages, du narrateur et de l'auteur. le narrateur croise Jacques Austerlitz dans la gare d'Anvers. Ils parlent aussitôt, évoquent l'inutilité des constructions militaires des 18ème et 19ème siècles, trop longues à construire, déjà dépassées par les progrès de l'armement sitôt qu'elles sont terminées. Puis Austerlitz évoque sa vie, sans retenue mais pas sans gêne ni sans pudeur puisqu'il s'arrête parfois. Et comme ni le temps ni les frontières n'existent, si le narrateur et Austerlitz se perdent de vue, un jour, une semaine, un an ou bien vingt-cinq, Austerlitz reprend toujours son récit là où il l'a laissé. Dans le récit se superposent les personnages, leurs récits, leurs voix puisque le narrateur rapporte la parole d'Austerlitz qui, lui-même, reconstruit son passé grâce aux témoignages d'autrui.
Au-dessus d'un récit aussi sensible qu'intelligent, à l'apparence légère et aux accents poétiques, tâchant de saisir la beauté des instants en des descriptions longues, il plane comme une menace constante. C'est la mort qui plane. Elle plane lorsqu'Austerlitz évoque son amitié avec Gerald, qui se tue en avion ; elle plane quand Austerlitz parle avec Véra, sa nourrice praguoise, de ses parents, disparus ou morts. La mort apparaît comme urgence qui exige maintenant de dire et d'écrire, puisque tout est destiné à disparaître.
La quête de l'identité est le thème central du livre. Qui est Jacques Austerlitz (mais aussi : qui est le narrateur, et pourquoi Austerlitz semble se confier si facilement à lui ?) ? Ses premiers souvenirs remontent, au début du récit, à un pasteur gallois et à sa femme dont il ne comprend pas la langue. Rigueur des premières années, sermons chrétiens où pointe une terrifiante eschatologie. Puis les années d'étude, le rugby où il excelle, l'amitié avec Gerald, sa place de professeur d'histoire de l'art, une thèse monstrueuse sur l'architecture monumentale et sociale de la fin du 19ème siècle. Mais Austerlitz s'interroge, lui qui s'est toujours senti un étranger en n'importe quel lieu. Peu à peu s'éclaircissent les pièces d'un puzzle historique et personnel : Jacques, enfant de Praguois francophiles, dont la mère est déportée à Terezin (ancien ghetto de Terezienstadt), le père enfui en France, lui, l'enfant, sauvé par un voyage en Angleterre alors qu'il n'a que 4 ans et demi. Survivant de la guerre et de l'Holocauste, Austerlitz a été néanmoins durablement marqué par cette histoire - pis, il a été changé, construit, modelé par cela. En lui les langues - l'anglais, le français, le tchèque - résonnent, se confondent, ont à voir avec son être profond ; mais, pour autant, polyglotte et homme de toutes les cultures, il est aussi, à sa manière, un apatride, étranger en tout lieu. Si Austerlitz paraît comme un survivant de la guerre, il en est bien une victime.
Austerlitz serait un roman. Il est, à coup sûr, un objet littéraire. Qui puise sa source dans l'histoire la plus sombre du 20ème siècle, dans la folie la plus noire. Inhabituel dans sa forme, il est littéraire dans ses longues phrases sans but autre que celui de la description, serpentant dans les souvenirs, dans les images instantanées aux couleurs et aux contours flous, oeuvre de mémoire - puisque, selon l'adage, les paroles s'envolent et les écrits restent - autant que livre qui interroge celle-ci, la remet en question.
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JeanPierreV
  01 mars 2016
Austerlitz ....
Grande victoire napoléonienne .....combien de personnes peuvent se vanter d'avoir ce patronyme pas banal ?
Des personnes au destin hors du commun sans doute...on comprendrait mal que de tels personnes restent dans l'ombre...
Jacques Austerlitz, personnage principal de ce livre de W.G Sebald est l'un de ceux-là, un érudit, un passionné, un philosophe, un homme à la recherche de son passé, de celui de sa famille...Quelle a été sa vie avant l'âge de 4 ans 1/2? ....S'est-il toujours appelé Austerlitz? A t-il toujours vécu au Pays de Galles, dans une famille de pasteur?.
Lire la suite...
Un homme qui page après page reconstruit sa mémoire, cherche à comprendre son passé et celui de ses parents, depuis le Pays de Galles, jusqu'à la Tchécoslovaquie, en passant par l'Allemagne, Paris, Londres....et d'autres encore...une mémoire qui se construit par la visite de lieux, de bibliothèques, de villes, de fortifications, par des rencontres avec d'autres passionnés, par des croisements entre L Histoire et l'actualité du moment, entre ses connaissance et celles de ses interlocuteurs, par des lectures, par un travail d'enquête.
