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ISBN : 270734561X
Éditeur : Editions de Minuit (05/09/2019)

Note moyenne : 3.32/5 (sur 62 notes)
Résumé :
Lorsqu’on travaille à la Commission européenne dans une unité de prospective qui s’intéresse aux technologies du futur et aux questions de cybersécurité, que ressent-on quand on est approché par des lobbyistes ? Que se passe-t-il quand, dans une clé USB qui ne nous est pas destinée, on découvre des documents qui nous font soupçonner l’existence d’une porte dérobée dans une machine produite par une société chinoise basée à Dalian ? N’est-on pas tenté de quitter son b... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  06 septembre 2019
Juste un petit crochet par la Chine
Jean-Philippe Toussaint s'intéresse à la puissance des lobbys et à la cybersécurité dans «La clé USB». L'occasion de nous offrir une escapade en Chine avant un colloque au Japon et un roman aussi déstabilisant que piquant.
Deux hommes abordent le narrateur dans les couloirs du parlement européen à Bruxelles. Employé au sein d'une unité chargé de la prospective au sein de la Commission, il vient de plaider pour le développement d'une blockchain européenne, sujet qui intéresse particulièrement John Stavropoulos et Dragan Kucka de la société XO-BR Consulting, spécialisée dans le développement de la technologie blockchain, en particulier pour des clients asiatiques.
Bien entendu, il n'est pas nécessaire d'en savoir davantage sur cette technologie pour apprécier ce roman, mais cela permet de comprendre les enjeux d'un marché qui va sans doute avoir un poids déterminant dans l'économie des années futures. La définition qu'en fournit Wikipédia me semble assez précise : «Une (ou un) blockchain, ou chaîne de blocs est une technologie de stockage et de transmission d'informations sans organe de contrôle. Techniquement, il s'agit d'une base de données distribuée dont les informations envoyées par les utilisateurs et les liens internes à la base sont vérifiés et groupés à intervalles de temps réguliers en blocs, formant ainsi une chaîne. L'ensemble est sécurisé par cryptographie. Par extension, une chaîne de blocs est une base de données distribuée qui gère une liste d'enregistrements protégés contre la falsification ou la modification par les noeuds de stockage.» L'application la plus connue du grand public est le bitcoin ou monnaie virtuelle, mais d'ores et déjà les banques, les assurances, le secteur de la santé et celui de l'énergie, mais aussi la logistique et différentes industries travaillent à la mise au point de cette révolution de l'économie numérique.
Un aparté qui permet de mieux cerner les enjeux de la négociation qui se joue dans «l'ombre feutrée et chuchotante de bars de grands hôtels bruxellois anonymes». Car la curiosité aura été la plus forte pour notre homme, avide de savoir ce qui se cache derrière cette mystérieuse société XO-BR Consulting. Et sans doute de redonner un peu de piment à une vie devenue bien fade: «J'avais le sentiment de n'avoir plus d'avenir personnel. Mon horizon, depuis que mon mariage avec Diane était en train de sombrer, me semblait irrémédiablement bouché. Depuis des mois, je me sentais enlisé dans un présent perpétuel. Nous ne nous parlions plus avec Diane, nous ne nous parlions plus depuis l'été (et même avant, je me demande si nous nous étions jamais parlé). Notre couple s'était progressivement défait au cours des années. Notre mariage, ou ce qu'il en restait, finissait de se déliter. Depuis bientôt deux ans, nous vivions côte à côte, comme des ombres, en étrangers, dans le grand appartement de la rue de Belle-Vue, avec Thomas et Tessa, nos jumeaux qui allaient à l'école élémentaire et qu'on se répartissait pendant les vacances…».
L'événement qui va tout faire basculer, c'est d'une clé USB égarée par l'un des interlocuteurs et contenant des centaines de fichiers et d'informations et notamment des photos de l'Alphaminer 88, une machine inconnue jusque-là, un prototype produit en Chine par Bitmain et commercialisé par la société basée à Dalian, en Chine, où Stavropoulos voulait l'inviter.
