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Gilles Deleuze (Autre)
ISBN : 2070369595
Éditeur : Gallimard (29/06/1972)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 1120 notes)
Résumé :
Tous ceux qui m'ont connu, tous sans exception, me croient mort. Ma propre conviction que j'existe a contre elle l'unanimité. Quoi que je fasse, je n'empêcherai pas que, dans l'esprit de la totalité des hommes, il y a l'image du cadavre de Robinson. Cela suffit - non certes à me tuer - mais à me repousser aux confins de la vie, dans un lieu suspendu entre ciel et enfers, dans les limbes en somme... Plus près de la mort qu'aucun autre homme, je suis du même coup plus... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (69) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  19 juillet 2015
Robinson Crusoé, je l'ai rencontré trois fois.
Ma première rencontre était toute filiale: mon père (ce héros au sourire si doux) lisait à ses filles, le soir au coin du feu, le livre de Daniel Defoê, un de ces "livres de garçon" qu'il avait aimés, enfant - peut-être pour oublier qu'il n'y avait que des pisseuses pour l'écouter. Nous écoutions d'ailleurs religieusement, passionnées surtout par l'installation de Robinson- ah ces pisseuses, si platement domestiques parfois!- , et par ses rapports avec le pauvre Vendredi,que nous trouvions gentil mais un peu neu-neu..
La deuxième a été touristique et parisienne: venue à Paris avec mes parents pour la première fois, nous écoutions tous les trois avec le plus grand respect -c'était avant 68...- un gardien de la paix , comme on disait encore, nous expliquer comment nous diriger, quand nous avons vu passer, derrière nous, place Vendôme, sortant du Ritz et se rendant sans doute chez van Cleef et Arpels, une vieille momie embijoutée, couverte d'un long manteau de fourrure et portant un improbable couvre-chef, large comme un sombrero, tout en fourrure lui aussi. le policier s'est alors tourné vers nous avec un sourire malicieux: "Vous avez vu? C'est Robinson Crusoé!". j'en ai conclu -un peu hâtivement- que les flics parisiens étaient cultivés et pleins d'humour...
Ma troisième rencontre a été littéraire et décapante: c'était - nous y voilà!-en lisant le livre de Michel Tournier!
Le vieux mythe du rescapé débrouillard et du bon sauvage domestiqué en a pris un coup! L'épisode pour moi le plus troublant a été ce retour à la soue, cette régression nécessaire de Robinson à l'utérus de notre mère la Terre, avec l'incroyable épisode des mandragores incestueuses, nées de sa copulation frénétique avec la Grande Mère...On était bien loin du Robinson britannique, keep a stiff upper lip, tâtillon et super-organisé...Back to the trees, le Robinson de Tournier! Vendredi à côté avait tout d'un coup l'air bien raisonnable, même s'il était évident qu'il avait lui aussi des choses à reprendre en main, et bien des doléances à présenter à l'Occident civilisateur...la colonisation étant passée par là.. Et il a commencé à piquer à ce psychopathe de Robinson le titre du livre. Plus de "Robinson", place à "Vendredi"!!
Aussi ai-je été furieuse de voir ce magnifique et tonique récit perdre toute saveur et toute couleur quand Tournier s'est avisé de châtrer son texte -exit les mandragores et la fornication dans les terriers- pour le mettre à la portée des mioches, comme s'ils ne pouvaient lire le vrai, en attendant peut-être encore un peu...
Quand je relis Vendredi -le hard, pas le light- je pense toujours à cette chanson de Higelin:
"A faire l'amour avec la terre,
j'ai enfanté des p'tits vers blancs,
qui me nettoient, qui me digèrent,
qui font leur nid au creux d'mes dents!"
Oui," Vendredi" de Tournier, rencontre du troisième type: un grand moment de méditation philosophique et d'émotion littéraire!
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filippo
  14 mai 2017
Michel Tournier revisite l'aventure de Robinson Crusoé avec une profondeur philosophique et une élégance de style encore jamais atteinte dans la série.
