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ISBN : 207013475X
Éditeur : Gallimard


Note moyenne : 2.96/5 (sur 25 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Un homme dont on ne connaît pas le nom est retrouvé, épuisé, au bord d’un campement. Alpiniste courageux devenu simple vagabond, il rejoint les siens et notamment son frère qui le recueille à bout de forces. Il s’agissait de leur guide, mais sa disparition avait fait pe... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 28 mai 2012

    nadejda
    Erri de Luca se laisse pénétrer par le vent qui porte la parole et il retranscrit ce qu'il a entendu, donnant vie aux mots par son souffle, ce que fait également tout lecteur à l'écoute du celui qui lui parle à travers les livres, ce que fait Moïse qui entend à travers les nuages la voix d'Elohim lui dicter les dix commandements qui seront gravés par le feu. «L'échange d'énergies passait entre la montagne et le ciel» p 82
    «Quand l'écriture se débarrasse de son auteur, elle appartient à celui qui la lit et fait de chaque lecteur suivant son héritier direct.» 

    Ainsi en est-il de tout texte dont ceux qui composent la Bible. Et chaque interprétation enrichit la précédente et la suivante.
    «Et Il Dit» est inspiré par l'écoute, c'est un long poème, une suite que le vent joue à travers la poussière qu'il transporte, pleine des résidus venus de temps immémoriaux, du temps où la transmission se faisait oralement autour d'un feu. C'est de là que viennent les textes de la Bible, vent et poussière, feu du ciel et des campements nomades. Et le vent les porte vers les générations futures «L'assemblée du Sinaï transpirait de futur. Avec eux, les lèvres serrées, chantaient les assemblées à venir».
    Encore faut-il accueillir avant de transmettre.
    «Les paroles pénétraient dans les corps en se frayant un chemin entre les viscères, elles parlaient de l'intérieur....Le vent d'une voix à écouter se plantait dans leur corps» p 81
    Et pour que le feu des paroles ne se perde pas totalement, il leur faudra la force de transmission véhiculée par les lettres qui «se sont chargées de l'énergie du Sinaï et la prolongeront».
    «Le judaïsme a été pour moi une piste caravanière de consonnes accompagnées au-dessus et au-dessous de la ligne par un volettement de voyelles. Entre une ligne et l'autre, dans l'espace blanc, c'est le vent qui gouverne.» p 103
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  • Par Dravot, le 13 juin 2012

