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Philippe Berthier (Éditeur scientifique)
ISBN : 208070429X
Éditeur : Flammarion (07/01/1993)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 69 notes)
Résumé :
Gobseck, Maître Cornélius et Facino Cane ont en commun un caractère fondamental : la fascination pour l'argent. Gobseck, implacable vieillard, a fait de l'usure un art dont il respecte scrupuleusement les règles. Maître Cornélius est un marchand riche et avare, banquier de Louis XI et Facino Cane, un noble Vénitien déchu et ruiné, à la recherche du trésor des Doges de Venise.
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  18 octobre 2012
J'ai souvent pris le temps ici de dire combien j'aimais Balzac. Et bien le voici, tel qu'en lui-même, percutant, corrosif, ultra-lucide, sachant mener la barque de sa narration impeccablement en nous faisant débuter par un moment médian de son histoire, et déroulant peu à peu le tapis de ses histoires en y glissant au passage des éclairages rétrospectifs qui nous renseignent sur les moments premiers des événements ou le passé de ses personnages.
De nombreuses personnes m'écrivent en me disant : « Mais comment faites-vous pour parler De Balzac avec autant d'emphase, d'amour, comme ceci ou comme cela, moi, on me l'a imposé au collège ou au lycée et j'en garde un souvenir lamentable, ma pire expérience de littérature, une du genre à vous faire exécrer les classiques, etc., etc. »
Deux raisons à cela, parce que je suis effectivement amoureuse De Balzac et ensuite parce que les titres généralement proposés au lycée du genre le Père Goriot ou le Lys Dans La Vallée ne sont absolument pas ceux que je proposerais, en première approximation, à un novice découvrant Balzac. J'aurais bien encore une troisième, une neuvième, et une vingt et unième raison à invoquer, aux rangs desquelles il y aurait probablement l'âge des lecteurs, mais que je n'invoquerai pas puisque j'ai écrit plus haut DEUX raisons.
Il existe un adage de jardiniers qui dit que l'on juge de la qualité d'une pelouse à ses bordures. L'envie m'envahit de reprendre à mon compte cette maxime et de l'appliquer à mon petit Honoré chéri : c'est probablement en allant voir du côté de ses oeuvres moins connues que l'on peut juger du talent De Balzac.
Et pourquoi, puisque nous sommes ici, ne commenceriez-vous pas, en première approche, par ces deux courts romans pour vous faire une idée du talent de l'artiste ou pour changer votre oeil à son sujet ? Je trouve les deux histoires parfaites pour cela. C'est du bon Balzac, très bon même, peut-être pas le meilleur, mais du Balzac mâture, désillusionné, du Balzac juste, d'une justesse admirable dans ses descriptions et observations millimétriques du comportement et du caractère humain. C'est aussi du Balzac qui vous prend un peu aux tripes et qui peut, au coin d'une ou deux pages, vous arracher une petite larme, pudique, sans exagération de pathos, tout simplement parce qu'il nous touche, de sa fine lame, droit au coeur, l'animal.
GOBSECK
Voici l'un de ces romans-portraits aux petits oignons auxquels l'auteur nous a parfois habitué. Celui-ci, il "gobe sec" et ce n'est pas pour nous déplaire car il est particulièrement réussi et haut en couleur (ou plus exactement, bas en couleur pour être plus conforme au personnage).
Honoré de Balzac fait reprendre du service à l'avoué Derville (voir le Colonel Chabert) pour nous narrer le caractère, plus que l'histoire, de l'étrange Gobseck.
Celui-ci, hollandais de naissance usurier d'adoption, ne reconnais en effet que le pouvoir et les sortilèges de l'or. C'est le prêteur sur gage le plus rapace et le plus efficace de la capitale où l'on ne sait qu'une chose en entrant chez lui, c'est qu'on ressortira probablement avec de l'argent mais qu'il va nous coûter cher.
Balzac le dépeint comme un cynique de la dernière catégorie, tellement au fait des usages et des déviances des hommes qu'il en possède presque un don de divination.
Pourtant, et c'est là tout le génie de l'auteur, il arrive à faire poindre des nuances de hautes valeurs morales derrière cette façade inaltérable et impitoyable.
