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Predrag Matvejevic (Auteur de la postface, du colophon, etc.)Pascale Delpech (Traducteur)
EAN : 9782253933212
380 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (05/07/1999)

Note moyenne : 4.26/5 (sur 211 notes)
Résumé :
A Visegrad, c'est sur le pont reliant les deux rives de la Drina - mais aussi la Serbie et la Bosnie, l'Orient et l'Occident - que se concentre depuis le XVIe siècle la vie des habitants, chrétiens, juifs, musulmans de Turquie ou " islamisés ". C'est là que l'on palabre, s'affronte, joue aux cartes, écoute les proclamations des maîtres successifs du pays, Ottomans puis Austro-Hongrois.
C'est la chronique de ces quatre siècles que le grand romancier yougoslave... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
Bobby_The_Rasta_Lama
  22 avril 2020
"Il y avait toujours eu et il y aura toujours des nuits étoilées..."
Merci à ceux qui m'ont fait savoir qu'il existe un écrivain du nom d'Andric, et qu'il a écrit ce roman dont le véritable héros est un pont...
C'est un livre qui laisse une sensation d'étourdissement aussi forte que la cigarette sans filtre de la marque "Drina", qui a mené des générations entières de Yougoslaves dans leur tombe; livre qui a valu à son auteur le Nobel de littérature en 1961.
D'après la quatrième de couverture, et sans doute un peu ramollie par les romances historiques de Rutherfurd et de Ken Follett, je m'attendais à une saga crue des Balkans sur plusieurs siècles, à partir du moment où une bande de pauvres hères bravait la féroce Drina sous les claquements des fouets ottomans pour y construire un pont, jusqu'à l'époque éclairée où même les plus récalcitrants se sont habitués au son du train qui passe. C'est presque ça...
Mais le folklore est moins bariolé, et le romantique violon tzigane est accordé sur une autre note : plus basse, plus réelle, mais d'autant plus prenante.
Visegrad est une paisible bourgade bosniaque. En 1571, le grand vizir Mehmed Pacha Sokolovic y ordonne la construction d'un pont qui va enjamber la Drina et relier ainsi la Bosnie à la Serbie, l'Orient musulman avec l'Occident chrétien. Pendant quatre siècles, les habitants de Visegrad seront pris dans un tourbillon d'événements liés à cet endroit stratégique.
L'histoire des Balkans se déroule à travers tout ce beau monde qui se croise sur la kapia - une plateforme élargie au milieu de l'édifice - pour partager leurs bonheurs et leurs malheurs. Les vieux ne comprennent pas les jeunes, et les jeunes n'écoutent pas les anciens quelle que soit l'époque, et pendant ce temps on voit passer l'empire ottoman et sa politique cruelle, les enlèvements de jeunes garçons pour devenir janissaires, l'islamisation forcée des habitants, et plus tard les soulèvements serbes. On assiste à l'arrivé des Autrichiens et des influences occidentales, puis aux guerres des Balkans, suivies de près par la Grande Guerre avec ses conséquences tragiques.
L'histoire mise à part, j'étais enchantée par la façon dont Andric décrit le paysage et arrive à évoquer l'atmosphère pour souligner parfaitement son récit.
Les générations arrivent et s'en vont, mais le pont de Mehmed Pacha est toujours là, et supporte patiemment les larmes et le sang qui arrivent de tous côtés et salissent la blancheur de ses arches en pierre. Immuable, il enjambe la Drina en se souvenant des temps que le vent a emporté depuis longtemps derrière le massif de Triglav. A Visegrad, on n'est parfois pas sûr si le soleil se lèvera encore le matin, mais le pont sera sûrement là, comme s'il voulait s'opposer au galop de l'Histoire qui, elle, ne s'arrête jamais. Sa destruction par un coup de canon en 1914 arrive comme quelque chose d'inconcevable...
