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Christophe David (Traducteur)
EAN : 9782910386146
360 pages
Editions de l'Encyclopédie des Nuisances (10/04/2002)
4.43/5   38 notes
Résumé :
"Tout le monde est d'une certaine manière occupé et employé comme travailleur à domicile.
Un travailleur à domicile d'un genre pourtant très particulier. Car c'est en consommant la marchandise de masse - c'est-à-dire grâce à ses loisirs - qu'il accomplit sa tâche, qui consiste à se transformer lui-même en homme de masse. Alors que le travailleur à domicile classique fabriquait des produits pour s'assurer un minimum de biens de consommation et de loisirs, celu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
LucienRaphmaj
  08 décembre 2013

L'encyclopédie des nuisances a republié ce livre de 1956, jamais publié en français. "L'encyclopédie des nuisances" a bien choisi un texte qui lui correspondait car pour sûr le texte se veut corrosif, réactif, explosif. Texte alternant entre expérience (ouvrière) et dimension philosophique (discours assez unique, avec des dialogues, des phases où il retrace son expérience, puis des analyses conceptuelles). Ce double discours a pu lui être reproché et lui faire manquer un lectorat potentiel : ceux qui veulent de la philosophie pure et dure sont déçus : la réflexion tourne à l'affirmation, l'expérience prime le concept, celui-ci n'est pas décrit ; ceux qui veulent un pamphlet contre les nouvelles technologies doivent goûter de Marx, de pages de discussion sur l'idéalisme, etc.
Anders s'explique de sa "manière" peu conventionnelle : il choisit l'exagération comme manière de provoquer la réflexion.
Je me suis surtout attardé à la partie "Le monde comme fantôme et comme matrice – Considérations philosophiques sur la radio et la télévision" qui mêle les naïvetés (théorie du récepteur passif des informations, manque d'une analyse précise de "l'homme de masse", unité sacrée de la table familiale, présentation simpliste de l'ère du "spectacle"; etc.) aux fulgurances d'analyses que l'on retrouvera dans la médiologie, Baudrillard, ou dans les "échographies de la télévision" de Derrida et Stiegler.
C'est cela qu'il faut retenir, ce rapport au monde, au temps, à l'événement, à la production de l'homme de masse :
"Regarde, il n'y a vraiment plus que le lointain qui nous soit proche." « Les événements viennent à nous, nous n'allons pas à eux. » « le monde, ni présent ni absent, devient fantôme. »
« 1.Quand c'est le monde qui vient à nous et non l'inverse, nous ne sommes plus « au monde », nous nous comportons comme les habitants d'un pays de cocagne qui consomment leur monde.
2. Quand il vient à nous, mais seulement en tant qu'image, il est la fois présent et absent, c'est-à-dire fantomatique.
3. Quand nous le convoquons à tout moment [on/off de l'écran, ou de la radio], nous détenons une puissance divine.
4. Quand le monde s'adresse à nous sans que nous puissions nous adresser à lui, nous sommes condamnés au silence, condamnés à la servitude.
5. Quand il nous est seulement perceptible et que nous ne pouvons pas agir sur lui, nous sommes transformés en espions et en voyeurs. »
Le texte d'Anders est une réaction à ces télécommunications permanentes et mondialisées, certes sans proposition alternative, mais adossée de manière intéressante à une réflexion outrée mais qui ne manque pas souvent de toucher juste.
La version publiée en français rajoute un essai sur Beckett, et - plus connu de l'aspect du travail de Anders - une réflexion sur ce que la Bombe représente pour l'humanité survivante, dimension sous-pensée, encore aujourd'hui où les craintes de la guerre froide nous semble d'aimables frayeurs d'improbables Docteur Folamour.
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ErnestLONDON
  23 juillet 2020
Nous ne sommes pas de taille à nous mesurer à la perfection de nos produits, ce que nous produisons excède notre capacité de représentation et notre responsabilité, nous ne croyons que ce qu'on nous autorise à croire, telles sont les trois thèses développées pas Günther Anders dans cette critique de la technique, au risque de passer pour un réactionnaire et d'être accusé de saboter le progrès.