Le roman est court mais absolument truffé de phrases dignes de figurer dans nos pages roses de proverbes tellement elles semblent recéler une vérité générale. Un chef-d'oeuvre très largement sous estimé et sous connu.
UNE DOUBLE FAMILLE
Vous vous imaginez bien que qui dit « double » dit deux moments dans le déroulement du récit.
Honoré de Balzac se charge de nous faire naître une petite histoire de séduction entre une petite brodeuse jeune, pauvre et courageuse et un inconnu, un passant habitué à passer deux fois par jour sous la croisée de la charmante brodeuse et de sa vieille mère.
De fil en aiguille (je ne pouvais pas m'empêcher de la caser celle-là), la brodeuse va peu à peu sentir monter, en son petit coeur de rabouilleuse, un sentiment qu'elle ne connaissait point et que l'on nomme ici-bas, l'amour.
Quelle douleur, quelle tristesse sans nom l'inconnu traîne-t-il après lui ? Les conjectures vont bon train sur l'identité et le statut de ce bel inconnu, qui semble réticent à faire aller les choses plus loin, bien que la jeune femme sente poindre en lui un sentiment analogue au sien.
Mais, les humains étant ce qu'ils sont et l'amour étant ce qu'il est, fatalement, il y eut un premier pas, puis un autre, puis quelques autres encore jusqu'à ce que Caroline puisse s'adonner pleinement à l'amour de Roger.
Balzac sait nous dépeindre, par touches, par nuances successives, l'éveil puis l'épanouissement de cet amour simple entre deux êtres qui ne recherchent rien de mieux qu'un petit bonheur simple, naturel, évident. Les années passent et rien de vient troubler la félicité du couple.
C'est le moment précis que choisit l'auteur pour nous éclairer de son fameux discours rétrospectif, cette deuxième vie, cette deuxième famille et c'est l'occasion pour lui de nous montrer son vrai visage d'auteur parfois cru, parfois atroce, mais toujours d'une incroyable honnêteté littéraire dans son vaste projet de la Comédie Humaine.
Balzac trouve au passage le moyen de sonner une charge de toute beauté contre la religion, dans ce qu'elle a de plus nul et dévastateur, à savoir, l'étroitesse de vue et d'esprit. Il lamine les excès de la dévotion — la dévotion devenue carcan — et contraire à l'idée même de vie que promeut pourtant cette même religion. Selon lui (et je partage cet avis) la bigoterie n'a rien à voir avec la piété véritable et ne sert qu'à pourrir la vie de ceux qui fréquentent, de gré ou de force (lorsqu'il s'agit d'un membre de sa famille, par exemple), ces bigots-là, esclaves de leur aveuglement et de leur petit jugement.
Ce qui est intéressant aussi dans ce roman c'est le choix des individualités opéré par l'auteur. Tous les personnages sont, à leur façon, honnêtes et désireux d'arriver à une forme de bonheur conjugal. Aucun n'est particulièrement mauvais ni retors ni frivole ni quoi que ce soit que l'on peut généralement accuser de faire capoter une histoire d'amour, et pourtant...
Je vous laisse le plaisir de découvrir la chute de cette odyssée dans les arcanes de la vie de couple sans toutefois vous faire accroire à un quelconque espoir ou une once d'illusion de la part de l'écrivain des moeurs sociales.
Encore deux beaux petits bijoux signés Balzac, à déguster sans modération, mais ce n'est là qu'un avis, bien peu de chose en vérité. le meilleur avis, celui auquel vous devrez toujours vous fier, ce sera toujours le vôtre, alors, en piste…
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Nastasia-B
  16 novembre 2013
Gobseck est encore l'un de ces magnifiques romans-portraits auxquels Honoré de Balzac nous a habitué.
Ici, il s'agit d'un vieillard et, si vous me permettez le calembour douteux, on peut dire que celui-ci, il gobe sec.
Peu importe et ce n'est pas pour nous déplaire car le tableau est particulièrement réussi et haut en couleur (ou plus exactement, bas en couleur pour être plus conforme au personnage).