Détaillant encore les fichiers de la clé USB, il est stupéfait de découvrir des lignes de code qui pourraient fort bien ressembler à une «porte dérobée», c'est-à-dire un programme permettant de prendre le contrôle de la machine. Aussi décide-t-il de faire un petit crochet par la Chine avant de se rendre au colloque organisé à Tokyo et durant lequel i avait été invité à prendre la parole.
Jean-Philippe Toussaint a cet art consommé de la construction dramatique. En proposant quelques détails «qui font vrai» et en n'oubliant jamais d'ajouter une pincée d'humour, il va transformer à ce qui pourrait s'apparenter à un roman d'espionnage en vraie quête existentielle. Au dépaysement et à l'instabilité inhérentes à cette mission secrète en Chine viennent alors s'ajouter quelques épisodes tragi-comiques que je me garderais bien de dévoiler, pas plus que l'épilogue – surprenant – de l'un de mes premiers coups de coeur de cette rentrée. Car voilà une manière fort agréable de sensibiliser le lecteur à l'un des enjeux économiques majeurs des années qui viennent. Mais il est vrai qu'avec Jean-Philippe Toussaint, on est rarement déçu !

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jongorenard
  06 octobre 2019
Roman en trompe-l'oeil dans lequel Jean-Philippe Toussaint s'amuse à brouiller les pistes, "La clé USB" n'en est pas moins un récit prenant porté par une très belle écriture. le roman commence avec des pages très informées, très documentées et une écriture très technique et institutionnelle. On entend parler de prospective stratégique, de blockchain, de backdoor, de cryptomonnaies. On sent que Toussaint a fouillé le sujet. Jean Detrez, le narrateur, travaille à la Commission européenne dans une unité de prospective et s'intéresse aux scénarios du futur et à leurs technologies. Il va être approché par des lobbyistes, des hommes mystérieux portant des noms amusants qui font penser à Tintin. le roman bifurque alors vers le roman noir ou le roman d'espionnage avec lequel Toussaint s'amuse beaucoup. Jean Detrez se méfie des lobbyistes, mais il va avoir l'occasion de mettre la main sur une clé USB laissée par l'un d'eux, volontairement ou non. Dans cette clé USB, il va découvrir des fichiers, des éléments qu'il va essayer de décoder. On ne comprend pas toujours bien où Toussaint veut nous emmener, par exemple avec cette visite d'usine en Chine pour vérifier si il y une backdoor dans les machines de minage. Mais on se laisse porter, confiant dans l'écriture de l'écrivain. Et puis il y a une nouvelle bifurcation, un tournant difficile à anticiper dans la troisième partie, une dérive audacieuse vers l'intime. Je n'en dirai pas plus pour ne pas divulgâcher le plaisir des lecteurs. Disons simplement que Toussaint a brouillé les pistes, que tous ces éléments très documentés d'institutions, d'espionnage ou de technologies cachent autre chose. Ce faisant, l'écrivain réussit d'ailleurs quelque chose de très difficile, il perd parfois son lecteur sans que ce dernier décroche, il l'égare sans toucher à la cohérence du récit. L'incursion dans le roman d'espionnage, avec lequel Toussaint joue, est bien menée, ponctuée par des phrases du genre "L'avion s'envolait pour Pékin, et j'avais le sentiment de me jeter dans la gueule du loup". Toussaint s'amuse beaucoup, mais il y a aussi de la virtuosité d'écriture comme la scène de l'appel téléphonique entre le narrateur et son ex-femme avec qui il est en très mauvais terme. Toussaint nous livre deux pages de lecture réjouissante. L'humour n'est pas absent non plus avec la scène incroyable des cintres dans l'hôtel chinois ou celle de la main voleuse dans les toilettes. Et puis, il y a cette fin très poignante, cette incursion dans l'intime du narrateur (et de l'auteur), une troisième partie inattendue, difficile à prévoir même si Toussaint a semé quelques indices en début de roman pour signaler au lecteur qu'un univers plus intime serait exploré, par exemple avec des réflexions personnelles du narrateur sur l'avenir, sur l'inquiétude des hommes face à l'avenir. "J'étais devenu un expert de l'avenir, mais de l'avenir de l'alimentation, de l'avenir de l'OTAN — de l'avenir du monde, jamais de mon propre avenir". Toutes ces parties plus intimes du roman sont très belles, lyriques sans excès. C'est une banalité de dire cela, mais les récits sont nourris par la réalité, par ce qui arrive dans la vie des auteurs, et un événement lié au père de Toussaint a probablement déclenché l'écriture de "La clé USB". Bref, un faux livre d'espionnage, mais un vrai beau roman bien mené avec des clés (pas USB) à déchiffrer.
