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ISBN : 274362678X
Éditeur : Payot et Rivages (08/01/2014)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Quelle est-elle cette force «devant quoi la chair des hommes se rétracte»? Paru dans les Cahiers du Sud en 1941, L'Iliade ou le poème de la force participe à la fois de l'essai savant, du traité politique et métaphysique et du texte poétique. En pleine débâcle française, cette réflexion sur la première grande épopée de l'Occident s'adresse à ceux et celles qui ont résisté et résistent encore à la soumission, et nous rappelle que tout vainqueur sera vaincu à son tour... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
PiertyM
  28 janvier 2017
Une jolie fresque poétique et philosophique! Simone Weil S'inspire de l'Iliade pour nous décrire le monde moderne qui n'a pas pour autant changé avec celui de l'époque de l'Iliade car l'homme, toujours en quête de la puissance, mesure son existence par la force, au même moment qui force, dit faiblesse quelque part, qui dit force, dit maitre, et qui dit maitre dit esclave quelque part. C'est cette relation qu'entretiennent les hommes, elle est basée sur la force alors que celle-ci est aussi faillible qu'on ne peut le penser. En décortiquant l'iliade, autant des situations qui s'y révèlent que ses illustres personnages, Simone Weil nous décortique également le concept de la force qui parait en même temps comme une épouse insatiable, qui voudra toujours que l'époux en fasse plus, encore et encore jusqu'à ce qu'il se pende, c'est à ce moment que la courbe tombe, la force chute.
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Marc-Sefaris
  30 mars 2018
« La force, c'est ce qui fait de quiconque lui est soumis une chose ». Cette définition, nette et tranchante, est le fruit d'une réflexion ininterrompue durant les années 30. Résolument anti-fasciste mais tout aussi résolument pacifiste, Simone Weil en est venue à s'interroger sur cette notion délaissée par les académies : la force. de Réponse à une question d'Alain à Réflexions sur la barbarie en passant par Méditation sur l'obéissance et la liberté, elle cherche à saisir la spécificité de cette énergie aveugle qui fait qu' « on est toujours barbare envers les faibles ». Car c'est cette énergie, ou cette pesanteur, qui régit les rapports sociaux, bien plus que les ressorts économiques qui obsèdent le marxisme. Simone Weil appelle de ses voeux le Galilée des sciences sociales capable de mettre en lumière les forces qui s'affrontent sourdement dans nos cultures dites modernes. Elle pourrait, elle voudrait être ce Galilée, bien sûr – mais il lui manque une entrée, une prise intellectuelle. Ses écrits proprement politiques sont trop myopes, elle le sent, trop prisonniers des contingences présentes pour prendre la hauteur suffisante. Alors elle ira puiser à la « source grecque » pour ce qui sera l'un de ses derniers écrits, sous l'ombre de la deuxième guerre mondiale: L'Iliade ou le poème de la force.
A la fois étude littéraire, essai historique, ethnologique et philosophique, ce texte dense propose une idée simple mais aux implications subtiles. Citant abondamment Homère dans une traduction personnelle, Simone Weil décline les différentes facettes de cette puissance de réification, côté vaincu bien sûr, qu'il soit devenu cadavre, suppliant ou esclave, mais aussi côté vainqueur : « le vainqueur du moment se sent invincible », tel est le piège de la force dont la loi est la constante réversibilité. Celui qui domine par les armes perd toute lucidité, sombrant dans la fameuse hybris, la démesure fatale, parce que la guerre apparaît tout d'abord irréelle, jeu ou théâtre, puis paralyse l'esprit en l'empêchant d' envisager un autre horizon que la mort. Avant les ravages physiques, c'est la mutilation spirituelle : « Qu'un être humain soit une chose, il y a là, du point de vue logique, contradiction ; mais quand l'impossible est devenu une réalité, la contradiction devient dans l'âme déchirement ».
On retrouve ici au plus haut degré les paradoxes de la pensée de Simone Weil : elle se montre d'une humilité et d'une attention extrême à la parole d'autrui, donnant à entendre les magnifiques vers de l'Iliade sans chercher à briller aux dépens de son sujet ; mais dans le même temps elle affiche l'ambition démesurée de révéler une vérité enfouie et décisive. Et si sa pensée se déploie hors de tout système philosophique pré-établi, elle n'en cherche pas moins une clé, un principe d'explication générale. Chez elle, les tournures d'atténuation sont bien rares et le conditionnel a la puissance de l'indicatif. Si elle évoque les « moments lumineux » de l'Iliade, gestes d'amour et images poétiques, ce n'est pas, à la façon d'une Jacqueline de Romilly, pour sonder l'humanité qui baigne l'épopée entière, mais pour montrer qu'il s'agit de miracles fugaces, qui participent par contraste à « cette amertume qui procède de la tendresse ». Peu de nuances donc, mais une aptitude à saisir un éclairage oblique, ici l'extraordinaire équité qui rassemble Grecs et Troyens dans une communauté de destins.