Le narrateur qui eu Jacques Austerlitz comme instituteur, s'entretient avec lui. Jacques est maintenant chargé de cours dans un institut d'histoire de l'art londonien....mais il a eu tant d'autres centres d'intérêts, tant d'autres passions, tant d'autres vies, tant d'autres métiers
Un livre passionnant, qui "se mérite", pas facile à lire et à suivre...déstabilisant parfois..les narrateurs se croisent, leurs propos se suivent,...les connaissances de Jacques, se mêlent à celles du narrateur, ou de personnes rencontrées.
Aucune des personnes que rencontrera Jacques n'est banale. Toutes ont une foule de connaissances, sont passionnées, par un lieu, une ville, une fortification ...elles ont une histoire, une vie à raconter...elles sont presque obsédées chacune dans leur coin par des insectes ou des papillons, des perroquets, l'histoire de villes, des gare, de cimetières, d'immeubles tranquilles aujourd'hui mais qui ont été des lieux de torture, de déportation...
Austerlitz nous force à réfléchir quant à la vanité de l'homme et de certaines constructions humaines, des forteresses obsolètes et dépassées par le progrès quand elles sont achevées, construites pour défendre et utilisées finalement pour tuer des innocents, des bibliothèques modernes construites pour promouvoir la culture...et laisser la trace dans l'histoire de leur initiateur, et finalement inadaptées pour la promotion de la culture...un livre fait pour rappeler un passé qu'on cherche à laisser de côté, l'importance des traces du passé à ne pas oublier...message d'un auteur allemand anti-nazi
Chaque mot est pesé, chaque description de lieu, chaque référence historique ou culturelle est un plaisir...Que de connaissances accumulées, mises à la disposition du lecteur ...peut-être un peu trop complexes, parfois semblant inutilement accumulées.
Une construction du livre pas banale et qui peut être rebutante, certains refermeront ce livre après 20 pages...l'auteur l'a construit sans aucun chapitre, sans paragraphe, sans guillemet..mais on ne lit pas la poésie, la mélancolie, les références culturelles et historiques, les réflexions philosophiques ou sociologiques, la construction de la mémoire "en diagonale".... Non ! on s'accroche!.
J'en sort un peu groggy, mais heureux.
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Thaddeus
  22 mars 2015
Austerlitz n'est pas simplement un roman sur la guerre et ses conséquences, il questionne aussi la mémoire et l'identité. Au niveau des souvenirs, l'homme est parfois aussi efficace que l'écureuil qui au printemps ne se rappelle plus les endroits où il a mis sa nourriture tant il l'a éparpillée dans tous les coins. Il y a toujours des choses qui restent enfouies, introuvables, condamnées à l'oubli. le récit a pour but la reconstruction des origines du sujet. le morcellement des origines a vraisemblablement été causé par un refoulement. L'Histoire enterre L'Histoire. C'est un roman qui montre bien à quel point nous sommes des produits du temps, mais d'un temps qui ne s'achève jamais, qui se répète, qui se fait oublier et redécouvrir quelquefois. Splendide roman!
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critiques presse (2)
Telerama   11 juillet 2019
Tout est à lire, à relire, à relire encore et sans fin, dans l’œuvre captivante de W.G. Sebald (1944-2001), où se mêlent étroitement fiction et réalité, narration et méditation, autour des thèmes de l’exil et de la destruction.
