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Christiane Taubira-Delannon (Préfacier, etc.)André Castaldo (Éditeur scientifique)
EAN : 9782247068579
192 pages
Dalloz-Sirey (04/05/2006)
3.67/5   9 notes
Résumé :
Esclavage ? Vous avez dit " esclavage ". L'esclavage est caractérisé par le droit de propriété qu'un homme peut avoir sur un autre. Cette " chose " n'est plus une personne juridique. Mais n'a-t-il pas disparu ? Hélas non. Si l'esclavage pratiqué dans les anciennes possessions coloniales l'est, il survit toujours en quelques pays. Et il s'en faut de beaucoup que toutes les formes de dépendance qui portent atteinte à la liberté et à la dignité humaine se soient effacé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
L'occasion était à saisir et elle a été saisie.

Celle de soulever un problème de société jusqu'ici largement tu : le racisme ordinaire, latent, les discriminations toujours vivaces dans le logement, les emplois, les promotions, la représentation dans les médias.
Je me sens pourtant absolument illégitime pour parler du racisme ambiant qui, comme nombre d'entre nous, me révulse. Bourgeoise blanche privilégiée, CSP+, mal placée pour concevoir les atteintes quotidiennes à la dignité subies par les personnes ayant la peau un tant soit peu foncée, dans un pays qui se vante d'être celui des Droits de l'Homme, je me demande, à mon niveau : « Que faire ? »
Première action : s'informer pour mieux comprendre. Et ce petit livre est particulièrement éclairant car il balaye l'évolution juridique de l'esclavage au cours des derniers siècles. Petit volume, immense contenant. En particulier l'introduction de Christiane Taubira, à laquelle je souscris pleinement.
Elle explique : le racisme constitue une violence ordinaire et codifiée. Il précède, suit et explique les rapports sociaux, en dépit de coquetteries de langage qui fait utiliser des mots codés comme Blacks à la place de Noirs, ou Maghrébin à la place d'Arabe …
On en vient naturellement au rôle de l'Eglise qui promeut la soumission en échange d'une place au paradis céleste. C'est bien une bulle papale qui légalise en 1454 la traite en autorisant le roi de Portugal à pratiquer le commerce du « bois d'ébène ». Suivront les Espagnols, les Anglais, les Danois, les Suédois, les Hollandais … et les Français. Même si, à Valladolid, Bartolomé de Las Casas tente de persuader que les Amérindiens ont aussi une âme, et qu'il conviendrait de les dispenser de l'esclavage et … de les remplacer par des Noirs d'Afrique.
Aujourd'hui, les conséquences de l'esclavage sont toujours présentes dans les coeurs, les mémoires … et les faits. La colère de ceux qui ne renoncent pas à l'égalité est légitime. Et il nous faut revenir aux textes : les Codes Noirs. Un moyen de constater que si dans certains domaines, les idées des Lumières ont fait progresser l'humanité, il reste énormément à faire.
Le premier Code, édicté par Louis XIV, date de 1685, il ne suscite alors aucune opposition alors qu'il bafoue l'égalité des hommes devant Dieu, pour ce roi très chrétien, c'est un peu fort. C'est le grand paradoxe : ne regardons pas les horreurs de l'Histoire avec les yeux de ce que nous savons aujourd'hui. Ce qui ne signifie nullement excuser ces horreurs.
Le (les) codes noirs successifs ont pour objectif de réglementer la vie des esclaves dans les plantations, pas d'améliorer leurs conditions de vie, et aussi de préciser les devoirs des maîtres.
Les règles de discipline seront sévèrement appliquées aux travailleurs forcés, les devoirs des planteurs beaucoup moins. Clairement, à cette époque, on a fait le choix de l'économie contre la vie des hommes.
Il faut lire ces textes, et l'approche juridique de ce petit livre est tout à fait pertinente. Leur prolifération, même après les décrets successifs d'abolition, témoigne de leur faible application. Et nous savons que l'esclavage continue sous d'autres formes, dans bien des contrées de ce vaste monde …
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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"Codes noires de l'esclavage à l'abolition" est un indispensable pour comprendre les conditions de "vie" dans lesquelles évoluaient les esclaves des Antilles et de la Guyane. Une mise en lumière sur les souverains de l'Etat Français et surtout la Religion catholique qui jouait un rôle primaire dans cet état de vie plus que déplorable imposé aux esclaves considérés par ailleurs comme des meubles pendant plus de 200 ans; tout ceci à des fins purement économiques.