Robinson a toujours été perçu comme le héros de la reconquête de l'homme sur la nature, de la reconstruction du monde ancien sur une terre nouvelle. Robinson, comme Prométhée, s'oppose à la nature et décide d'organiser le monde à sa façon. Absurdement il agit dans sa vie solitaire comme si autrui était encore là. Il nie la solitude et ses effets. Pourtant, chez le Robinson de Defoe, elle ne peut qu'exister. Voilà ce que Michel Tournier a été le premier à montrer quand dans Vendredi ou les Limbes du Pacifique il a posé comme problématique non la reconquête du monde perdue mais la vie sans autrui et les changements d'objectif qu'elle implique.
Contrairement au roman de Defoe qui s'attarde sur la jeunesse de Crusoé, tout débute ici par la scène du naufrage précédée d'une inquiétante séance de cartomancie dans lequel le capitaine van Deyssel révèle sous forme codée sa vie future à Robinson. Puis survient le naufrage et les différentes tentatives de Robinson pour apprendre à vivre sans autrui et notamment pour transformer sa sexualité : après la soue qui l'avilit en le ravalant au niveau des bêtes, Robinson se jette dans une tentative de récréer le monde dont il vient tout en amorçant sa lente transformation en un être solaire, élémentaire qui s'épanouit dans l'île en dehors de toute contrainte et de tous tourments.
Le processus est déjà bien amorcé quand surgit Vendredi qui précipite les choses en détruisant involontairement tous les édifices construit par Robinson pour singer la société anglaise puis en lui proposant une autre vie, plus épanouie et tournée vers le ciel. Quand le premier bateau arrive dans l'île, Robinson n'est déjà plus apte à vivre parmi les hommes et choisit, au contraire du Robinson de Defoe, de demeurer dans l'île de Speranza. Tournier a ainsi montré un lent et fascinant processus de métamorphose étroitement lié au questionnement sourd de Robinson sur le but de sa vie.
En plus de sa profondeur philosophique, le roman est merveilleusement bien écrit avec quelques paragraphes d'une poésie touchante idéale pour un premier contact avec ce roman difficile.
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MarieC
  28 janvier 2013
Dans ce roman - dont j'avais lu une première approche avec Vendredi ou la vie sauvage, adaptation pour enfants de ce texte - Michel Tournier revisite le Robinson Crusoe de Defoe. Mais si l'intrigue est la même - Robinson se retrouve seul survivant d'un naufrage sur une île déserte où il doit survivre avec ses seules ressources, avant de trouver un compagnon, Vendredi, et d'être sauvé par un navire de passage - le point de vue est totalement différent. Michel Tournier explore les implications intimes et psychologiques de la solitude, chez un homme entiérement livré à lui même. Après l'espoir d'être sauvé, le renoncement et la tentation de l'animalité, Robinson reconstruit, jusqu'à l'absurde, une société ordonnée et policée, dans un espace sans société. Un enfermement qui vole en éclat sous l'impulsion de Vendredi, d'abord vu comme un sauvage à civiliser, avant de devenir celui par qui Robinson acceptera sa propre personne. D'une très grande richesse d'analyse et d'écriture, ce livre est à lire et à relire, pour la beauté des images, la richesse des symboles (ah, la harpe éolienne) et la profondeur de la réflexion sur le psychisme humain. Un classique du 20e siècle.
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gouelan
  22 février 2016
Robinson, naufragé sur cette île de la désolation, contraint de vivre sur un ilot de temps perdu dans l'espace, se retrouve entre ciel et enfers, dans les limbes du Pacifique. Il n'a pas de barreaux devant les yeux, mais cette immense « plaine métallique clouée par les flèches du soleil », qui l'hypnotise et le désole. Il n'existe plus pour l'humanité, tous le croient mort.
Il s'arrache enfin à la vue de l'Océan, l'espoir renaît. Cependant, la construction de l'Évasion lui fait entrevoir sa grande solitude. Il est livré à son seul point de vue et, sans la présence d'autrui, il se perd dans son obsession, aucune distraction ne vient le déranger, il en oublie un élément essentiel ; le problème de la mise à flot de son embarcation.
