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ISBN : 2266125338
Éditeur : Pocket (07/10/2004)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 1463 notes)
Résumé :
En décrochant une bourse à l'université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s'entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l'opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (199) Voir plus Ajouter une critique
Lulu_Off_The_Bridge
  07 octobre 2013
Roman culte, dit la rumeur. Cela pourrait être une séquelle un peu sombre du cercle des poètes disparus, vibrante jeunesse et heurt de classes sociales, Homère plutôt que Whitman, destin tragique and so on. Cela pourrait être un nième whodunnit, avec un pauvre hère en trench coat qui tenterait de retrouver le coupable à coup de judicieuses déductions et de citations de sa femme. Ou une petite vieille qui écrit des romans policiers pour maison de retraite.
Ce n'est pas du tout cela.
Ce n'est pas non plus un « roman d'aventure », comme l'affirme la 4e de couverture. Ou alors il faut entendre « aventure » au sens « il se passe des trucs ». Auquel cas il y a un sacré nombre de romans d'aventure en circulation.
À l'inverse, le Maître des illusions pourrait aussi se glisser dans la mouvance jeunesse d'élite dépravée, ambiance Les Lois de l'attraction – le roman est par ailleurs dédié à Bret Easton Ellis avec lequel l'auteur a batifolé pendant ses années de fac.
Mais ce n'est pas cela non plus.
De quoi s'agit-il au fond ? Cinq personnages, sûrs d'eux comme on peut l'être à vingt ans, pas forcément sympathiques, pas forcément originaux, s'avancent d'un pas volontaire vers des évènements catastrophiques. Épris (pétris) de culture classique, subjugués par un enseignant aussi charismatique que lisse et distant, quatre d'entre eux décident une nuit de se livrer à une bacchanale. D'expérimenter les limites de la conscience, plus par intérêt scientifique que par envie de s'envoyer en l'air dans les bosquets même si cela termine quand même en frénésie sexuelle et psychotropée. Un homme est tué. Brutalement battu à mort, le crâne explosé à mains nues. Personne n'a rien vu, ce pourrait être un accident, ils pourraient s'en tirer en gardant profil bas. Mais cet équilibre de paille s'effondre quand Bunny, le dilettante du groupe, le pique-assiette qui vit aux basques de ses richissimes amis tout en fustigeant les pauvres, celui précisément tenu à l'écart de la cérémonie, comprend ce qu'il s'est passé et commence à faire peser une pression insupportable sur le groupe. Et malgré l'aspect complètement convenu de l'intrigue, on adhère. Parce qu'il ne s'agit pas de raconter les conséquences d'un meurtre, puis de deux meurtres, mais de suivre la lente progression d'un groupe soudé par leur conscience d'être à part, au-dessus, plus éveillés que leurs congénères, vers l'éclatement, le soupçon, la déception pour certains, la mort pour d'autres, réelles ou métaphoriques. Ils cherchaient l'éveil de la conscience, ils ont trouvé un monde et des dieux enfuis.
Et cette progression est menée de main de maître, de façon subtile et cruelle. Sous l'oeil néophyte de Richard, les personnages apparaissent tout d'abord glacés dans leur perfection : Bunny, le bon vivant un peu idiot mais sympathique, Charles et Camilla (ce choix de prénoms...), les jumeaux à l'air angélique, Francis le dandy et surtout Henry, l'intellectuel autodidacte, aussi brillant qu'étrange. Chacun dans leur petite niche, difficile de les apprécier et donc de se passionner pour leur sort. Mais ils chutent du piédestal, quand sont révélés les travers – égoïsme, inceste, alcoolisme, lâcheté –, ils s'humanisent et on quitte l'exercice de style un peu froid pour entrer dans le tragique. Étrange processus par lequel un personnage devient aimable en se vautrant dans le sale et le pathétique. Sans pour autant faire du Maître des illusions un roman de Bukowski, s'entend. Non, les apparences restent sauves et tout le monde gentiment policé. Mais quelque chose a volé en éclat et c'est irréparable. Au fur et à mesure que les choses s'enveniment, l'univers et ses personnages qui semblaient coupés du monde, flottant dans une sorte d'intemporel romanesque (j'ai eu du mal à dater ces évènements, années 50, 60, 70 ?) s'actualisent, des références contemporaines à l'écriture (le début des années 90) affleurent et ancrent le récit de façon permanente, le dramatisent. J'ai bien conscience du caractère ultra classique/convenu/rebattu de ce que j'explique. Donna Tartt n'invente rien, elle se fond complètement dans des modèles hérités, dans une tradition littéraire, ayant bien appris que le véritable ressort du roman reste le personnage, ses vibrations intérieures, le puits sans fond de sa psyché dont procède l'action. Mais elle le fait bien. À noter la scène d'anthologie de l'enterrement de Bunny (non, ceci n'est pas un spoiler : on apprend la mort de Bunny à la deuxième ligne, d'où l'impression de tragédie même si c'est poussé un peu loin la définition), tout en malaise et dysfonctionnements familiaux, doublé d'une analyse sociologique féroce.
