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ISBN : 2746704536
Éditeur : Autrement (09/03/2004)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 118 notes)
Résumé :

" [...] la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur - désormais seuls le feu de bois, l'amour et trois cents grammes quotidiens d'un pain mêlé de cellulose et d'arêtes de poisson devaient nous défendre contr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
litolff
  04 mars 2013
Vie quotidienne d'un enfant en Sibérie, au coeur du système répressif soviétique.
Alors que la Pologne en 1939 est partagée entre la l'URSS et l'Allemagne et que son père a été expédié au goulag, Petia, 8 ans, a été déporté avec sa mère en Sibérie, là où les mots « froid » et « faim » n'ont pas le même sens qu'ailleurs. Car la faim, Petia en souffre quotidiennement, idem pour le froid, glacial, qui transperce et tue. Les déportés assignés à résidence sont des éléments « hostiles au régime » et les envoyer dans la taïga en les laissant livrés à eux-mêmes pour se loger et survivre, est une façon commode de se débarrasser d'éléments gênants.
Le froid, la faim, donc, mais surtout l'angoisse et les humiliations arbitraires sont le quotidien de Petia et de sa mère, surnommée Beauté en raison de sa splendeur radieuse. Car Beauté rayonne d'une force magnétique qui aide le petit garçon à traverser cette période tragique avec une philosophie naïve et poétique qu'il puise en grande partie dans la lecture de la Bible, mais aussi avec la joie de vivre propre à l'enfance, aussi dramatique soit-elle.
Dans ce récit autobiographique, ni pathos ni misérabilisme : Petia raconte sobrement, et avec une écriture dépouillée, les moments déchirants de son enfance où la mort est une compagne quotidienne, mais aussi les minuscules plaisirs arrachés au dénuement. On assiste ainsi à la disparition successive, et pour ainsi dire normale, du grand-père, du père, de la grand-mère et enfin de la mère de Petia. Un récit poignant et salutaire.
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diablotin0
  26 janvier 2019
Il n'est pas facile de faire une critique sur ce genre de livre et encore moins dans ce cas présent puisque je n'ai pas su ressentir avec intensité ce qu'à pu vivre Piotr Bednarski , lorsque enfant lui et sa famille ont été déportés dans un village d'exclus en Sibérie.
Il s'agit effectivement d'un récit autobiographie. J'aurais de fait dû être d'autant plus sensibilisée mais la construction du livre sous forme de mini chapitres offrent des mini tranches de vie, et cela ne m'a pas permis de m'imprégner de ce vécu.
J'ai lu avec une certaine distance ces années de faim, de tensions de craintes permanentes. Il m'a manqué du lien, entre ces chapitres pour être vraiment immerger dans cette époque qui effraie le petit Petia.
« Les ténèbres furent le cauchemar de mon enfance. Les ténèbres et aussi Staline. Je supportais mieux les ténèbres : elles avaient un début au crépuscule, et une fin à l'aube, et elles n'avaient pas toujours l'opacité des ténèbres bibliques. Tandis que Staline, ce voyeur génial, était partout. A tous les coins de rue, sur toutes les affiches, jusque dans nos rêves. le guide, le timonier, le père. Souvent, j'essayais de le fixer en pleine lumière pour vaincre ma phobie. En vain. La terreur ne me lâchait pas l'âme. »
Si je n'ai pas su apprécier comme il l'aurait fallu ce récit, il n'en reste pas moins important et terrible devant toutes ces arrestations et ces morts. La note que j'attribue à ce roman reflète donc bien uniquement mon ressenti.
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Thyuig
  03 juillet 2010
J'aimerais seulement réussir à bien parler de ce livre incroyable, de la passion qu'il a convoqué pour moi, et de sa blanche beauté, du luxe de sa langue, de la richesse de son propos et puis aussi de l'universalité de sa quête. Ce livre est une ode à la liberté, rien de moins. En fait, à peine refermé je pensais déjà que si la littérature était capable de fournir à ses lecteurs des bouquins de cette trempe, alors il me suffisait d'être là et de continuer à saisir cet art fluctuant capable des plus étranges fulgurances.