Andric montre fidèlement sa patrie, comme s'il décrivait juste son reflet sur la surface de l'eau. Les habitants de Visegrad restent solidaires tant en temps de guerre qu'en temps paisibles, malgré les quatre religions différentes ou les opinions politiques qui pourraient les séparer. Leur vie est loin d'être douce; la plupart du temps elle pique et arrache des larmes comme la cubrica, en se cachant les yeux devant le malheur de Fata Avdagova, qui échappe au mariage malheureux en sautant dans la Drina.
Les personnages sont nombreux, ils passent par l'histoire aussi vite que les poissons qu'on pourrait observer depuis les hauteurs de la kapia, et avant qu'on s'y habitue, le destin les accroche à son hameçon et on les porte déjà au petit cimetière de Visegrad.
Mais comment oublier la pauvre Fata, la mémorable traversée de l'ivrogne Salko le Borgne sur le parapet du pont gelé, la folie de Milan Glasincanin qui va perdre toute sa fortune en jouant à l'otouz bir contre un mystérieux étranger, ou l'oreille clouée d'Ali Hodja qui refuse d'aller à une mort certaine contre l'armée Autrichienne ?
Ce fut une belle lecture, mais un peu laborieuse; je ne sais pas si c'est à cause de la traduction slovaque de 1948 à la syntaxe archaïsante, ou simplement parce que le contenu était encore plus cruel que ce à quoi je m'attendais. On a l'impression que l'histoire humaine n'est qu'une suite de guerres et de malheurs, et d'une certaine façon, le livre est comme un préambule aux événements sanglants des années 90. Mais malgré ça et à cause de ça, le beau roman d'Andric mérite ses cinq étoiles.
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Sachenka
  21 décembre 2017
Il fallait le faire, un roman dont le personnage principal, si je puis m'exprimer ainsi, est un pont. Oui, oui, un pont. le pont de Mehmed Pacha Sokolovic, qui surplombe la rivière Drina, quelque part au fin fond de la Bosnie-Herzégovine. Et, étrangement, cela fonctionne merveilleusement bien. Je me suis laissé emporté par la chronique de cette structure emblématique de la paisible bourgade de Visegrad et de ses habitants, survolant plus ou moins 400 ans d'histoire et d'histoires, de sa construction à… sa destruction pendant la Grande guerre.
Les premières pages racontent la domination des Balkans par l'empire ottoman et comment les Turcs ont favorisé l'essor de populations musulmanes au sein des communautés slaves chrétiennes. (Après tout, il faut situer le décor et les personnages.) Ces mêmes turcs enlevaient des jeunes garçons en guise de tribut afin qu'ils servent éventuellement dans le corps armé des janissaires. L'un d'entre eux, Mehmed Pacha Sokolovic, devenu un personnage influent à la cour du sultan, décida de la construction du fameux pont. le chantier fut long et rempli de péripéties, des exactions du chef de chantier Abidaga aux pénibles corvées, sans oublier des Serbes qui démolissaient la nuit ce qui avait été bâti le jour. Quelques individus marquèrent cette époque. Entre autres, Radisav, qui fut capturé et empalé sur ce même pont, exposé à la vue de tous. Et Ilinka la folle, qui rôda autour de la structure à la recherche de ses enfants morts-nés, croyant qu'on les avait sacrifiés (une légende racontait que la fée batelière cèsserait de saper la construction du pont une fois des jumeaux emmurés dans sa fondation). Mais tout ça, ce ne sont que des histoires d'un autre âge.
Une fois achevé, le majestueux pont est souvent comparé à une oeuvre d'art. La description qu'en fait Ivo Andric est très évocatrice. Tellement que, s'il était toujours intact, j'aurais eu l'envie d'aller le voir et le visiter. Que dis-je, de l'admirer ! En attendant, il faut continuer la lecture de ce roman passionnant.