Une lutte sans faille pour certains (Toussaint Louverture, La Mulâtresse Solitude, Louis Delgrès, Joseph Bologne de Saint-George plus connu sous le nom du Chevalier de Saint George) afin de reconnaître les esclaves comme des êtres humains et ne plus les assimiler à des choses, mais également une lutte infernale pour abolir ces conditions.
Plus récemment la proposition de la loi de Mme Taubira pour la reconnaissance de la traite négrière comme crime contre l'Humanité.
En bref un ouvrage instructif, dense, mais qui mérite d'être étudié et évoqué dans tous les manuels d'Histoire de la France.
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Petit par sa taille, grand par son contenu !
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Les peuples de l’outre-mer français savent que les séquelles de la violence d’État, de l’oppression, de l’humiliation restent longtemps nichées dans l’inconscient qui transporte l’émotivité du corps et les écorchures de l’esprit. Le corps garde ainsi ses habitudes primordiales. Cette propension à trouver le sommeil couché sur le flanc droit, comme dans la cale du négrier. Ce goût, prégnant dans toutes les diasporas noires, pour la morue séchée et desséchée, pour les salaisons et les extrémités museau, queue et pieds de porc, seuls morceaux de viande réservés aux esclaves.
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On n'insistera cependant jamais assez sur le fait que la lettre du Code noir est une chose, la condition réelle des esclaves une autre. Le Code noir permet d'apprendre beaucoup sur l'esclavage, mais absolument rien sur cette condition réelle. En particulier, les châtiments infligés par les maîtres à l'insu des gens du roi sont nombreux et horribles, et bien peu de maîtres sont poursuivis et punis, même si des exemples contraires existent. Les juristes d'aujourd'hui savent bien que l'effectivité des règles de droit est toujours une question redoutable.
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Les Codes Noirs ne s’encombrent pas de pudeurs incongrues. Ils portent leur nom. Sur la peau du livre de Droit. Et sur la peau de l’homme asservi. Dans leur nudité brutale, les mots en titre lèvent tout malentendu. Les esclaves sont Noirs et le sont pour cette raison. Du moins a posteriori. Parce qu’à la longue, il faut une justification philosophique et morale au seul système économique basé sur l’exil massif forcé et sur le meurtre légal.
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Il est des batailles que l’on ne livre jamais trop tôt et qu’il ne faut surtout pas livrer trop tard. Il est des causes entrelacées dans le temps et dans l’espace. Ainsi en est-il du combat pour la liberté. Contre toute forme d’esclavage ou de servitude. Ce combat est réputé légitime par tous les textes internationaux depuis au moins soixante ans. Pourtant, le chantier demeure immense. « La dignité humaine est inviolable » rappelle la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Ce postulat tranchant, premier article et première phrase de la Charte, condamne irrévocablement toute fantaisie culturelle ou toute argutie d’État attentatoires à cette dignité. La dignité humaine. Consubstantielle à tout homme. Elle nous assigne, nous enjoint de porter le fer de cette éthique jusqu’où portent nos yeux et notre entendement.
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Les conflits de religion déterminent les rapports de force et les querelles sont arbitrées par l’Église. La bulle Inter Coetera du pape Alexandre VI définit en mai 1493 une ligne de partage des Amériques très favorable aux rois d’Espagne. Les rois du Portugal qui avaient coutume d’être favorisés par les papes Nicolas V et Calixte III ayant protesté, le traité de Tordesillas leur accorde en juin 1494 l’est de l’Amérique et l’ouest de l’Afrique. Voilà pourquoi le Brésil, qui s’étend néanmoins sur quarante pour cent du continent sud, est lusophone, de même que le Mozambique et le Cap Vert en Afrique, alors que tous les autres pays d’Amérique du sud et d’Amérique centrale sont hispanophones. Officiellement, cela s’entend, car cette Amérique que l’on dit latine est fondamentalement indienne, métisse et noire.
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