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ISBN : 2246654017
Éditeur : Grasset (27/08/2003)

Note moyenne : 3.4/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Après "Interdit", Karine Tuil n'en finit pas avec la famille. Et avec toujours ce ton à mi-distance entre l'ironie et l'humour, la grimace et la gravité. Cette fois, elle s'appuie sur la fraternité. L'un, Vincent, est trader, marié et coureur de jupons, ambitieux et cocaïnomane, flambeur dont le désir est plus impitoyable qu'un percepteur. L'autre, Arno, est un plumitif, inspiré par le pataquès familial (et notamment par les liaisons adultères de son frère cadet, ét... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Ladybirdy
  10 septembre 2018
Deux fils abreuvés dans les livres et l'intellectualisation poussée à l'extrême, se retrouvent à l'âge adulte diamétralement opposés, gangrénés dans une haine et une jalousie muselées.
Vincent n'attend qu'une chose depuis petit, s'échapper de l'éducation prostrée dans la littérature, la simplicité, la médiocrité de son milieu familial. Il deviendra trader, riche, superficiel, égocentrique, orgueilleux, méprisant. L'argent achète presque tout mais certainement pas les sentiments ni le bonheur.
Obnubilé par son nombril, il commencera à perdre pied lorsque son frère aîné demandera à le voir. Arno est l'écrivain de la famille. Celui qui à travers son dernier roman, met en lumière les divagations de son frère, ses adultères et au final, la médiocrité qu'il a toujours fuie.
Tout sur mon frère est un roman psychologique, qui emmène le lecteur aux portes de l'illusion et du voyeurisme. Chacun des deux frères se vouant une obsession mutuelle, duquel est-il question au final ? Secrets de famille, démence sénile, blessures de l'enfance, perte d'identité, autant d'ingrédients amenés avec tact et finesse par Karine Tuil.
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Marcelline
  26 juillet 2012
Malgré une écriture fluide qui m'a permis de le terminer facilement, ce roman m'a déçue; non pas que j'en attendais quelque chose de particulier, mais quand je me plonge dans un nouveau roman, qui plus est d'un auteur que je ne connais pas, j'ai toujours l'espoir de découvrir un univers, une écriture, des personnages qui m'emportent dans leur monde.
Or, ici, je n'ai ressenti ni empathie, ni même la moindre sympathie pour aucun des deux frères dont on parle, ni pour aucun autre personnage d'ailleurs.
Arno et Vincent, deux frères que l'adolescence puis l'âge adulte ont complètement éloignés jusqu'à même leur inspirer de la haine l'un pour l'autre, se retrouvent au chevet de leur père mourant.
Des sentiments contradictoires, très bien rendus par l'auteur d'ailleurs, les assaillent, les tiraillant entre le souvenir de leur entente fusionnelle d'enfants et la réalité de leur parcours d'adultes qui les a irrémédiablement opposés et fâchés.
Abordant également le thème controversé de l'autofiction en en dénonçant le côté pervers, l'auteur ne m'a pas convaincue avec ce récit d'où n'émerge aucun espoir; si j'en ai l'occasion, je reste cependant ouverte pour découvrir un autre de ses romans car, malgré tout, j'ai bien apprécié son écriture.
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litteraturepassion
  27 août 2016
Avec Karine Tuil, je vais d'agréables surprises en agréables surprises J'avais remarqué cette écrivaine en découvrant il y a deux ans «Douce France», l'histoire d'une femme qui se retrouvait par hasard avec des sans papiers et se retrouvait de ce fait conduite dans un centre de rétention dont elle racontait le quotidien. Puis je l'avais oubliée. Faisant partie de la seconde sélection du prix Goncourt 2010 pour «Six mois six jours» j'empruntais sans grande conviction cette dernière production, lue pourtant d'une traite en deux petites soirées et qui m'a vraiment enthousiasmée. Décidément cette femme a du style et une façon bien à elle d'écrire. Histoire d'en savoir un peu plus, je décide d'emprunter «Tout sur mon frère» et là, même plaisir à lire quasi d'un seul morceau ce nouveau livre, et à l'heure où je vous parle j'ai commencé «Pour le pire», son premier roman, et m'attend sur la table de nuit «La domination».

Dans «Tout sur mon frère» nous voilà face à Vincent, jeune trader marié, dont la femme est enceinte, mais qui ne peut s'empêcher d'avoir des liaisons extra conjugales. Cependant, afin de sauvegarder son couple, il s'est donné plusieurs règles de vie incontournables, notamment ne donner sous aucun prétexte son numéro personnel, ne manifester aucun signe d'affection en public, ou encore ne pas écrire de lettres, et toujours payer en espèces. Autrement dit impossible de le prendre en flagrant délit.