Piotr Bednarski raconte ici son enfance foutue en l'air par les soviètiques. Fils de Polonais coupable de noblesse, il fût déporté en compagnie de sa mère dans l'anti-chambre du goulag où son père purgeait une peine sans nom. Là-bas tout était bien entendu interdit, fermé, surveillé, la jeunesse sempiternellement broyée, continuellement étouffée ; l'amour de Staline exigeait une passion totale qui n'en tolérait aucune autre. Mais je ne voudrais pas parler de ce livre de cette façon, il n'est pas seulement ça. Non que cette histoire fût banale, l'horreur serait qu'elle le devienne d'ailleurs.
J'aimerais aborder ce livre par le figuré, l'instinctif. Il m'arrive souvent lorsqu'un roman me happe d'attrapper un stylo et de souligner, de recopier certains passages en toute fin de livre. Peut-être cela suffirait-il ici à laisser entrevoir ce qu'on peut y lire.
P38 : "Et puis, la beauté est nécessaire partout, même là où s'ébattent les ours blancs"..
P43 : "Je me ferai moine bouddhiste. Vous, vous volerez, et moi, je prierai"
P46 : "Les femmes russes pleuraient peu de temps, les larmes leur manquaient tant étaient nombreux les malheurs qui les frappaient. Les Russes avaient appris à pleurer sans larme".
Dix-huit chapîtres composent "Les neiges bleus". Chacun d'eux se termine pas la mort d'un des protagonistes, qu'il s'agisse d'un enfant ami du narrateur (Piotr Bednarski donc), ou bien d'un membre de sa famille, d'un agent du NKVD, d'un soldat ou bien d'un Bienheureux, tous meurent ou s'en vont, la vie sur la toundra semble n'être qu'un court passage ; fugitive et fuyante elle se laisse dévorer par le froid.
Piotr Bednarski écrit d'une langue riche et magistrale qui évoque beaucoup de choses. Erudite, précise, elle sait laisser libre court au talent d'évocation du poète. J'ai peu lu d'écrivains de cette trempe, capable de transformer l'anecdote en tragédie grecque, de faire du particulier une fable morale. On apprend ici plus sur l'homme que dans n'importe quel traîté d'anthropologie, Il y a cette science de la digression et l'immédiat recentrage car la mort rôde en permanence. Sublimement beau.
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sabine59
  26 décembre 2016
Un roman autobiographique bouleversant, où la violence du quotidien d'un enfant de 8 ans, le double de l'auteur, est magnifiée par le regard poétique et généreux qu'il porte sur le monde.
Et pourtant, comme il en faut , des ressources de beauté intérieure, de rêve,d'espérance pour conjurer le destin ! Dans cette Sibérie glaçante et cruelle des années quarante, où se côtoient toutes sortes de nationalités, l'enfant et sa mère, " Beauté", sont assignés à résidence parce que le père est considéré comme un ennemi du régime de Staline.Ils survivent difficilement, luttant contre le froid et la faim. Seul l'amour qui les unit les réchauffe.
Mais les tranches de vie qui nous sont racontées le sont avec un éclat unique, fait de naïveté et de maturité précoce à la fois, de lumineuse poésie, de vivacité et d'élans , qui nous touchent.Le désespoir ambiant, la présence toute proche et obsédante de la mort sont transfigurés par la belle âme de ce petit garçon, que l'amour des mots sauvera...
" La neige se fit bleue et la limite entre ciel et terre s'estompa."Du fond obscur de chagrin et de perte jaillira pourtant un éclair bleu, un flocon d'espoir qui emportera le jeune poète ailleurs.
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le_Bison
  13 février 2012
Années 40, la Sibérie. Une ville anonyme et anodine, loin de tout et proche du rien. Une cité comme les autres ou presque... Dans ces immenses plaines sibériennes, cela ressemble plus à l'antichambre d'un goulag. Des fragments de vies, tous plus misérables et miséreux, se partagent en nouvelles plus ou moins indépendantes dans ce court roman de Piotr Bednarski. L'auteur est né en Pologne orientale en 1934 avant d'être déporté dès 1939 en Sibérie après que les Soviétiques eussent envahi son pays. Là-bas, il verra tour à tour ses deux parents assassinés. Revenu quelques années plus tard dans son pays natal mais orphelin, il témoigne aujourd'hui de son passé de déporté. La vie au coeur du système répressif soviétique de l'ère Staline, à travers les yeux d'un enfant de huit ans. Émouvant. A peine une dizaine d'années, et l'état demande à cet enfant de devenir un adulte, de ne plus rêver, de dénoncer quiconque en infraction avec la « philosophie » communiste, de brûler icône et bible au profit d'un portrait de Staline, le Père de la Nation.
