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Adèle Bloch (Éditeur scientifique)Simone Sentz-Michel (Traducteur)
ISBN : 2070407748
Éditeur : Gallimard (26/10/1999)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 30 notes)
Résumé :
C'est aux images de son enfance dans la vieille communauté juive d'Odessa que Babel devra son inspiration. Les Contes d'Odessa sont une évocation attendrie, suite de tableaux pittoresques, fortement colorés de l'ancien monde, celui d'avant 1917 : la juiverie d'Odessa, ses bandits, ses marchands, ses putains, sa misère, la terreur des pogroms…
Le destin de certains écrivains se devine à la lecture de leurs livres.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
uzun
  21 mai 2014
J'ai bientôt quarante ans et je viens d'Odessa mais j'ai découvert Isaac Babel seulement il y a quelques mois, par un collègue musicien, un Français qui se passionne pour la langue russe.
Babel était réhabilité pourtant on ne l'apprenait malheureusement pas à l'école. L'antisémitisme non officiel était toujours présent...
J'ai adoré la poésie des Contes d'Odessa. Ce qui m'a fascinée le plus c'est le réalisme de Babel : à côté des magnifiques couchers de soleil, il parle des jeunes mariés "trempés de sueur d'amour", des enfants à la mamelle, des "peaux de moutons rances qui traînaient par terre"... Comment choisir des citations si je m'extasie devant chaque phrase ?!
Personnellement mon côté "expatrié" est peu développé pourtant une vague de nostalgie a roulé sur moi lorsque je lisais les noms des rues, des quartiers et des plages d'Odessa... Babel ressuscite pour moi quelque chose de très profond et inexprimable...
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berni_29
  28 avril 2018
Aurais-je lu ces chers Contes d'Odessa si je n'avais pas un jour épousé une femme ukrainienne ? Aurais-je connu son auteur, Isaac Babel, écrivain juif tragiquement décédé, car arrêté, torturé, puis fusillé sous la dictature soviétique ? Les livres sont des chemins, des hasards, des accidents, des rencontres…
Les Contes d'Odessa offrent des scènes de vies truculentes. Ce sont des formes de tableaux pittoresques de la vie dans un pogrom d'Odessa. Les mots sont crus. L'humour est présent. Ainsi j'ai relevé ce propos dans un des premiers contes de l'ouvrage : «… tout le monde peut se tromper, même Dieu. Une énorme erreur a été commise, tante Péssia. Mais n'était-ce pas une erreur de la part du bon Dieu d'établir les Juifs en Russie pour qu'ils y soient tourmentés comme en enfer ?» Ah ! Tiens ! le propos paraît bien actuel…
Isaac Babel nous parle d'une vieille communauté juive, celle d'avant 1917, celle d'avant la révolution russe. Elle est gouvernée de traditions, le récit nous dresse des personnages hauts en couleur, des marchands, des hors-la-loi, des prostituées. La misère d'Odessa est présente, ou plutôt celle de la communauté juive, des pogroms. Par moment, j'ai cru entrevoir le son et l'odeur des contes orientaux.
Les personnages sont vivants au-delà des mots, on s'entend presque par moment à ce qu'ils viennent surgir des pages, avec la cavalerie, la poussière et les sabres... À partir de faits divers dont nous sentons de manière palpable la tragédie, Isaac Babel nous fait vivre une communauté vivante, solidaire et digne.
Isaac Babel est né dans le ghetto juif d'Odessa. Il connaît donc le monde qu'il décrit, c'est celui de son enfance. A-t-il connu, rencontré ce personnage récurrent au travers des quatre contes, Bénia Krik, sorte de "parrain" de la pègre locale, qui se fera nommer plus tard Le Roi ?
