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ISBN : 2226158677
Éditeur : Albin Michel (01/04/2005)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Génial précurseur, découvreur de talents, inventeur de " l'artiste moderne ", personnage légendaire et pittoresque, le grand marchand d'art Ambroise Vollard (1866-1939) fut également un conteur hors pair. Dans ces souvenirs à bâtons rompus, il retrace son parcours et relate, avec humour et nonchalance, ses rencontres, ses relations avec Manet, le Douanier Rousseau, Degas et Maillol, Renoir ou Rodin, ses conversations avec Mirbeau ou Mallarmé, et les confidences qu'i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
lanard
  27 avril 2015
Voici un drôle de livre, drôle parce qu'il amuse, drôle parce sa composition est étrange par sa désinvolture. Pour Vollard, l'idée d'écrire des mémoires eut été trop pompeuse ; loin de lui l'idée de composer sa vie en écriture. Rassembler des souvenirs en recueil convenait plus à son esprit collectionneur ; aussi, se laissa-t-il convaincre par un éditeur américain clairvoyant (Little Brown Books) de lui vendre l'exclusivité d'une autobiographie qui allait devenir ce drôle de recueil de souvenirs et anecdotes que l'auteur à néanmoins pris soin de classer en différents chapitres.
Le premier, tout logiquement, est le chapitre de son enfance passée sur l'île de la Réunion. Vollard ne s'y attarde guère mais son goût du pittoresque nous régale déjà de tableautins de la vie coloniale dans lesquels il recherche les prémisses de sa passion collectrice et son goût pour la couleur. Suivent deux brefs chapitres évoquant sa vie d'étudiant en droit à Montpellier puis à Paris où sa passion pour la peinture moderne allait s'affirmer très tôt. Il débuta dans le métier de marchand de tableaux au service d'Alphonse Dumas, patron marchand totalement dépassé par la vogue de l'impressionnisme qu'il méprise. Vollard s'y ennuie ferme mais peut mettre la main sur quelques toiles incomprises qui feront sa fortune quand il se mettra à son compte, rue Laffitte. Vollard ne se vante jamais d'avoir découvert Cézanne, Renoir, Degas, Monet, Manet ; d'autres, comme Victor Choquet, collectionnaient des Renoir et des Cézanne dès 1876, alors qu'il passait une enfance loin des arts à la Réunion. Vollard en toute modestie attribue sa fortune au génie des peintres qu'il admirait dans un contexte historique où naissait la spéculation sur les oeuvres d'art. Ce phénomène donne matière à des souvenirs amusants ; l'indécence spéculative n'avait pas encore atteint le paroxysme qu'on lui connaît aujourd'hui mais Vollard la décrit avec une ironie qui passerait pour cynique si l'on ne sentait pas en lui un mépris poli pour ces acheteurs incultes en recherche de placements. Ne cherchez pas non plus dans ces souvenirs de savantes digressions philosophiques sur l'art et le beau. Vollard n'est pas philosophe ; il se contente d'aimer sans trop se poser des questions.
Avec les souvenirs de Vollard nous sommes dans l'anecdote et le plaisir de raconter. Ce qui lui donne l'occasion de dresser une série de petits portraits d'amateurs d'art et de collectionneurs. Suivent deux chapitres qui feront le miel des historiens de l'art ; « Devant l'Olympia de Manet au Louvre » et le suivant qui est aussi le plus long ;« de Meissonier au Cubisme » . Dans le premier on découvre un Manet imperturbable devant la critique violente dont il fait l'objet ; son flegme aristocratique s'oppose aux tempéraments souvent sanguins et fougueux des autres que l'on découvre au chapitre suivant. Les "otres" (écrit Vollard pour imiter l'accent méridional de Cézanne) ce sont Cézanne lui-même, Renoir, Degas principalement mais bien d'autres aussi. J'ai cru sentir une affection particulière pour Degas ; cet espèce d'ours qui se fâchait s'il trouvait des bouquets de fleurs sur la table où il était invité - au mépris total des bonnes attentions de la maîtresse de maison. En tous cas, je ne regarderai plus un Degas de la même manière après avoir lu Vollard.