(...)
Si le manque d'unité et la dispersion récurrente peuvent nuire à l'homogénéité de l'ouvrage, notamment en comparaison avec d'autres ouvrages plus bref du même auteur, la profondeur et la pertinence de nombre de réflexions méritent tout de même qu'on s'y attarde.
Article complet sur le blog :
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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PatrickCasimir
  22 octobre 2021
Ce livre n'est pas facile à commenter. M. Onfray a écrit que c'est le livre le plus important du XXème siècle ! L'un des plus importants assurément. J'ai rarement lu un philosophe aussi "prophétique", un philosophe dont les écrits produits dans les années 50, s'adaptent aussi parfaitement à notre temps, au XXIème siècle.
Le génie de l'homme lui permet de produire une technologie, des machines, qui rendent plus efficace son action sur le monde. Cependant, sa technologie révèle aussi sa faiblesse, sa soumission et pour tout dire, son obsolescence face à des machines qui lui sont devenues supérieures. Des machines qui vont lui dicter ses choix et réduire sa liberté.
Obsolète, l'être humain va éprouver à l'égard de sa technologie ce que Ghünter Anders nomme la honte prométhéenne, car il est dépassé, il est presque inutile face à sa propre technologie.
Poursuivant ses développements, le philosophe allemand va utiliser la théorie de la matrice, pour démontrer comment, les médias, radio et télévision, mais aujourd'hui on y ajouterait l'Internet, les réseaux sociaux, ainsi que les outils qui en assurent l'expansion (PC, smartphones et les myriades d'applications qui les structurent...), constituent de puissants instruments de conditionnement, de manipulation et de fabrication de l'homme de masse.
Le monde que les médias apportent directement dans notre salon, dans notre voiture, à l'occasion des pauses déjeuner durant lesquelles tous les humains ont les yeux rivés sur leurs smartphones, n'est pas le monde réel ! Les événements que la matrice nous sert, ne sont que les reflets du monde, des fantômes, comme le dit l'auteur.
La matrice sert une pseudo réalité à l'esprit qui s'habitue à une certaine distanciation à l'égard des événements du monde, mais aussi à une certaine confusion des valeurs, puisque les téléspectateurs, par exemple, sont capables de s'identifier à leurs héros et héroïnes, et rêvent de vivre leur vie. Ces mêmes héros ou héroïnes n'ont pas d'autre choix, pour exister, que de se soumettre aux lois de la matrice : lois de la beauté, de la gloire, du jeunisme, lois de la starification des disciplines sociales (cinéma, art, musique, carrières intellectuelles, etc.).
L'attention portée aux phénomènes factices du monde, éloigne l'homme de masse de sa propre réalité, de ses proches ; la télévision n'a jamais rapproché les membres d'une famille, mais elle a fabriqué une communauté de personnes assises côte à côte dont les regards convergent vers le petit écran et d'où le dialogue infra-familial a quasiment disparu.
La matrice, grâce à ses techniques de reproduction de masse des phénomènes que permet, par exemple, la TV, a fabriqué cet homme de masse, reproductible à l'infini et super consommateur, non pas de la réalité, mais de reflets de celle-ci. Sa démonstration sur le comportement des touristes est éclairante à cet égard.
Le touriste est ce consommateur de masse qui, muni de son appareil photo (aujourd'hui de sa caméra également ou de son smartphone) se promène, non pas en regardant avec l'attention qu'il mériterait, le phénomène qui s'offre à ses yeux, et qu'il pourrait emmagasiner dans ses souvenirs, mais en filmant ou photographiant compulsivement ce qu'il croît voir, afin de se constituer son album de reflets, de fantômes, une fois de retour chez lui.
La matrice nous offre, aussi, en tant qu'homme de masse, des modèles de pensée auxquels nous nous soumettons ; le prêt à penser est partout ! Qui en douterait aujourd'hui ?