Le récit fut écrit en 1924, c'est-à-dire entre deux guerres, entre deux terreurs. Qu'importe ! Dans ce récit il m'est arrivé par moment d'être parmi les personnages de ce pogrom, ne sachant plus à quel destin je me livrais, alors que nous savions pourtant que la tragédie de l'Histoire se faisait. En Ukraine, ce fut la double peine : la dictature soviétique fut terrible, provoquant une famine sans précédent et la répression auprès de la communauté juive fut par ailleurs impitoyable.
Le texte d'Isaac Babel traverse l'Histoire et demeure actuel. Il est très beau.
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lafilledepassage
  22 mai 2019
Avec ce recueil de nouvelles (et non de contes), tantôt déjantées, tantôt fantastiques, tantôt touchantes, Isaac Babel nous plonge dans les quartiers juifs d'Odessa, la Marseille de la Mer Noire, au début du XXème siècle, au temps des premiers pogroms russes. Fêtes délurées, personnages truculents, ambiance baroque. On se croirait dans un film de Fellini, de Scola ou de Ferreri, avec les plantureuses matrones, les belles-mères vénales, les vieillards libidineux ou roublards. Il y a aussi des arrestations, des fusillades, ... Tout se mélange, tout est exagéré, comme dans nos souvenirs d'enfance.
Puis le ton s'adoucit, le rythme s'apaise, et la fantaisie s'efface dans les récits du début de l'ère soviétique, avec les troupes armées de révolutionnaires, les populations déplacées, les expropriations de l'aristocratie et de la noblesse russe de leurs palais et de leurs châteaux. Sur un plan plus personnel, cette période est aussi marquée par la découverte de la vocation d'écrivain de Babel, son amour pour la vie, les livres et la poésie, son admiration pour Maupassant. Il rend aussi un hommage très touchant à Gorki, qui l'a encouragé à persévérer dans la voie de l'écriture.
Bref, un bon moment de lecture.
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Corboland78
  17 novembre 2017
Isaac Babel est un écrivain soviétique, né dans une famille de commerçants juifs d'Odessa, en 1894 et fusillé en 1940 à Moscou. En 1903 et 1905, Odessa connaît deux pogroms. Babel fréquente l'École de commerce d'Odessa, tout en étudiant parallèlement la religion juive. Il apprend ainsi à lire le yiddish et acquiert aussi une bonne maîtrise des langues étrangères, en particulier du français (Flaubert et Maupassant sont les auteurs qui le marqueront le plus et ils auront une influence très forte sur son style littéraire). Pendant deux ans, il se lance dans l'écriture, en français, avant de renoncer. Ses études achevées, il se rend à Kiev puis à Petrograd en 1915. Il y connaît une vie difficile et ses tentatives de se lancer dans la littérature sont autant d'échecs. A la fin 1916, il est remarqué par Maxime Gorki, qui publie ses premiers récits, mais qui lui conseille aussi d'abandonner quelque temps la littérature et de s'initier à la vie d'abord. Il soutient la révolution de Février 1917, puis la révolution d'Octobre, et s'engage dans l'Armée rouge en 1920. A partir de juillet 1927, il passe une quinzaine de mois en Europe occidentale, Berlin, puis en Belgique et en France. Dans les années 1930, il est pris à partie à plusieurs reprises, dans le contexte de l'instauration du « réalisme socialiste » et en septembre 1936 c'est le début des Grandes Purges. Beaucoup des connaissances de Babel sont arrêtées, exécutées ou disparaissent au Goulag. En avril 1939, Nikolaï Iejov, chef déchu du NKVD, le dénonce pour avoir dénigré Staline en privé. Arrêté, probablement torturé lors des huit mois de sa détention, Babel est condamné à mort et secrètement fusillé le 27 janvier 1940.
Son oeuvre est interdite jusqu'à la réhabilitation de l'écrivain en 1954, au moment de la déstalinisation. Les manuscrits saisis lors de son arrestation n'ont jamais été retrouvés. Il nous reste des nouvelles et du théâtre, principalement. La présente édition réunit la majeure partie des récits écrits par Isaac Babel entre 1923 et 1937. Nous avons donc Les Contes d'Odessa (4 nouvelles), puis 21 textes regroupés dans le chapitre Nouvelles et enfin 2 autres sous le titre de Souvenirs.