Comme dans tous ses écrits, mais ici de manière particulièrement éclatante, sa lecture d'Homère ouvre de larges brèches, établit des liens étonnants, entre la némésis grecque et le kharma oriental, ou encore entre l'Iliade et les Evangiles dans lesquelles elle trouve la même loi spirituelle, entre pesanteur et grâce. Et loin de s'en tenir à une approche purement théorique des grandes oeuvres, elle y distingue les échos de son époque et des temps futurs, là encore avec une âpre lucidité : « Ils retrouveront peut-être le génie épique quand ils sauront ne rien croire à l'abri du sort, ne jamais considérer la force, ne pas haïr les ennemis et ne pas mépriser les malheureux. Il est douteux que ce soit pour bientôt ».
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helhiv
  21 mars 2016
J'avais une admiration pour Simone Weil en tant que femme engagée dans les combats de son époque, je découvre l'écrivaine brillante. Comme le nom l'indique, elle analyse ici l'Iliade du point de vue du rapport à la force, qui seule sort vainqueur des rapports de violence, au sens où elle soumet aussi bien la victime que le bourreau en les réduisant en esclavage. On peut envisager cet essai comme une façon de parler de la force en plein XXe siècle (le texte est publié en 1941) mais je ne suis pas convaincue par le rapprochement.
Pourquoi chaque camp ne pousse-t-il pas son avantage dans l'Iliade quand il en a l'occasion ? Parce qu'esclaves de la force (je ne serais pas étonnée que Georges Lucas ait lu Simone Weil avant d'écrire Star Wars !), les Grecs comme les Troyens veulent l'anéantissement complet de leurs adversaires, ce qui les poussent à l'excès. Cependant, derrière les batailles humaines, les Dieux sont censés s'affronter eux-aussi en sachant qu'ils ne se vaincront pas définitivement ce qui peut tempérer leurs soutiens. Enfin, l'aède Homère doit maintenir son intensité dramatique et comme il prend une posture de neutralité, la victoire et l'espoir oscille d'un camp à l'autre. Cette neutralité est soulignée par Simone Weil comme très rare et gage d'un vrai souffle pour l'épopée, contrairement à la plupart des récits ultérieurs qui s'appuient sur un seul héros ou un groupe de héros dont les ennemis sont méprisables.
Je ressors rapidement d'autres points de cet essai très riche : une passionnante comparaison entre l'Iliade et les Evangiles (le mysticisme de Simone Weil pointe le bout de son nez : sa position par rapport à la religion est remarquable) et un commentaire sur Patrocle (choisi par Madeline Miller comme personnage pivot de son Chant d'Achille) comme étant le seul héros à ne pas se soumettre à la force.
Un texte passionnant pour les admirateurs de l'Iliade.
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Marti94
  24 janvier 2015
Simone Weil, que j'ai longtemps confondu avec Simone Veil, ancienne déportée et ancienne ministre, est un grande philosophe française du 20ème siècle. Elle fut l'élève du philosophe Alain.
Je découvre ses textes et, même si le livre se nomme « « L'Iliade ou le poème de la force », il y a bien plus que cela.
J'avoue que j'ai été déroutée par l'analyse de texte du poème de l'Iliade, traduit du grec, car je ne le connais pas. Alors je me suis centrée sur les propos de Simone Weil sur la guerre et j'ai l'impression qu'elle n'a pas toujours été pacifiste, que son point de vue à changer selon le moment où elle écrit (avant ou pendant la guerre). Elle fait surtout le parallèle entre la politique et l'économie et la guerre et la lutte des classes.
Ce qui est bien c'est qu'elle propose la réflexion : « Nous risquons, si nous ne faisons pas un sérieux effort d'analyse, qu'un jour proche ou lointain la guerre nous trouve impuissants, non seulement à agir, mais même à juger. ».
Lu en janvier 2015
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
lemancllemancl   13 septembre 2015
Dans un style incomparable et aidée par une connaissance approfondie de la langue, Simone Weil tire de la grande épopée grecque une remarquable réflexion sur l'usage de la force et la guerre qui menace à nouveau une Europe bouleversée par la montée du nazisme.
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Marti94Marti94   24 janvier 2015
Nous risquons, si nous ne faisons pas un sérieux effort d’analyse, qu’un jour proche ou lointain la guerre nous trouve impuissants, non seulement à agir, mais même à juger.
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Marti94Marti94   06 décembre 2014
L'habitude de tuer ne peut produire que des meurtriers.
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Videos de Simone Weil (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Simone Weil
Il y a dix ans, Aimé Césaire nous quittait. La Grande Librairie rend hommage au poète disparu en compagnie de Christiane Taubira, sa plus illustre admiratrice. L?ancienne garde des Sceaux évoque sa passion des livres et des auteurs, d?Aimé Césaire à René Char en passant par Simone Weil. Après son manifeste « Murmures à la jeunesse », en 2016, elle publie « Baroque sarabande », aux éditions Philippe Rey, une véritable ode à la littérature. Elle est rejointe par l'écrivain Gaël Faye.
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