Le seul défaut de cette parfaite entreprise reste le rapport à l'Antique. La bacchanale n'est dionysiaque que de nom, par son attirail mais sans affronter le fond de la question. L'analogie Julian/Dionysos est surfaite et peu convaincante. Je suppose que l'auteur voulait sous-tendre son propos par un balancement (attendu) entre apollinien et dionysiaque, pas tant antique que nietzschéen, il me semble, et surtout réduit à l'opposition ordre/chaos. Je n'y connais pas grand-chose, en culture grecque comme en esthétique nietzschéenne, donc je ne vais pas pousser plus avant la réflexion et me contenter de dire que, même pour mon oeil barbare, tout cela fait un peu plâtre. Un peu décoratif. Sans doute qu'un véritable travail de fond sur ces notions classiques aurait calcifié la matière du roman, le rendant plus ardu, d'une part, et moins attrayant de façon générale.

Lien : http://luluoffthebridge.blog..
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Lolokili
  25 mai 2016
OK Mrs Tartt, on va pas se mentir, le Chardonneret (2013) m'avait émerveillée. En revanche dans le maître des illusions (1992) j'ai trouvé, je l'avoue, le temps un peu long.
Cela dit, plus de vingt ans séparent l'élaboration de ces deux oeuvres (voir dates ci-dessus, me suis pas foulée à les mentionner par hasard). Et si l'on y retrouve des thèmes communs – narrateur juvénile en plein parcours initiatique, excès alcoolopsychotropiques à tous les chapitres – et que la finesse d'analyse psychologique des personnages est admirablement présente ici aussi, l'on est tenté de songer que la magie du petit dernier – lu en premier, suivez-moi bien – doit sans doute beaucoup au gain en maturité de son auteure et c'est tant mieux (si je suis pas claire là, faut pas hésiter à me dire).
Une lecture au (très) long cours donc, qui m'a frustrée en outre quant au traitement de la fin, un peu décevante et par trop sommaire pour le prolixe récit qu'elle était censée couronner si je puis me permettre.
Temporellement intermédiaire (2002) au sein de la parcimonieuse bibliographie tarttéienne (un roman toutes les décennies, pensez donc), le petit copain fera-t-il le lien chez moi entre enthousiasme et légère déception ?… Je vérifierai à l'occasion, histoire de boucler la boucle fut-ce dans le désordre, on fait bien comme on peut mon pauv'monsieur.

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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domisylzen
  25 septembre 2015
Très très grosse impression lorsque j'ai lu ce bouquin la première fois, un peu moins la seconde. Pourtant c'est un livre que j'emmènerai volontiers sur une île déserte. Pourquoi ne prendre que six livres ? Responsables de Babelio faites un effort ! passons à 60 ou à 600 ! Ouais, 6,000 c'est p'tét beaucoup !
Ma meilleure amie, le déteste. J'aime l'atmosphère qui s'en dégage. La richesse des descriptions des personnages, qui sont tour à tour égoïstes, manipulateurs, amis et ennemis, sympa et féroce, vaniteux et courtois . Ce monde à part que certains se créent hors du temps, hors des codes.
Tour à tour Donna Tartt nous manoeuvre. Qui croire ? Richard est-il vraiment accepté ? Ou est-il simplement le regard de la société sur ce groupe d'étudiants ? le témoin privilégié ? le mec a peu près normal pour jauger la folie des autres ?
Le maitre des illusions on aime ou on déteste, si vous ne rentrez pas dans l'histoire au bout de cinquante pages, pas la peine d'aller plus loin.
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Ambages
  20 septembre 2017
Ils forment un club fermé au sein de l'université, centrés autour d'un professeur atypique de grec. Étudiants brillants et majoritairement fortunés, ils vivent dans un autre temps, celui des grandes lettres, de la force de l'esprit sur les choses. Ils se cherchent mais se noient dans l'alcool et les cigarettes. Ce petit cénacle a ses propres règles et ses perversités. L'arrivée d'un nouveau, Richard, vient éclairer le lecteur puisqu'en tant que narrateur, il relate les faits et tente de comprendre ce qui se passe dans ce groupe. Jusqu'au drame.
