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EAN : 9782234050631
Éditeur : Stock (02/12/1998)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 28 notes)
Résumé :

Au commencement était la luxure", pense Herman Broder, le héros de Ennemies.Est-ce là le thème d'une histoire d'amour qui n'est pas tout à fait comme les autres ?Broder a perdu sa famille dans l'holocauste nazi en Pologne ; il a échappé à la mort, vivant pendant deux ans caché dans un grenier à foin. Il habite maintenant un appartement à Brooklyn et vit avec sa seconde femme, Yadwiga, la petite paysan... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
kielosa
  16 janvier 2018
Pour ma 200e chronique sur Babelio, j'ai choisi une histoire d'amour, mais pas n'importe laquelle : une sortie de la plume du seul Nobel en Yiddish, en 1978, Isaac Bashevis Singer, 1902-1991, "Ennemies", sous-titrée d'ailleurs "Une histoire d'amour". La version originale "Sonim, di Geshichte fun a Liebe" date de 1966. La traduction anglaise "Enemies : A Love Story", de 6 ans plus tard.
Afin de vous permettre de mieux vous représenter les personnages principaux de cette tragicomédie , je vous les mentionne en indiquant les actrices et l'acteur qui les ont incarné dans le film homonyme que le régisseur américain, Paul Mazursky, a fait de l'oeuvre de Singer en 1989. le rôle du héros de l'histoire, Herman Broder, est interprété par Ron Silver (1946-2009), acteur et régisseur juif, connu comme avocat d'O.J.Simpson dans "American Tragedy" et celui de l'avocat de Claus von Bülow dans "Le mystère von Bülow". Les 3 femmes dans vie d'Herman sont : Anjelica Huston - fille du régisseur John Huston et pendant des années la compagne de Jack Nicholson - dans le rôle de Tamara ; l'actrice suédoise, découverte par Ingmar Bergman, Lena Olin, interprète la sensuelle Masha et Margaret Sophie Stein (pseudo de Malgorzata Zajaczkowska) Yadwiga.
Surtout les actrices ont été merveilleusement bien choisies en fonction des personnages de Singer. L'affiche du film nous montre la jolie tête des 3 "élues" de Herman, et mérite d'y jeter un coup d'oeil.
Le maître lui-même nous prévient, dans un avant-propos, qu'il s'agit d'une histoire fictive autour d'un cas exceptionnel. Les protagonistes ne sont pas seulement des victimes du nazisme, mais aussi de leur propre personnalité et croyances.
Herman Broder, unique survivant de sa famille juive polonaise de l'holocauste, débarque peu après la fin de la 2ème guerre mondiale à New York.
Il vit à Brooklyn avec Yadwiga, qui, pendant 3 ans l'a caché dans un grenier à foin, et avec qui il a passé un an dans un camp nazi. Et bien qu'ils se soient mariés, Yadwiga se comporte toujours comme si elle était encore la servante du père d'Herman. En fait, à 33 ans, elle est restée la jeune fille de campagne polonaise, dévouée et timide, illettrée qui bredouille quelques mots américains. Pendant que son mari s'absente pour colporter des bouquins, elle s'enferme dans leur flat et s'imagine toujours à Lipsk, un village polonais près de la frontière lituanienne, d'où elle est originaire.
Herman, torturé par des cauchemars de guerre, vit partiellement dans le Bronx, où il occupe une chambre dans l'appartement de Masha. La femme qu'il aimerait marier dès qu'elle a obtenu le divorce d'avec son mari, de qui elle s'est séparée. Comme lui, Masha est en proie à des cauchemars de ses passages dans les camps, comme juive.
Outre ses ventes de livres, Herman gagne son minimal revenu "comme nègre" pour le riche rabbi Milton Lampert de qui il écrit les livres, articles et discours. Masha, qui ne peut survivre des 15 dollars par semaine d'alimentation qu'un juge a imposée à son mari - mais qu'il oublie de payer - travaille comme caissière dans une cafétéria, d'autant plus qu'elle a à sa charge les soins de sa mère Shifrah, sortie de la guerre très malade.
Nous sommes donc loin de l'aisance des Rothschild et co.
Comme si son existence n'est déjà pas assez compliquée, il apprend que sa 1re épouse, Tamara, qu'il croyait morte, a également survécu la Shoah et qu'elle se trouve à Broadway (New York). Leurs 2 enfants, Yocheved et David sont morts. Suit une scène pénible, lors de laquelle, elle lui reproche que leur union était, par sa faute, une caricature de mariage et qu'il lui faudra divorcer avec cette "simplette" de Yadwiga.
Comment notre Herman, légalement bigame, va se débrouiller avec ses "trois amours", je ne puis évidemment vous le raconter sans nuire à votre plaisir de lire cette oeuvre un peu particulière de ce Nobel. Masha la Belle, Yadwiga la Bonne, Tamara la Forte ? Mais, soyez rassuré, du plaisir vous aurez en lisant ce roman ! Pour construire une comédie réussie autour, après tout, de victimes de l'holocauste et l'Allemagne nazie, il faut avoir beaucoup de délicatesse et de talent ou s'appeler Isaac Bashevis Singer. On y retrouve l'auteur de "La famille Moskat", de "Satan à Goray" , "Le Manoir", "Le Spinoza de la rue du Marché" etc.