L'auteur fait reprendre du service à l'avoué Derville (voir le Colonel Chabert) pour nous narrer le caractère, plus que l'histoire, de l'étrange Gobseck.
Celui-ci, hollandais de naissance usurier d'adoption, ne reconnais en effet que le pouvoir et les sortilèges de l'or. C'est le prêteur sur gage le plus rapace et le plus efficace de Paris.
L'on ne sait qu'une chose en entrant chez lui : on ressortira probablement avec de l'argent mais il va nous coûter cher !
Balzac le dépeint comme un cynique de la dernière espèce, tellement au fait des usages et des déviances des hommes qu'il en possède presque un don de divination.
Pourtant, et c'est là tout le génie de l'auteur, il arrive à faire poindre des nuances de hautes valeurs morales derrière cette façade inaltérable et impitoyable.
Le roman est court mais absolument truffé de phrases dignes de figurer dans nos pages roses de proverbes tellement elles semblent recéler une vérité générale.
Bref, un vrai petit chef-d'oeuvre très largement sous estimé et sous connu De Balzac, mais ceci, bien sûr n'est que mon avis, qu'on ne peut guère laisser en gage et qui donc, ne vaut pas grand chose.
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PiertyM
  30 juillet 2015
Un personnage aussi étrange que nous présente Balzac dans ce Gobseck, on apprend tout de lui à travers le récit qu'en fait Mr Derville, on croirait entendre parler de Mazzarin ou encore de l'Avare, un personnage pour qui l'argent est d'une suprématie cruciale qu'on se battrait à tous les coups pour le voir entrer plutôt que de le voir sortir, étant un préteur de gage, la valeur des choses lui est donc bel et bien connue, qu'il en débattra toujours pour la meilleure part, il est d'un cynisme encensé face au gain mais c'est dans cette même rudesse de caractère,Gobseck est d'une fascination incroyable, en ce sens qu'il peut se servir de sa rigueur pour redresser certains actes immoraux tel sauver la fortune d'un héritier menacé de ruine par la débauche de sa mère, une colossale réalisation dont l'aboutissement est bien sûr réservé aux seuls draconiens comme Gobseck dont la fermeté ne se laisse pas ébranler quel qu'en soit le vent!
Une lecture vraiment agréable!
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AMR
  12 mars 2017
Dans cette nouvelle, Balzac nous brosse le portrait d'un usurier hors du commun d'origine hollandaise, Jean-Esther van Gobseck, dont l'histoire nous est racontée, dans l'intimité d'une fin de soirée mondaine, par un narrateur intra-diégétique, l'avoué Derville ; ce dernier a pris la parole pour donner à la jeune fille de la maison un avis circonstancié sur un jeune dandy ruiné dont elle s'est éprise, au grand dam de sa mère.
Dans la littérature en général, le personnage qui pratique l'usure est antipathique, malhonnête et sans scrupules et dans l'imaginaire collectif, c'est une figure particulièrement sombre alliée à la misère et à toutes les formes de pauvreté ; il apporte ruine et désespoir dans les familles qui ont recours à ses prêts à taux illicites et toujours exorbitants. de même l'avarice, l'attachement excessif aux biens matériels est un défaut, une véritable perversion souvent mise en scène en littérature. Balzac a dépeint plusieurs portraits d'usuriers ou d'avares dans sa Comédie Humaine : outre Gobseck, Nuncingen, Hochon ou le Père Grandet en milieu urbain, il a aussi créé Rigou en secteur rural dans Les Paysans, et sans doute d'autres qui ne me viennent pas à l'esprit où dont je n'ai pas encore découvert les portraits.
Personnellement, je trouve le personnage de Gobseck particulièrement fouillé et intéressant. C'est un personnage très ambivalent, qui concentre vices et qualités dans sa personnalité complexe. Malgré ses richesses, il vit frugalement et dans la plus grande discrétion. Son nom sonne comme un ultimatum, une sentence ou un couperet de guillotine ; mais son surnom de papa Gobseck, au contraire, l'adoucit et l'auréole d'un paternalisme rassurant. Ainsi, il a su se montrer bienveillant et amical pour son jeune voisin, Derville, qui a pu acheter sa charge grâce au prêt qu'il lui a consenti ; devenu pour le jeune homme un véritable mentor, il le guide et le conseille dans les dédales des transactions financières et juridiques et dans sa carrière d'avoué.