L'homme sans autrui sur une île va devoir revoir son échelle des valeurs. Le vice, devient la souille, dans laquelle Speranza, l'île qui représente désormais son seul avenir, le chasse quand elle devient mauvaise. La souille représente la défaite de l'homme ; l'abandon, la résignation, le renoncement. La vertu est le courage, la force, l'affirmation de soi, la maîtrise de l'île.
Accepter son île et se faire accepter d'elle devient alors son objectif. Il domestique l'île et il domestique le temps. La clepsydre lui donne une impression de pouvoir, de maîtrise. Restaurer le temps équivaut pour lui à reprendre possession de lui-même. La culture, l'élevage, l'écriture, les rituels et la clepsydre l'empêchent de devenir un homme sauvage.
Mais l'arrivée de Vendredi va faire voler en éclats cette belle organisation. Deux points de vue s'opposent : celui de l'Anglais méthodique, avare et mélancolique, et celui du natif primesautier, prodigue et rieur. Ainsi débute une nouvelle vie sur l'île pour Robinson.
Sa métamorphose continue. Cette île cachée qu'il avait aperçue derrière Speranza va se montrer dans toute sa splendeur. Robinson sera désormais transporté dans cette nouvelle île, dans « ce moment d'innocence », loin de sa tentative de domesticité de l'île. Hors du temps, hors de la civilisation. Robinson a trouvé son équilibre. La solitude ne lui pèse plus, il est en accord avec les éléments de l'île. Sans la présence d'autrui, il n'y a plus d'individu, il n'y a plus de « je ». Robinson se confond avec les éléments.
Le bouc tué par Vendredi, transformé en cerf-volant musical, qui s'élève dans les airs, est à l'image du nouveau Robinson. Il s'est élevé lui aussi, il devient un « être solaire », un sage, vivant hors du temps, dans un éternel instant, hors de l'humain.
Enfin, il se rend compte, lorsque le Whitebird accoste l'île, qu'il ne peut plus retourner dans le monde des hommes, dans ce monde de ruines, de violence, de cupidité et de vulgarité. Il a trouvé une autre façon d'exister. L'absence d'autrui l'a libéré, lui a fait entrevoir un monde différent, aérien, éternel, dans lequel il fusionne. Mais, sans la présence d'autrui, Robinson existe-t-il encore ?
Roman d'aventures qui aborde la question d'autrui, de la société, de la religion, de la connaissance et de la perception. Un roman riche, philosophique intrigant et fascinant.
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Chouchane
  27 juin 2015
Ecrit en 1969, ce roman, comme les meilleurs vins, s'est bonifié avec les années. C'est une relecture qui m'a réservé autant de plaisir que la première fois. Déjà, je fus impressionnée par l'étendue des émotions et des aventures que Tournier réservait à ses deux presque unique personnages de fiction et c'est toujours le cas. Tournier décrit une âme humaine fantasque et qui pourtant nous dit tant de chose sur nous. Robinson ou Vendredi, chacun si loin et si proche de nous.
Quand Tournier revisite le Robinson Crusoé de Defoe c'est pour nous conduire dans les profondeurs de la réflexion sur l'homme. Si les deux Robinson porte la même barbe rousse, la même peau blanche et le même compagnon à peau noire, la ressemblance pourrait s'arrêter là. Avec Vendredi et les limbes du Pacifique, Tournier nous parle de ce qu'est le sentiment d'exister, la solitude, la liberté et la sexualité. Tout est stupéfiant dans ce roman, d'abord le titre, faut s'y arrêter. Tournier a dû se creuser la tête pour le trouver. On y comprend que la part belle sera donné à Vendredi, viennent ensuite les limbes, ce lieu qui n'est ni enfer, ni paradis, ce lieu entre les mondes où flottent les âmes innocentes des enfants morts avant la rédemption. C'est en ce lieu que va vivre Robinson car aux yeux de tous, il est mort. Ces limbes sont dans le pacifique, un océan qui fait surgir tous les fantasmes d'îles et de navigation.