"Ennemies" ne constitue pas le chef-d'oevre de Singer, mais vaut absolument la peine d'être lu à plus d'un titre : son art de raconteur-né, combiné avec sa maîtrise d'évocation de situations complexes et sa grande compréhension du coeur humain, sans oublier des considérations philosophiques bien à lui.

L'écrivain était un homme foncièrement modeste. À ce propos, Florence Noiville dans sa biographie épatante de lui - qui porte comme titre tout simplement son nom - note qu'il détestait les biographies : "lorsqu'on a grand faim, on se moque bien de la vie du boulanger. C'est l'oeuvre qui compte, pas le bonhomme."
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Corboland78
  10 décembre 2015
Isaac Bashevis Singer (1902-1991) est un écrivain juif polonais naturalisé américain en 1943. Après avoir abandonné le rabbinat pour se consacrer à la littérature et au journalisme, il débute sa carrière en 1925 en publiant, sous divers pseudonymes, des nouvelles et en traduisant en yiddish des romans de Knut Hamsun ou de Thomas Mann. Auteur de dix-huit romans, quatorze livres pour enfants et plusieurs recueils de nouvelles, il a reçu le prix Nobel de littérature en 1978. Son roman, Ennemies, est paru en 1975.
New York, quartier de Brooklyn, au début des années cinquante. Herman Broder a fui sa Pologne natale pour échapper à la barbarie nazie. Seul survivant, après la mort de sa femme Tamara et de leurs deux enfants, il vit désormais marié avec Yadwiga, leur ancienne domestique, une petite paysanne inculte et ne parlant pas anglais, qui l'avait aidé à se cacher. Herman Broder a aussi une maîtresse, Masha, qui elle vit avec sa vieille mère Shifrah Puah et voudrait bien épouser son amant.
Si Woody Allen ne tournait pas des films basés uniquement sur ses propres scénarios, il pourrait fort bien adapter ce roman pour le cinéma. Car enfin, il y a là dans ce bouquin de Singer, tout ce qui fait le pain (azyme) des films du cinéaste binoclard. La preuve : le court résumé donné ci-avant, va bigrement se compliquer quand Tamara – finalement toujours vivante – va débarquer dans la vie d'Herman ! Un Broder devenu bigame et pourquoi pas polygame, vu l'insistance de sa maîtresse.
Nous nous retrouvons en terrain connu – si vous êtes amateurs des écrivains américains Juifs – c'est-à-dire que tout comme les polars ont leurs codes et repères, les romans de ces écrivains ont leurs propres points communs : un héros avec une sexualité envahissante, des vies compliquées par des mensonges et une difficulté à agir car paralysée par des tourments existentiels, tourments faits de souvenirs douloureux liés au nazisme et de l'emprise de leur judéité dans leur vie quotidienne. Ajoutons-y pour faire bonne mesure, un entourage féminin assez possessif, et vous avez là tous les ingrédients d'un bon roman.
Je vous laisse découvrir les multiples rebondissements de l'intrigue, grincer des dents devant l'incapacité de Broder à gérer sa vie, sourire des traits d'humour et d'ironie de l'écrivain, réfléchir avec lui quand il appelle en soutien Kant, Spinoza, Schopenhauer et d'autres. Un roman salé/sucré qui mêle humour et réflexion sur la nature humaine sans jamais la juger, le poids de la religion et cette constatation, les souffrances indicibles devraient anéantir tout espoir de futur et pourtant, la vie continue.
C'est bien écrit, bien mené et pas très long. Moi, j'appelle ça un bon roman.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Corboland78Corboland78   10 décembre 2015
Herman passa la soirée avec Masha. Ils se querellèrent, se réconcilièrent, se querellèrent encore. Comme à l’accoutumée, leurs propos furent un tissu de promesses que l’un et l’autre se savaient incapables de tenir, de voluptés imaginaires qu’ils n’éprouveraient jamais, de questions posées pour aiguillonner mutuellement leur désir. Masha se demandait si elle aurait permis à Herman de coucher avec sa sœur (à supposer qu’elle en eût une). Si elle eût pris plaisir à se partager entre Herman et le frère qu’il n’avait pas. Ce qu’elle ferait si son propre père vivait encore et se prenait pour elle d’une passion incestueuse. Herman la trouverait-il encore désirable si elle décidait de revenir à Léon Tortshiner ou d’épouser, pour son argent, un homme riche ? Et si Shifrah Puah venait à mourir, Masha se mettrait-elle en ménage avec Herman et Yadwiga ? L’abandonnerait-elle s’il devenait impuissant ? Leurs conversations aboutissaient souvent à la pensée de mort. L’un et l’autre étaient certains de mourir jeunes.
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