Gobseck semble avoir derrière lui une vie aventureuse de corsaire qui a connu Victor Hughes, mais toujours dominée par l'argent et les richesses ; il se dit capable de se battre à l'épée ou au pistolet. Il pratique le capitalisme et l'usure avec une certaine philosophie, voire une sorte de morale qui lui est propre ; chez lui, l'usure devient non seulement une forme de pouvoir, mais aussi un art véritable dans une profonde connaissance des mécanismes financiers et de la psychologie humaine, comme s'il avait un don de double-vue un peu surnaturel…
Je vois un parallèle possible avec le personnage de l'étrange antiquaire de la Peau de Chagrin ; l'engrenage de l'usure donne à Gobseck un pouvoir semblable à celui du rétrécissement inexorable de la peau magique. Il est même perçu comme un ogre de conte de fées par une de ses victimes.
L'intrigue d'usure en elle-même, telle que racontée par l'avoué Derville, paraît secondaire et reste une simple illustration du portrait principal ; à noter cependant la description du milieu et des moeurs des dandys ainsi que l'analyse des scènes de la vie conjugale dans ses excès, ses entorses et ses dérives et les inévitables conséquences pécuniaires et successorales qu'elles entrainent.
J'ai repris avec bonheur ma lecture in extenso de la Comédie Humaine et, encore une fois, voilà une nouvelle dont je n'avais jamais entendu parler qui fait figure de pépite dans ce parcours.
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aouatef79
  26 mai 2016
Gobseck est une nouvelle De Balzac, publiée en 1830? Elle
fait partie des Scènes de la vie privée de la Comédie
humaine.
Si en lisant ce récit, on croit qu' il s' agit de l' histoire
d' un mariage , on est dérouté car il s' agit bien d' un maria-
-ge celui de Camille avec Ernest de Restaud, Balzac s' atta-
-che à dépeindre la vie d' un bonhomme inconnu, celui de
l' usurier? Et que type d' usurier!
En peignant un tel personnage, Balzac se fait critique se
fait de l' avarice . Mais ce n' est pas tant l' avarice que Balzac
critique ici mais l' ensemble de la société qui est visée.
Durant cette époque de la Restauration française, on remar-
-que le retour des nobles qui reprennent leur place .Mais
malheureusement la noblesse ne s' acquiert pas facilement
du moins le croit-on, car au dessus règne de cela règne
l' argent, et avec lui le mariage de convenance entre
noblesse déchue et riche bourgeoisie, tout s' achète dans ce monde.
C' est la soumission à l' argent que Balzac met en scène .
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Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
AMRAMR   12 mars 2017
Je dois commencer par vous parler d'un personnage que vous ne pouvez pas connaître. Il s'agit d'un usurier. Saisirez-vous bien cette figure pâle et blafarde, à laquelle je voudrais que l'académie me permît de donner le nom de face lunaire, elle ressemblait à du vermeil dédoré ? Les cheveux de mon usurier étaient plats, soigneusement peignés et d'un gris cendré. Les traits de son visage, impassible autant que celui de Talleyrand, paraissaient avoir été coulés en bronze. Jaunes comme ceux d'une fouine, ses petits yeux n'avaient presque point de cils et craignaient la lumière ; mais l'abat-jour d'une vieille casquette les en garantissait. Son nez pointu était si grêlé dans le bout que vous l'eussiez comparé à une vrille. Il avait les lèvres minces de ces alchimistes et de ces petits vieillards peints par Rembrandt ou par Metzu. Cet homme parlait bas, d'un ton doux, et ne s'emportait jamais. Son âge était un problème : on ne pouvait pas savoir s'il était vieux avant le temps, ou s'il avait ménagé sa jeunesse afin qu'elle lui servît toujours. Tout était propre et râpé dans sa chambre, pareille, depuis le drap vert du bureau jusqu'au tapis du lit, au froid sanctuaire de ces vieilles filles qui passent la journée à frotter leurs meubles. En hiver les tisons de son foyer, toujours enterrés dans un talus de cendres, y