Le récit débute par un inquiétante séance de tarot où le capitaine du navire prédit à un Robinson "pieux, avare et pur" ce qui va lui arriver. Evidemment, ce début est à relire après avoir terminé le roman car s'y trouve les clefs du "message" de Tournier. le jeune rigide s'est transformé en homme jupitérien. Naufragé sur une île que nous dirions déserte, mais juste déserte d'humains, Robinson va se faire "accoucher" par l'île et devenir un autre. D'abord délirant de solitude, vivant dans la boue à quatre pattes, il se redresse pour tenter de quitter l'île, puis devant ses échecs, il réinvente un monde "civilisé" que Deleuze nomme "ordre économique et moral". Utile au début car il plante, cultive, élève des chèvres son activité s'emballe pour devenir inutile, il ramasse et amasse plus que nécessaire, fait des lois, bâti des rituels contraignants... S'imposant de parler à haute voix pour ne pas perdre la parole, il s'interroge sur la réalité de son existence et va tenir un log-book, journal intime dont la lecture donne un éclairage nouveau au récit. Derrière cette façade toute d'organisation minutée, la sexualité de Robinson imprime un autre rythme au récit, primitive et sauvage cette sexualité va le relier aux éléments. Il devient l'amant d'une "combe rose". C'est l'arrivée de Vendredi qui va faire voler en éclat cet équilibre. D'abord, vécu comme un double inférieur parce que métis, Robinson essaie de transformer Vendredi en domestique, esclave, mais Vendredi est irréductiblement libre. Solaire, sauvage, il vit la vie au présent, s'il accepte les folies de Robinson, elles ne le soumettent en aucune façon. C'est lui qui fait exploser l'île (sans le vouloir) et qui réoriente la vie sur l'île. En suivant, les traces de Vendredi, Robinson va se libérer des gangues de civilisation pour devenir un être cosmique. C'est Vendredi le vrai maître, celui qui fait voler un vieux bouc, fait chanter le vent dans son crâne, celui qui apparait et qui disparait. Vendredi ou les limbes du Pacifique pose la question de la présence d'autrui, jusqu'où a-t-on besoin d'autrui pour exister ? et, sans doute sans le vouloir à l'époque, Tournier met le doigt sur la nature, l'écologie. Cette nature qui offre tout à Robinson, indispensable à l'humain, existe-elle encore aujourd'hui ?
Une lecture et relecture indispensables.
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Citations et extraits (106) Voir plus Ajouter une citation
filippofilippo   29 février 2016
Un fleuve de douceur coulait en lui. C'est alors qu'il eut la certitude d'un changement, dans le poids de l'atmosphère peut-être, ou dans la respiration des choses. Il était dans l'autre île, celle qu'il avait entrevue une fois et qui ne s'était plus montrée depuis. Il sentait, comme jamais encore, qu'il était couché sur l'île, comme sur quelqu'un, qu'il avait le corps de l'île sous lui. C'était un sentiment qu'il n'avait jamais éprouvé avec cette intensité, même en marchant pieds nus sur la grève, si vivante pourtant. La présence presque charnelle de l'île contre lui le réchauffait, l'émouvait. Elle était nue, cette terre qui l'enveloppait. Il se mit nu lui-même. Les bras en croix, le ventre en émoi, il embrassait de toutes ses forces ce grand corps tellurique, brûlé toute la journée par le soleil et qui libérait une sueur musquée dans l'air plus frais du soir. Son visage fermé fouillait l'herbe jusqu'aux racines, et il souffla de la bouche une haleine chaude en plein humus. Et la terre répondit, elle lui envoya au visage une bouffée surchargée d'odeurs qui mariait l'âme des plantes trépassées et le remugle poisseux des semences, des bourgeons en gestation. Comme la vie et la mort étaient étroitement mêlées, sagement confondues à ce niveau élementaire ! Son sexe creusa le sol comme un soc et s'y épancha dans une immense pitié pour toutes choses créées. Etranges semailles, à l'image du grand solitaire du Pacifique ! Ci-gît maintenant, assommé, celui qui épousa la terre, et il lui semble, minuscule grenouille collée peureusement à la peau du globe terrestre, tourner vertigineusement avec lui dans les espaces infinis...
