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EAN : 9782264079572
360 pages
10-18 (05/10/2023)
4.2/5   20 notes
Résumé :
Quand une héroïne de la Commune de Paris trouve refuge dans troupes indiennes de Geronimo.

Les recherches de Dezba Asdzáni, spécialiste des cultures amérindiennes, sont sur le point de basculer, car elle est tombée sur des documents d’archives extrêmement précieux : le journal intime de Francine V., Communarde, ayant fui Paris pour traverser l'Atlantique et se cacher dans le Grand Ouest Américain. Ces carnets entreprennent de raconter une époque et l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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1871. C'est par le biais de son journal intime qu'on découvre la vie de Francine, une petite provinciale engagée comme bonne par un bougnat aveyronnais installé à Paris qui ne tarde pas à la soumettre à la prostitution pour le compte d'un réseau bien structuré et surtout bien protégé. Révoltée par les conditions de vie de ses soeurs de misère et sensible à la place des femmes dans la société, Francine s'engage violemment dans les évènements de la Commune de Paris et participe aux barricades, mais rattrapée par les souteneurs, elle doit s'exiler aux Etats-Unis.
Sa route vers l'ouest américain, porteur de tous ses espoirs croisera celle de Geronimo, le dernier des Apaches à résister aux pionniers. Conquise par la grandeur d'âme de ce guerrier et par la philosophie indienne qu'elle compare à la révolte des communards, Francine s'intègre dans la tribu et participe à la guérilla contre les colonisateurs.
Les violences faites aux femmes et l'impunité de leurs bourreaux sont au centre de ce formidable roman historique qui aborde à la fois la Commune de Paris et la conquête de l'ouest réalisée au détriment des peuples indiens autochtones.
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Est-ce que c'est une manie, chez 10-18, de baser le titre et le résumé sur des personnages et des événements qui n'interviennent que dans le dernier quart du livre ? Les hasards de la PAL m'ayant amenée à lire successivement L'affaire Jane Eyre et Géronimo et moi, j'ai été amusée de remarquer cette même caractéristique dans deux romans du même éditeur. Outre un name dropping légèrement abusé, Geronimo et moi partage avec L'affaire Jane Eyre un résumé qui divulgâche des événements qui n'interviennent que dans les derniers chapitres.
Ce choix est discutable car, d'un côté, on est tendu dans l'attente de voir enfin apparaître Geronimo (ou Jane Eyre) mais, d'un autre côté, on a un peu l'impression de passer à côté du reste de l'histoire, voire qu'on nous a fait nous imaginer une toute autre histoire que celle qu'on a sous les yeux. de plus, cela en dévoile tellement sur l'histoire que cela rend son dénouement sans surprise. Dommage pour un roman qui se range dans la catégorie "policier".

Que dire de cette histoire d'ailleurs, sans la spoiler plus que sa quatrième de couverture ?
Francine V. figure de la Commune doit fuir Paris, sa tête mise à prix. Outre ses activités politiques, elle a eu le tort de s'attaquer à un réseau de prostitution forcée. Elle doit donc laisser derrière elle son pays, ses camarades et son enquête inaboutie. de l'autre côté de l'Atlantique, elle découvre un immense continent plein de promesses et de dangers. Elle fait aussi la connaissance de quelques autochtones dont la philosophie de vie n'est finalement pas sans rapport avec ses convictions libertaires. Dans son journal, elle croise ses souvenirs et ses nouvelles expériences mais son enquête abandonnée lui laisse un amer goût d'inachevé.