Dans les années et les siècles qui ont suivi, l'histoire du pont se confond avec celle de quelques habitants de Visegrad. Par exemple, celle de la jolie Fata qui se jeta du haut du pont pour échapper à un mariage forcé. Mais, plus on se rapproche du 19e siècle, plus l'emprise des Turcs se relâche. Les fonds pour l'entretien des bâtiments connexes viennent à manquer, Daut hodja essaya malgré tout de sauver de la ruine l'hostellerie, le caravansérail. Sinon, pour le reste, la vie s'écoulait, apparemment inchangée. D'autres personnages viennent, puis passent, comme Salko le Borgne ou le vieux Hadzi Zuko. Il est difficile et probablement inutile de se rappeler de chacun de ces personnages qui forment une mosaïque impressionnante. Les communautés musulmane, chrétienne et juive cohabitent, la plupart du temps en paix malgré quelques anicroches, mais bien souvent chacune de son côté. En fait, il n'y a que rarement dialogue entre elles et c'est bien dommage. C'est un thème récurrent et plus important qu'on pourrait le croire, dans ce roman qui semble mettre le pont de l'avant.
L'intrigue prend une direction nouvelle avec le départ des Turcs et l'entrée en scène des Autrichiens en 1878. Ces derniers s'activèrent sitôt arrivés. Ils inspectèrent, mesurèrent, vérifièrent, examinèrent, dictèrent des lois et des ordonances, etc. Ce zèle semble assez incompatible avec l'existence paisible à Visegrad et ses habitants les regardèrent d'abord avec un haussementsd'épaules. de nouveaux personnages attirent l'attention du lecteur, comme le pope Nikola, Lotika et son tripot, Milan Glasincanin qui se laisse emporter par la fièvre du jeu, le sentinelle Gregor Fedoune qui laissa passer un rebelle sous yeux alors qu'il admirait une jolie femme.
Plus on avance dans le temps, plus la vie des habitants de Visegrad commence à ressembler à celle des Occidentaux. Des nouveaux métiers apparurent, les mieux nantis envoyèrent leurs enfants dans les écoles de Vienne et des autres coins de l'empire austro-hongrois. Toutefois, l'arrivée du chemin de fer sonna le glas du pont et, par le fait même, de la bourgade. Les gens ne s'y arrêtaient même plus… Quand les Serbes se soulevèrent, beaucoup n'avaient rien à perdre, comme Zorka, Zagorka et Nikola Glasincanin (eh oui, le petit-fils de l'autre, beaucoup de noms reviennent de temps à autre, même si je vous en ai épargné les détails !).
Quand la Grande guerre éclata, en 1914, on se doute bien que le pont sur la Drina vivait ses dernières heures. Cette chronique, qui avait commencé avec sa construction, ne pouvait que se terminer par sa destruction. Il vola en éclats sous le tir d'un canon, emportant avec lui le dernier de ses habitants, Ali hodja. C'est un sort triste mais, en même temps, approprié. Toute bonne chose a une fin, dit-on.
Le pont sur la Drina, c'est un roman qui habite. Je me suis laissé porté par cette fresque historique, par le destin des habitants de Visegrad qui auront vécu, pendant 400 ans, à l'ombre de ce joli pont. Quelle prouesse littéraire de la part d'Ivo Andric ! J'ai vraiment hâte de plonger dans d'autres de ses oeuvres.
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tynn
  15 août 2016
Le pont Mehmed Pacha Sokolović, vigie des Balkans de la bourgade provinciale de Visegrad en Bosnie Herzégovine, nous raconte la vie des hommes en une passionnante chronique de plusieurs siècles, depuis sa construction au XVIème siècle.
Majestueux et inaltérable, il voit la chute de l'empire ottoman, les troubles des révoltes serbes à la frontière du pays, l'occupation par l'Autriche, la guerre de 14/18...
...sans parler de la suite des événements non décrites par Ivo Andrić qui arrête sa narration à la première guerre mondiale (chute de l'Empire austro-hongrois, création de la Yougoslavie monarchique, puis communisme à la Tito et les guerres civiles qui suivront).
Il vit avec ses habitants les bienfaits pervers et les contraintes sociales des colonisations, l'arrivée du chemin de fer qui désenclave la ville, l'évolution des idées nationalistes.