Mais on ne croise pas que des peintres dans le monde de Vollard ; on y croise quelque personnalités hautes en couleur tel le Sâr Péladan. Par ailleurs ce livre est un des rares qui nous fasse revivre Alfred Jarry.
Celui-ci me donne l'occasion d'évoquer l'autre métier de Vollard ; l'éditeur de livres de bibliophilie. Avec Jarry il conçu les « Almanachs du père Ubu », illustré par Bonnard. La dimension coloniale des almanach provient tout droit de l'enfance de Vollard – c'est là que j'en prend conscience. Sa première publication fut pour « Parallèlement » de Verlaine illustré par Bonnard. Il donna une édition du « Jardin des supplices » de Mirbeau illustrée par Rodin. Voulant offrir au Pape une de ses éditions de « l'Imitation de Jésus Christ » on s'aperçut trop tard que cet exemplaire contenait un cahier de « Parallèlement » ; deux cahiers avaient été interverti et le cahier de « l'Imitation » manquant se trouvait dans un « Parallèlement » vendu à quelqu'un qui trouvait amusant de le garder tel quel ; trente ans plus tard, ce bibliophile revendit son exemplaire à Vollard qui pu ainsi compléter le volume défectueux pour aller l'offrir au Pape à Rome. Cette anecdote est racontée dans le chapitre qu'il consacre à ses voyages.
Mais Vollard s'est aussi voulu auteur. On lui doit des livres sur les grands peintres qu'il a connu (Cézanne, Renoir, Degas) mais aussi, prolongeant le mythe créé par Jarry « les Réincarnations du Père Ubu », que la guerre lui inspira. On peut se demander si ces textes - aujourd'hui bien oubliés - ne sont pas à l'origine d'une lecture politique d'Ubu qui a assuré à ce personnage une popularité qui semble se renouveler encore au XXIème siècle.
Le chapitre XIII raconte la guerre et l'après-guerre ; d'aucuns pensèrent que l'impressionnisme n'y survivrait pas ; ceux qui lui survivront auront appris que la spéculation - qui se nourrit autant de bon beurre que de belles peintures - avait porté si haut l'impressionnisme qu'il jouit désormais d'une postérité mondiale encore bien vivante.
Allez comprendre pourquoi, dans la composition étrange de son livre, après un court chapitre sur les prix littéraires qu'il a voulu fonder Vollard le termine-t-il sur un chapitre consacré à un obscur personnage de la politique de son temps Eugène Lautier. Il lui consacre déjà quelques paragraphes au coeur de l'ouvrage au chapitre XII (Quelques personnalités), mais il faut que son livre – avant un épilogue – se termine pratiquement sur l'évocation de cette homme brillant et de belle prestance mais que le XXIe siècle à totalement oublié.
Mais ce dernier chapitre précède un épilogue si court et d'une ironie si féroce que je serais tenté de le recopier intégralement dans les citations. Mais je m'en abstiendrais - par pure paresse, croyez-moi, car vous en donner la primeur ne vous gâcherait en rien le plaisir que vous trouverez à la lecture de ces souvenirs.
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MonCharivariLitteraire
  24 décembre 2017
Ce livre est un petit plaisir qui se déguste. Qu'il a été agréable de le lire et comme cela fait plaisir de le parcourir même une fois que le volume a été refermé. Sous la très belle plume du marchand de tableau Vollard nous plongeons dans un 19ème siècle et début du 20ème siècle au monde artistique bouillonnement.
L'auteur nous raconte son expérience avec les plus grands artistes mais aussi son métier de galeriste avec des anecdotes truculentes et ce toujours dans style parfait. Vollard nous fait sourire à de nombreuses reprises notamment lorsqu'il nous raconte ses ventes... Quel Récit! Quelle vie!
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
lanardlanard   26 avril 2015
Un jour, passant devant la vitrine d'un marchand, je vois une "Cathédrale" signée Utrillo, un nom qui m'était inconnu.
"Eh! me dis-je, voilà un peintre à lancer."
J'entre et demande le prix:
- Cinquante mille francs.