La Commune et les guerres indiennes dans un même roman, c'était un mélange improbable mais intriguant. Par contre, ça fait un peu beaucoup pour un seul volume, surtout si on y ajoute le passé de l'héroïne et son enquête sur le réseau de prostitution. L'auteur s'est donné beaucoup de mal pour donner une teinte d'authenticité à ce faux journal. Les notes de bas de page (un peu trop nombreuses pourtant) montrent qu'il s'est beaucoup documenté, au moins sur la Commune. Sur les Amérindiens, je suis plus dubitative. Certains points comme la pratique du scalp par les Apaches ou la présence d'autant de femmes dans les rangs des guerriers m'ont paru douteux.
Cela dit, à vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, on en attrape aucun. Je ressors de ce roman un peu frustrée : pas beaucoup plus avancée sur la Commune (une période que je connais mal), pas plus avancée sur les guerres indiennes (que je connais assez bien) et un peu frustrée sur les personnages. J'ai l'impression qu'ils auraient mérité d'être beaucoup plus approfondis et développés. Geronimo, déjà, n'intervient qu'à la fin, ce qui oblige l'auteur à lui faire dérouler sa bio en un long discours pas très digeste ni très vraisemblable et réduit son intervention à une suite de coups de main, de redditions et d'évasions. L'héroïne, quant à elle, est un personnage fort, courageux, assez nuancé mais j'ai quand même eu un peu de mal avec elle : elle a traversé des choses extrêmement traumatisantes mais montre un détachement assez peu vraisemblable. J'avais l'impression que l'auteur avait du mal à imaginer ce que peut ressentir et trimbaler une femme qui a été réduite à l'état d'esclave sexuelle pendant des années. Il me semble que sa relation avec les hommes, en particulier, serait beaucoup plus difficile mais cela ne semble pas l'avoir affectée outre mesure. En parlant de ses relations avec les hommes, autre frustration. On comprend dès les premières pages que Francine finira par épouser un Amérindien et fonder une famille avec lui mais cet homme n'apparaît que très très tardivement (encore plus que Geronimo) et on sait finalement peu de choses sur lui, contrairement aux deux autres prétendants de Francine au cours de l'histoire.

C'est une lecture assez agréable. le style est correct même si certaines phrases manquent parfois un peu de souplesse. L'alternance entre ce que vit Francine dans sa conquête de l'Ouest et ses souvenirs a un grand avantage : celui de pouvoir alterner la lecture de passages assez durs avec d'autres plus positifs.

En résumé : un roman agréable à lire. La rencontre entre la Commune et les guerres indiennes, entre une Communarde et Geronimo, était prometteuse mais j'en ressors tout de même un peu frustrée.

Merci aux éditions 10-18 pour cet envoi dans le cadre de Masse critique
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Une belle recette pour un roman passionnant: le 19ème siècle vécu des deux côtés de l'océan, engagement militant, solidarité et féminisme, enquête policière racontée par une apprentie journaliste et rythme soutenu lié à la fuite pour survivre. D'ailleurs, ne vous méprenez pas, contrairement à ce que dit le titre, ce n'est pas vraiment Geronimo le héros principal, mais plutôt le "moi" qui correspond à Francine, une jeune femme au destin incroyable.
Lilian Bathelot a un style précis et manie parfaitement tous ces ingrédients narratifs. Il sait adopter une musicalité des mots un peu décalée qui rend l'écriture de Francine dans ses journaux en phase avec l'époque qu'elle traverse.
On pourrait redouter que l'intérêt se disperse face aux nombreux sujets abordés et que tout ne soit qu'effleuré et superficiel, mais ce n'est pas du tout le cas. Francine est le fil rouge qui donne une cohérence à l'ensemble du roman: malmenée et maltraitée à cause de son statut de femme, elle parvient à s'émanciper grâce aux différentes rencontres et on voit se construire en elle la volonté de lutter, y compris par les armes, contre les injustices qu'elle a vécues.
C'est assez "moderne" de tisser des liens entre les luttes, même si elles sont éloignées, car on se rend compte que le rapport de force entre les puissants et les opprimés est toujours le même, quelque soit le pays et l'époque. L'alternance des chapitres est un procédé qui fonctionne à merveille: d'un côté les événements de la Commune à Paris avec toutes les violences que l'on connait, de l'autre le grand Ouest américain à la même époque du point de vue des Indiens, avec toutes les violences que l'on connait.
Coup de coeur donc pour ce roman historique, engagé, policier, plein de suspense qui met en valeur et en lumière des personnages féminins forts et déterminés.
Un grand merci à Babelio et 10/18 pour cette découverte (et merci M.Bathelot: 3 livres de vous lus dans 3 styles différents et 3 coups de coeur!!!)
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L'affaire est entendue dès les toutes premières pages du roman. Francine Vay est une jeune provinciale, née Anceline Viala, arrivée à Paris comme servante chez un bougnat depuis son Aubrac natal après avoir échappé au couvent. Abusée par son patron, puis par de nombreux autres hommes, soumise à la prostitution, elle rejoint les rangs des socialistes et s'engage auprès des communards. Devenue journaliste, elle enquête sur le meurtre d'un bourgeois ayant rejoint les rangs de la rébellion, mais très vite, ses investigations la mènent plutôt du côté du crime crapuleux lié à l'exploitation du corps des femmes. Son article, somme d'un travail de longue haleine, ne sera jamais publié, brûlé ainsi que toutes ses notes dans l'incendie qui ravagea la rédaction de son journal alors que dans les rues, les canons versaillais tonnaient. Il ne lui restait que sa mémoire. Et son courage…