fumaient sans flamber. Ses actions, depuis l'heure de son lever jusqu'à ses accès de toux le soir, étaient soumises à la régularité d'une pendule. C'était en quelque sorte un homme-modèle que le sommeil remontait. Si vous touchez un cloporte cheminant sur un papier, il s'arrête et fait le mort ; de même, cet homme s'interrompait au milieu de son discours et se taisait au passage d'une voiture, afin de ne pas forcer sa voix. À l'imitation de Fontenelle, il économisait le mouvement vital, et concentrait tous les sentiments humains dans le moi. Aussi sa vie s'écoulait-elle sans faire plus de bruit que le sable d'une horloge antique. Quelquefois ses victimes criaient beaucoup, s'emportaient ; puis après il se faisait un grand silence, comme dans une cuisine où l'on égorge un canard. Vers le soir l'homme-billet se changeait en un homme ordinaire, et ses métaux se métamorphosaient en coeur humain. S'il était content de sa journée, il se frottait les mains en laissant échapper par les rides crevassées de son visage une fumée de gaieté, car il est impossible d'exprimer autrement le jeu muet de ses muscles, où se peignait une sensation comparable au rire à vide de Bas-de-Cuir. Enfin, dans ses plus grands accès de joie, sa conversation restait monosyllabique, et sa contenance était toujours négative. Tel est le voisin que le hasard m'avait donné dans la maison que j'habitais rue des Grès, quand je n'étais encore que second clerc et que j'achevais ma troisième année de Droit.

[…]

Je me suis quelquefois demandé à quel sexe il appartenait. Si les usuriers ressemblent à celui-là, je crois qu'ils sont tous du genre neutre.

[…]

— Le papa Gobseck, repris-je, est intimement convaincu d'un principe qui domine sa conduite. Selon lui, l'argent est une marchandise que l'on peut, en toute sûreté de conscience, vendre cher ou bon marché, suivant les cas. Un capitaliste est à ses yeux un homme qui entre, par le fort denier qu'il réclame de son argent, comme associé par anticipation dans les entreprises et les spéculations lucratives. À part ses principes financiers et ses observations philosophiques sur la nature humaine qui lui permettent de se conduire en apparence comme un usurier, je suis intimement persuadé que, sorti de ses affaires, il est l'homme le plus délicat et le plus probe qu'il y ait à Paris. Il existe deux hommes en lui : il est avare et philosophe, petit et grand. Si je mourais en laissant des enfants, il serait leur tuteur. Voilà, monsieur, sous quel aspect l'expérience m'a montré Gobseck. Je ne connais rien de sa vie passée. Il peut avoir été corsaire, il a peut-être traversé le monde entier en trafiquant des diamants ou des hommes, des femmes ou des secrets d'état, mais je jure qu'aucune âme humaine n'a été ni plus fortement trempée ni mieux éprouvée.
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Nastasia-BNastasia-B   18 octobre 2012
Les dévotes forment une sorte de république, elles se connaissent toutes ; les domestiques, qu’elles se recommandent les unes aux autres, sont comme une race à part conservée par elles à l’instar de ces amateurs de chevaux qui n’en admettent pas un dans leurs écuries dont l’extrait de naissance ne soit en règle. Plus les prétendus impies viennent à examiner une maison dévote, plus ils reconnaissent alors que tout y est empreint de je ne sais quelle disgrâce ; ils y trouvent tout à la fois une apparence d’avarice ou de mystère comme chez les usuriers, et cette humidité parfumée d’encens qui refroidit l’atmosphère des chapelles. Cette régularité mesquine, cette pauvreté d’idées que tout trahit, ne s’exprime que par un seul mot, et ce mot est bigoterie. Dans ces sinistres et implacables maisons, la bigoterie se peint dans les meubles, dans les gravures, dans les tableaux : le parler y est bigot, le silence est bigot et les figures sont bigotes. La transformation des choses et des hommes en bigoterie est un mystère inexplicable, mais le fait est là.