    Dravot
    (Pierre Assouline)
    Moïse alpiniste
    Il y a comme cela des livres dont on devine, dès l'entame, qu'ils vont tellement nous emporter et nous subjuguer, qu'on décide aussitôt de les traiter par une lecture d'une rumination lente, à pas comptés, loin de la rumeur du monde et des éclats de la ville ; ceux-là, on voudra les savourer et déguster, page après page, ligne à ligne, en s'autorisant le luxe d'y revenir dans la foulée, manière de repousser l'instant fatal de la fin. Mon cas ces jours-ci en lisant Et Il Dit (E disse, traduit de l'italien par Danièle Valin, 102 pages, 11 euros, Gallimard), un bon Erri de Luca, ce qui n'est pas toujours le cas, la qualité étant forcément inégale dès lors qu'une œuvre est à parution régulière.
    C'est l'histoire d'un alpiniste un peu particulier. le premier de l'Histoire. Un sacré grimpeur capable d'escalader pieds nus. Il a fait trois fois le mont Sinaï. Il s'enveloppait de vent. Là-haut, tutoyant les nuages, le ciel lui paraissait être une seconde peau. Il n'a guère laissé de trace dans l'histoire de la montagne, mais une forte empreinte dans l'histoire de l'humanité. Il y a longtemps de cela, il était le guide d'un peuple. Un jour, il se lança dans une ascension un peu plus délicate sur le mont Sinaï. Soudain, il entendit une voix s'adressant à lui : « Je suis Adonaï ton Elohim ». C'était Dieu en personne. Il se présentait comme le seul et l'unique. L'alpiniste Moïse en fut soufflé. Il se demandait non pas « Qui suis-je ? » mais « Qui suis-je pour » car rien ne justifiait une telle confiance. de retour de son excursion, il rapporta la révélation du monothéisme qui déchut les idoles et changea la face du monde. Une boussole fichée dans le crâne, il emmena son peuple « et ils avançaient tous ainsi donnant un effet de chœur sur la terre ». La suite est assez connue. Mais la prose poétique de Erri de Luca est d'une telle beauté dans son économie d'effets, elle atteint une telle profondeur après nous avoir emmené au plus haut, qu'on demeure ébloui par cette lecture comme si cette histoire était inédite. Chaque phrase est ciselée avec le même soin qu'Il mit à taper ses dix points dans la roche du désert. L'écrivain ne cesse jamais d'être poète quel que soit le genre auquel il sacrifie, tout en se moquant des limites et contraintes génériques. Disons qu'il écrit des histoires de voyages et basta ! Il a organisé son récit autour du Décalogue. Mais il préfère y lire dix paroles, Asereth had-Diberoth comme il est écrit dans l'Ancien Testament, plutôt que dix commandements. Parce que l'homme est muni de dix doigts pour les compter. Il se livre pas à pas à un commentaire exégétique des paroles. Mais dans son esprit, il s'agit moins de commandements que d'articles de la Constitution d'une Alliance.
    Erri de Luca est un poète, napolitain plutôt qu'Italien, qui a trouvé sa vérité dans les lettres de l'alphabet hébraïque. Tout pour la langue sacrée lue comme une langue du sacré. Rien dans son parcours ne l'y invitait. Cet ouvrier né en 1950, qui fut un militant d'extrême-gauche (Lotta continua) avant d'en revenir, a longtemps été maçon en France avant de s'autoriser à écrire ; la prochaine fois que vous roulerez sur le boulevard périphérique qui ceinture Paris, dites-vous que Luca fut de ces milliers de travailleurs immigrés qui le façonnèrent de leurs mains. Mais avant d'aller travailler le béton, il lisait la Bible. Puis il grimpa et il écrivit et n'a jamais cessé depuis. Il y découvrit une forme de sagesse : tout alpiniste est un intrus qui ne s'en sortira que grâce aux complaisances de la nature. On est hôte de la montagne qui n'est jamais villégiature. Que dire alors d'un alpiniste croyant et pratiquant ! Il y aurait d'ailleurs un essai à écrire sur la tradition de l'alpinisme chez les écrivains italiens car avant lui, il y eut Mario Rigoni Stern, Dino Buzzati et d'autres qui ont trouvé les mots pour dire que l'arrivée n'est jamais le sommet mais le point de départ. La langue et la montagne. Et Dieu entre elles ? Même pas. Il se définit comme non-croyant plutôt que comme athée : le premier exclut la divinité de sa propre vie quand le second l'exclut de la vie des autres. Ainsi devient-on un mystique sans Dieu, en cédant au vertige produit par l'identité entre la Parole et ce qu'elle créé. le judaïsme lui est « une compagnie de voyage ». Il dit s'être ajouté à son peuple par admiration comme on suit les roulottes d'un cirque. Sans aucun désir d'en être par conversion. Il lui suffit de lire les Ecritures dans leur langue d'origine : « Ma part de manne est assurée par des lectures en hébreu, ouvertes avant le jour ». le reflet des lettres carrées sur son visage noueux suffit à l'éclairer quand la nuit s'attarde encore. Il n'appartient pas et refuse d'appartenir.
    Etranger est sa fierté. Etranger aux douze tribus d'Israël, il dit être de la treizième tribu, celle des étrangers. Un compagnon de route qui ne sera jamais un idiot utile. Trop libre pour cela. Il ne s'embarrasse pas de majuscules pour traiter la divinité. La typographie n'est pas l'unique refuge du respect. Même s'il sait qu'il a affaire à un peuple d'entêtés : « C'est vrai qu'ils n'ont plus le joug de l'Egypte sur le cou, mais ils ont un cal en bronze à la place de la nuque ». Lui se veut en retrait ou à l'écart par rapport à eux, plutôt qu'en marge. le poète veut rester celui qui marche à côté. Il ne se permet même pas de s'adresser au Très-Haut. Pas de prière. Cela ne le concerne pas. Voici la fin :
    « le judaïsme a été pour moi une piste cavalière de consonnes accompagnées au-dessus et au-dessous de la ligne par un volettement de voyelles. Entre une ligne et l'autre, dans l'espace blanc, c'est le vent qui gouverne. C'est la voix réunie de tous ceux qui ont ajouté en marge un commentaire. L'écriture hébraïque finit avec : vaiaal, et il monta. En revanche, moi je descends ici ».
    Amen. Ecoutez lire ce livre d'Erri de Luca (et écoutez-le aussi par sa propre voix dans le bel entretien accordé il y a quelques jours à Alain Veinstein). Il invite à écouter la voix du divin là où d'autres n'entendent que du vacarme. L'auteur n'éprouve qu'un léger regret : une certaine difficulté avec le titre de son livre dans les traductions. L'italien E disse reflète bien l'esprit de l'original hébraïque où l'acte est plus important que le sujet. Aussi, il aimerait qu'on lise Et Il Dit en le remplaçant sur la couverture par Et dit Dieu à défaut de Et dit-il, plus adéquat mais qui sonnerait mal…
    (Photos D.R. et "Moïse brandissant les tables de la Loi", oeuvre de Rembrandt, 1659, Gemäldegalerie, Berlin)