Bien sûr, les figures de la commune sont convoquées : Jules Vallès et le Cri du Peuple pour qui Francine écrivait, Louise Michel, agissant comme un mentor, mais les souvenirs de la fugitive commencent par sa fuite en juin 1871 alors qu'elle est recherchée par toutes les polices ; les commanditaires du meurtre de Ursule Macalay ayant profité de la débâcle pour lancer contre elle un avis de recherche.
La narration alterne la description de la fuite de Francine vers le Nouveau Monde avec le récit de ses souvenirs, de ses batailles, toujours à la première personne, et c'est le sort réservé aux femmes en ces temps d'aspiration à la liberté qui est dans un premier temps exploré, disséqué.
On balance entre enquête et aventure. L'une nous plonge au coeur des premiers mouvements féministes en France tandis que l'autre nous narre bientôt le quotidien des colons qui, après une périlleuse traversée de l'Atlantique, partent de la Nouvelle-Orléans en convois de chariots, cherchant à rejoindre la Californie et un monde meilleur.
Au sein du convoi qui les mène vers l'ouest, Francine se lie d'amitié avec les deux éclaireurs indiens Biloxis qui les accompagnent. Elle les traite dans un premier temps en « bons sauvages » ainsi qu'elle avait appris à les connaître dans les rares publications les concernant avant son départ, mais constate bien vite la richesse de leur mode de vie qu'elle épousera bientôt, après que son compagnon d'infortune soit lâchement assassiné et que son épopée croise le territoire des fiers et irréductibles Apaches.

Les « parallèles » sont nombreuses dans le(s) récit(s) de Lilian Bathelot dont le corollaire est le souffle de liberté qui caresse les épaules et poussent les protagonistes à agir. Que ce soit la lutte des communards face aux versaillais ; les prémices de l'émancipation des femmes à travers la naissance des premiers mouvements féministes ; l'espérance des colons fuyant leur misère natale vers un Nouveau Monde prometteur ; la lutte des Indiens d'Amérique pour conserver leurs terres, leurs traditions, leur histoire, face au déferlement de ces mêmes colons ; c'est toujours l'aspiration à plus d'indépendance et à moins de carcans — financier, culturel ou social — qui est en jeu.
Le pari était risqué de s'emmêler les pinceaux en cherchant à croiser tous ces destins, mais par sa construction, Lilian Bathelot transforme son roman historique en page turner efficace et gracieux.

On peut souligner par ailleurs le travail réalisé sur la « langue » de Francine, une touche discrète qui donne au texte une saveur du passé. Il ne s'agit pas de « vieux » français, mais plutôt de formulations quelque peu désuètes qui apportent un vrai cachet à la lecture, comme un filtre sépia sur une vieille photographie.