Je ne tournerai pas autour du pot, je ressors déçu – globalement - de cette lecture. le bouquin était noté dans mon carnet des livres à lire depuis de longues années et peut-être m'en étais-je fait une montagne inconsciemment ? Certes il y a de bons textes, certains tirés de la vie de l'écrivain et de ses expériences, tous en tout cas se réfèrent à des évènements réels. Les Contes d'Odessa, ce sont les quartiers mal famés de la ville avec ses truands et toutes les petites gens y vivant. C'est d'ailleurs le registre social de ces gens du peuple qu'explore ou fait vivre sous nos yeux Babel à travers toutes ses nouvelles. Babel enfant étudiant le Talmud, petit juif échappant à un pogrom, adultes truculents ou farfelus qui l'entourent, de jolis portraits ne manquant pas d'humour discret mais parfois une nouvelle sait être dure (« le voyage »). Au moins ne sont-ils jamais larmoyants.
J'ai dit que j'avais été déçu, c'est particulièrement le cas avec la section Les Contes d'Odessa. Il n'est pas question de contester la qualité littéraire des écrits d'Isaac Babel, mais son style m'a dérouté. Trop. Ellipses, non-dits, j'ai peiné à lire comme si je me trouvais devant des scènes sorties d'un « grand tout » dont j'ignorais en quoi il consistait. Incompréhension, perplexité, obligation de recoller les morceaux ne m'ont pas laissé le loisir de m'attacher aux personnages et à leurs histoires.
Heureusement – pour moi – plus on se rapproche de la fin du recueil, meilleurs sont les nouvelles et pour l'écrivain comme pour le lecteur, c'est un plaisir de le voir recevoir les encouragements de Gorki « … pour un honnête homme, un littérateur honnête et un révolutionnaire, s'engager dans cette voie est un grand honneur ; accomplissez donc, monsieur, cette lourde tâche avec ma bénédiction… »
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Aela
  29 juillet 2012
Les Récits d'Odessa (Одесские рассказы) se composent de quatre nouvelles principales : « le roi », « comment cela se passait à Odessa », « le père », « Lioubka le Cosaque ».
Ces quatre nouvelles se déroulent dans une unité de lieu, la Moldavanka, le quartier juif du ghetto d'Odessa, dépeint par Isaac BABEL comme celui de la bohème, de la pègre.
Pour trois d'entres elles, elles tournent autour d'un personnage central, le roi de la pègre Bénia Krik. Par ailleurs, de nombreux autres personnages apparaissent, venant se greffer autour de l' histoire de Bénia Krik, y jouant un rôle plus ou moins important.
La quatrième nouvelle raconte l'histoire et la vie d'un lieu important du quartier, à savoir la maison de Lioubka Cosaque tout à la fois cave à vin, auberge, rendez-vous des contrebandiers mais aussi maison de passe où Bénia Krik se retrouvera dans une des nouvelles.
Ce sont des histoires courtes, empreintes d' humour en ce qui concerne le fonctionnement et les méthodes de cette pègre, d'ironie au sujet de ses compatriotes juifs.
Babel nous raconte l'histoire de Bénia Krik, roi des voleurs et de ses bandits, mais il nous livre aussi un témoignage sur la vie de ce quartier d'Odessa animé et coloré.
A noter que dans ce petit monde les classes sociales ne se mélangent pas.
Isaac Babel est un écrivain juif d'expression russe né le 13 Juillet 1894 dans une famille aisée du ghetto juif d'Odessa. Sa vie et son oeuvre sont intimement liés d'une part au quartier juif d'Odessa, la Moldavanka, d'autre part à la révolution bolchévique de 1917.
Il n'était pas dans la mouvance du régime stalinien.
Il sera arrêté en 1939 et son oeuvre réhabilitée en 1954.