    Lien : http://passouline.blog.lemonde.fr/
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    • Livres 3.00/5
    Par brigittelascombe, le 02 septembre 2012

    brigittelascombe
    Un début qui part léger, empreint de poésie comme des ailes d'anges se faufilant au "bord de la frontière entre le fini et l'immense", là où le sommet de la montagne survolant une calotte de blancs nuages permet d'accéder au divin.
    "Je suis Adonai (Yod) ton Elohim".
    Une voix résonne au creux de l'oreille de l'alpiniste. Vertige. Vide. Effroi. Il est le meilleur grimpeur. le vent se lève.Sa mémoire se trouble.
    "Qui suis-je?"
    Pris plus de cinq semaines dans la tempête son frère le redescend, déshydraté, confus dans le campement dont il est le berger. Sa compagne Hirondelle l'entoure de ses bons soins et les souvenirs reviennent peu à peu.
    Et là, pour moi légère déception, après ce début quelque peu fantastique, où le doigt de Dieu dessine des lettres sur une muraille, le lecteur bascule dans l'histoire de Moïse et du peuple hébreux.
    On se souvient du Pharaon qui fait jeter les enfants mâles israélites dans le Nil.
    On se souvient de la fille du Pharaon qui sauve Moïse des eaux.
    On se souvient du passage miraculeux de la Mer Rouge.
    On se souvient du peuple Juif dans le désert.
    On se souvient de la manne céleste envoyée par Dieu pour les nourrir alors que Moïse les a conduit au pied du Mont Sinaï.
    On se souvient que Moïse invoque Dieu durant quarante jours puis ramène les Tables de la loi écrites du doigt de Dieu.
    Erri de Luca, lui aussi, avec beaucoup de sagesse et de spiritualité,se souvent de tout ça et des dix commandements aussi, puis confie au lecteur qu'il est le "gher", l'étranger,il suit la caravane et "partage l'aube avec celui qui se tait et écoute".
    Malgré quelques formules lumineuses comme des "paroles scandées à gouttes de syllabes", je préfère de loin la leçon de vie de: Le poids du papillon ou l'enchantement de ses romans: Montedidio (prix Fémina étranger 2002) et Le jour avant le bonheur.
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    • Livres 4.00/5
    Par claracambry, le 16 juin 2012

    claracambry
    Un homme est retrouvé épuisé après avoir marché plusieurs jours au sommet d'une montagne. Cet alpiniste semble avoir perdu la raison et la parole. Au campement, il reprend des forces puis décline un à un les dix Commandements.
    Ce livre d'Erri de Luca est très différent de ce j'avais pu lire de cet auteur auparavant. Il s'agit aussi d'un livre qui offre aux mots leurs sens les plus profonds. Avec une écriture toujours aussi ciselée, l'auteur reprend les dix Commandements de l'Ancien Testament. Les hommes et les femmes du campement écoutent cet alpiniste revenu miraculé. Chacune de ses paroles est chaque parole est riche de sens. L'alpiniste , figure de Moïse, ne se fait pas moralisateur ou imposteur mais interprète les écrits. La poésie alliée à une certaine philosophie (ou sagesse) frappe en plein cœur ! le mot comme analysé donne sa quintessence à ces textes religieux. Comment ne pas être touché par la description de ces hommes et de ces femmes qui écoutent l'alpiniste, qui boivent ses paroles ?

