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EAN : 9782228884662
202 pages
Payot et Rivages (01/01/1992)
4.31/5   21 notes
Résumé :
Comment les femmes parlent-elles ? Comment se parlent-elles ? Comment leur parle-t-on ? Et comment parle-t-on d'elles ? Les femmes et les hommes parlent-ils la même langue ? Quel rôle jouent la métaphore sexuelle, les connotations dépréciatives, les insultes à caractère sexuel comme véhicules de l'idéologie sexiste ? Ce livre tente de cerner le langage dans sa diversité sexuelle posée comme culturelle et non pas "naturelle".
Que lire après Les mots et les femmes : Essai d'approche sociolinguistique de la condition féminineVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Cet essai, dont la première édition remonte à 1978, me paraît malheureusement très dépassé. Je recherchais les débuts d'une sociolinguistique de genre, au lieu de quoi j'ai trouvé, dans des chapitres assez indépendants l'un de l'autre, un effort de révélation de l'amplitude du sexisme dans nos langues, de la multiplicité des modalités de domination des femmes inscrites dans la langue, à une époque où les ethnologues et anthropologues ne reconnaissaient la nature sexuée qu'aux idiomes « primitifs » des sociétés « arriérées »...
Ces chapitres sont rassemblés en deux parties : « Langue des hommes, langue des femmes », et « L'image des femmes dans la langue ». Si la première démontre donc la pertinence des études sociolinguistiques, elle culmine sur cette interrogation des femmes de l'époque : ou bien adopter la langue des hommes dans un but de valorisation de soi, ou bien, par ce que l'on appellerait aujourd'hui le renversement du stigmate, revendiquer les spécificités et la valeur de la langue des femmes – et il est significatif que la linguiste ait refusé de trancher sur ce dilemme.
La deuxième partie, après un chapitre intitulé « Genre et sexe : la métaphore sexuelle » qui retrace l'archéologie du glissement sémantique (ou s'agit-il d'une analogie?) du « genre » en grammaire au « genre » en sociologie, examine une à une les « dissymétries masculin/féminin » en grammaire, puis en sémantique. Ensuite elle considère les cas d'étude des connotations méprisantes – voire injurieuses – des synonymes argotiques de « femme » par rapport à celles appréciatives de « homme » (« La langue du mépris »), et cela particulièrement en lexicographie (« Faut-il brûler les dictionnaires ? »). Cette partie se termine sur « l'action volontariste sur la langue », aux États-Unis dans les années 70, qui est était objectivement un phénomène ridicule. Il n'est donc pas du tout question d' « écriture inclusive », et Yaguello n'appelle de ses voeux, ou a minima ne consent – et encore avec beaucoup de réserves – qu'à la féminisation de certains noms de professions, qui depuis sont devenus banals...
(Je remarque que toutes mes cit. sont tirées de la première partie).
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Yaguello rappelle que la langue est « un miroir culturel qui […] se fait l'écho des préjugés et des stéréotypes, en même temps qu'il alimente et entretient ceux-ci. » Elle rappelle aussi le caractère naturellement évolutif de toute langue, en parlant un petit peu de l'histoire du français. En s'appuyant sur un corpus abondant elle observe que le français contemporain, par sa grammaire et son vocabulaire, permet facilement d'exprimer du sexisme, et difficilement des expériences féminines. Elle explique la dimension politique d'une langue dans sa société, et l'impact de l'académie française sur la langue. Elle décrit les usages traditionnellement féminin et masculin de la langue (j'ai fait exprès de l'appeler par son nom de famille en début de critique). Elle montre la capacité intrinsèque de la langue à produire des noms d'agent féminins, et conclut à un obstacle uniquement culturel.

J'ai trouvé ce livre très utile et intéressant. Marqué par son époque (1978), mais plein d'informations intemporelles (par exemple elle évoque la productivité du français médiéval en suffixes féminins, à une époque pré-académique de la langue) et aussi d'informations encore très actuelles. J'ai trouvé difficiles certains passages techniques dans la 1ère partie, mais rien de rédhibitoire. J'ai été gênée par un (court) passage sur la recherche de « l'identité féminine ». J'aimerais beaucoup savoir ce qu'elle dirait du français du 21eme siècle… un peu frustrant que le livre soit vieux (même si c'est intéressant de savoir que dans les années 70 on disait « phallocrate » et « féminitude » d'après « négritude »).
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J'ai lu cet essai l'année de sa parution , première analyse publiée sur ce sujet. Vous me donnez envie de le retrouver dans ma bibliothèque et surtout de le relire !