Lilian Bathelot prend parfois quelques raccourcis pour faire avancer son récit et on s'étonne au détour des pages de péripéties qui frisent avec l'incohérence ou de la « réussite » inconditionnelle de Francine dans tous ses combats, mais c'est pour la bonne cause — on lui pardonnera.
Quant aux notes de bas de page, nombreuses, elles viennent enrichir le propos par un éclairage plus « historique » et démontrent l'attachement de l'auteur à une « vérité » documentaire, contrebalancée toutefois par quelques abus qui cherchent à démontrer (un peu maladroitement) que le récit serait le fruit d'une collecte rigoureuse d'éléments ayant réellement existé, alors qu'il ne s'agit, on s'en doute, que d'une fiction romanesque.
En fin de compte, des maladresses qu'on oublie vite pour ne retenir que l'image des vies mouvementées d'Anceline Viala et de Francine Vay.
Lien : https://polartnoir.fr/livre...
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Quand on entre dans ce roman d'aventures on est immédiatement happé par, à la fois ce personnage féminin fou et droit, porteur, par expériences multiples, de tout ce qui forge une utopie égalitaire, et par cette narration incroyablement bien ficelée d'une aventure du XIXème siècle.
Francine V. c'est Adèle Haenel et Adèle Blanc-Sec dans la même personne, jamais confinée dans un rôle de victime.
C'est assez impressionnant d'avoir mis dans ce personnage autant de potentiel émotionnel, aventurier, psychologique, empathique, autant de discrète "magie" aussi.
L'aventure est vécue intensément grâce à un récit soucieux du détail sans jamais être pesant, à des sentiments finement évoqués, à une action constante qui ne verse jamais dans le cliché.
Et c'est là où réside tout l'art de Lilian Bathelot, avoir su éviter tous les écueils du roman policier, d'aventures ou historique pour faire de ce livre un objet magnifique où l'émotion surgit à tout moment, où tout va toujours en grandissant jusqu'au final qui, sur plusieurs pages, nous emporte dans un tsunami d'émotions qu'il faut vivre à tout prix.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Durant l’insurrection, le Conseil de la Commune avait décrété l’interdiction de la prostitution en même temps que l’égalité des salaires et la légalisation de l’union libre pour lesquelles j’avais moi-même milité activement. Pour autant, les maisons n’avaient jamais vraiment fermé. Elles s’étaient faites davantage discrètes et avaient continué à fonctionner en secret – de Polichinelle –, avec toutefois une activité plus calme. Cette baisse de trafic avait décidé le julot et sa maquerelle à allonger la durée des passes et à offrir un verre « en chambre » pour soigner les michetons qui restaient fidèles. Les filles avaient alors eu l’occasion de discuter avec leurs clients. C’est ainsi que le vent de liberté qui bouleversait la capitale était venu souffler jusque sur leur oreiller. Elles entendirent parler de ces ateliers qui ont fonctionné sans patron, en coopération, tout le temps qu’a duré la Commune. Un jour de mai, leur projet d’Amérique qui couvait depuis des lustres s’imposa comme une décision : elles s’enfuiraient, réuniraient leurs économies pour traverser l’océan et ouvrir aux Amériques leur propre maison close. Ce serait une maison sans maquerelle ni souteneur, dirigée par elles seules, en commun ; une maison où chacune serait libre de travailler à sa guise.
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Leurs deux pieds sur la Terre, ils ne connaissent pas Dieu, mais se soucient à tout moment des esprits. De leur propre esprit, d’abord, qu’ils s’appliquent à garder sans tache, parce que c’est le vaisseau qui leur permet de commercer avec les autres esprits, qui animent toute chose. Avec l’esprit des bêtes qu’ils chassent ou contemplent simplement, avec celui des arbres et des prairies, avec l’esprit du vent, du soleil, des montagnes, des orages et des étoiles dont ils m’apprennent les mystères, le doigt tendu vers le ciel.
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Les pionniers de mon convoi poursuivaient tous des rêves ou fuyaient des démons, ils débarquaient en Amérique pleins d’espoir, en toute bonne conscience, sans se poser de question, eux non plus. Et je faisais de même en oubliant trop que ce pays nouveau où « tout est à construire », c’est un monde qu’on vole sans même penser à ceux qui vivent là depuis toujours, pour construire à la place un ordre social assez semblable à celui que nous combattions si fort sur les barricades.
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Des deux côtés de l'océan, c'était finalement la même guerre qui se jouait, où l'armée des puissants brisait les élans de justice et de liberté qui mordaient la poussière.
J'avais bien compris que les tribus rebelles tombaient les unes après les autres, comme tombaient nos barricades. Parmi les dizaines de peuples indigènes que comptait jadis la géographie des Amériques, une poignée seulement demeurait debout, faute d'être encore maîtres chez eux sur leurs terres volées.
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Je percevais de manière de plus en plus claire que le combat des Indiens était aussi juste que le nôtre dans le Paris fédéré, et que les tuniques bleues de la cavalerie remplaçaient, ici, le sinistre bicolore des uniformes versaillais. Des deux côtés de l’océan, c’était finalement la même guerre qui se jouait, où l’armée des puissants brisait les élans de justice et de liberté qui mordaient la poussière.
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