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BuffaloVoice
  03 octobre 2019
Qu'est-ce qu'une chute libre d'eurocrate ? Oh, pas grand-chose, à peine un frémissement, poli, contenu, stupéfait, résigné. de cet état minimum, et avec une simple clé USB, délicieusement déjà obsolète, Jean-Philippe Toussaint vient de faire un thriller cyberpolitique haletant, mais certainement pas pour les raisons que les lecteurs de John le Carré s'imaginent. Comment a-t-il fait ? Et d'abord, un roman sur fond de nouvelles technologies et de Commission européenne, aux éditions de Minuit ? il devait y avoir un truc. Et la dernière partie vous le dévoile, oui, ce « truc ».
Le narrateur, chef d'une unité de prospective à la Commission européenne (ne partez pas, c'est fait exprès) nous raconte comment, approché par des lobbyistes, il s'est retrouvé en Chine quasi clandestinement, à tenter de comprendre le minage de bitcoins et les perspectives de la blockchain, le tout savamment expliqué aux plus nuls dont on perçoit légèrement que notre bon narrateur expert en ferait bien un peu partie, dans un grand bluff généralisé où l'on se doit de comprendre et appliquer – du moins de mourir plutôt que d'avouer n'en avoir aucune envie – à l'échelle d'un continent des sciences folles qui mutent de mois en mois.
Dans le récit saccadé, obstiné de cette aventure de 190 pages, rien ne se consomme impunément. À la frénésie qui semble inévitable, la tournure inquiétante, la vitesse que prennent les événements, Jean-Philippe Toussaint oppose une densité non négociable, parfaitement claire et sobre, mais truffée des détails les plus anodins de notre vie technologique, sans aucun transport, sans parti pris féroce, une simple démonstration pratiquement exhaustive du quotidien d'un haut fonctionnaire, dont la toute dernière partie finit d'achever, le terme est choisi, le tableau.
C'est un roman tout à fait feutré, étouffé. J'adore lorsque la forme se coule exactement sur le contenu. Il a réussi à forger un style d'ascenseur d'hôtel chinois interdisant la connexion internet, et de MacBook de deux générations de retard, sans jamais que nous, nous décrochions. C'est le sentiment diffus de tout utilisateur de tech lambda, même hautement qualifié, qui a appris et intégré la pondération, l'endurance et le lisse parfait à opposer à toute difficulté apparente, et ne se laisse pas facilement décontenancer par une nouvelle évolution de son matériel, mais enfin, finit par fatiguer, à la longue, sur cette autoroute sans fin où il semble ne jamais vraiment réussir à obtenir le permis. de l'Europe, évidemment, il sera sans cesse question, et de sa juste place dans cette course à l'armement, et toujours avec finesse, il s'agira ici de savoir si vous arriverez à l'heure pour les soins palliatifs, si vous passerez ou non à côté de l'essentiel.
Et c'est absolument réjouissant comme, sans fioritures et sans posture, n'ayant nul besoin de la satire mais avec les termes exacts et pesés (quel plaisir de croiser « faconde », ou « impétueux », là où rien d'autre n'aurait pu convenir), nous sommes souffle court, à tenter de comprendre ce qui se trame, pour finir par jubiler, lorsque « rien » devient une réponse non pas désolée et désabusée, mais le givre blanc, définitif, qui recouvre brutalement la Plaine finale de Bruxelles, et son personnage hébété. Il fallait enfin, grâce à un romancier infiltré et doué, que l'on comprenne tout, de ces nouvelles technologies. Qu'on les résume. Qu'on en vienne par nous-mêmes, grâce au refus inspiré de Toussaint d'intervenir dans notre pérégrination, à prendre ces vessies pour ce qu'elles sont. Et ce qu'elles nous font.