Lire la critique sur le site : Telerama
Telerama   17 juillet 2013
Austerlitz est peut-être le plus grand livre de l'Allemand W. G. Sebald [...] se déploie en ces pages la quintessence d'une oeuvre que caractérisent une qualité poétique intense, une obsession de la mémoire et de la trace, une infinie mélancolie
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
JeanPierreVJeanPierreV   01 mars 2016
La tête plaquée contre le mur, et respirant à fond quand la nausée montait en moi, j'observais depuis un certain temps déjà les travailleurs des mines d'or de la City qui se retrouvaient ici, en cette première heure de la soirée, debout à leur place habituelle, tous semblables dans leurs costumes bleu nuit, avec leurs plastrons à rayures et leurs cravates criardes et tandis que j'essayais de comprendre les mystérieuses coutumes de cette espèce animale absente des bestiaires, leur promiscuité, leur comportement mi-mondain, mi-agressif, leur coups de glotte quand ils vidaient leurs verres, l'excitation montante du brouhaha, le départ précipité de l'un ou l'autre, j'avisais soudain, en bordure de cette horde déjà chancelante, un individu isolé dont je prenais en cet instant conscience qu'il ne pouvait être que celui perdu de vue depuis près de vingt ans (P. 51)
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paulotletpaulotlet   24 septembre 2017
Même maintenant où je m'efforce de me souvenir, où j'ai repris le plan en forme de crabe de Breendonk et lis en légende les mots "ancien bureau, imprimerie, baraquements, salle Jacques-Ochs, cachot, morgue, chambre des reliques et musée", l'obscurité ne se dissipe pas, elle ne fait que s'épaissir davantage si je songe combien peu nous sommes capables de retenir, si je songe à tout ce qui sombre dans l'oubli chaque fois qu'une vie s'éteint, si je songe que le monde pour ainsi dire se vide de lui même au fur et à mesure que plus personne n'entend, ne consigne ni ne raconte les histoires attachées à tous ces lieux et ces objets innombrables qui n'ont pas, eux, la capacité de se souvenir des histoires comme par exemple celle qui, pour la première fois depuis cette époque, me reviens à présent à l'esprit tandis que j'écris, l'histoire de ces paillasses fantomatiques recouvrant le bois des châlits superposés et qui, leur bourre s'étant décomposée avec les ans, avaient perdu volume et épaisseur, s'étaient ratatinées comme si elles étaient les enveloppes mortelles - oui, c'est, il m'en souvient, ce que je m'étais dit à l'époque-, les enveloppes mortelles de ceux qui gisaient naguère en ce lieu, au milieu des ténèbres.
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WilliamineWilliamine   21 juillet 2018
J'ai commencé à étudier l’œuvre de près de huit cents pages en impression serrée consacrée par H. G. Adler, jusqu'alors inconnu de moi, à l'installation, l'évolution et l'organisation interne du ghetto de Theresienstadt, qu'il a rédigée dans les pires conditions entre 1945 et 1947, pour part à Prague, pour part à Londres, puis encore révisée plusieurs fois jusqu'à sa publication par une maison d'édition allemande en 1955. La lecture qui ligne après ligne m'ouvrait les yeux sur ce que, lors de ma visite de la ville fortifiée, mon ignorance presque complète m'avait empêché d'imaginer était, en raison de ma connaissance insuffisante de l'allemand, d'une lenteur infinie, et je pourrais même dire, ajouta Austerlitz, qu'elle était pour moi presque aussi difficile que le déchiffrement d'une écriture babylonienne ou égyptienne, idéographique ou cunéiforme. Syllabe après syllabe, il me fallait décrypter les mots surcomposés ne figurant dans aucun dictionnaire, que la langue administrative et technique utilisée par les Allemands et régissant tout à Theresienstadt produisait apparemment à jet continu.
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blandine5674blandine5674   28 mars 2014
En outre, le facteur décisif qui me permit de m'épanouir dans cet institut fut que l'étude et la lecture n'étaient pas pour moi un pensum. Au contraire, enfermé comme je l'avais été jusqu'ici dans la Bible et les homélies galloises, il me semblait qu'à chaque page tournée s'ouvrait sous mes yeux une nouvelle porte. Je lisais tout.... Peu à peu naquit dans ma tête une sorte de paysage idéal où le désert d'Arabie, le royaume des Aztèques, le continent antarctique, les Alpes enneigées, le passage du Nord-Ouest, le fleuve Congo et la presqu'île de Crimée se côtoyaient pour former un panorama unique, peuplé de tous les êtres qui s'y rattachaient.
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WilliamineWilliamine   21 juillet 2018
J'étais en train de lire pour la énième fois sur un tableau synoptique qu' à la mi-décembre 1942, à l'époque donc où Agàta est arrivée à Tezerin, sur une surface construite de tout au plus un kilomètre carré, étaient enfermées dans le ghetto près de soixante mille personnes, et quelques instants plus tard, dehors, sur la place déserte, j'eus la très nette impression qu'elles n'avaient pas été évacuées mais continuaient de vivre là, entassées dans les maisons, le souterrains et les greniers, qu'elles montaient et descendaient sans relâche les escaliers, regardaient par les fenêtres, se déplaçaient en grand nombre dans les rues et les venelles, et formaient même une muette assemblée remplissant tout l'espace d'un ciel finement hachuré par la pluie. 
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