Mais l'histoire se corse quand sa maîtresse lui lance un ultimatum et quand sa femme les découvre tous les deux dans le lit conjugal. En effet, afin de calmer Alicia et faisant fi de ses règles habituelles, il lui a proposé de prendre la place de sa femme le temps de son absence pour lui montrer qu'être une maîtresse c'est tout de même plus agréable qu'être une compagne. Il ne se doute alors pas que sa femme, prise de violentes contractions, va faire demi-tour et les surprendre dans le lit conjugal. Sans compter que son seul frère, avec qui il a toujours eu des rapports difficiles, ne trouve pas mieux comme sujet de roman que de raconter sa vie avec force détails. Arno est en effet devenu rapidement et éphémèrement célèbre en publiant un roman intitulé «Le tribunal conjugal» dans lequel il révèle les liaisons adultères de son cadet, racontant ce que personne ne sait, jusqu'aux noms des compagnes et les lieux et dates de rendez vous, faisant de lui à son grand désagrément son personnage central, avant d'écrire «Le tribunal familial», dans lequel il raconte comment ce frère infidèle a essayé de l'acheter pour qu'il ne publie pas son premier roman…

Comment vivent les gens qui voient leur vie étalée par leurs proches dans leurs romans, le long de ces autofictions que je déteste, et qui ont foisonné à une époque sur les tables des libraires. C'est la question que pose la talentueuse Karine Tuil dans ce roman à l'écriture presque sans souffle, qui ne laisse quasiment aucune respiration -il faut dire que la vie de notre héros n'en a pas beaucoup- et donne envie de tourner les pages toujours plus vite, car on se demande comment cet imbroglio va finir. Un livre aussi sur les relations familiales, car notre pro de l'adultère, contrairement à ses parents, veut arriver dans la vie, ce qui signifie pour lui mener une vie luxueuse. Traité d'arriviste par son père, il ne supporte pas l'idée de vivre en HLM comme il l'a fait enfant. Il embrasse donc une profession qui rapporte et épouse une femme intéressée, en quelque sorte l'antithèse de sa mère.

Karine Tuil publie un livre très réussi et non dénoué d'humour dans la description de la vie de cet homme, entrainé par ses pulsions. Mais ce qui est très intéressant aussi dans ce récit, ce sont les rapports entre ces deux frères, de leur plus jeune âge jusqu'à aujourd'hui, et qui, vu le contexte, ne sont forcément pas au beau fixe, comme on le constate au cours de leurs retrouvailles à l'hôpital devant le lit de leur père, depuis qu'un accident vasculaire l'a rendu à demi hémiplégique. Des relations empreintes d'amour et de haine, de jalousie aussi. «De nous deux, il resta longtemps le fils préféré, celui qui aimait lire, qui donnait en offrande sa curiosité intellectuelle, son avidité à un père exigeant». Ce frère tant admiré et copié pendant son enfance est devenu aujourd'hui presque un étranger, voire un traitre. Et que tout éloigne.