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
uzunuzun   15 juillet 2014
Il y a des gens qui savent boire de la vodka et des gens qui ne savent pas boire de la vodka, mais qui en boivent quand même. Les premiers trouvent du plaisir dans la peine comme dans la joie, et les seconds pâtissent pour tous ceux qui boivent de la vodka sans savoir s'y prendre.
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lafilledepassagelafilledepassage   17 juin 2019
- Et si Sérioga n’allait pas à l’armée ? suggéra alors le sauveur.
- Le gendarme l’y trainera, pour sûr …
- Le gendarme, le Seigneur baissa la tête, je n’avais pas songé à lui. Écoute, et si tu vivais dans la chasteté ?...
- Quatre ans ? répondit la femme. S’il fallait t’écouter, tout le monde devrait se mettre la ceinture ; c’est une de tes vieilles marottes, mais la reproduction, qu’est-ce que tu en fais ? Donne-moi un conseil sensé …
Alors le rouge monta aux joues du Seigneur, la femme l’avait piqué au vif, toutefois il ne dit rien. On ne s’embrasse pas soi-même dans l’oreille, c’est bien connu, même Dieu sait cela.
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lafilledepassagelafilledepassage   25 juin 2019
Un courant de vie jaillissait de lui, alors même qu’il était mourant. Le cœur des hommes en proie à l’angoisse se tendait vers lui. Par sa vie, il nous disait que la poésie est une affaire essentielle, nécessaire, quotidienne. […] Je me rappelle notre dernière conversation. Il est temps de quitter les villes étrangères, avions-nous décidé d’un commun accord ; il est temps de rentrer chez nous, à Odessa, de louer une petite maison à Blijnié Melnitzy, d’y écrire des histoires, de vieillir… Nous nous imaginions devenus des vieillards, des petites vieux malins et gras qui se chauffent au soleil d’Odessa, sur le boulevard près de la mer, et suivent les femmes d’un long regard …
Nos désirs ne se sont pas réalisés. Bagritzki est mort à trente-huit ans sans avoir fait même une petite partie de ce qu’il aurait pu. Un Institut de Médecine expérimentale a été fondé dans notre pays. Puisse-t-il parvenir à ce que ces crimes absurdes de la nature ne se répètent plus.
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lafilledepassagelafilledepassage   24 mai 2019
J’étais un petit garçon menteur. Cela venait de la lecture. Mon imagination était toujours surexcitée. Je lisais pendant les cours, aux récréations, le long du chemin en rentrant à la maison, je lisais la nuit, sous la table, caché par la nappe qui pendait jusqu’à terre. Quand j’étais plongé dans un livre, je laissais passer sans y prendre garde toutes les affaires importantes de ce monde, comme de faire l’école buissonnière pour courir au port, d’apprendre à jouer au billard dans les cafés de la rue grecque, ou de nager à Langeron. Je n’avais pas de camarades. Qui aurait eu envie de se lier avec un garçon comme moi ?
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lafilledepassagelafilledepassage   23 mai 2019
Il existe de petits clous, me dit-il, il en existe aussi de gros, de la grosseur de mon doigt. Et il approcha de mes yeux un long doigt modelé avec force et délicatesse. La voie de l’écrivain, cher pistolet (avec l’accent sur le o), est jonchée de clous, principalement du gros calibre. Vous devrez marcher dessus les pieds nus, vous perdrez pas mal de sang, et il en coulera toujours davantage avec les années … Vous êtes un homme faible : on vous achètera et on vous vendra, on vous harcèlera, vous endormira, et vous vous flétrirez, en feignant d’être un arbre en fleur … Mais pour un honnête homme, un littérateur honnête et un révolutionnaire, s’engager dans cette voie est un grand honneur ; accomplissez donc, monsieur, cette lourde tâche avec ma bénédiction …

(parole de Maxime Gorki à Isaac Babel – fin 1916)
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