Je crois que ce qui est le plus sournois dans ce roman c'est la manière dont Donna Tartt tient le lecteur du début à la fin. Bien que le drame soit connu relativement tôt dans ce récit, je suis restée accrochée dans cette ambiance pesante, à la lourde noirceur, à chercher constamment qui tirait réellement les fils. Qui était le maître des illusions ? Mais pour autant le plaisir n'était pas linéaire. J'ai eu l'impression que certains chapitres n'apportaient pas grand chose ou plus exactement que le narrateur n'était pas omniscient comme je le pensais. de là certains chapitres auraient du m'éclairer plus avant et je n'étais pas plus avancée que cette brave andouille amorale de Richard.
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rabanne
  28 février 2017
J'ai mis trois jours à lire ce roman-culte (de 790 pages), dont j'ai trouvé l'atmosphère étouffante à dire vrai. L'intrigue pour moi n'est devenue réellement intéressante qu'à partir de la page 245, lorsque l'on comprend mieux l'engrenage pervers dans lequel les six jeunes étudiants se sont enlisés.
Sur ce campus universitaire américain se distingue un groupe d'étudiants singuliers, férus de lettres classiques, autour de leur charismatique professeur de grec. Derrière l'originalité, le flegmatisme et l'élégance, ces illusoires apparences, un terrible secret les lie...
Arrogance intellectuelle, élitisme social, amitié malsaine, manipulation mentale, fascination, phénomène de groupe (avec le meneur et les maillons faibles), exaltation et autodestruction (alcool, drogue), solitude et culpabilité... Le tout concourant à d'amères désillusions et à l'irrémédiable.
Des portraits psychologiques intéressants, un récit envoûtant et introspectif sur une jeunesse sacrifiée, mais dont la langueur (et longueur) a fini par m'oppresser.
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critiques presse (1)
Lexpress   26 janvier 2014
On regrettera certaines longueurs, des lourdeurs de style (de traduction ?). La fascination l'emporte, in fine, tant pour le souffle et les personnages que pour la profondeur du propos.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (135) Voir plus Ajouter une citation
sld09sld09   20 novembre 2017
La neige fondait dans la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation.
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LolokiliLolokili   24 mai 2016
George Orwell – un observateur attentif de ce qu’on trouve derrière le clinquant des façades que nous nous construisons, sociales et autres – avait rencontré Julian à plusieurs occasions et il lui avait déplu, comme il l’a écrit à un ami : « En rencontrant Julian Morrow, on a l’impression que c’est un homme extrêmement sympathique et chaleureux. Mais ce qu’on appelle sa "sérénité asiatique" n’est à mon avis que le masque d’une grande froideur. Il vous renvoie invariablement le visage qu’on lui présente, créant ainsi une illusion de chaleur et de profondeur, alors qu’en fait il est creux et cassant comme un miroir…
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delitterysdelitterys   02 février 2011
« Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles. C’est une idée très grecque, et très profonde. La beauté c’est la terreur. Ce que nous appelons beau nous fait frémir. Et que pouvait-il y avoir de plus terrifiant et de plus beau, pour des âmes comme celles des Grecs ou les nôtres, que de perdre tout contrôle ? Rejeter un instant les chaînes de l’existence, briser l’accident de notre être mortel ? [...] Si nos âmes sont assez fortes, nous pouvons déchirer le voile et regarder en face cette beauté nue et terrible ; que Dieu nous consume, nous dévore, détache nos os de notre corps. Et nous recrache, nés à nouveau. »
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LolokiliLolokili   23 mai 2016
Bunny, malgré son apparente stabilité, son aimable cynisme, était en fait un personnage totalement instable. Il y avait pour cela de nombreuses raisons, et avant tout sa totale incapacité à penser à quoi que ce soit avant d’agir. Il voguait de par le monde uniquement guidé par les faibles lueurs de l’habitude et du caprice, convaincu que sa course ne rencontrerait aucun obstacle qu’il ne puisse renverser par la seule force de l’inertie.
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rabannerabanne   25 février 2017
L'instant où son bras avait frôlé le mien, il était devenu un être de chair et de sang, mais l'instant suivant il était redevenu une hallucination, une invention de mon imagination qui s'éloignait à grands pas sans plus faire cas de moi que les fantômes, dit-on, au cours de leurs rondes ténébreuses, ne font cas des vivants.
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