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VincentGloeckler
  16 août 2019
De « La salle de bain » à ce nouveau livre à paraître début septembre, « la clé USB », l'oeuvre de Jean-Philippe Toussaint pourrait bien être le meilleur témoignage de ce que l'envahissement du monde par les technologies numériques a fait à l'humanité et à sa littérature, si l'on ne retrouvait pas finalement et avec bonheur la sensibilité si particulière de l'auteur… On éprouve d'abord un peu de réticence à ouvrir ce dernier roman, se demandant ce qu'un tel titre annonce sous la plume du magicien Toussaint, ce que cette foutue « clé », trivial véhicule de nos archives courantes, vient faire sur la prestigieuse couverture des Éditions de Minuit… et puis (quand on vous parle de magicien !), on se laisse embarquer dans une enquête aux allures de thriller, oscillant entre le documentaire sur les malversations au royaume des technologies financières et le roman d'espionnage, on s'y laisse prendre, gagné soi-même par l'angoisse grandissante du personnage, contaminé par sa terreur quand il voit, par exemple, une main s'avancer sous la paroi des toilettes pour s'emparer de son ordinateur, qu'il a négligemment posé sur le sol, pour se laisser mener… bien ailleurs que là où l'on pensait ! le récit s'ouvre sur un « blanc », une parenthèse temporelle que le roman va s'évertuer à remplir, mais il s'achève sur un autre « blanc », un effacement infiniment plus important. Entre temps, rien que des petits faits vrais, la réalité d'une Commission européenne, pour laquelle travaille notre protagoniste, confrontée aux manoeuvres, parfois frauduleuses des lobbyistes, et des allusions au cours contemporain du monde, en particulier le pouvoir économique grandissant de la Chine et les attentats djihadistes, mais aussi un peu de fantastique, à commencer par le nom des « méchants », évoquant des intrigues de Fu-Man-Chu, et le véritable plaisir que semble prendre Jean-Philippe Toussaint à saturer sa prose de termes issus du jargon numérique ou de l'univers du virtuel. Et un clin d'oeil, avec une « salle de bain » comme l'un des décors provisoires de la vie de notre narrateur. Et puis au terme de différents rebondissements, une intrigue qui débouche sur… rien, ou plutôt sur l'essentiel, un retour à l'os, et un personnage qui découvre un peu de sa vérité. du grand art, quand des mille feux de l'artifice surgit la nudité du vrai… On n'en attendait pas moins du grand Toussaint !
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Claire45
  14 septembre 2019
Cette clé USB le narrateur l'a ramassée, gardée, analysée. Ce fonctionnaire à la commission européenne de la prospective ( ?) et conférencier sur le blockchain et le bitcoin ( aucune importance si vous ne savez pas de quoi il s'agit!) va, à partir de ces documents, enquêter sur les fuites possibles en informatique par le biais de portes dérobées ( blackdoor). Il organise un "blanc" dans son emploi du temps pour se rendre à Dalian et prospecter librement. Ajoutez à cela qu'il se fait voler son ordinateur dans les toilettes et on est en plein roman d'espionnage. Erreur ! L'angoisse du narrateur passe de la sphère professionnelle du début à la sphère privée, intime et le roman se fait autobiographique en hommage au père. Etonnant !
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critiques presse (6)
LaCroix   23 septembre 2019
Jean-Philippe Toussaint détient-il la clé de l’avenir ? Avec scrupule, l’auteur de « La Salle de bain », décrit un monde que la technique domine et soumet. [...] On peut rester tout à fait étranger au langage technique, infesté de mots anglais, et de sigles qui désignent et délimitent les préoccupations professionnelles du personnage : la lecture ne s’en trouve ni arrêtée ni gênée.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Liberation   18 septembre 2019
Les lecteurs de Jean-Philippe Toussaint savent qu’il s’agit d’un art poétique : partir du plus compliqué, tel que le monde et ses techniques nous l’offrent ou nous l’imposent, pour aller, tout en finesse, avec un humour difficile à définir, ni trop ni trop peu, vers l’émotion la plus simple.