Description d'un personnage amoral, détestable et pourtant qui nous est sympathique, analyse complexe des rapports entre frères, satire des codes de l'autofiction, ce roman vaut le détour à plus d'un titre. Il est savamment construit et nous rappelle que «Fouiller la vie de quelqu'un, c'est comme pratiquer une autopsie, il ne faut pas craindre de se salir les mains».
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Seraphita
  22 octobre 2016
Vincent et Arno sont frères et pourtant, tout les oppose : Arno s'est inscrit dans la lignée de ses parents, amoureux des lettres. Il vit chichement et écrit. Ses romans, qui connaissent un succès certain, portent sur son frère, ses aventures extra-conjugales, qu'il condamne dans sa première autofiction « le Tribunal conjugal », sujet qu'il élargit dans « le Tribunal familial ». Vincent, à l'opposé donc, ne vit que pour l'apparence et l'opulence. Il mène des vies parallèles et tient le coup à l'aide de drogues. Quand la santé de leur père décline, jusqu'à ce que les mots le quittent, un rapprochement inédit s'opère entre les deux frères qui vient raviver de vieilles rancoeurs là où les silences ont laissé des terres dévastées.
« Tout sur mon frère » (2003) est le quatrième roman publié par Karine Tuil après « Pour le pire » (2000), « Interdit » (2001) et « du sexe féminin » (2002).
L'intrigue de Karine Tuil est servie par une écriture remarquable, incisive, mordante dans la peinture cynique qu'elle offre de deux vies que tout oppose, hormis les liens du sang. Celle-ci est construite sur une mise en abyme, l'un des frères puisant ses sujets d'autofiction dans la vie de son propre frère pour en dénoncer les vices et l'aporie. Elle décortique à l'envi les mécaniques psychiques à l'oeuvre dans une relation fraternelle, l'ambivalence qui l'émaille.
Si l'analyse de cette relation est remarquable de finesse, juste souvent dans l'ambivalence dépeinte, l'ensemble demeure trop manichéen. Des passages semblent parfois peu crédibles, notamment la pirouette finale qui laisse dubitatif. Les personnages sont peu attachants, voire rebutants.
« Tout sur mon frère » prend le ton d'une tragédie un peu allégée par quelques traits d'humour. L'ensemble reste malgré tout noir et désespéré.
Il reste de ce roman de beaux passages sur les mots et les silences qui peuvent unir et dévaster les liens. « Nous avions été tellement proches, comment pouvions-nous être aussi distants ? Nous étions capables de rester face à face sans nous parler par crainte de miner de nos paroles une terre que les silences avaient déjà dévastée. » (p. 84.)
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jadorelalecturecom
  11 mars 2017
Etonnant ou non de constater combien deux personnes qui ont reçu la même éducation peuvent à ce point être différents. Une histoire prenante mais qui instille aussi un peu de malaise. Qui envie qui ? S'aiment-ils ? Ils semblent plutôt se haïr et vouloir sans cesse se blesser, s'agresser mutuellement. Qui a finalement la vie souhaitée ? Qui est heureux ? Aucun des deux ne semble l'être de prime abord... Je dirais que cette lecture pose question sur les liens familiaux et c'est probablement son objectif. On côtoie ici l'introspection. Je dirais même que cette lecture est dérangeante. J'ai aimé mais pas adoré.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
LadybirdyLadybirdy   10 septembre 2018
Mes parents ne m’avaient laissé entrevoir l’amour qu’à travers les livres dont ils considéraient qu’ils étaient des codes d’apprentissage de la vie. Eux-mêmes ne pouvaient pas me servir de modèles, ils s’aimaient d’un amour étrange, une forme de communion intellectuelle; leurs esprits étaient en parfaite harmonie tout comme le sont des corps mus par la même attraction. Ils parlaient pendant des heures, ils se caressaient avec leurs mots, leurs désaccords intellectuels étaient aussi virulents, leurs débats aussi animés que la banale dispute de deux amoureux. Je n’avais jamais connu une entente de cet ordre-là avec une femme. Avec Claire, l’amour s’apparentait à un rapport mercantile: il y avait un débiteur, un créditeur; nos relations étaient aussi saines que peuvent l'être celles qui unissent un banquier et son client.
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LadybirdyLadybirdy   10 septembre 2018
Pour la première fois de ma vie, je rencontrais une femme qui ne jugeait pas mes actes, n’analysait pas mes pensées, n’intellectualisait pas nos rapports. Une étrangère qui ne parlait pas la langue de mes parents. À la question : « Aimez-vous Céline ? » que mon père lui avait posée lors de leur première rencontre, Claire avait répondu : « Céline ? J’adore ! Surtout depuis que l’on a nommé ce nouveau créateur à la direction artistique de la maison ! » Et mon père avait baissé les yeux, consterné mais par qui ? Des deux, qui était le plus ignorant ? Elle, qui n’avait jamais lu l’écrivain français ou lui dont le regard n’avait pas été captivé par les collections du créateur de mode ?
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LadybirdyLadybirdy   10 septembre 2018
Mes parents distinguaient deux catégories d’êtres humains : ceux qui aimaient lire et les autres, sans se soucier des clivages ethniques, raciaux, religieux, politiques ou économiques. Ils revisitaient la déclaration universelle des droits de l’homme : tous les hommes ont le droit de lire. Et au sein de cette démocratie à l’échelle familiale, nous étions libres d’affirmer nos goûts littéraires, de ne pas aimer un livre que la majorité avait encensé, libres de contrer l’opinion parentale, mais la jouissance de cette liberté-là nous isolait plus qu’elle nous unissait. Les livres se substituaient aux êtres. Ils étaient devenus les seuls membres de notre famille.
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rkhettaouirkhettaoui   25 février 2016
Ils lisaient des livres, lisaient la presse, si seulement ils avaient pu lire dans mes pensées, ils auraient été horrifiés par l'ampleur du désastre! Car je rejetais non seulement les livres mais aussi ce qu'ils incarnaient aux yeux de mes parents : l'accession à la connaissance, à la culture et, d'une certaine façon, l'expression suprême de la liberté. La légèreté, le choix d'une vie facile, artificielle et vénale s'imposèrent à moi comme les seuls palliatifs à la douleur qui m'étreignait lorsque j'envisageais mon avenir tel qu'ils l'avaient rêvé pour moi, un avenir austère, une vie lisse, sans aspérités. Claquemurés chez soi, les yeux rivés sur les pages d'un livre, que pouvait-il nous arriver? Mes parents distinguaient deux catégories d'êtres humains : ceux qui aimaient lire et les autres, sans se soucier des clivages ethniques, raciaux, religieux, politiques ou économiques. Ils revisitaient la Déclaration universelle des droits de l'homme : Tous les hommes ont le droit de lire
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rkhettaouirkhettaoui   25 février 2016
La littérature était une religion, elle en possédait le caractère sacré, en imposait les rituels : la foi, les livres érigés au rang d'icônes, la quête presque mystique du Livre, celui qui, tel un messie, les mènerait vers la rédemption et le Paradis éternel, la lecture enfin, activité relevant du divin exercée plusieurs fois par jour avec un recueillement proche de la méditation. Lire, c'était prier; moi, je n'avais aucune inclination pour la prière.
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Videos de Karine Tuil (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Karine Tuil
Karine Tuil vous présente son ouvrage "Les choses humaines" aux éditions Gallimard. Rentrée littéraire Août 2019. Parution le 22/08.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2341585/karine-tuil-les-choses-humaines
Notes de musique : Youtube Audio Library
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