Enfin, et je n'aurai pas épuisé l'étendue et la profondeur des analyses de ce puissant esprit qu'a été Ghünter Anders, la technologie a tellement réduit l'action humaine dans son quotidien que l'individu aurait pu sombrer dans l'ennui d'une société de loisirs. Mais la matrice lui permet de retrouver ce qui faisait la vertu ancestrale de l'être humain, l'effort grâce auquel, il pouvait se nourrir, nourrir sa famille, fabriquer ce qui lui était utile, etc.
Cet effort lui est proposé sous forme d'occupations diverses et variées : bricolage, sport, jeux d'aventure, etc. Ainsi, il peut nourrir des illusions sur sa liberté, son bonheur de "faire quelque chose", de transpirer pour parvenir à la réalisation de l'objet, du geste de sa passion...
Ce livre est désespérant de lucidité ! J'ai cherché comment me défendre de l'idée que je ne suis pas manipulé par la société de consommation, par cette matrice capitalistique qui produit tous les jours de la séduction, du rêve, des illusions et des frustrations ; j'ai cherché en vain !
Finalement, je me contente de la conscience que j'ai, des conditionnements et manipulations dont on est l'objet, dont le corps social est l'objet. Un corps social dont les mouvements, l'organisation, la vie tout simplement, sont guidés par la puissance technicienne de la matrice.
A rapprocher d'auteurs, comme Jacques Ellul ou Herbert Marcuse, par exemple...

Pat.

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arcade_d
  18 août 2021
Comme critique un extrait suffira afin d'en montrer la pertinence et l'intelligence de ce philosophe, compagnons de Hannah Arendt, et heureusement qu'aujourd'hui il y a des femmes comme Barbara Stiegler qui possède aussi cette grâce de l'intelligence.
Le texte qui suit est donc un extrait de l'excellent L'Obsolescence de l'homme. Sur l'âme à l'époque de la deuxième révolution industrielle, initialement paru en 1956 (traduction française publiée en 2002 par les éditions de l'Encyclopédie des Nuisances/Ivrea). Anders y expose en quoi les abominables crimes des nazis ont été rendus possibles et même favorisés par le fonctionnement général du capitalisme (qui, de la même manière, pour la même raison, génère en permanence toutes sortes de désastres sociaux et écologiques).
L' « instrumentalisation » : nous ne sommes plus des « agents » mais seulement des collaborateurs. La finalité de notre activité a été démantelée : c'est pourquoi nous vivons sans avenir, sans comprendre que l'avenir disparaît, et donc « aveugles à l'apocalypse ».
Tout le monde sait que notre façon d'agir et donc de travailler a aujourd'hui fondamentalement changé. À l'exception de quelques survivances dépourvues de signification, le travail est devenu une « collaboration » organisée et imposée par l'entreprise. J'insiste bien sur le fait que cette contrainte est imposée par « l'entreprise », car si le travail solitaire n'a certes jamais constitué l'essentiel du travail humain, ce dont il s'agit désormais n'est justement plus de travailler avec les autres, mais d'être au service de l'entreprise (à laquelle celui qui travaille doit allégeance alors qu'il ne peut même pas, lui, se la représenter dans sa totalité), entreprise dont les autres employés ne sont eux-mêmes que des rouages.
C'est une banalité. Mais ce qui vaut pour notre travail vaut aussi — ce fait est moins trivial mais non moins important — pour notre « action » ou plutôt pour notre « activité », car parler d'« action » et affirmer que nous sommes des « agents » sonnerait déjà à nos oreilles (et cette remarque doit être prise au sérieux) comme une exagération. Abstraction faite de quelques rares secteurs, notre activité, désormais inscrite dans le cadre d'une entreprise organisée sur laquelle nous n'avons pas prise mais qui nous impose ses contraintes, se réduit à une collaboration placée sous le signe du conformisme. Chercher à estimer quelle proportion d'activité et de passivité entre dans telle ou telle « collaboration », à délimiter où s'arrête la pure exécution et où commence la part d'initiative, est aussi vain qu'essayer d'analyser les gestes que requiert l'utilisation d'une machine en essayant de distinguer ceux qui sont actifs et ceux qui ne sont que réactifs. Cette distinction est devenue secondaire. L'existence de l'homme actuel n'est plus, la plupart du temps, pure « activité » ou pure « passivité ». Il n'est plus ni complètement actif ni complètement passif, mais plutôt « neutre », à mi-chemin entre l'activité et la passivité. On peut donc qualifier son existence d'« instrumentalisée ».