Lire la critique sur le site : Liberation
Actualitte   13 septembre 2019
Quelques péripéties mineures agrémentées d’un suspense mollasson, mais qui ne déboucheront pas sur un éventuel climax qu’on attend depuis le départ et qui ne vient jamais.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Bibliobs   10 septembre 2019
L’auteur de « la Salle de bain » publie un savant et sinueux roman d’espionnage, qui nous introduit dans les coulisses de la Commission européenne.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeSoir   10 septembre 2019
« La clé USB » mêle informatique de pointe et roman policier, modernité et retour à soi dans une écriture et des jeux hitchcockiens. Et c’est un absolu plaisir de lecture.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LaLibreBelgique   30 août 2019
Avec “La Clé USB” qui sortira le 5 septembre, Jean-Philippe Toussaint entame un nouveau cycle littéraire. Il change radicalement de thème et aborde, à la manière d’un roman d’espionnage, les technologies du futur.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
PhilbastPhilbast   08 octobre 2019
L'Espace me semblait avoir rétréci, comme chaque fois que des souvenirs lointains sont confrontés à la réalité du présent.
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sevm57sevm57   06 octobre 2019
Cela faisait plus de vingt ans que je travaillais sur l’avenir.
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BuffaloVoiceBuffaloVoice   03 octobre 2019
J’avais toujours le cintre à la main, et, de plus en plus enragé, essayant une dernière fois de le fixer, je finis par le faire valdinguer par terre avec agacement. Pour me passer les nerfs, je décrochai alors tous les cintres de la tringle, et j’allai en jeter une poignée dans la poubelle de la salle de bain, je les fichai à la verticale, dans la poubelle, où ils restèrent en exposition, comme un bouquet de tulipes. Puis, ouvrant ma valise, je balançai les autres cintres à la volée au-dessus de mes vêtements et je refermai ma valise, avec l’intention de les emporter avec moi quand je quitterais l’hôtel.
J’allais les voler, oui, j’allais voler ces cintres antivols, et qu’on ne s’avisât pas de me faire une réflexion, dans cet hôtel où on m’avait volé mon ordinateur. Pour démontrer que cette bassesse, de rendre les cintres inutilisables pour les préserver du vol, ne les protégeait en rien, j’allais voler ces cintres antivols, et chaque fois que j’en verrais de semblables, je les volerais également, et je demanderais à tout le monde d’en faire autant, j’en ferais une croisade, je lancerais un appel sur les réseaux sociaux, je ferais passer une directive européenne, j’en parlerais à mes enfants, à Alessandro, et même aux jumeaux, à neuf ans, on écoute son père, je leur décrirais le type de cintres visés, je leur expliquerais que chaque fois qu’ils en repéreraient d’identiques, systématiquement, il fallait les détruire ou les voler. Mais qui avait eu cette idée démoniaque et mesquine d’amputer les cintres de leur crochet pour qu’on ne pût pas les voler ? N’était-ce pas, de surcroît, la négation même du principe du cintre ? Je mis mon manteau en écartant du pied avec rage le cintre que j’avais jeté par terre qui se trouvait sur mon chemin sur la moquette. Je sortis de la chambre en claquant violemment la porte. J’étais furieux. Et il me traversa alors l’esprit, putain de merde, que le texte de ma conférence de Tokyo se trouvait dans mon ordinateur.
