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ISBN : 2012790615
Éditeur : Hachette Littératures (01/03/2002)

Note moyenne : 3.25/5 (sur 26 notes)
Résumé :

Au milieu des années cinquante, Raymond Aron prend vivement à partie les intellectuels compagnons de route du Parti communiste, notamment Sartre et le groupe des Temps modernes. Il analyse ici les raisons de leur aveuglement.Malgré la différence de contexte, ce livre est encore d'actualité, tant le message de cet ouvrage peut continuer à nourrir une éthique intellectuelle telle que les dernières lignes du livre la d... >Voir plus
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Jean-DanielJean-Daniel   25 décembre 2019
Le français est par excellence, révolutionnaire en mots et conservateur en actes.
Les ouvriers ne croient pas d'eux-mêmes qu'ils sont élus pour le salut de l'humanité. Ils éprouvent bien davantage la nostalgie d'une ascension vers la bourgeoisie.
Les intellectuels de France ont les premiers entrepris la quête d'une religion rêvée par les militants de la révolution, les positivistes et les Saint-Simoniens. En fait, la prophétique marxiste transfère un schéma d'évolution en une histoire sacrée dont la société sans classe marque l'aboutissement.
Marx appelait la religion "l'Opium du peuple". Qu'elle le veuille ou non , l'Eglise consolide l'injustice établie. Elle aide les hommes à supporter et à oublier leurs maux au lieu de les guérir. Obsédé par le souci de l'au-delà, le croyant est indifférent à l'organisation de la cité. L'idéologie marxiste dès qu'un Etat l'a érigée en orthodoxie tombe sur le coup de la même critique. Il y a plus, jamais le christianisme n'a accordé de blanc seing aux gouvernants.
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enkidu_enkidu_   11 mars 2017
Nul pays d'Asie n'était autant que la Chine légitimement orgueilleux de son histoire et de sa culture. Nul, depuis un siècle, ne fut plus humilié. Non qu'elle ait été conquise : on ne conquiert pas la Chine, à la rigueur on s'empare du trône comme le firent les Mandchous. La guerre de l'opium, le sac du Palais d'Été, les concessions étrangères, les traités inégaux ou la liberté pour les missions étrangères, imposée sous la menace des canons, ont laissé des ressentiments qui s'effaceront lentement. Les communistes, dès la prise du pouvoir, ont détruit les communautés chrétiennes ; peut-être n'importe quel gouvernement fort aurait-il agi de même, en un style différent.

La doctrine traditionnelle qui soutenait l'ordre séculaire était, avant tout, morale et sociale. Le confucianisme justifiait l'accession des lettrés à l'exercice de fonctions administratives et gouvernementales. L'écroulement de l'empire entraîna la ruine de l'idéologie. La restauration du bouddhisme ou de l'hindouisme se déroulait sous l'œil des Barbares, sous la protection de l'Indian civil service. Une rénovation du confucianisme aurait pu suivre mais non préparer le retour de la Chine à son rang de grande puissance.

Les intellectuels qui se sont ralliés spontanément au communisme, avant 1949, n'ont été qu'une minorité. Le prestige de la révolution russe qui, dès 1920, provoqua l'adhésion de quelques lettrés, ne se distinguait pas essentiellement de celui des autres idées révolutionnaires venues d'Europe. Les longues années de guerre, la corruption progressive du Kuomintang, l'inflation, les rigueurs du régime policier aliénèrent l'intelligentsia et en firent l'alliée de Mao Tse-toung.

Le communisme séculier, matérialiste, peut-il devenir la doctrine des lettrés chinois ? La dévalorisation de la famille, la promotion du parti et de l'État représentent, par rapport au passé, un bouleversement que l'on aurait, hier encore, considéré comme impossible. Mais le parti communiste n'en reconstitua pas moins une hiérarchie, au sommet de laquelle trônent ceux qui savent. Marxistes-léninistes se nomment aujourd'hui ces savants qui sont, en même temps, des guerriers. La conjonction des chefs de guerre et des lettrés était, depuis des siècles, inconnue. Peut-être a-t-il fallu l'influence occidentale pour la restaurer. Contre une domination détestée, les lettrés retrouvèrent la ferveur de croisade et, vainqueurs, reconnurent à l'Occident sa plus secrète victoire : la doctrine au nom de laquelle ils ont chassé les Barbares, appartient à l'essence de l'Occident, elle met au premier rang l'action et l'histoire. (chapitre 8)
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enkidu_enkidu_   11 mars 2017
Le national-socialisme est devenu de moins en moins conservateur au fur et à mesure que son règne se prolongeait. Les chefs de l'armée, les descendants des grandes familles furent pendus à des crocs de bouchers, côte à côte avec les leaders de la social-démocratie. La direction de l'économie gagnait de proche en proche, le parti s'efforçait de modeler l'Allemagne, s'il avait pu l'Europe entière, conformément à son idéologie. Par la confusion du parti et de l'État, par la mise au pas des organisations indépendantes, par la transformation d'une doctrine partisane en une orthodoxie nationale, par la violence des procédés et le pouvoir démesuré de la police, le régime hitlérien ne ressemble-t-il pas au régime bolchevik bien plutôt qu'aux rêveries des contre-révolutionnaires ? Droite et gauche ou pseudo-droite fasciste et pseudo-gauche communiste ne se rejoignent-elles pas dans le totalitarisme ?

Il est loisible de répliquer que le totalitarisme hitlérien est de droite, le totalitarisme stalinien de gauche, sous prétexte que l'un emprunte des idées au romantisme contre-révolutionnaire, l'autre au rationalisme révolutionnaire, que l'un se veut essentiellement particulier, national ou racial, l'autre universel à partir d'une classe élue par l'histoire. Mais le totalitarisme prétendument de gauche, trente-cinq ans après la Révolution, exalte la nation grand-russe, dénonce le cosmopolitisme et maintient les rigueurs de la police et de l'orthodoxie, autrement dit il continue de nier les valeurs libérales et personnelles que le mouvement des Lumières cherchait à promouvoir contre l'arbitraire des pouvoirs et l'obscurantisme de l'Église. (chapitre 1)
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