C'est le roman parfait pour éclairer le présent géopolitique et tenter de comprendre la complexité des Balkans: une région aux communautés religieuses diverses (musulmane, catholique et juive) déterminant plutôt des territoires qu'un antagonisme spirituel. Des peuples qui n'ont pu vivre sereinement ensemble que sous une entité de gouvernement forte (empire ottoman, autrichien, communisme). A la moindre velléité de déterminisme ou d'indépendance, les tensions apparaissent, motivant une ingérence extérieure avec son lot de guerres fratricides.
Un roman foisonnant, structuré par les grandes lignes historiques et politiques, qui donnent voix et anecdotes à toute une population dans sa diversité. Tel un conteur oriental, Ivo Andrić, avec un sens aigu de la précision et une écriture dense et serrée, a écrit un monument littéraire qui embarque le lecteur avec fascination.
Il faut tenir la longueur de cette lecture marathon mais ça donne une belle envie de voyage..
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Slava
  03 février 2015
Il y a des romans qui vous touchent particulièrement si leur contexte et leur histoire sont proche de la votre... le Pont sur la Drina en fait bel et bien partie.
Originaire des Balkans, péninsule européenne méconnu pour certains et connu tristement pour les autres pour être un terrain de guerre, c'est en vérité un endroit pas comme les autres, avec sa propre histoire, sa propre culture, ses propres codes qui sont fascinants, atypiques et étonnants. J'y attache un grand, grand intérêt pour cette partie de l'Europe d'ou je viens. Et j'ai retrouvé ses particularités, son identité et son parcours historique dans le roman d'Ivo Andric.
De quoi parle précisément l'ouvrage ? Juste l'histoire d'un pont, de sa fondation au XVIeme siècle jusqu'à sa destruction pendant la Première Guerre mondiale (à l'heure actuelle, le pont a été reconstruit et est encore debout). A première vue, cela parait inintéressant au possible, voire barbant. Et pourtant...
Car si ce pont est le principal sujet du roman, c'est qu'il est à lui seul le témoin de sa ville, Visegrad, en Bosnie, de ses habitants qui comme toutes les populations balkaniques sont très mixtes, des chrétiens, des juifs, des musulmans, des orthodoxes, des croates, des bosniens, des serbes, des turcs... et des événements qui secouent la ville. Et c'est là que ce roman retient toute notre attention.
Par la belle et sublime écriture d'Andric, c'est une chronique vivante sur cette ville et sur ses habitants, qui assistent malgré eux à l'arrivée de deux empires, l'Empire Ottoman qui cédera plus tard à l'Empire Austro-Hongrois tout en se préoccupant à leur vie quotidienne. Mais derrière l'histoire de cette ville, c'est tout l'ame et l'histoire de la Bosnie qui nous est contée sous nos yeux. Une Bosnie riche en communautés, transformant la réalité en rêve, l'histoire en légende, mêlant l'horreur et la drôlerie, le quotidien et l'extraordinaire.
Durant ces quelques siècles qui se déroulent sous nos yeux, on assistent à plusieurs événements qui sont tour à tour émouvants, incroyables où tragiques, également traces du temps passé du pays : que ce soit le convoi des enfants victimes de l"impôt de sang" destinés à sélectionner des janissaires ou ils sont séparés de leurs mères qu'on chasse à coup de fouet ; que ce soit l'édification du pont, plein d'embûche et marqué avec effroi par l'exécution par pal d'un jeteur de trouble (horriblement décrit avec précision) ; que ce soit les grandes crues de la Drina sur Visegrad ; l'occupation des Austro-Hongrois ; l'annexion du pays et enfin la destruction du pont...
Le roman n'oublie pas le destin croisé de nombreux personnages tous liés au pont et séparés par les siècles: Ilinka la Folle, Salko le Borgne, Radisav, Fata la fille d'Avdaga, Lotika, Ali Hodja et tant d'autres à qui vous ne serez pas indifférent...