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hcdahlemhcdahlem   06 septembre 2019
Je sortis de la poche de ma veste les feuillets que j’avais remplis ce matin. Je les étalai devant moi sur le pupitre, les fis glisser, les répartis avec soin. Je m’apprêtais à poursuivre, quand je me sentis soudain complètement vide. Je n’avais plus aucune idée de ce que j’allais dire. Je portai une des feuilles à mes yeux, et je m’aperçus que mon écriture manuscrite était à peine lisible. Je ne parvenais pas à me relire. J’inclinai la feuille vers la lumière zénithale d’un projecteur pour mieux déchiffrer mes notes, et je découvris que ce n’était pas la bonne feuille, je reposai la feuille sur le pupitre, en pris une autre. Je n’avais toujours pas enchaîné, cela faisait plus de trente secondes que je me tenais debout en silence sur la scène. J’imaginais qu’une vague de réprobation muette devait s’élever de l’assistance. p. 160-161
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hcdahlemhcdahlem   06 septembre 2019
À la Commission européenne où je travaille, on me croyait au Japon. Ma famille aussi pensait que j’étais à Tokyo. Le colloque international Blockchain & Bitcoin prospects auquel je devais participer était prévu de longue date. J’avais été invité à intervenir comme expert européen lors de la deuxième journée de ce colloque qui devait se tenir à l’International Forum de Tokyo. C’est le professeur Nakajima, de l’université Todaï, qui avait organisé mon voyage. Il avait élaboré mon programme et prévu, en marge de mon intervention au colloque, une conférence dans son université. Depuis quelques années, dans le cadre de mes activités au Centre commun de recherche, je m’intéressais de près à la technologie blockchain. Je travaillais depuis longtemps dans le domaine de la prospective stratégique, d’abord dans un centre de réflexion et d’études prospectives à Paris et maintenant au sein de la Commission européenne. Cela faisait plus de vingt ans que je travaillais sur l’avenir. Et, en vingt ans, que de malentendus ! Combien de fois avais-je dû préciser que la prospective, si elle avait bien l’avenir comme sujet d’étude, n’était en rien de la divination. Combien de fois, dans les dîners en ville, à Paris et à Bruxelles, m’avait-on demandé, puisque j’étais spécialiste de la question, ce que l’avenir nous réservait. Dans le meilleur des cas, la question ne portait pas, grâce au ciel, sur l’avenir dans sa totalité (le territoire, je le sais d’expérience, est assez vaste), mais sur tel ou tel de ses aspects particuliers, environnemental ou géopolitique, que ce soit le réchauffement climatique ou l’évolution de la question syrienne. Je ne suscitais en général dans mes réponses que déception et réprobation silencieuse, voire une méfiance à peine dissimulée, quand je répondais, fort de la rigueur de mon approche scientifique, que je n’en savais rien. Aux sourires entendus, aux échanges de regards furtifs et aux mines amusées que je surprenais par-dessus la table, je n’opposais pas de résistance. Je ne cherchais pas à m’expliquer, encore moins à convaincre. Tout au plus voulais-je bien concéder que l’intuition, parfois, m’était utile. Je travaillais sur l’avenir, la belle affaire. Même parmi mes collègues de la Commission européenne, on ignorait généralement de quoi il s’agissait. Il n’était pas rare que tel ou tel directeur général, intrigué par l’unité que je dirigeais, vînt me trouver dans mon bureau pour me demander en quoi cela consistait, exactement, la prospective, ajoutant mine de rien, car c’était souvent la véritable raison implicite de leur visite : « Et en quoi cela pourrait m’être utile ? » Chaque fois, comme un préalable bien rodé, je prenais le temps de dire ce que la prospective n’était pas, je commençais par la définir de façon négative. Ce que la prospective n’était pas, je le savais par cœur — quant à savoir ce qu’elle était ?
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Videos de Jean-Philippe Toussaint (54) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Philippe Toussaint
Les Colloques de Bordeaux :
Jean-Michel Devésa, Université de Limoges, France « La Voix ?humaine, abandonnée? de Jean-Philippe Toussaint »
Jovanka Sotola, Université Charles de Prague, Tchéquie « Les Mécanismes de séduction de Jean-Philippe Toussaint, écrivain »
Jimmy Poulot-Cazajous (Université Toulouse Jean-Jaurès, France), « Dans le combat entre toi et la phrase, sois décourageant »
Pierre Bayard (Université de Paris VIII-Vincennes, France), « L?Art de la procrastination »
Christophe Meurée (Archives & Musée de la Littérature, Bruxelles) et Maria Giovanna Petrillo (Université de Naples, Parthenope), « ?Dire je sans le penser? : qui es-tu, Monsieur Jean-Philippe Toussaint ? »
Aurélia Gaillard (Université Bordeaux Montaigne, France), « Jean-Philippe Toussaint écrivain-coloriste infinitésimal ? »
Retrouvez les livres : https://www.mollat.com/Recherche/Auteur/0-1329378/jean-philippe-toussaint
Note de musique : ©mollat
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