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Essai assez poussé et scientifique mais très intéressant. Une bonne tentative de réponse à cette question que représente le féminisme au sein des langues.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Mais la principale dissymétrie provient, bien entendu, de la valeur générique du mot homme. On peut s’interroger à ce propos sur l’évolution dans les langues romanes du latin homo qui désignait l’espèce humaine et non le mâle (qui se disait vir). L’homme a détourné à son profit le mot qui désignait l’espèce. On peut considérer que cette identification, qui existe dans de nombreuses langues (exceptions : russe muscina, « mâle », celov’ek; « être humain »; allemand Mann et Mensch, entre autres), entre le mâle et l’espèce, est à la fois le résultat d’une mentalité sexiste et le moyen par lequel elle survit. De même que l’accusé est coupable jusqu’à preuve du contraire, l’être humain est un homme jusqu’à preuve qu’il est une femme.
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La création linguistique fait sans cesse usage de processus analogiques, d'où les néologismes auxquels les puristes font la chasse ou encore les créations spontanées des enfants et de la langue populaire, qui souvent d'ailleurs ne respectent pas l'étymologie savante (voir l'américain 'peacenik', militant pour la paix, sur 'beatnik', lui-même formé sur 'spoutnik'). Rien ne s'oppose à la création d'un mot nouveau, qu'il soit d'étymologie savante ou populaire, lorsqu'il y a un besoin à combler. Simplement, en France, il faut la bénédiction de l'Académie et du Haut-Comité de la langue française.
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Déjà, en 1867, Stuart Mill, ardent défenseur des droits des femmes, préconisait l’emploi de person à la place de man dans tous les textes officiels (Groult, 1977, p. 96). Le problème se pose avec la même acuité dans toutes les langues qui ne font pas la distinction homo/vir. L’emploi d’un même mot pour désigner à la fois l’espèce humaine et le mâle de l’espèce a quelque chose de paradoxal. Comment un mot peut-il à la fois inclure et exclure le sexe féminin? On dira bien sûr que l’emploi du masculin générique n’est qu’une convention grammaticale, mais ça n’est pas aussi évident que ça en a l’air. Cet emploi contient une ambiguïté latente car on a toute latitude pour interpréter homme comme incluant ou excluant les femmes selon les préférences de l’énonciateur et de l’auditeur.
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En résumé, d’où viennent les résistances? Très rarement de la morphologie (le seul cas difficile est témoin). Lorsque le procédé de dérivation n’est plus productif, la langue trouve un substitut acceptable du point de vue morphologique : cheftaine, cheftesse (il y a dissymétrie sémantique, mais c’est une autre histoire). Les résistances viennent pour une part de l’immobilisme linguistique et très souvent des femmes elles-mêmes et du corps social tout entier qui fait encore aux femmes une place à part. s’il y a dissymétrie, c’est que soit on refuse d’utiliser la forme disponible, soit on l’utilise en lui conférant des connotations dépréciatives ou facétieuses (poétesse, philosophesse, soldate, chéfesse, etc.). Notons au passage que c’est dans les professions scientifiques, qui bénéficient de nombreuses désignations épicènes et où les préjugés sont peut-être moins enracinés, que la discrimination est la moins grande.
Pourtant, ce qui est grave, ce n’est pas tellement la dissymétrie en soi (après tout, la langue en comporte bien d’autres), mais bien le fait qu’elle joue toujours dans le même sens, c’est-à-dire au détriment de l’image et du statut de la femme. D’ailleurs, on va le voir, par le jeu des connotations, la symétrie morphologique ne garantit en rien la symétrie sémantique.
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De même, le mot femme est manifestement chargé de connotations divergentes, conflictuelles, selon qu’il est prononcé comme un terme de mépris (« Ah! les femmes! »), d’adoration féminolâtre (le mot est de Benoîte Groult) ou par les féministes, qui cherchent à redonner au mot son vrai sens, processus inséparable de l’élaboration de l’identité, sociale et linguistique, de la femme. Les mots ne sont jamais neutres ou innocents. Ils veulent dire ce qu’on veut leur faire dire. Qu’est-ce qui fait qu’un mot est péjoratif? uniquement l’intention du locuteur, laquelle repose sur un consensus social. N’importe quel mot peut être proféré ou ressenti comme une injure. Ainsi, il y a eu une époque où l’on ne devait pas appeler une femme une femme, ni une fille une fille; il fallait dire une dame ou une demoiselle. C’est justement le mot dame qui est ressenti aujourd’hui comme injurieux par nombre de femmes.
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Video de Marina Yaguello (1) Voir plusAjouter une vidéo

Le sexe des mots
En français les mots ont un genre. Est ce affaire de pure convention comme le prétendent les grammairiens (qui sont en général des hommes)ou bien l'illustration de la misogynie masculine? Sur le plateau trois femmes, féministes :Nicole Lise BERNHEIM et Mireille CARDOT auteurs de " Mersonne ne m'aime,"polarde" dont Bernard PIVOT raconte la trame et Marina YAGUELLO auteur de "les mots et les...
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