Outre sa richesse historique et littéraire, ce roman est aussi un témoignage vivant des coutumes de la Bosnie et des particularités de cette contrée, dont 'le peuple ne garde en mémoire et ne raconte que ce qu'il peut comprendre et réussit à transformer en légende". Encore plus fort, il prédit de manière très étrange, la future Yougoslavie puis (peut-être ? ) la guerre qui va le déchirer.
Un roman qui vous transporte littéralement dans l'âme de ce pays et dans son tumultueux récit à travers un pont. Vous aurez vraiment l'impression de voyager dans le temps et de comprendre enfin les Balkans, qui ne sont pas comme on le croit encore hélas, une terre barbare où la guerre est reine.
Ivo Andric, tu es le meilleur chronique sur la Bosnie. Quant à vous, lisez ce roman, c'est un monument injustement inconnu de la littérature, vous ne serez pas déçu.
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mariech
  16 avril 2011
Magnifique roman écrit en 1949 et qui a reçu le prix nobel de littérature en 1961 , il nous raconte l'histoire du pont sur la drina sur 4 siècles , depuis le milieu du 16 ième siècle jusqu'en 1914 où le pont est détruit partiellement alors qu'on le croyait indestructible.
Fresque historique sur le choc des cultures Orient- Occident , émaillée de nombreuses anecdotes qui rendent le livre vivant , on voyage dans le temps et dans l'esprit des différentes époques abordées.
Ma partie préférée c'est au moment où la région est sous occupation austro-hongroise à la fin du 19ième siècle .Les habitants se demandent qui sont ses occupants qui doivent toujours être actifs , ils réparent , nettoyent le pont , alors qu'eux sont plus passifs , ils passent leurs journées à palabrer , rêvasser et d'ailleurs un pont ne se répare pas et se nettoye encore moins .
Lors du recensement ,ils n'osent pas se révolter ouvertement mais essayent à leur manière de résister , ils repeignent les numéros de leurs maisons ( nouveauté obligatoire) en même temps que les murs de leurs maisons , ils affichent les numéros à l'envers .
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Citations et extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
cmpfcmpf   01 avril 2015
Jusqu’à présent, les habitants de Visegrad s’étaient occupés exclusivement de ce qui leur était proche et familier, de gagner leur pain, de se divertir, des choses en somme qui ne concernaient que leur famille ou leur quartier, leur ville ou leur communauté religieuse, mais toujours de façon directe et limitée, sans beaucoup penser à l’avenir ni trop regarder en arrière. Désormais, dans les conversations, on abordait de plus en plus des questions soulevées par d’autres, quelque part au loin, au-delà de cet horizon. On créa à Sarajevo des partis nationaux et des organisations confessionnelles, serbes et musulmanes, dont les ramifications virent immédiatement le jour dans la ville. De nouveaux journaux, fondés à Sarajevo, arrivaient à Visegrad. On ouvrit des salles de lecture, on fonda des chorales. D’abord serbes puis musulmanes, et enfin juives. Les élèves des lycées et les étudiants qui rentraient de Vienne et de Prague pour passer les vacances dans leurs familles apportaient des livres et des brochures inconnus et une nouvelle façon de s’exprimer. Par leur exemple, ils montraient aux jeunes gens de la ville que l’on ne doit pas toujours retenir sa langue et en dire moins que l’on en pense, comme l’imaginaient et l’affirmaient leur aînés. On entendit, pour la première fois parler de nouvelles organisations, confessionnelles et nationales, fondées selon des conceptions plus ouvertes et poursuivant des objectifs plus audacieux, et même de mouvements ouvriers. Pour la première fois dans la ville, on entendit le mot « grève ». Les artisans compagnons prenaient des airs sérieux. Le soir, sur la kapia, ils avaient de longues conversations incompréhensibles et se passaient des petites brochures sans couvertures intitulées Qu’est-ce que le socialisme ?, Huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures d’instruction, Les Buts et les Voies du prolétariat mondial.