Je sus ainsi ce que valait une œuvre de cet Utrillo dont les toiles, si peu d'années auparavant, ne se voyaient, comme on me l'apprit, qu'accrochées en plein air chez les brocanteurs du boulevard de Clichy.
J'ai raté, de même, un autre artiste, Modigliani. J'avais marchandé, un jour, une de ses toiles encore que je n'eusse pas été très enthousiaste de ces figures nanties de longs cous qui semblaient comme étirées.
"Trois cent francs, cela les vaut-il?" me disais-je.
Après la guerre, passant rue de la Boétie, j'aperçus de cet artiste un Nu qui rappelait la grâce un peu maniérée de certaines estampes japonaises. Quel voluptueux grain de peau! Je pensais: "Il n'y a pas plus de quatre ans, on cotait trois cent francs les plus grands Modigliani. Si on m'en demande trois mille de celle là, c'est tout le bout du monde!"
- Combien? m'informai-je.
- Trois cent cinquante mille. Mais il y a déjà un option. Et nous avons tout lieu de croire que le courtier qui l'a prise agit pour le compte de Mussolini!

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lanardlanard   26 avril 2015
Pendant que les toiles montaient, montaient, et que la gloire naissante du douanier Rousseau incitait les amateurs à découvrir des peintres parmi ceux dont ce n'était pas le métier - un marchand de frites, un cordonnier - je vis quelques dénicheurs "miser" sur un nomme quelque chose comme Bambon, un petit marchande ferraille à la Foire aux Puces, qui s'était mis à faire de la peinture. Il vendait ses tableaux suivant leur taille, ce qu'il avait d'ailleurs en commun avec des peintres célèbres. Pour donner une idée de sa conscience professionnelle, un jour qu'un amateur était venu chez lui pour faire un choix parmi ses plus récentes toiles, Bambon, retirant du lot un tableau: - Sur celui-là, dit-il, je vous ferai un diminution. Je ne puis pas, honnêtement, vous le compter au même prix que les autres. Il n'est pas aussi frais, je l'ai peint il y a au moins deux ans.
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bohanonbohanon   27 juin 2014
Vers 1893,Mautice Denis,qui avait remarqué la petite exposition que j'avais faite de dessin de Manet,en parla a ses amis.C'est ainsi que je fus mis en rapport avec quelques-un des Nabis: Bonnard,Roussel,Vuillard,et que j'obtins d'eux,d'abord des tableaux,et plus tard des illustrations pour mes livres quand je me lançai dans l'édition.
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lanardlanard   25 avril 2015
Un certain 14 juillet,à Cagnes, comme je posais [pour Renoir], une troupe de gens vint à passer sous les fenêtres de l'atelier en chantant à tue-tête:

Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs.

Renoir eut un geste d'agacement:
- Vous les entendez? Eh bien, cette "liberté" qu'ils ont tout le temps à la bouche, si vous saviez quelle horreur ils en ont au fond! Un jour je disais à quelqu'un: "Mais qu'est-ce qui vous déplaît donc tant dans ma peinture? - Ce qui me déplaît, répondit-il, c'est que vous peignez avec une telle liberté..."
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lanardlanard   25 avril 2015
J'ai pu observer un curieux trait de caractère de M. Arthur Meyer. Etant allé le voir au Gaulois, je le trouvai un livre à la main. Au moment de me retirer, je m'informai du titre de l'ouvrage, pensant faire mon profit d'une lecture qui avait retenu l'attention d'un esprit aussi éclairé.
- C'est "L'Odyssée d'un transport torpillé", me dit-il, après avoir vérifié le titre du volume sur la couverture.
- Et quel en est l'auteur? lui demandai-je?
De nouveau, il consulta la couverture:
- L’œuvre est anonyme.
- Et le sujet du livre?
- Je l'ignore complètement. Vous comprenez, je pense trop. Quand je prend un livre, c'est pour ne plus penser; mais comme, en lisant, je ne puis malgré tout m'empêcher de penser, il en résulte que je ne sais pas ce que je lis.
- Tiens! remarquai-je, Xavier de Maistre a dit quelque chose dans ce genre...
- Ah! Xavier de Maistre a dit ça, lui aussi?
Et M. Arthur Meyer se rengorgea et caressa ses favoris.
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