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filippofilippo   14 mai 2017
Je sais maintenant que chaque homme porte en lui -- et comme au-dessus de lui -- un fragile et complexe échafaudage d'habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s'est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. Privée de sève, cette délicate efflorescence s'étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers... Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel.
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ChatDuCheshireChatDuCheshire   12 février 2016
C'est alors qu'une statue de limon s'anima à son tour et glissa au milieu des joncs. Robinson ne savait plus depuis combien de temps il avait abandonné son dernier haillon aux épines d'un buisson. D'ailleurs il ne craignait plus l'ardeur du soleil, car une croûte d'excréments séchés couvrait son dos, ses flancs et ses cuisses. Sa barbe et ses cheveux se mêlaient, et son visage disparaissait dans cette masse hirsute. Ses mains devenues des moignons crochus ne lui servaient plus qu'à marcher, car il était pris de vertige dès qu'il tentait de se mettre debout. Sa faiblesse, la douceur des sables et des vases de l'île, mais surtout la rupture de quelque petit ressort de son âme faisaient qu'il ne se déplaçait plus qu'en se traînant sur le ventre. Il savait maintenant que l'homme est semblable à ces blessés au cours d'un tumulte ou d'une émeute qui demeurent debout aussi longtemps que la foule les soutient en les pressant, mais qui glissent à terre dès qu'elle se disperse. La foule de ses frères, qui l'avait entretenu dans l'humain sans qu'il s'en rendit compte, s'était brusquement écartée de lui, et il éprouvait qu'il n'avait pas la force de tenir seul sur ses jambes.
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ChatDuCheshireChatDuCheshire   14 février 2016
Pourtant il y avait une voie de salut, car si Vendredi répugnait absolument à la terre, il n'en était pas moins aussi élémentaire de naissance que je l'étais moi-même devenu par hasard. Sous son influence, sous les coups successifs qu'il m'a assénés, j'ai avancé sur le chemin d'une longue et douloureuse métamorphose. L'homme de la terre arraché à son trou par le génie éolien n'est pas devenu lui-même génie éolien. Il y avait trop de densité en lui, trop de pesanteurs et de lentes maturations. Mais le soleil a touché de sa baguette de lumière cette grosse larve blanche et molle cachée dans les ténèbres souterraines, et elle devenue phalène au corselet métallique, aux ailes miroitantes de poussière d'or, un être de soleil, dur et inaltérable, mais d'une effrayante faiblesse quand les rayons de l'astre-dieu ne le nourrissent plus.
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LydiaBLydiaB   03 décembre 2010
Tous ceux qui m'ont connu, tous sans exception me croient mort. Ma propre conviction que j'existe a contre elle l'unanimité. Quoi que je fasse, je n'empêcherai pas que dans l'esprit de la totalité des hommes, il y a l'image du cadavre de Robinson. Cela suffit - non certes à me tuer - mais à me repousser aux confins de la vie, dans un lieu suspendu entre ciel et enfers, dans les limbes, en somme... Plus près de la mort qu'aucun autre...
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Vidéo de Michel Tournier
Enseignante à l'Institut Universitaire Tous Âge d'Amiens, Micheline Foré avait invité Michel Tournier à présenter une conférence dans ce lieu. En raison de problèmes de santé, celui-ci lui proposa plutôt une rencontre chez lui au Presbytère de Choisel. S'en suivirent des échanges amicaux entre l'écrivain et l'enseignante. Leur rencontre eut lieu en mai 2008 en compagnie de sa fille Blandine et de deux amis, Françoise et Jean-Claude Leleux qui filma l?entretien. La librairie du Labyrinthe les remercie tous de lui avoir confié ces images afin de les monter et de les diffuser pour le plaisir de tous.
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