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OlivOliv   10 février 2015
A ceux qui se vantaient de la vitesse avec laquelle ils réglaient maintenant leurs affaires et calculaient ce qu'ils économisaient en temps, en fatigue et en argent, il répondait avec aigreur que l'important n'était pas d'économiser le plus de temps possible, mais de savoir que faire du temps ainsi économisé ; si c'était pour l'utiliser à mauvais escient, mieux valait ne pas en avoir. Il essayait de démontrer que l'important pour l'homme n'était pas d'aller vite, mais de savoir où il allait et pour quoi y faire, et que, par conséquent, la vitesse ne représentait pas toujours un avantage.

— Si c'est en enfer que tu vas, mieux vaut y aller lentement, disait-il d'un ton amer à un jeune commerçant. Tu es un imbécile si tu t’imagines que les Autrichiens ont dépensé de l’argent et mis en place cette machine uniquement pour que toi, tu puisses voyager et régler tes affaires plus rapidement. Tu ne vois qu'une chose, c'est que tu te déplaces vite, mais tu ne te demandes pas ce que cette machine transporte, dans un sens comme dans l'autre, en dehors de toi et de tes semblables. Ça, tu n'arrives pas à le faire entrer dans ta petite tête. Voyage, mon brave, voyage où tu voudras, mais j'ai bien peur qu'un jour ou l'autre ces voyages ne te retombent sur le nez. Un jour viendra où les Autrichiens te transporteront là où tu n’auras nullement envie d’aller et où tu n’aurais jamais eu l’idée de te rendre.
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SachenkaSachenka   21 janvier 2018
Avec l'introduction du chemin de fer, ce n'était pas seulement le transport des voyageurs et des marchandises qui était devenu plus rapide et plus aisé ; il semblait aussi que les événements eux-mêmes avaient accéléré leur cours. Les gens de la ville ne le remarquaient même pas, car cette accélération était progressive et les entraînait tous avec elle. On s'habituant à l'agitation et à l'effervescence, les nouvelles sensationnelles n'étaient plus une rareté ou u e exception, mais une nourriture quotidienne et un véritable besoin.. La vie, sous toutes ses formes, semblait se précipiter de l'avant, s'accélérer brusquement, de même que l'eau du torrent accélère son cours juste avant de se briser et de dévaler la roche abrupte en se transformant en cascade.
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cmpfcmpf   28 mars 2015
On ne pouvait jamais mieux percevoir la beauté insolite et exceptionnelle de la kapia que par ces jours d’été, à cette heure-là. L’homme y était assis comme sur une balançoire magique : il parcourait la terre, il voguait sur l’eau, il volait dans les airs, et pourtant il restait fermement et solidement ancré à sa ville et à sa maison blanche qui était là, tout près, entourée de son jardin et de sa prunelaie. Sur la kapia, buvant du café et fumant, beaucoup de ces modestes citadins, qui ne possédaient guère que cette maison et une petite boutique dans le bazar, ressentaient dans ces heures-là toute la richesse du monde et l’infinie grandeur des dons de la Providence. Tout cela, un simple édifice pouvait l’offrir aux hommes, des siècles durant, lorsqu’il était beau et puissant, lorsqu’il avait été conçu au bon moment et érigé au bon endroit, et que sa construction avait été couronnée de succès.
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Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   18 avril 2020
Les désirs sont comme le vent, il déplacent la poussière d'un endroit à un autre, obscurcissant parfois l'horizon, mais finissent par se calmer et retomber, laissant derrière eux l'éternelle et immuable image du monde.
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Vidéo de Ivo Andric
Le vendredi 13 juillet 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) avait la joie de recevoir Emmanuel Ruben pour évoquer les récentes publications de "Le coeur de l'Europe" (éditions La Contre Allée) et de "Terminus Schengen" (éditions le Réalgar), et pour effectuer un parcours au sein de la littérature d'ex-Yougoslavie. Il évoquait Milos Crnjanski, Ivo Andric, Aleksandar Tisma, Danilo Kis, Milorad Pavic et David Albahari, tandis que le librairie Charybde 2 évoquait Faruk Sehic, Miljenko Jergovic et Goran Petrovic.
Ceci est l'enregistrement de la première heure de la rencontre.
+ Lire la suite
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