    la suite sur :
    http://fibromaman.blogspot.fr/2012/06/erri-de-luca-et-il-dit.html

    Lien : http://fibromaman.blogspot.fr/2012/06/erri-de-luca-et-il-dit.html
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    • Livres 4.00/5
    Par dupuisjluc, le 26 novembre 2012

    dupuisjluc
    Dans un style narratif très poétique, Erri de Luca se livre, avec ce roman, à une sorte d'exégèse de la transmission des dix commandements à Moïse.
    Une réflexion stimulante sur ces commandements mais aussi sur le peuple juif en transhumance dans le désert. Quelques passages délicieux sur la différence entre les hommes et les femmes avec référence aux premiers d'entres-eux Adam et Eve…
    Un excellent moment de lecture pour tous ceux, érudits ou non, qui s'intéressent à la Bible…
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Yann Nicol pour le Magazine Littéraire

    La Bible est depuis de nombreuses années ancrée dans la vie et dans l’oeuvre de l’écrivain italien Erri De Luca. Lecteur assidu (mais athée) de l’Ancien Testament,... > lire la suite

    Critique de qualité ? (4 l'ont appréciée)

Critiques presse (4)


  • Lhumanite , le 13 août 2012
    [Un livre] qu’il faut lire en consonance pour retrouver cet auteur attachant et l’infini de ses horizons.
    Lire la critique sur le site : Lhumanite
  • LaLibreBelgique , le 05 juin 2012
    Un très beau texte mystique d’Erri De Luca, qui ne pouvait qu’être fasciné par le personnage de Moïse recevant les dix commandements. L’écrivain italien poursuit son intimité avec l’Ancien Testament.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
  • Liberation , le 04 juin 2012
    Dans Et il dit, [Erri De Luca] commente au fil des pages chacun de ces commandements, au nombre de dix comme les doigts de la main et commençant par un «tu» ne s’adressant qu’aux hommes car en hébreu la distinction existe.
    Lire la critique sur le site : Liberation
  • LesEchos , le 22 mai 2012
    « Et il dit » nous fait partager la sidération du peuple juif - qui découvre chaque commandement -et nous projette dans le tumulte des générations futures.
    Lire la critique sur le site : LesEchos

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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 28 mai 2012

    Les souvenirs appartiennent au règne des oiseaux, ils laissent une plume quand ils s'en vont. Grâce à elle, on sait à quelle espèce ils appartiennent.

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  • Par nadejda, le 28 mai 2012

    Au-dessous de lui, la terre était couvée par une calotte blanche. C'est ce qui se passait pendant les jours de la création. Au débouché d'un nuage, il voyait le monde tel qu'il était avant, sans espèce humaine, entre le premier et le cinquième jour. Il revenait du sommet avec la lettre du début à la bouche, le b de bereshit, au commencement, qu'il balbutiait joyeusement.

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  • Par nadejda, le 28 mai 2012

    En montant, il rencontrait des arbres, il s'arrêtait près du dernier, celui qui avait pris racine à l'écart des autres, le plus exposé à la foudre. Celui qui s'approche d'un arbre sait qu'il est enlacé par son ombre. En échange, il donne une caresse au tronc.

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  • Par brigittelascombe, le 02 septembre 2012

    Les mains sont devant l'homme, elles soutiennent son travail, le verbe "faire". Et les paroles font l'homme,elles sont devant lui,elles le guident ou bien l'égarent.

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  • Par Jondelles, le 30 septembre 2012

    les femmes savaient qu'elles étaient les préférées de la divinité. Elles naissaient parfaites, les hommes en revanche devaient être retouchés avec la circoncision. (...) La femme est son produit perfectionné, summum d'expérience de création. Pour Adam, pas même l'intention ni l'ombre du verbe, "construire"

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