L'« instrumentalisation » règne partout : dans les pays qui imposent le conformisme par la violence, et aussi dans ceux qui l'obtiennent en douceur. Comme c'est bien sûr dans les pays totalitaires que ce phénomène est le plus clair, je prendrai, pour illustrer ce qu'est l'« instrumentalisation », l'exemple d'un comportement typiquement totalitaire.
Au cours des procès où l'on a jugé les « crimes contre l'humanité », on a très souvent constaté que les accusés étaient vexés, consternés, voire indignés qu'on leur demande « personnellement » des comptes pour les mauvais traitements infligés à ceux qu'ils avaient effectivement maltraités et pour les meurtres de ceux qu'ils avalent effectivement tués. Il serait absolument erroné de ne voir dans ces accusés que des cas de déshumanisation et d'entêtement extrêmes. Ce n'est pas « bien qu'ils aient collaboré », mais le plus souvent « parce qu'ils ont seulement collaboré » qu'ils se sont révélés incapables de repentir, de honte, ou même de la moindre réaction morale. C'est parfois précisément « parce qu'ils avaient collaboré », autrement dit parce que pour eux, « être moral », c'était nécessairement se conduire d'une façon complètement « instrumentalisée », qu'ils avaient bonne conscience (d'avoir personnellement « collaboré »). Voilà comment ils auraient pu formuler ce qu'ils voulaient dire avec leur « entêtement » : « Si seulement nous avions su ce que vous attendiez de nous ! À l'époque, nous étions en règle (ou, si vous voulez, “moraux”). Si une nouvelle entreprise a aujourd'hui remplacé celle à laquelle nous avons collaboré à l'époque d'une façon satisfaisante, nous n'y pouvons rien ! Aujourd'hui, c'est avec celle-ci qu'il est “moral” de collaborer ; à l'époque, c'était avec celle-là. »
Lien : https://tsuvadra.blog/2021/0..
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JulienDjeuks
  08 juin 2020
Essai d'analyse de ce qu'est la modernité, les thèses de Günther Anders ont connu moins d'écho et de reconnaissance que celles de ses anciens camarades universitaires auprès de Heidegger, Hannah Arendt (La Condition de l'homme moderne, 58) et Hans Jonas (Le Principe de responsabilité, 79). On a surtout gardé de lui son engagement contre le nucléaire. Pourtant, en constatant la situation technologique du XXIe siècle, on peut remarquer qu'elles décrivent à merveille les nouvelles technologies que sont le numérique (le fantôme de la réalité mise à distance mais toujours plus présent, omniprésent grâce aux petits écrans des téléphones), la décrépitude des médias qui ne sont plus que des producteurs d'informations marchandes (dépendant des ressources publicitaires, contrôlés par des grands industriels), la philosophie transhumaniste (la modification de l'homme par lui-même pour s'adapter à la modernité : génétique, cybernétique…), la passivité et même le rejet par les masses des positions politiques qui pourraient les émanciper (volonté d'appartenir au monde de la consommation malgré l'évidence des maux écologiques)… L'Obsolescence de l'homme est d'une actualité encore plus criante et les thèses qui pouvaient être moquées et vues comme conservatrices – ce que Günther Anders avait pris soin d'annoncer – sont maintenant presque évidentes. L'homme moderne est détourné de la réalité proche par son téléphone portable connecté qui le relie de manière abstraite au lointain qu'il croit connaître et qui n'est qu'un faux construit. La langue, la musique et de manière générale toute l'industrie de la culture, l'art, semble essoufflée, lassante. le consommateur, accroc à une nouveauté calibrée dont il a l'habitude, devient indifférent ou réticent à toute vraie différence. La provocation se fait produit ordinaire quand les choses différentes sont juste inaudibles, invisibles ou irrecevables. La musique s'est déshumanisée, comme l'art conceptuel : on regarde la musique par des clips, sur des supports d'une qualité finalement inférieure, même les voix se font robotisées ; on privilégie la matière, le jeu des objets, le ready-made à la peinture…
C'est grâce à l'impasse écologique et énergétique que les thèses de Anders paraissent plus évidentes, son refus de cette modernité essoufflante, de cette humanité déviante, non plus comme un retour en arrière mais comme un engagement humaniste, anti-industriel. Il apparaît clair qu'il n'est pas vraiment question de refuser toute la technologie en bloc – donc de revenir en arrière – mais de dominer la technologie, la production industrielle effrénée, la surconsommation, afin de ne pas se laisser berner, entraîner malgré soi dans une fuite en avant insensée vers un mal-être permanent, une inadéquation constante avec un monde trouble, un monde qui se dirige vers sa propre désintégration… (On établira ici des liens étroits avec l'oeuvre de Ivan Illich et sa notion de seuils qui permettrait de préserver l'homme des débordements technologiques, industriels et institutionnels, cf. La Convivialité.)