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Nastasia-BNastasia-B   15 décembre 2016
Depuis neuf ans donc, je ne m'étonne plus que les vieillards se plaisent tant à cultiver des fleurs, à planter des arbres ; les événements de la vie leur ont appris à ne plus croire aux affections humaines ; et, en peu de jours, je suis devenu vieillard. Je ne veux plus m'attacher qu'à des animaux, qui ne raisonnent pas, à des plantes, à tout ce qui est extérieur.
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Nastasia-BNastasia-B   08 août 2012
Je vais vous faire le décompte de la vie. Soit que vous voyagiez, soit que vous restiez au coin de votre cheminée et de votre femme, il arrive toujours un âge auquel la vie n’est qu’une habitude exercée dans un certain milieu préféré. Le bonheur consiste alors dans l’exercice de nos facultés appliquées à des réalités. Hors de ces deux préceptes, tout est faux. (…) Reste en nous le seul sentiment vrai que la nature y ait mis : l’instinct de notre conservation. (…) Si vous aviez vécu autant que moi, vous sauriez qu’il n’est qu’une seule chose matérielle dont la valeur soit assez certaine pour qu’un homme s’en occupe. Cette chose… c’est l’OR. L’or représente toutes les forces humaines. (…) Quant aux mœurs, l’homme est le même partout : partout le combat entre les pauvres et les riches est établi, partout il est inévitable ; il vaut donc mieux être l’exploitant que d’être l’exploité.
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AMRAMR   12 mars 2017
Nul ne porte mieux un habit, ne conduit un tandem mieux que lui. Maxime a le talent de jouer, de manger et de boire avec plus de grâce que qui que ce soit au monde. Il se connaît en chevaux, en chapeaux, en tableaux. Toutes les femmes raffolent de lui. Il dépense toujours environ cent mille francs par an sans qu'on lui connaisse une seule propriété, ni un seul coupon de rente. Type de la chevalerie errante de nos salons, de nos boudoirs, de nos boulevards, espèce amphibie qui tient autant de l'homme que de la femme, le comte Maxime de Trailles est un être singulier, bon à tout et propre à rien, craint et méprisé, sachant et ignorant tout, aussi capable de commettre un bienfait que de résoudre un crime, tantôt lâche et tantôt noble, plutôt couvert de boue que taché de sang, ayant plus de soucis que de remords, plus occupé de bien digérer que de penser, feignant des passions et ne ressentant rien. Anneau brillant qui pourrait unir le Bagne à la haute société, Maxime de Trailles est un homme qui appartient à cette classe éminemment intelligente d'où s'élancent parfois un Mirabeau, un Pitt, un Richelieu, mais qui le plus souvent fournit des comtes de Horn, des Fouquier-Tinville et des Coignard.

[…]

Il vous serait difficile de concevoir un déjeuner de garçon, madame. C'est une magnificence et une recherche rares, le luxe d'un avare qui par vanité devient fastueux pour un jour. En entrant, on est surpris de l'ordre qui règne sur une table éblouissante d'argent, de cristaux, de linge damassé. La vie est là dans sa fleur : les jeunes gens sont gracieux, ils sourient, parlent bas et ressemblent à de jeunes mariées, autour d'eux tout est vierge. Deux heures après, vous diriez d'un champ de bataille après le combat : partout des verres brisés, des serviettes foulées, chiffonnées ; des mets entamés qui répugnent à voir ; puis, c'est des cris à fendre la tête, des toasts plaisants, un feu d'épigrammes et de mauvaises plaisanteries, des visages empourprés, des yeux enflammés qui ne disent plus rien, des confidences involontaires qui disent tout. Au milieu d'un tapage infernal, les uns cassent des bouteilles, d'autres entonnent des chansons ; l'on se porte des défis, l'on s'embrasse ou l'on se bat ; il s'élève un parfum détestable composé de cent odeurs et des cris composés de cent voix ; personne ne sait plus ce qu'il mange, ce qu'il boit, ni ce qu'il dit ; les uns sont tristes, les autres babillent ; celui-ci est monomane et répète le même mot comme une cloche qu'on a mise en branle ; celui-là veut commander au tumulte ; le plus sage propose une orgie. Si quelque homme de sang-froid entrait, il se croirait à quelque bacchanale.
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