Malgré tout, ce bouleversant témoignage permet d'approcher la vie quotidienne dans la taïga, de toucher aux petits plaisirs d'une enfance insouciante, ainsi qu'au grand malheur d'une vie si proche du goulag, de découvrir la volonté de survivre de certains, de s'effrayer du mal de vivre des autres et de la monstruosité du pouvoir de supériorité d'un gouvernement soviétique d'une totale intransigeance. le pouvoir aveugle des sbires de Staline, massacrant les déportés pour un regard de trop, pour une présence encombrante tranche avec la « banalité » d'une vie de déporté perdu dans l'immensité de ce désert de neiges bleues où la mort reste omniprésente dans leurs esprits, y compris ceux de gamins de huit ans.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
ninamarijoninamarijo   12 août 2015
Comme toujours le malheur, le gel arriva sans prévenir. Une seule nuit lui suffit pour ouvrir son portail d'argent et semer soigneusement partout ses graines mortifères. Une oreille sensible pouvait percevoir un chuchotis comme celui du blé qui glisse dans la goulotte d'un moulin. Cela signifiait que la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et rivé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur - désormais seuls le feu de bois, l'amour et trois cents grammes quotidiens d'un pain mêlé de cellulose et d'arêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort. Or n'est-ce pas justement quand la mort est sur le seuil, quand elle fait déjà son nid en nous, à l'intérieur, que le désir de vivre s'exalte et que l'on devient capable d'abattre des montagnes, et de ressusciter d'entre les morts ?
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le_Bisonle_Bison   13 février 2012
Les ténèbres furent le cauchemar de mon enfance. Les ténèbres et aussi Staline. Je supportais mieux les ténèbres : elles avaient un début au crépuscule, et une fin à l’aube, et elles n’avaient pas toujours l’opacité des ténèbres bibliques. Tandis que Staline, ce voyeur génial, était partout. A tous les coins de rue, sur toutes les affiches, jusque dans nos rêves. Le guide, le timonier, le père. Souvent, j’essayais de le fixer en pleine lumière pour vaincre ma phobie. En vain. La terreur ne me lâchait pas l’âme.
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withclosedeyeswithclosedeyes   08 mai 2014
Lors de l'heure de l'éducation civique, on nous demanda comme d'habitude ce que nous voudrions devenir plus tard. La petite bande à laquelle j'appartenais constituait un groupe de choc, chacun de ses membres voulait être soit marin, soit aviateur. La profession de géologue, prospecteur de trésors, était également tolérée, selon les paroles du chant "Sur la terre, dans le ciel et en mer".
Ce fut Sachka Sverdlov que le sort désigna cette fois. La réponse de Sachka ne fut pas banale, il nous surprit, nous ramena au ras du sol. Le plus simplement du monde il déclara qu'il aurait aimé devenir une miche de pain, parce que le pain, lui, n'a jamais faim, et puis chacun aime le pain.
La bande bouillonna. On regardait Sachka comme un traître, on lui en voulut d'avoir dit ce que nous essayions de dissimuler. Car chacun de nous pensait sans cesse au pain et aspirait à en avoir à satiété. Nos rêves étaient remplis de pain. Pour du pain, nous volions.
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diablotin0diablotin0   26 janvier 2019
Lors de l'heure d'éducation civique, on nous demanda comme d'habitude ce que nous voudrions devenir plus tard. (...) La réponse de Sachka ne fut pas banale, il nous surprit, nous ramena au ras du sol. Le plus simplement du monde il déclara qu'il aurait aimé devenir une miche de pain, parce que le pain, lui, n'a jamais faim, et puis chacun aime le pain.
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withclosedeyeswithclosedeyes   08 mai 2014
Lors de ses accès de sincérité sentimentale, Beauté proclamait que mon vrai père c'était le champagne rouge. Un champagne magnifique, effervescent, qui l'avait jetée dans une sorte d'extase mystique. Elle m'avait conçu dans un bien-être champagnesque puis avait accouché dans les délais impartis.
Tout le monde, toute mon école connaissait l'histoire de ma naissance et personne ne l'aurait mise en doute. C'est pourquoi les copains, lorsqu'ils usaient de mon patronyme pour me parler, m'appelaient Petia Rougechampagnevitch.
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