En cela, l'analyse juste des effets pervers de la modernité est un compagnon nécessaire et préalable pour une réflexion écologique, pour une redéfinition de l'être humain, non plus basée sur le progrès technologique, mais bien sur le progrès humain. Ce pourrait être le progrès de réalisation de soi que décrivait Marx. L'homme doit viser à s'accomplir dans les actions qui rythment sa vie, et non pas à s'oublier, à agir d'une façon mécanisée. La machine est derrière nous, c'est une régression vers l'âge industriel. Les nouveaux progrès technologiques ne doivent pas aller vers une plus grande industrialisation, mais à une émancipation de cette vie industrielle. Les nouveaux outils permettent de s'affranchir de cette dépendance (au journal ayant un point de vue, à l'art ayant une académie) en donnant à l'homme des moyens de créer, construire, communiquer, sans avoir besoin d'énormes machines pour lesquelles on doit regrouper la production.
Lien : https://leluronum.art.blog/2..
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critiques presse (2)
LeMonde   14 juin 2011
Dans ce regard d'un pessimisme extraordinaire, habité par le désespoir et le combat, la flamme qui résiste est d'une rare puissance. Anders agace, amuse, intéresse, il ne lasse pas. Penser autrement que lui, c'est encore en être proche.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Liberation   13 juin 2011
Philosophe malgré lui, Günther Anders s’est nourri de littérature. Il joue Beckett contre Kafka
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (72) Voir plus Ajouter une citation
lilianelafondlilianelafond   24 juillet 2018
« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »
+ Lire la suite
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stekasteka   03 janvier 2015
En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   27 octobre 2016
Quand des milliers de pages sont parties en fumée lors des autodafés de livres organisés par Hitler en 1933, aucune page absolument unique n'a brûlé, à la différence de ce qui s'était produit lors de l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. Chacune d'elles avait en réalité des centaines ou des milliers de sœurs. Aussi ignominieuses qu'aient pu être les intentions de l’incendiaire, d'aussi mauvais augure qu'ait pu être son geste - laissant prévoir qu'il livrerait bientôt aux flammes tout autre chose que du papier -, la destruction qu'il opérait n'était encore, à ce stade, qu'une farce. Au milieu des cris de la foule qui dansait autour des bûchers, passait invisible, légère, hors de portée des flammes , une farandole moqueuse, celle des livre originaux criant : "Brûlez nos exemplaires ! Brûlez-les ! Vous ne nous brûlerez pas pour autant !" - avant de se disperser aux quatre vents. Les livres prétendument détruits vivent toujours aujourd'hui à des milliers d'exemplaires.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   28 octobre 2014
C'est donc par rapport à ce nouveau modèle qu'il faut considérer le désir que nourrit l'homme d'aujourd'hui de devenir un self-made man, un produit : s'il veut se fabriquer lui-même, ce n'est pas parce qu'il ne supporte plus rien qu'il n'ait fabriqué lui-même, mais parce qu'il refuse d'être quelque chose qui n'a pas été fabriqué; ce n'est pas parce qu'il s'indigne d'avoir été fabriqué par d'autres (Dieu, des divinités, la Nature), mais parce qu'il n'est pas fabriqué du tout et que, n'ayant pas été fabriqué, il est de ce fait inférieur à ses produits.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   27 octobre 2016
Bien qu'il soit plus borné que ses produits, l'homme est beaucoup plus vulnérable et périssable qu'eux. En tout cas, il ne lui vient pas à l'idée d'entrer en concurrence avec la longévité, pour ne pas dire l'"immortalité", qu'il peut, quand il le souhaite, conférer à ses produits.
Bien sûr nos produits ne sont pas à proprement parler "immortels" : la durée de conservation de nos fruits en boîte, des œufs brouillés que nous mettons au réfrigérateur, la durée de vie de nos microsillons "longue durée" ou de nos ampoules électriques est, elle aussi, limitée. Mais dans la plupart des cas, c'est nous, les hommes qui les avons rendus mortels, qui avons calculé et dosé leur durée de vie (pour pouvoir, par exemple, assurer la stabilité des ventes ou les développer). La seule chose qui ne soit pas notre œuvre, c'est notre propre mortalité. Elle seule n'est pas calculée. C'est pour cela qu'elle constitue un motif de honte.
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Videos de Günther Anders (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Günther Anders
Le 29.04.18, Claire Nouvian était l'invitée de Zoé Varier pour faire le récit d'une ??Journée particulière?? (France Inter) :
"Ce jour-là, la journaliste et future activiste navigue en famille dans le sud du pays. Suite à une avarie, le voilier mouille dans une crique protégée de l?île de Koh Phi Phi. de l'autre côté, s?étend la longue plage de sable blanc très prisée des touristes. Soudain, la mer se retire comme aspirée par un siphon...
Un sauveteur au milieu des débris de stations balnéaires et bungalows sur la plage de Khao Lak en Thaïlande, le 30 décembre 2004, après qu'un tsunami ai frappé les côtes du pays le 26 décembre.
Après la vague destructrice, le bateau parti au large pour éviter le naufrage, revient vers la côte. L'île a disparu sous les eaux, coupée du monde extérieur. A perte de vue un paysage apocalyptique. Un magma de débris, de cadavres et de gens blessés appelant à l'aide. « Je voulais me rendre utile, j?étais dans l?action », se souvient Claire Nouvian. Mais sans information fiable, la rumeur enfle qu'une seconde vague va survenir et ordre est donné par le skipper de remonter à bord, au grand désespoir de la jeune femme qui n?a pas réussi à convaincre l?équipage de rester sur place.
Claire Nouvian s?est trouvée une « béquille philosophique » pour mettre des mots sur le traumatisme vécu : Gunther Anders, juif allemand, élève de Martin Heidegger, comme Hannah Arendt dont il fut le premier mari. Il abandonna l?enseignement de la philosophie pour lutter contre le nazisme, puis milita contre la bombe nucléaire juste après Hiroshima et Nagasaki. Günther Anders est le théoricien du catastrophisme éclairé : si on ne nomme pas la catastrophe, on y va tout droit. Or l?Homme, doté d?un esprit en escalier, être de croyance plutôt que de connaissance, n?est pas capable d?appréhender le pire. La preuve avec les décisions iniques des pouvoirs publics face au changement climatique.
Une évidence pour Claire Nouvian face à la catastrophe. Un an plus tard, en 2005 elle décide d?appliquer ce précepte en fondant l?association Bloom pour la défense des océans et des fonds marins, auxquels elle a d'ailleurs consacré un film. Depuis, quelques victoires ont été remportées en bataillant à Bruxelles contre les lobbies tout puissants : en 2016, le parlement européen interdisait le chalutage en eaux profondes, et début 2018, la pêche électrique.
Le 23 avril 2018, Claire Nouvian recevait le Prix Goldman pour l'environnement, considéré comme le « Prix Nobel de l?écologie »."
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Dans la catégorie : Allemagne et AutricheVoir plus
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